Les hommes : population, société...

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 27 Octobre 2008.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    LA VIE DE LA PROVINCE DE MAURETANIE TINGITANE

    Les hommes : population, société.


    Il ne faut donc pas s’attendre à trouver une marque aussi profonde qu’en Afrique proconsulaire (Tunisie). La civilisation romaine en Tingitane a des caractères particuliers qui se décèlent dans le peuplement, la vie économique et dans l’art des cités.
    Il est difficile d’évaluer la population de la province. On a pu tenter d’avancer un chiffre pour Volubilis : autour de 20 000 habitants. D’autres villes peuvent être aussi peuplées : Tingis et même Sala. Des bourgades n’ont que quelques milliers d’habitants.
    Des études ont été faites, d’après les inscriptions sur l’origine ethnique des habitants des villes. Pour Volubilis à peine 10 % des noms révèlent une origine européenne, surtout espagnole ; une proportion est plus forte de noms orientaux, parmi lesquels certains même sont arabes, on connaît un Julius Naser, mais la grosse masse est d’origine africaine, libyque ou punique. Mais encore faut-il remarquer que les noms qui nous sont conservés par des inscriptions sont ceux de personnages socialement importants, et qu’il est normal de trouver parmi les catégories dirigeantes – fonctionnaires, ou chefs militaires – une proportion assez forte d’étrangers à la province. Des résultats identiques sont obtenus pour Tanger, Banasa et Sala.
    Mis à part les fonctionnaires romains des bureaux autour du procurateur, les troupes et leurs officiers, les marchands, la population est autochtone. Il n’y a pas de peuplement organisé par Rose, puisque les colonies sont en fait des villes qui ont accédé à un statut privilégié, et qu’elles ont été foncées avant 40. Si des vétérans sont installés sur des terres à l’issue de leur service militaire, ces mesures ne semblent pas avoir l’ampleur qu’elles ont dans d’autres provinces.

    Les fouilles ne nous ont pas apporté beaucoup de lumière sur la structure sociale. Comme part il existe une minorité de grands propriétaires qui constitue l’oligarchie dirigeante. Les terres qui avaient appartenu aux rois de Maurétanie devaient être dans le « fiscus » impérial. Mais celles qui étaient entre les mains de grandes familles locales y sont restées après la conquête romaine. Pour les garder elles se sont ralliées au nouveau pouvoir. On aimerait savoir si les moyens et petits propriétaires étaient nombreux, mais on peut tout juste supposer, d’après le nombre élevé des pressoirs à huile de Volubilis, que l propriété du sol n’est pas extrêmement concentrée ; en effet chacun doit tenir à presser lui-même les olives de sa terre.
    Il existe très peu de documents épigraphiques à Volubilis et très peu de métiers manuels peuvent y être relevés.
    Il est pour le moment impossible de dire s’il existe comme en Afrique Proconsulaire un prolétariat rural, composé par des ouvriers saisonniers itinérants, les fameux circoncellions. Leur nombre y était en rapport avec l’importance de la céréaliculture. Celle-ci ne paraît pas avoir la même place en Tingitane que dans les provinces orientales de l’Afrique romaine.



    La vie économique

    La prospérité de la Tingitane repose sur l’exploitation des ressources naturelles.
    L’importance de la pêche vient d’être mise en lumière. On a retrouvé de Tanger à Lixus plusieurs installations destinées à mettre en conserve le poisson. On peut parler d’une véritable industrie des salaisons. A Lixus, par exemple, il y a au bas de la ville, au bord du fleuve tout un quartier spécialisé ; on y a compté 10 usines. Les poissons, pêchés avec des madragues probablement, sont salés dans de grandes cuves en ciment où ils marinent quelques temps, puis découpés, mis dans des pots de terre et expédiés. On élabore aussi avec des déchets, des viscères, ou certaines qualités de poisson, le fameux « garum », sorte de sauce de poisson fermentée, proche du « nuoc mâm » indochinois, et qui est déjà depuis longtemps en Tingitane. On note qu’à la fin du IIIe siècle beaucoup d’installations sont abandonnées.

    La culture de l’olivier et la fabrication de l’huile représentent une deuxième source de richesse. A Volubilis il y a une centaine de pressoirs à huile, la plupart datent du IIIe siècle, et on en trouve dans d’anciennes maisons d’habitation comme si cette spéculation se développait subitement à cette époque. On a trouvé aussi des huileries à Banasa, dans une région où il y a 50 ans il n’y avait pas d’oliviers, et dans la région de Tanger. La production excède certainement les besoins locaux et est destinée à l’exportation. La culture de la vigne s’est maintenue. La Tingitane ne passe pas pour avoir été un grenier à blé comme la Numidie ou la Proconsulaire. Si on vante la fertilité de son sol, c’est pour ajouter qu’il n’est guère mis en valeur.
    On est mal renseigné sur la vie rurale du fait qu’on a fouillé très peu d’installations agricoles, bien qu’on en ait repéré un certain nombre dans le Rharb, autour de Volubilis, et autour de Tanger où elles paraissent les plus denses. La villa de Bab Tirza près de Sidi-Slimane est une grande exploitation avec des thermes et une résidence ; elle est abandonnée à la fin du IIIe siècle ou au début du Ive. Près de Tanger deux grandes villas ont été fouillées récemment ; les installations sont importantes, comportant notamment une huilerie. L’une existe dès l’époque préromaine. Toutes deux sont abandonnées au Ive siècle.

    La Tingitane est relativement moins pénétrée et moins humanisée que les autres provinces d’Afrique. L’exploitation des richesses naturelles sous ses formes les plus simples y garde une grande importance, et notamment la chasse aux éléphants et aux fauves comme au temps de Juba. De même en est-il de l’exploitation des forêts.
    Certaines mines sont exploitées : on a retrouvé, non loin de Ceuta, des lampes romaines dans d’anciennes galeries d’où l’on extrayait du plomb. Les Romaines s’intéressent à l’argent (plomb argentifère), au cuivre et au fer. La plupart des mines « romaines » (ou « portugaises ») qu’on a signées sont d’époque musulmane. Il est bien probable d’ailleurs que les Romains ont été précédés dans cette activité par les Puniques, maîtres dans l’art des mines. La production de métal ne doit pas suffire puisqu’on a retrouvé des saumons de plomb portant une marque qui indique une provenance hispanique.

    Le commerce de la Tingitane est actif : ses principales villes sont des ports. Les exportations de salaisons, de garum, d’huile et éventuellement de vin supposent d’importantes fabrications de céramique commune. En effet, l’emballage céramique est la règle. Quelques fours ont été retrouvés et des « ratés ». On imite les amphores et les jarres romaines. Mais à côté de cela on continue à modeler une céramique grossière, mal cuite, d’allure néolithique.
    Les importations nous sont assez bien connues par les fouilles. Elles consistent surtout en produits de luxe et objets fabriqués en provenance de divers régions du monde romain. L’aristocratie urbaine fait venir des vins de Grèce ou d’Italie, des spécialités gastronomiques – les plaisirs de la table comptant beaucoup. Les riches s’habillent de somptueux tissus venus d’Orient et se parfument. On retrouve fréquemment les fioles, les petits pots qui contenaient les huiles odorantes et les onguents. Pour embellir ses demeures la classe riche achète en Italie ou en Grèce des œuvres d’art, statues, mosaïques, mobilier, que l’on a parfois la chance de retrouver.
    Ces achats sont réservés à un petit nombre de privilégiés, mais à en juger par son abondance, la céramique à vernis rouge caractéristique de l’époque impériale doit figurer couramment jusque dans les demeures les plus simples. Fabriquée en série par des ateliers de Gaule et d’Espagne elle doit être, en quantité, une des principales importations. D’après les marques de fabrique des potiers on peut savoir la provenance de cette vaisselle. On a dénombré plus de 100 ateliers différents rien que pour la production hispanique, et il y en a environ autant pour la Gaule ! Cela jette un jour nouveau sur l’ampleur des courants commerciaux dans le monde romain.



    SUITE : L'art des villes

     

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