m½urs, société, politique, culture et communauté : Mais il est où le patriotisme ?

Discussion dans 'Scooooop' créé par morphin, 14 Novembre 2006.

  1. morphin

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    Le patriotisme n’est pas une idéologie. Il est même le contraire de cela. Etre patriote ne signifie point le rejet de l’autre et la qualité de patriote ne saurait être « siamoisée » avec le chauvinisme.
    Cela participe seulement de l’amour instinctif, viscéral, que chacun de nous ressent à l’égard de sa progéniture, son ascendance ou sa fratrie. Il s’agit donc de la forme de l’universalisme la plus achevée, la plus accomplie. Sinon un père et une mère scandinaves, aux yeux de l’équité, vaudraient plus – ou moins d’ailleurs – qu’un père et une mère burkinabés.
    Par conséquent, l’espace réservé à la construction d’une famille, d’une cité et, in fine, d’une nation vouées à la vie en commun, peut légitimement prétendre à la sacralité. Il y va de la sécurité individuelle et collective d’une communauté humaine qui aspire à la quiétude et à la dignité. Né concomitamment avec la propriété et la cellule familiale, le sentiment d’appartenance (ou d’allégeance) n’est rien d’autre que l’identité existentielle de chaque membre de la communauté.
    Par conséquent, le patriotisme est non seulement un universalisme, mais, fondamentalement, un humanisme. Contrairement au nationalisme, le patriotisme n’est donc pas une idéologie. Qu’en est-il de notre patriotisme ?
    Qu’est ce qui bloque la cadence ? Qui ? Pourquoi ? Analyse.


    u Maroc, le patriotisme a été laminé lors de la longue guerre de légitimité engagée, dès la veille de l’indépendance, entre les partis traditionnels et le Palais. Les deux protagonistes ont franchi la barrière des garde-fous pour s’asséner mutuellement les coups les plus bas : tentatives de coups d’Etat d’un côté, arrestations et liquidations de l’autre. La plupart de ces coups bien bas ont été, en vérité, administrés à la dignité des Marocains et avant tout à leur brave patriotisme. L’histoire dira qui, des deux protagonistes, pouvait revendiquer quelque légitimité pour oser sacrifier de la vertu sur l’autel de la nécessité. Aujourd’hui, le constat est là : notre patriotisme agonise sans qu’on n’y prête la moindre attention. Des milliers de nos compatriotes n’en arrivent à fuir le pays sur de lamentables et périlleuses pateras que lorsqu’en eux le désespoir aura triomphé du patriotisme. L’heure est grave : Une majorité écrasante de nos compatriotes est prête à succomber à la moindre tentation pour donner du dos à sa patrie ou, plus rarement il est vrai, planter carrément dans ce dernier un malin canif.


    Audace et humilité du Roi
    Là réside la gravité de notre anarchie (in)civique, nos rapports sociaux agressifs et notre indiscipline comportementale. Là réside le blocage central qui nous empêche d’activer la cadence, au même rythme que le Roi démocrate que la Providence nous a octroyé. Ce Roi inspiré a réconcilié l’audace avec l’humilité. Son patriotisme est tonitruant. Au détriment de sa quiétude de Père et d’Epoux, il ne peut résister à sa passion pour la Patrie pour initier et inspecter les chantiers jour et nuit, sur les routes ou dans les airs. Ceux qui recourent à la lâcheté pour en faire leurs venimeuses couvertures, ne peuvent obéir qu’à l’une des deux motivations suivantes : Soit le dépit amoureux, ce que les Marocains expriment délicieusement par l’adage « J’ai planté mon regard sur Lui, sans pouvoir aller vers Lui » (âyni fih ou ma…). Soit la vénalité dans son expression la plus abjecte. Dans les deux cas, le patriotisme est sacrifié. Aimer sa patrie devrait consister avant tout au respect de ses élites, quelles que soient les insuffisances ou les tares qui la frappent. En apprenant à analyser, puis à critiquer, une politique, on apprend par la même que le patriotisme ne peut s’accommoder de l’insulte. Vaine ambition que celle de vendre sa patrie pour mieux vendre du papier ! Aucune institution ne doit, certes, échapper à la suprématie des lois, à commencer par la première d’entre elles et, par conséquent, à la critique. C’est là que l’objectivité doit pouvoir triompher sur les passions, les pulsions et les compulsions néfastes. Hors de cet impératif civique, point d’harmonie. Point de salut pour la communauté de Marocains que nous sommes.

    La raison faite déraison
    Voudrait-on qu’on revienne à l’ère des règlements de comptes nocturnes et taciturnes ? Voudrait-on coûte que coûte avoir raison, quitte à précipiter la Patrie dans la déraison ? Que cherche-t-on à prouver lorsqu’on ne consacre pas un seul entrefilet à une action positive accomplie par les forces vives du Royaume, à commencer par le Souverain actuel ? Sommes-nous colonisés par une puissance étrangère à nos valeurs et à notre idée de la dignité ? Gardons-nous de fragiliser l’Arbitre ; tout le monde en pâtirait, n’en déplaise à la Providence !
    Cela dit, les manifestations de l’agressivité de type psychopathique qui caractérisent les rapports sociétaux s’amplifient à un rythme hallucinant. Pour avoir eu l’opportunité durant un quart de siècle de porter, à la faveur de chacun de mes longs séjours, un regard dépouillé d’affect, je puis témoigner de la recrudescence de ce que l’on ne peut désigner autrement que par l’« apatriotisme ». Le flux de l’insulte est torrentiel. Même en dehors de l’alibi ramadanesque ! Une nouvelle langue, truffée de haine et de mépris, est en train de gagner la partie face au parler responsable. A l’âge de l’apprentissage des règles de vie communes, des millions de nos gamins manipulent déjà un langage habité par les pulsions anales : « Qwaleb », « h’chitou lih » « tmanyik »…et des centaines d’autres locutions participant de cette guerre livrée – avec quel acharnement ! – contre la Patrie. Les hauts responsables qui ont été pris en « flagrants délices » antipatriotiques constituent le régiment d’élite de cette guerre. Nos compatriotes qui ont osé recourir à l’achat des consciences pour accéder à la représentation nationale en constituent les commandos. Nos concitoyens mafiosos qui ont cru pouvoir impunément noyauter nos institutions au moyen de l’argent sale en sont les sous-marins. Les « killers » de la haute administration publique qui se jouent du destin du pays pour des ambitions carriéristes sans le moindre background sont les chargeurs-détonateurs des canons de la guerre contre le sentiment patriotique.
    La feuille de route est claire : un développement humain soutenu couplé à la construction d’un Etat de droit qui fait de la démocratie et de la modernité ses piliers. L’autonomisation de la femme, l’éradication de la grande pauvreté, la promotion sociale par l’économique, le lancement des grands projets structurants découlent de cette feuille de route. Ceux qui se prévalent d’une morale malsaine et puérile pour pointer une soit disant « makhzénisation » accrue de l’économie, n’y trouvant que ruine ne sont rien d’autre que des « détourneurs d’instincts ». Des « fast-foodeurs » de la haine de soi. Ils veulent être loués pour ce qu’ils n’ont pas accompli. Un confort intellectuel si facile…

    Des atouts stratégiques
    Une feuille de route limpide, un horizon politique clairement identifié, des moyens inédits engagés, un Chef de chantier(s) appliqué…tels sont les atouts stratégiques mis en branle depuis l’intronisation de Mohammed VI. La présomption systématique de la mauvaise foi, élevée au rang de choix politique ou éditorial, relève de l’entreprise de sape. De la démoralisation de la nation et, en conséquence, de l’ « apatriotisme » sinon de l’antipatriotisme. Car, « la Monarchie constitutionnelle, démocratique et sociale » en rénovation n’exclut nullement la compétition des talents et des projets de société. De l’extrême gauche à l’extrême droite. La remise en question des lois touchant aux libertés, à la pratique politique, à la consolidation constante de l’indépendance des pouvoirs et des contre-pouvoirs, tout cela n’est pas le fruit de l’improvisation et, encore moins, de l’absurde. Le jeu est ouvert. Il suffit d’en respecter les règles, loin des passions vindicatives et de la malhonnêteté intellectuelle. A qui veut-on faire croire le gros mensonge de la voracité vénale d’un Roi qui, de l’avis de l’ensemble de nos contemporains, a lié son règne à la réussite de la « révolution modernitaire » qu’il a initiée avec maestria depuis la première minute de son accession au Trône ?
    Restent les institutions et la constitution. Qui a jamais entendu le Roi, en public comme en privé, exprimer la moindre réticence devant leur accommodement aux impératifs de notre époque comme aux agrégats de l’universalisme ? La balle se trouve désormais dans le camp des acteurs politiques et de la société civile à tous les étages de l’édifice institutionnel. N’attendez pas du Roi qu’il joue le rôle des parlementaires, des ministres, des walis, des élus locaux, des intellectuels, du tissu associatif, des médias et des organisations représentatives.
    Qu’est-ce que cette conception de la politique qui fait table rase de la distribution des rôles pour le simple plaisir de pratiquer, hors de tout esprit responsable, l’« il y qu’à » ?
    Pollueurs de m½urs
    N’étant pas une idéologie, le patriotisme ne peut être non plus l’alibi de l’enrichissement rentier. Les procédures normatives doivent présider à l’escalade de l’échelle sociale. Les amateurs de coups tordus et les affairistes déguisés en acteurs économiques ne doivent bénéficier d’aucune circonstance atténuante. Ces pollueurs de m½urs n’ont pas leur place dans l’Etat de droit en construction. En définitive, ceux qui crient plus fort que les autres pour masquer leurs mesquines ambitions ou leurs sombres desseins, qui plus est avec l’appui systématique des détracteurs de l’intégrité territoriale du Royaume, sont les alliés objectifs des pires ennemis de notre pays. Arrêtons de nous mentir. Les nouvelles générations ne peuvent tolérer longtemps les pertes de temps sciemment occasionnées par les empêcheurs de « développer en rond ». L’heure est à l’action, non aux palabres aussi néfastes que futiles. Le Roi, Lui, fait. Il ne parle que pour faire le point sur ce qui a été réalisé et qui reste à faire. Nous sommes libres. Il nous reste à rejoindre le champ de la responsabilité. Le patriotisme ne s’improvise point. Il obéit aux règles de la décence. Fût-elle jumelée à l’impertinence. Quand la caravane passe, elle a davantage besoin de protection que d’instinctifs aboiements. Encore moins de pillage !









    Source:


    Abdessamad Mouhieddine
    07 Novembre 2006
    La gazette du Maroc
     

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