Lettre à Florence Aubenas

Discussion dans 'toutes les poésies...' créé par le prince, 14 Septembre 2006.

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    Lettre à Florence Aubenas



    Emmurée
    Ton c½ur continue à battre
    au fond des ténèbres
    Dans ton c½ur
    un ½il s’est ouvert
    Il voit ce que nous ne savons plus voir :
    le rictus du bourreau
    tapi en chacun de nous
    le visage de l’innocence
    piétiné par la horde
    l’étincelle de compassion qui seule
    peut nous illuminer de l’intérieur
    la main qui s’ouvre
    pour que la tendresse jaillisse
    comme de source
    le signe de reconnaissance
    avant la fonte des métaux humains
    dans l’acte prodigieux de l’amour
    la bouche sans fard
    d’où vont couler
    les paroles si rares de vérité
    les sept lettres plus que parlantes
    de notre souveraine liberté

    Emmurés
    dans leurs propres ténèbres
    tes geôliers campent hors du temps et du monde
    De leur humanité
    ils n’ont plus qu’un vague souvenir
    Ils n’ont d’autres membres
    que leurs armes
    d’autre tête
    que le chaudron en ébullition de la haine
    d’autre c½ur
    que la pierre ponce servant à affûter les couteaux
    Emmurés
    dans leurs propres ténèbres
    tes geôliers ne savent pas ce qu’ils font

    Et nous qui oublions les nuits
    pour ne compter que les jours
    tournoyant dans le cirque violemment éclairé
    de nos libertés insipides
    nous pensons à toi Florence
    en espérant qu’un ½il s’ouvre dans notre c½ur
    et nous révèle
    ce que nous ne savons plus voir :
    nos gestes quotidiens de petits prédateurs
    qui rarement s’ignorent
    la couleur du mensonge
    étalée sur toute la palette des discours
    la cassure irrémédiable de notre planète
    pour mieux séparer
    les élus des laissés-pour-compte
    la toile solide
    de l’araignée de l’indifférence
    qui enserre peu à peu nos facultés
    les barreaux contre lesquels nous nous cognons le front
    en regardant passer au loin
    la caravane de nos rêves

    Emmurée
    Ton c½ur continue à battre
    Dans ton c½ur
    l’½il qui s’est ouvert
    voit maintenant en nous
    Il relit notre histoire
    en la traduisant dans toutes les langues
    Grand prince
    il en corrige même les fautes
    et nous met en demeure
    d’écrire une nouvelle page
    inspirée par la leçon des ténèbres
    intronisant enfin la raison et ses lumières
    Vois-tu Florence
    c’est toi
    qui voles à notre secours !

    Abdellatif LAÂBI, Créteil, Mars 2005.

     

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