Les transferts des MRE...Un levier pour l’économie nationale

Discussion dans 'Info du bled' créé par Le_Dictateur, 10 Avril 2007.

  1. Le_Dictateur

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    Que représente l’argent des immigrés au Maroc, que pèse-t-il dans l’économie nationale,dans quels secteur est-il investi ? Benyoussef Saboni directeur adjoint du Trésors était présent
    à cette conférence.

    “Libé”: Le nombre des migrants dans le monde serait de 200 millions dont la plupart transfèrent leur épargne vers leurs pays d’origine , l’Inde étant le pays qui reçoit le plus de fonds .Un mot peut-être sur ces transferts ?

    Benyoussef Saboni: Globalement, j’observe que les transferts financiers des migrants vers leur pays d’origine se sont considérablement accrus au cours de ces dernières années pour émerger en tant que source incontournable de financement extérieur pour la majorité des pays en développement.
    Comparés à d’autres mouvements de capitaux, les transferts des migrants représentent des flux bien plus élevés que ceux des investissements de portefeuille et 3 fois ceux de l’aide au développement.


    En raison de leur importance (167MM. $ pour les pays en développement) et de leur rôle dans les économies en développement notamment dans la réduction de la pauvreté, le financement des petites entreprises, de l’éducation et des dépenses de santé , les transferts font l’objet d’une attention particulière de la part des décideurs aussi bien dans les pays en voie de développement que dans les pays développés. L’objectif est d’améliorer l’impact des transferts en particulier à travers un emploi optimal de ces capitaux qui sont en mesure de constituer un véritable levier pour financer le développement.
    Qu’en est-il du Maroc ?

    Au Maroc , les transferts des MRE se sont nettement accélérés au cours de ces dix dernières années, passant de 1,7 MM. € (18 MM.DH) en 1997 à 4,4 MM. € (48 MM.DH) en 2006, soit une progression annuelle moyenne de 9,7% grâce notamment à plusieurs raisons .

    Il y a d’abord l’ engagement de l’Etat qui a, d’une part, mis en place des politiques favorables à l’investissement (la Charte d’investissement, les Centres régionaux d’investissement) et, d’autre part, favorisé le maintien de liens forts entre les MRE et leur pays d’origine ( création d’un ministère dédié); il y a ensuite l’implantation des banques marocaines à l’étranger et la création de produits destinés à ce segment, l’attractivité du Maroc qui s’est nettement améliorée ces dernières années avec la consolidation de la stabilité macroéconomique marquée notamment par la maîtrise de l’inflation, un secteur financier sain et solide et l’accélération des réformes structurelles dans différents domaines.Que représentent ces transferts dans l’économie marocaine ?

    Entre 2001 et 2006 les transferts ont représenté 7,8% du PIB ; ils ont couvert 59% du déficit commercial et ont constitué la première source de devises devançant le tourisme, les investissements et prêts privés étrangers et les tirages de la dette publique .Cependant, les recettes touristiques ont dépassé les transferts des MRE à partir de 2005. Ils ont représenté en moyenne 4 fois les tirages de la dette publique et 2,6 fois les investissements et prêts privés étrangers.


    Au cours des débats de la Conférence FEMIP , plusieurs raisons ont été avancées qui expliquent les principaux motifs qui poussent les MRE à transférer leurs économies vers leur pays d'origine .Quelles sont-elles ?

    Il y a tout d’abord la solidarité familiale. Le montant des transferts des MRE en faveur des ménages représente une part significative du total des transferts. Ces transferts contribuent à la baisse du taux de pauvreté au niveau national. Il y a ensuite l’épargne essentiellement sous forme de dépôts à vue ou à terme auprès des banques commerciales marocaines. Il y a l’investissement : l’essentiel de l’investissement des MRE se fait dans l’immobilier, loin devant l’agriculture.

    IL y a enfin le tourisme. Une part non négligeable des transferts des MRE est considérée comme des dépenses de voyages. En effet, près de 3 millions de MRE ont visité le Maroc en 2006 dont la majorité durant la période d’été, utilisant une partie des montants transférés pour couvrir les dépenses des vacances.Ne craignez-vous pas que la solidarité familiale ne s’étiole avec l’émergence des valeurs individuelles des migrants de la troisième et quatrième générations ?

    La solidarité familiale reste une valeur centrale et sacrée chez les Marocains. Cet attachement à la famille est perceptible également dans les transferts des MRE qui sont pour une part significative un vecteur de la solidarité familiale (26% du total des transferts).
    Ainsi, de par leur importance relative dans le budget des ménages, ces transferts constituent une composante fondamentale de la protection sociale et une source de revenu ayant un apport substantiel au financement des dépenses de consommation, de santé et d’éducation.

    Ils contribuent ainsi à améliorer les conditions de vie des populations les plus démunies et par conséquent limitent l’exode rural et la prolifération de l’habitat insalubre dans les zones urbaines ;ils réduisent les disparités régionales et contribuent à atténuer la pression migratoire.Une étude réalisée par la Direction de la Statistique du Maroc a fait ressortir que les envois des RME sont à l’origine de la baisse du taux de pauvreté de plus de 4 points de pourcentage au niveau national.

    Dans le même ordre d’idées, et dans un cadre plus global de lutte contre la pauvreté, des expériences récentes réussies dans certains pays d’Amérique latine ont démontré le rôle important que peuvent jouer les transferts des immigrés comme source pour la micro-finance.

    Il s’agit là d’un nouveau mécanisme qui cible les populations les plus défavorisées en leur permettant un accès aux crédits et par ricochet la possibilité de développer des activités génératrices de revenus. Au vu du développement important de la micro-finance au Maroc, notre pays peut tirer profit de ce mécanisme pour accompagner l’expansion soutenue des associations du micro-crédit, à coûts raisonnables.

    En effet, et bien que l’expérience du Maroc est relativement récente en matière de micro-finance, elle constitue une référence dans la région. Ce positionnement est le reflet du bilan encourageant et de l’accumulation rapide d’une importante et riche expérience des acteurs nationaux du micro-crédit.

    Les douze associations du micro-crédit agréées, ont en effet réalisé depuis leur création, plus de 2 millions de prêts, pour un total de 5,5 milliards de dh. Elles servent, par le biais de près de 500 représentations couvrant l’ensemble du territoire national, plus de 450.000 clients actifs, dont 75% de femmes, pour un encours global de près de 900 millions de DH et un taux de remboursement de plus de 99%. Le secteur est aussi à l’origine de la création de près de 2000 emplois directs permanents et de plusieurs milliers d’emplois indirects.Les banques commerciales marocaines mais aussi étrangères sont de plus en plus intéressées par ce créneau de l’argent des immigrés.

    Durant ces dernières années, les banques marocaines se sont orientées vers le segment des MRE en raison de l’importance des transferts. Elles offrent actuellement des produits variés comme l’a expliqué le président d’Attijari Wafabank dans sa brillante intervention, et ce afin d’inciter davantage les MRE à investir au Maroc et à participer activement à leur intégration dans les circuits économiques.

    Le système bancaire draine la part la plus importante de l’épargne des MRE; les dépôts des MRE auprès des banques commerciales marocaines ont connu une forte progression .Ils ont enregistré une progression annuelle de 10% entre 1996 et 2006; ils représentent 25% en moyenne de l’ensemble des dépôts détenus par les banques commerciales entre 1996-2006 ; et les MRE détiennent, à fin 2005, plus de 35% des comptes chèques des banques marocaines, soit environ 4,7 MM. €.Nabil Kerdoudi, membre du Directoire Al Omrane aménageur social a présenté la stratégie de son groupe .Que font les immigrés avec leur argent ?

    Les MRE investissent en masse dans l’immobilier puisque ce secteur représente, comme l’a expliqué M. Kerdoudi, non seulement une forme de placement sûre mais également un signe de réussite sociale et une véritable sécurité en cas de retour au pays d’origine.

    Ainsi, ce secteur accapare, à lui seul, 72% de l’ensemble des investissements drainés par les MRE. L’Etat a institué une ristourne d’intérêt au profit des personnes physiques marocaines exerçant une activité professionnelle à l’étranger, en vue de la construction ou de l’acquisition de logements destinés à leur habitation personnelle ou à celle de leur famille.

    Les MRE accordent également beaucoup d’importance au secteur agricole (près de 7 % des investissements) puisque la plupart d’entre eux sont issus du milieu rural. Ainsi, les transferts de ces derniers permettent aux petits exploitants de combler les déficits en période de sécheresse ou de récolte insuffisante.

    Dès lors, la contribution des MRE quant au financement des exploitations agricoles, a permis une amélioration de l’activité agricoleen termes d’extension de la superficie et de la modernisation des moyens de production dans les exploitations familiales.

    Pour le reste, les MRE investissent dans la création de PME orientées vers des activités commerciales, industrielles ou touristiques. A cet égard, il est à signaler qu’il existe des différences notables entre les générations : les anciennes privilégient le commerce d’alimentation, la restauration et l’artisanat tandis que les jeunes ressortissants optent pour des PME spécialisées dans le transport, le tourisme, les technologies de l’information et la confection.

    Les services représentent 20% du total des investissements des MRE. Il existe également un intérêt accru des MRE pour les investissements dans les valeurs mobilières au cours de ces dernières années.

    Leurs investissements ont ainsi augmenté de plus de 61% entre 2002 et 2005, passant de 20,7 M. € à 33 M. €. Avec un montant de 33 M. €. investi dans les titres d’OPCVM en 2005, les MRE ne détiennent que 0,4% de l’actif net global des OPCVM; toutefois leur part demeure prépondérante au niveau des investissements étrangers détenus en actifs OPCVM puisqu’ils s’accaparent 65% du montant global investi par cette catégorie.

    La dernière initiative de l’ONMT et l’engouement créé pour les packages aux MRE montrent que ces derniers s’intéressent au tourisme. A-t-on évalué ces dépenses ?

    Au-delà des considérations liées à la solidarité familiale, à l'épargne et à l'investissement, les MRE transfèrent de l’argent pour leurs dépenses de voyages. Le profil du MRE touriste se révèle de plus en plus comme une réalité prégnante et importante .

    Le nombre des arrivées des MRE s’est élevé à 3 millions en 2006 alors que ce nombre n'était que de 1,1 million en 1995 ; A partir de 2003, les MRE sont devenus les premiers clients du tourisme au Maroc, et les MRE viennent essentiellement durant les vacances de l'été. Ainsi, 60% des arrivées se font au cours des mois de juillet et août. De plus, les MRE ont en moyenne un séjour plus long que celui des touristes étrangers qui ne dépasse pas 6 jours.

    Quelles conclusions tirez-vous des évolutions décrites ?

    L’utilisation des transferts des MRE a connu de profonds changements : les transferts qui étaient auparavant destinés essentiellement à la consommation et à la construction de logements sont devenus également des sources servant notamment au financement d’autres types d’investissements et aux dépenses de tourisme; à mi-parcours de la mise en œuvre de l’accord d’association avec l’UE, force est de constater que les transferts des immigrés, de par de leur accroissement soutenu, ont constitué un facteur d’ancrage de notre économie au marché européen et un véritable levier de financement de notre développement.

    Un levier qui contribue à atténuer notre déficit commercial chronique avec l’Union européenne et la faiblesse des investissements directs européens au Maroc en comparaison avec d’autres pays et d’autres régions du monde comme l’Asie et l’Amérique.

    Farida Moha
    Libération
     

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