Les oiseaux de passage

Discussion dans 'toutes les poésies...' créé par aghanja, 7 Juillet 2005.

  1. aghanja

    aghanja Citoyen

    J'aime reçus:
    16
    Points:
    38
    Jean RICHEPIN (1849-1926) 
    (Recueil : La chanson des gueux)
    **********************************************


    Les oiseaux de passage​


    C'est une cour carrée et qui n'a rien d'étrange :
    Sur les flancs, l'écurie et l'étable au toit bas ;
    Ici près, la maison ; là-bas, au fond, la grange
    Sous son chapeau de chaume et sa jupe en plâtras.

    Le bac, où les chevaux au retour viendront boire,
    Dans sa berge de bois est immobile et dort.
    Tout plaqué de soleil, le purin à l'eau noire
    Luit le long du fumier gras et pailleté d'or.

    Loin de l'endroit humide où gît la couche grasse,
    Au milieu de la cour, où le crottin plus sec
    Riche de grains d'avoine en poussière s'entasse,
    La poule l'éparpille à coups d'ongle et de bec.

    Plus haut, entre les deux brancards d'une charrette,
    Un gros coq satisfait, gavé d'aise, assoupi,
    Hérissé, l'½il mi-clos recouvert par la crête,
    Ainsi qu'une couveuse en boule est accroupi.

    Des canards hébétés voguent, l'oeil en extase.
    On dirait des rêveurs, quand, soudain s'arrêtant,
    Pour chercher leur pâture au plus vert de la vase
    Ils crèvent d'un plongeon les moires de l'étang.

    Sur le faîte du toit, dont les grises ardoises
    Montrent dans le soleil leurs écailles d'argent,
    Des pigeons violets aux reflets de turquoises
    De roucoulements sourds gonflent leur col changeant.

    Leur ventre bien lustré, dont la plume est plus sombre,
    Fait tantôt de l'ébène et tantôt de l'émail,
    Et leurs pattes, qui sont rouges parmi cette ombre,
    Semblent sur du velours des branches de corail.

    Au bout du clos, bien loin, on voit paître les oies,
    Et vaguer les dindons noirs comme des huissiers.
    Oh ! qui pourra chanter vos bonheurs et vos joies,
    Rentiers, faiseurs de lards, philistins, épiciers ?

    Oh ! vie heureuse des bourgeois ! Qu'avril bourgeonne
    Ou que décembre gèle, ils sont fiers et contents.
    Ce pigeon est aimé trois jours par sa pigeonne ;
    Ca lui suffit, il sait que l'amour n'a qu'un temps.
     
  2. freil

    freil Libre Penseur

    J'aime reçus:
    52
    Points:
    48
    Re : Les oiseaux de passage

    ah lala j'aime bien les poemes qui date de tres loin, on se régale vraiment!! [39h]
    aghanja: wa raka 3aref ki dima, merci ! ;-)
     

Partager cette page