Maroc: La maladie mentale au Maroc, halte au silence !

Discussion dans 'Info du bled' créé par Le_Dictateur, 18 Octobre 2006.

  1. Le_Dictateur

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    Pour un ensemble de 3 millions de personnes touchées par des maladies mentales, seules 142.000 ont fait l'objet de consultations.

    Faiblesse flagrante des moyens publics et dans un silence pesant entouré de tabous et d'interdits aggravé par la souffrance des malades et celle de leur famille, telle est la réalité de la santé malade dans notre pays. Car, en dehors des familles et des professionnels, la société et les hommes politiques ignorent tout des conditions de vie des malades mentaux et de leur famille.


    Et pour cause. Notre pays, classé au 15ème rang arabe et au 151ème rang mondial pour la qualité de son système de santé, manque d'infrastructure, d'encadrement et d'une vraie prise en charge psychiatrique. Les structures existantes datent majoritairement de la période coloniale et peu de créations ont été réalisées depuis l'indépendance alors que les besoins se sont démultipliés.

    Ainsi, le Maroc ne dispose que de 1934 lits psychiatriques, soit 0,8 lit psychiatrique pour 10.000 habitants alors que l'Egypte et la Tunisie en ont 1,3, tous trois étant loin derrière la France avec ses 12,06 lits. Les normes internationales recommandent 4,5 lits pour 10.000 habitants.

    A cela s'ajoute une iniquité régionale. 1.396 lits, soit 72.2 % sont localisés dans 7 provinces ou chefs lieux de régions et 47 % des provinces ne disposent d'aucune structure psychiatrique.

    «Par ailleurs, en 2001, sur une population de 6160 médecins de la Santé publique, on dénombrait seulement 124 psychiatres, soit 2,01%. A la même date, le secteur médical privé comptait, sur une population de 6.795 médecins, seulement 76 psychiatres, soit 1,11%. Pour le personnel para-médical, sur une population 26.200 infirmiers et techniciens de santé publique, seulement 623 agents, soit 2,4% travaillent dans les services de psychiatrie. D'où une très grande insuffisance des moyens humains», dévoile un communiqué de l'Association marocaine des parents et amis des personnes en souffrance psychique. Et d'ajouter: «Nous ne disposons que de 0,4 psychiatre pour 100.000 habitants, soit un pour 250.000 personnes contre 0,9 , 1,6 et 20 respectivement pour l'Egypte, la Tunisie et la France. En plus, 60% des psychiatres publics sont concentrés dans 5 régions, abandonnant ainsi les malades mentaux du reste du pays à eux-mêmes et à leurs familles», précise la même source.

    Pourtant le dahir 1-58-295 du 30 avril 1959 stipule la prise en charge de la couverture médicamenteuse totale des malades suivis dans le système ambulatoire public. Cette couverture médicamenteuse, outre qu'elle est faible, est caractérisée par les fréquentes ruptures de stock, ce qui se traduit par la rechute des malades suivis alors qu'un suivi continu est nécessaire pour que ces malades se stabilisent correctement. Si les médicaments offerts dans les circuits publics sont gratuits, quoique insuffisants, sur le marché privé les médicaments neurologiques sont alourdis par les prélèvements étatiques tant au titre des droits de douanes.


    Pour pallier ces manques, dans le cadre de ce plan quinquennal 2000-2004, plusieurs actions étatiques ont été programmées. A savoir, le développement de 200 unités de soins psychiatriques ambulatoires avec des consultations en pédopsychiatrie, la création dans quatre régions de structures psychiatriques pour les médico-légaux et les malades difficiles ; l'augmentation de la capacité hospitalière de psychiatrie de 3.000 lits pour adultes et 300 lits pour enfants et adultes, la formation de 200 médecins psychiatres et 800 infirmiers spécialisés en psychiatrie, le doublement du budget des médicaments et maintien de la gratuité des psychotropes tout en évitant les problèmes de ruptures de stocks. Et le renforcement des équipements spécifiques (20 électro-encéphalogrammes) et des moyens de mobilité (35 ambulances, 50 véhicules et 100 vélomoteurs) pour les consultations ambulatoiresToutefois, cette stratégie est restée sans effets et les familles sont encore livrées à elles-mêmes. Elles recourent souvent à la mendicité pour acheter les médicaments, à l'enfermement et/ou enchaînement des malades à domicile, le plus souvent sans soins médicaux, ce qui les rend encore plus violents ou agressifs contre eux-mêmes, ce qui se traduit par des suicides fréquents dans ces cas-là, à l'abandon des malades dans la rue. Le recours le plus courant des familles reste la sorcellerie et à des abandons plus ou moins longs, voire définitifs, des malades dans des marabouts comme Bouya Omar où toute une organisation commerciale s'est mise en place, au vu et au su des autorités locales et sanitaires.

    Le plus alarmant sont les centres sociaux du ministère de l'Intérieur comme celui de Aïn Atig, près de Rabat, ou celui de Tit Mellil, près de Casablanca, centres qui ne sont couverts par aucun psychiatre public alors qu'ils accueillent des dizaines voire des centaines de malades mentaux abandonnés.

    Pire encore. Lors des crises violentes du malade, les familles ne trouvent aucun secours ni du côté de la police ni de la protection civile pour l'emmener à l'hôpital et quand il arrive aux urgences, des dizaines de personnes attendent alors qu'il n'y a que quelques lits disponibles.

    Source - AllAfrica.Com
     

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