malgre la traduction

Discussion dans 'toutes les poésies...' créé par vanlee, 25 Décembre 2006.

  1. vanlee

    vanlee Abou Mouataz

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    malgre la traduction des poesie de nezar kabbani il reste des chef d'oeuvre
    je vous laisse aprecier



    Quand annoncera-t-on la mort des Arabes ?


    Par Nizar Kabbani (1994)



    Traduction de feu Abdelaziz Ben Daoud



    1
    J'essaie, depuis l'enfance, de dessiner ces pays
    Qu'on appelle-allégoriquement-les pays des Arabes
    Pays qui me pardonneraient si je brisais le verre de la lune...
    Qui me remercieraient si j'écrivais un poème d'amour
    Et qui me permettraient d'exercer l'amour
    Aussi librement que les moineaux sur les arbres...
    J'essaie de dessiner des pays...
    Qui m'apprendraient à toujours vivre au diapason de l'amour
    Ainsi, j'étendrai pour toi, l'été, la cape de mon amour
    Et je presserai ta robe, l'hiver, quand il se mettra à pleuvoir...

    2
    J'essaie de dessiner des pays...
    Avec un Parlement de jasmin...
    Avec un peuple aussi délicat que le jasmin...
    Où les colombes sommeillent au dessus de ma tête
    Et où les minarets dans mes yeux versent leurs larmes
    J'essaie de dessiner des pays intimes avec ma poésie
    Et qui ne se placent pas entre moi et mes rêveries
    Et où les soldats ne se pavanent pas sur mon front
    J'essaie de dessiner des pays...
    Qui me récompensent quand j'écris une poésie
    Et qui me pardonnent quand déborde le fleuve de ma folie...

    3
    J'essaie de dessiner une cité d'amour
    Libérée de toutes inhibitions...
    Et où la féminité n'est pas égorgée... ni nul corps opprimé

    4
    J'ai parcouru le Sud... J'ai parcouru le Nord...
    Mais en vain...
    Car le café de tous les cafés a le même arôme...
    Et toutes les femmes-une fois dénudées-
    Sentent le même parfum...
    Et tous les hommes de la tribu ne mastiquent point ce qu'ils mangent
    Et dévorent les femmes une à la seconde

    5
    J'essaie depuis le commencement...
    De ne ressembler à personne...
    Disant non pour toujours à tout discours en boîte de conserve
    Et rejetant l'adoration de toute idole...

    6
    J'essaie de brûler tous les textes qui m'habillent
    Certains poèmes sont pour moi une tombe
    Et certaines langues linceul.
    Je pris rendez-vous avec la dernière femme
    Mais j'arrivai bien après l'heure

    7
    J'essaie de renier mon vocabulaire
    De renier la malédiction du "Mubtada" et du "Khabar"
    De me débarrasser de ma poussière et me laver le visage à l'eau de pluie...
    J'essaie de démissionner de l'autorité du sable...
    Adieu Koraich...
    Adieu Kouleib...
    Adieu Mudar...

    8
    J'essaie de dessiner ces pays
    Qu'on appelle-allégoriquement- les pays des Arabes,
    Où mon lit est solidement attaché,
    Et où ma tête est bien ancrée,
    Pour que je puisse differencier entre les pays et les vaisseaux...
    Mais... ils m'ont pris ma boîte de dessin,
    M'interdisent de peindre le visage de mon pays... ;


    9
    J'essaie depuis l'enfance
    D'ouvrir un espace en jasmin.
    J'ai ouvert la première auberge d'amour... dans l'histoire des Arabes...
    Pour accueillir les amoureux...
    Et j'ai mis fin à toutes les guerres d'antan entre les hommes.et les femmes,
    Entre les colombes... et ceux qui égorgent les colombes...
    Entre le marbre... et ceux qui écorchent la blancheur du marbre...
    Mais... ils ont fermé mon auberge...
    Disant que l'amour est indigne de l'Histoire des Arabes
    De la pureté des Arabes...
    De l'héritage des Arabes...
    Quelle aberration !!

    10
    J'essaie de concevoir la configuration de la patrie ?
    De reprendre ma place dans le ventre de ma mère,
    Et de nager à contre courant du temps,
    Et de voler figues, amandes, et pêches,
    Et de courir après les bateaux comme les oiseaux
    J'essaie d'imaginer le jardin de l'Eden?
    Et les potentialités de séjour entre les rivières d'onyx?
    Et les rivières de lait...
    Quand me reveillant... je découvris la futilité de mes rêves.
    Il n'y avait pas de lune dans le ciel de Jéricho...
    Ni de poisson dans les eaux de l'Euphrate...
    Ni de café à Aden...


    11
    J'essaie par la poésie... de saisir l'impossible...
    Et de planter des palmiers...
    Mais dans mon pays, ils rasent les cheveux des palmiers...
    J'essaie de faire entendre plus haut le hennissement des chevaux ;
    Mais les gens de la cité méprisent le henissement !!

    12
    J'essaie, Madame, de vous aimer...
    En dehors de tous les rituels...
    En dehors de tous textes.
    En dehors de tous lois et de tous systèmes.
    J'essaie, Madame, de vous aimer...
    Dans n'importe quel exil où je vais...
    Afin de sentir, quand je vous étreins, que je serre entre mes bras le terreau de mon
    pays.


    13
    J'essaie -depuis mon enfance- de lire tout livre traitant des prophètes des Arabes,
    Des sages des Arabes... des poètes des Arabes...
    Mais je ne vois que des poèmes léchant les bottes du Khalife
    pour une poignée de riz... et cinquante dirhams...
    Quelle horreur !!
    Et je ne vois que des tribus qui ne font pas la différence entre la chair des femmes...
    Et les dates mûres...
    Quelle horreur !!
    Je ne vois que des journaux qui ôtent leurs vêtements intimes...
    Devant tout président venant de l'inconnu..
    Devant tout colonel marchant sur le cadavre du peuple...
    Devant tout usurier entassant entre ses mains des montagnes d'or...
    Quelle horreur !!


    14
    Moi, depuis cinquante ans
    J'observe la situation des Arabes.
    Ils tonnent sans faire pleuvoir...
    Ils entrent dans les guerres sans s'en sortir...
    Ils mâchent et rabâchent la peau de l'éloquence
    Sans en rien digérer.

    15
    Moi, depuis cinquante ans
    J'essaie de dessiner ces pays
    Qu'on appelle-allégoriquement- les pays des Arabes,
    Tantôt couleur de sang,
    Tantôt couleur de colère.
    Mon dessin achevé, je me demandai :
    Et si un jour on annonce la mort des Arabes...
    Dans quel cimetière seront-ils enterrés ?
    Et qui les pleurera ?
    Eux qui n'ont pas de filles...
    Eux qui n'ont pas de garçons...
    Et il n'y a pas là de chagrin
    Et il n'y a là personne pour porter le deuil !!

    16
    J'essaie depuis que j'ai commencé à écrire ma poésie
    De mesurer la distance entre mes ancêtres les Arabes et moi-même.
    J'ai vu des armées... et point d'armées...
    J'ai vu des conquêtes et point de conquêtes...
    J'ai suivi toutes les guerres sur la télé...
    Avec des morts sur la télé...
    Avec des blessés sur la télé...
    Et avec des victoires émanant de Dieu... sur la télé...

    17
    Oh mon pays, ils ont fait de toi un feuilleton d'horreur
    Dont nous suivons les épisodes chaque soir
    Comment te verrions-nous s'ils nous coupent le courant ??

    18
    Moi, après cinquante ans,
    J'essaie d'enregistrer ce que j'ai vu...
    J'ai vue des peuples croyant que les agents de renseignements
    Sont ordonnés par Dieu... comme la migraine... comme le rhume...
    Comme la lèpre... comme la gale...
    J'ai vue l'arbisme mis à l'encan des antiquités,
    Mais je n'ai point vue d'Arabes !!
    ;-)
     
  2. vanlee

    vanlee Abou Mouataz

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    Re : malgre la traduction

    I

    Quand sauras-tu
    Mon cher monsieur
    Que je ne serai pas
    -Comme d'autres-
    Une de tes petites amies,
    Une conquête féminine
    Ajoutée au nombre de tes conquêtes,
    Un chiffre inscrit
    Sur les registres de tes comptes ?
    Quand le sauras-tu ? II

    Quand sauras-tu
    -Chameau en errance du désert,
    Toi dont la variole a rongé
    Le visage et le poignet-
    Que je ne serai point
    Une cendre dans ta cigarette ?
    Ni énième tête entre mille têtes
    Sur ton oreiller,
    Non plus une statuette
    Dont tu auras augmenté le prix
    Dans la folie de tes enchères,
    Ou un sein sur le poli duquel
    Tu auras imprimé le moule de tes empreintes ?
    Quand le sauras-tu ? III

    Quand sauras-tu
    Que tu ne me drogueras pas
    Par ton pouvoir, ni ton renom,
    Et que tu ne posséderas pas le monde
    Avec ton naphte, tes royalties,
    Avec ton pétrole
    Dont les relents s'exhalent de tes nippes,
    Et avec les voitures que tu déposes
    Aux pieds de tes nombreuses maîtresses ?
    Où sont donc passées
    De tes chamelles les bosses ?
    Où a donc disparu
    De tes mains le tatouage ?
    Que sont devenues
    De tes tentes les béances ?
    Toi, aux talons gercés,
    Toi l'esclave de tes passions,
    Toi dont les épouses font partie
    De tes hobbies,
    Femmes que tu alignes par dizaines
    Sur le lit de tes jouissances,
    Insectes que tu momifies
    Sur les murs de tes salons ?
    Quand le sauras-tu ? IV

    Toi, frappé d'indigestion,
    Quand sauras-tu
    Que je ne suis pas de celles
    Qu'impressionne ton paradis
    Ou qu'effraie ton enfer ?
    Quand sauras-tu
    Que ma dignité est plus précieuse
    Que l'or entassé dans tes proches,
    Et que le climat où mes pensées baignent
    Est bien loin de tes climats,
    Toi où a couvé le féodal
    Dans la vermine de tes helminthes,
    Toi dont le désert rougit de honte
    Lorsqu'il entend ton appel ?
    Quand le sauras-tu ? V

    Patauge donc
    Prince de Bitume
    Tel une éponge
    Dans la fange de tes plaisirs
    Et dans tes errements,
    Ton pétrole ?
    Tu peux le déverser
    Aux pieds de tes maîtresses !
    Les boîtes de nuit de Paris
    Ont tué en toi toute fierté,
    Là-bas, aux pieds d'une prostituée
    Tu as enterré ton amour propre,
    Alors, tu as bradé al Qods,
    Tu as bradé Dieu,
    Tu as bradé de tes morts les cendres,
    Comme si les lances d'Israël
    N'ont jamais tué tes sœurs,
    N'ont jamais détruit nos demeures,
    Et n'ont jamais brûlé,
    Nos Saintes Ecritures,
    Comme si les bannières d'Israël
    Ne se sont jamais plantées
    Sur les lambeaux
    De tes drapeaux,
    Comme si tous ceux
    Qui furent crucifiés
    Aux arbres de Jaffa
    Aux arbres de Jéricho
    Et de Bir Sbaa
    N'étaient pas de ta race.
    Al Qods baigne dans son sang
    Pendant que te dévorent
    Tes propres passions
    Comme si le drame
    Ne te concernait point !
    Quand donc l'Etre Humain
    Se réveillera-t-il dans ta carcasse ?
     
  3. vanlee

    vanlee Abou Mouataz

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    Re : malgre la traduction

    PAIN, HASHISH ET CROISSANT DE LUNE

    Londres 1954

    Lorsqu'en Orient, naît la lune
    Les blanches terrasses s'assoupissent
    Dans des amas de fleurs,
    Les gens abandonnent leurs échoppes
    Et vont ensemble
    A la rencontre de la lune.
    Ils portent leur pain, leur phonographe
    Et les accessoires de leur drogue
    Jusqu'au sommet des montagnes.
    Ils vendent et achètent
    Rêves et rêveries
    Et se meurent
    Quand la lune est en vie.
    Que fait de mon pays
    Un filet de lumière ?
    Que fait-il du pays des prophètes
    Et des âmes naïves
    Celles qui mastiquent leur tabac
    Et qui font le commerce
    De la drogue ?
    Pendant les nuits d'Orient
    Où pleine lune devient le croissant
    L'Orient lui se dévêt
    De toute dignité,
    Démissionne de tout combat.
    Les millions qui courent sans sandales
    Qui croient en la quadrigamie
    Et en la fin du monde,
    Les millions qui ne rencontrent le pain
    Que dans le rêve
    Qui, la nuit, habitent les masures de la toux,
    Qui jamais n'ont connu la forme des médicaments,
    Meurent, cadavres, sous la lune,
    Dans mon pays
    Où les âmes naïves pleurent
    Et meurent dans leurs larmes
    Chaque fois que leur apparaît le croissant,
    Et pleurent davantage
    Chaque fois qu'un luth plaintif les émeut,
    Chaque fois que les émeut
    L'hymne à la nuit du "Ya Lili"
    Mort qu'en Orient
    Nous appelons "Tawashih" et "Ya Lili".
    Dans mon pays
    Celui des âmes naïves
    Où nous ruminons les longs vers des tawashih
    Cette tuberculose qui détruit l'Orient,
    Ces longues rangaines chantées,
    Ce notre Orient qui rumine
    Histoire, rêves langoureux et légendes surannées,
    Cet Orient recherchant tout héroïsme
    Dans la Geste
    De Abu Zaïd al Hilali




    [:Z]
     
  4. vanlee

    vanlee Abou Mouataz

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    Re : malgre la traduction

    PSALMODIE SUR LES MAUSOLEES DES SANTONS I

    Je vous rejette tous
    Et je mets fin au dialogue
    Je n'ai plus rien à dire
    J'ai fait un autodafé
    De mes dictionnaires et de mes effets,
    J'ai fui la poésie antique
    Et la rime en "r" du long poème de Farazdak,
    J'ai émigré de ma voix
    J'ai émigré des cités du sel amer
    Et des poèmes de poterie peinte.

    J'ai apporté mes arbres à votre désert
    De désespoir les arbres se sont suicidés ;
    J'ai apporté ma pluie à votre sécheresse
    La pluie s'est retenue de tomber ;
    J'ai planté mes poèmes dans vos matrices
    Ils se sont étouffés.
    O matrice, porteuse de poussière et d'épines ! II

    J'ai essayé de vous arracher
    De la colle de l'histoire,
    Du calendrier des fatalités,
    De la poésie pleurarde des clichés,
    Du culte des pierres ;
    J'ai tenté de libérer Troie assiégée,
    Alors le siège m'a assiégé.
    Je vous rejette, oui, je vous rejette
    Vous qui avez créé votre Dieu
    A partir de la bave,
    Vous qui avez élevé une coupole
    A chaque santon,
    Un lieu de pèlerinage
    A chaque faux prophète.
    J'ai tenté de vous sauver
    De la clepsydre qui vous engloutit
    A chaque instant du jour et de la nuit,
    Des amulettes que vous portez sur vous,
    Des psalmodies récitées sur vos tombes,
    Des derwiches tourneurs,
    De la diseuse de bonne aventure,
    Et de la danse du Zaar.
    J'ai tenté de planter un clou dans votre chair,
    Mais, j'ai désespéré
    De votre chair et de mes serres,
    J'ai désespéré de l'épaisseur du mur,
    J'ai désespéré de mon désespoir.

    Hier, je me suis pendu
    Aux tresses de ma maîtresse
    Mais je n'ai pu lui faire l'amour
    Comme je l'ai habituée,
    Les traits de son corps étaient étranges,
    Le lit était froid
    Le froid était froid,
    Le sein de celle que j'aime était une vieille orange pressée,
    Et un drapeau percé.

    Je regarde, hagard, sur la carte de l'arabisme :
    A chaque empan de terre un Califa est né
    Un pouvoir absolu s'est établi,
    Une tente a été dressée…
    Le drapeau et les sceaux me font rire,
    Les empires me font rire,
    Les Sultanats de pacotille,
    Les lois originales,
    Les cheikhs du pétrole,
    Les mariages de courte jouissance
    Et les instincts déréglés.

    Je marche, visage étranger dans Grenade
    J'embrasse les enfants, les arbres et les minarets renversés,
    Là, les Almoravides ont campé,
    Ici, les Almohades se sont établis,
    Là, ont eu lieu les orgies,
    Ici, s'est effectuée la transe,
    Là, un manteau ensanglanté,
    Ici, un échafaud dressé.

    Tribus arabes !
    Dispersez-vous comme des feuilles mortes !
    Entretuez-vous ! Disputez-vous ! Suicidez-vous !
    O coup de poignard
    Pour une seconde fois
    Du genre d'une certaine Andalousie vaincue !


    [:Z]
     
  5. vanlee

    vanlee Abou Mouataz

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    Re : malgre la traduction

    vous n'aimer pas nizar :(
     

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