L'interrobang ? ! Mais c'est quoi d'abord ce truc ‽

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 2 Février 2010.

  1. @@@

    @@@ Accro

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    Jamais vous ne l'avez vu sur un clavier d'ordinateur. Mais sachez qu'un point de ponctuation combinant exclamation et interrogation existe. « Ah oui ? ! », vous dites-vous peut-être, dans un élan de surprise et de curiosité.

    Oui : c'est le point « exclarrogatif » - « interrobang » en anglais. « Ah oui ‽ » auraient donc plutôt écrit les défenseurs du «
    ». C'est joli, mais le signe, pourtant vieux de 50 ans, n'est ni très répandu ni très reconnu. Un enthousiasme récent, aidé par la viralité du Net, pourrait néanmoins annoncer une nouvelle popularité.


    En VO : le signe américain du « What the fuck ? ! »

    Martin K. Speckter, publicitaire américain, l'a crée en 1962. C'était pour véhiculer, en un signe typographique, l'émotion du « Hein ? ! » français. A l'époque, en anglais, du « What the hell ? ! ».

    L'idée : fondre en un caractère les points d'interrogation et d'exclamation accolés dans la combinaison » ? ! » qu'on voyait de plus en plus dans l'écriture anglophone. Speckter a donc superposé les deux et retenu le suffixe « bang », « point d'interrogation » dans le jargon des imprimeurs.

    Le signe a été reconnu par quelques dictionnaires et agences de typographies. Il aurait été assez en vogue dans les années 1960, avant de finalement sombrer dans un certain oubli.

    Récemment, en quelques recoins du Web (anglophone, principalement), on a vu s'exprimer le désir de faire revenir l'interrobang.


    Pourquoi ça prendrait/ne prendrait pas

    Difficile de dire si le point de ponctuation pourrait s'installer ou non dans l'usage courant. Pour l'instant, cette redécouverte génère plus de commentaires que d'utilisations spontanées du signe. Il faut dire que plusieurs obstacles en limitent l'usage.

    Sylvie Prioul, coauteur de « La ponctuation ou l'art d'accommoder les textes », rappelle :

    « Depuis le XVIIIe siècle, on dispose d'une dizaine de points de ponctuation à usage technique, nombre qu'on n'a pas augmenté mais plutôt diminué, comme avec le délaissement du point virgule.

    Dans les années 1960, il y a eu, en effet, cette mode de points différents, des points qui signalent des émotions : le point d'ironie, le point de sarcasme, le point d'amour, par exemple. Mais c'était le fait d'écrivains ou d'essayistes -comme Raymond Queneau ou encore Hervé Bazin dans “Plumons l'oiseau” en 1966. Ces points n'ont jamais percé dans l'usage courant. »


    La page Wikipédia en français sur le « point exclarrogatif » est née en 2005 d'une traduction de la page anglaise et s'est plutôt enrichie à un bon rythme. Mais l'interrobang reste inconnu et/ou peu usité - ou alors dites-le nous !

    Il est pourtant disponible avec l'unicode U+203D et a été repris par certaines polices de caractère sur Microsoft dans les symboles Wingdings 2, sur Lucida Unicode, Arial Unicode MS et Calibri.


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    Deuxième obstacle : la lenteur les évolutions de la ponctuation, bien qu'Internet a tendance a les accélérer, comme l'expansion des émoticones l'a déjà illustré. Au ministère de la Culture, Michel Alessio, chargé de mission à l'Observatoire des pratiques linguistiques, explique :

    « On n'étudie pas les évolutions moins visibles de la ponctuation comme on étudie l'orthographe ou la grammaire, ce qu'indique l'actualisation régulière du dictionnaire de l'Académie française alors que rien de tel n'est fait pour la ponctuation. »

    Au service du dictionnaire de l'Académie française, les observateurs n'ont pas relevé l'usage du point exclarrogatif et l'on émet l'hypothèse qu'utiliser un tel point, comme on utilise des points d'exclamation répétés, pourrait révéler un appauvrissement du vocabulaire et des nuances.


    Enfin, pourquoi user d'un point de ponctuation quand, même en français, à l'instar du LOL, on utilise de plus en plus les trois lettres WTF ?


    L'ambiguïté du marqueur « quel » bien traduite par le point exclarrogatif

    Ceci dit, rien n'empêche non plus le point de voir un jour son usage se répandre. Jean-Pierre Desclés, professeur à la Sorbonne en linguistique et sémantique, note :

    « Il n'est pas idiot. Ce point traduit même plutôt très bien l'ambiguïté du marqueur “quel” en français, ambiguïté que l'on retrouve aussi dans le “what” anglais. On utilise “quel” à la fois pour l'exclamation (“Quel artiste ! ”) et pour l'interrogation (“Quel artiste ? ”). En cela, c'est une invention assez justifiée. »

    Interrogé sur l'avenir possible de l'« exclarrogation », il rappelle la genèse historiquement aléatoire du point et de la virgule, et précise :

    « On ne peut pas prédire l'adoption sociale de tel ou tel fait linguistique. La création individuelle peut être suivie par une petite communauté comme par une plus grande masse, comme elle peut ne pas l'être ou l'être quelques années puis retomber par la suite. Si elle aide à l'expression et à la lecture : pourquoi pas ? »





    http://www.rue89.com/et-pourtant/2010/02/02/linterrobang-mais-cest-quoi-dabord-ce-truc-136404
     

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