Les nouveaux torquemada

Discussion dans 'Info du bled' créé par Casawia, 24 Janvier 2006.

  1. Casawia

    Casawia A & S Forever

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    Le journaliste, Khalid Jamaï, réagissant à la récente sortie de Mohamed Bouzoubaâ concernant la cellule dévolue à la presse au ministère de la Justice, estime que si quelqu'un doit être poursuivi parce qu'il pousse au désespoir qui transforme les Marocains en desperados, c'est bien le gouvernement.

    Le ministre de la Justice qui, rappelons-le, il y a quelques années encore, fustigeait le régime et sa justice considérée comme étant aux ordres de l'Exécutif (voir le procès de Noubir Amaoui et la plaidoirie de M. Bouzoubaa), fait preuve aujourd'hui d'un zèle rencontré chez aucun de ses prédécesseurs. Il a ainsi innové en mettant en place, au sein de son ministère, une commission qui, bientôt, n' aura plus rien à envier au tribunal de l'inquisition. Une commission chargée d'éplucher , chaque jour , la presse nationale pour y traquer tout écrit qu'elle jugera attentatoire aux institutions, à la religion, tout écrit qu'elle considèrera à même de susciter désespoir, démoralisation , doute , découragement au sein de la population .
    Sentiments devenus délictueux ! Véritable « enrichissement » du code pénal marocain ! Sublime ijtihad au service de la répression. Etrange parcours d'un chantre de la liberté qui s'est mu en un Torquemada ! Etrange parti aussi que l'U.S.F.P qui continue à soutenir un ministre parti en croisade contre la liberté de presse et d'opinion. Pourtant, le gouvernement, de par les moyens qu'il s'est accaparés, à savoir les média publics, aurait pu insuffler espoir, encouragement au sein de la population. Pourquoi un tel échec ? Pourquoi cette presse indépendante, avec une poignée de journalistes, a-t-elle un tel impact sur une grande partie de l'opinion publique ? Pourquoi jouit-elle d'une audience certaine sur le plan international ? D'où lui vient cette crédibilité ? En vérité, si quelqu'un doit être poursuivi parce qu'il pousse au désespoir qui transforme les Marocains en desperados, c'est bien le gouvernement. N'est-ce pas lui qui a poussé de jeunes chômeurs à s'immoler par le feu ? N'est-ce pas ce gouvernement qui a acculé quatre des victimes de l'affaire « Najat » à se donner la mort ? N'est-ce pas ce gouvernement qui force chaque jour des centaines de jeunes chômeurs à manifester et à subir une terrible répression dans différentes villes du royaume ? N'est-ce pas ce gouvernement qui a conduit les populations de Nador, de Bouarfa, de Beni-Mellal, d'Ifni, de Tan-Tan, Talsint , d'Al Hociema à organiser des marches pour réclamer une justice sociale ? N'est-ce pas ce gouvernement qui a condamné des centaines de jeunes à chercher désespérément à déserter « le plus beau pays du monde », un pays qu'ils ne considèrent Plus comme le leur . N'est-ce pas ce gouvernement qui a contraint des dizaines de Marocains et de Marocaines à chercher refuge en Algérie ? N'est-ce pas ce gouvernement qui permet aux tortionnaires d'hier et d'aujourd'hui de se pavaner en toute sécurité, en toute liberté ? Et la liste est loin d'être exhaustive.


    Pas de changement, mais une régression
    Comme en 1981, à l'instar de ceux qui siégeaient au gouvernement de l'époque et dont les mains sont tachées du sang des innocents, enfants, femmes, vieillards, assassinés lâchement puis jetés dans des fosses communes , ceux qui siégent aujourd'hui aux cotés de Jettou sont responsables de la répression qui s'abat sur la presse indépendante, responsables aussi des tortures qui ont été exercées et qui sont peut-être encore exercées à Temara, tortures désormais dénoncées sur le plan international par les organisations des droits de l'Homme (voir le témoignage des islamistes arrêtés après le 16 mai, voir aussi le témoignage de cet Ethiopien britannique publié par Amnesty International). Par ailleurs, les membres de ce gouvernement ne cessent de crier sur tous les toits que la justice est souveraine et que la presse et les journalistes ne sont pas et ne seront jamais au-dessus des lois. La belle affaire ! Car jamais cette presse et ces journalistes ne se sont proclamés au dessus des lois, donc des hors-la-loi. Mais l'égalité devant la loi ne peut souffrir aucune exception, aucune dérogation y compris pour ceux qui occupent des postes de responsabilité et à quelque niveau que ce soit. Mais ce principe est loin d'être respecté par ceux-là même qui s'en font les chantres. Preuve en est les simulacres de procès du C.I.H, de la B.P, de la B.N.D.E, de la C.N.S.S, des Minoteries, etc.…, etc... qui semblent destinés à finir en queue de poisson d'autant que les mis en cause sont presque tous en liberté, tandis que lorsqu'il s'agit de la presse, la justice fait preuve d'une célérité sans pareille. Dans ce cas on a affaire à une justice pour le moins expéditive et à des peines « exemplaires ». Ceux qui, aujourd'hui, s'acharnent sur la presse indépendante ne se rendent pas compte qu'ils sont en train de lui rendre service. Que leur acharnement et leur harcèlement l'aguerrissent chaque jour un peu plus, lui apprennent à dépasser sa peur, la confortent dans ses idées, dans son combat, la rendent plus offensive. Point de changement mais plutôt une régression. Preuve en est le nombre impressionnant de procès intentés à cette presse et ces journalistes depuis le début de ce que l'on appelle le nouveau règne. Ces nouveaux inquisiteurs, ces nouveaux Torquemada n'ont pas conscience que leur vindicte sert de soupape de sécurité au Pouvoir à qui elle révèle des vérités que plus d'un, dans le sérail, voudrait occulter. De même qu'agissant de la sorte, ils sont en train de perdre une carte ; un label qu'ils brandissaient sur la scène internationale pour prétendre que le pays est véritablement en voie de démocratisation. Ainsi, en condamnant cette presse, ils se condamnent et perdent toute crédibilité.

    Eternels optimistes
    Au début du nouveau règne, nous étions quelques-uns à attirer l'attention des tenants du nouveau règne, à tirer la sonnette d'alarme, à prévenir que la voie empruntée allait conduire inévitablement à de nouveaux Derb Moulay Chrif, voire à de nouveaux Tazmamart et à remplir des centaines de nouvelles cellules. C'est désormais chose presque faite. Que ces messieurs se « rassurent ». L'Histoire finira toujours par les rattraper, comme c'est le cas pour ceux qui ont sévi pendant les années de plomb. Ceci dit, nous devons faire notre mea culpa car nous avons péché par omission. Nous avons oublié que ces nouveaux « arrivants », adeptes du tout-sécuritaire, n'avaient connu ni la torture, ni la prison, n'avaient jamais milité pour la liberté, pour la démocratie ou pris un quelconque risque dans ce sens.N'ont-ils pas toujours été de l'autre côté ? Nous avons tout simplement scotomisé qu'ils étaient un pur produit du makhzen. Pourquoi donc, avons-nous cru qu'ils allaient tout d'un coup se transformer en authentiques démocrates, défenseurs de l'état de droit ...
    « TelQuel » a été condamné à 80 millions de centimes, « Al Bidaoui » risque deux procès et une amende de 100 millions centimes. « Le Journal Hebdo », une pénalisation selon la presse de 500 millions de centimes, quant à « El-Ayyam », « El-Jarida El Oukhra » et « El Machaâl », ils ne seront pas en reste. Ne sommes-nous pas là devant une stratégie ayant pour but de rayer tout simplement ces hebdomadaires du paysage médiatique marocain du fait que ces journaux sont, par hasard, ceux que les sécuritaires, le gouvernement et plus d'un dirigeant politique voudraient voir disparaître à jamais ? N'en déplaise à M.Bouzoubaâ, nous sommes d'éternels optimistes et … nous le resterons.

    Khalid Jamaï
    Le Journal Hebdo

    http://www.lejournal-hebdo.com/article.php3?id_article=6758

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    propose par aghilasse
     

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