Maroc : le sondage interdit

Discussion dans 'Scooooop' créé par @@@, 3 Août 2009.

  1. @@@

    @@@ Accro

    J'aime reçus:
    252
    Points:
    83
    [​IMG]


    Tester la popularité d'un souverain ou d'un chef d'Etat ? Banal en Occident, l'exercice était risqué dans un pays dont la démocratisation est loin d'être achevée. TelQuel, le premier magazine du Maroc, s'est pourtant lancé dans l'aventure. A l'occasion du dixième anniversaire de l'arrivée au pouvoir de Mohammed VI, cet hebdomadaire indépendant au ton critique a commandé un sondage à l'échelle nationale pour savoir ce que les Marocains pensent de leur roi.

    Une grande première, au Maroc comme dans l'ensemble du Maghreb et du monde arabe. C'était pourtant aller trop loin. Samedi 1er août, à Casablanca, le ministre marocain de l'intérieur, Chakib Benmoussa, a fait saisir le dernier numéro de TelQuel et sa version arabophone, Nichane, à l'imprimerie, et les a fait détruire. Motif : "La monarchie ne peut être mise en équation, même par la voie d'un sondage", comme l'a déclaré le porte-parole du gouvernement et ministre de la communication, Khalid Naciri.

    Le plus étonnant est que le résultat de ce sondage est extraordinairement favorable à Mohammed VI. Le roi est même plébiscité par le peuple marocain. Le pouvoir a-t-il voulu rappeler qu'un principe est un principe, et qu'on n'y déroge pas, quitte à employer des méthodes que l'on croyait réservées à la Tunisie de Zine Al-Abidine Ben Ali ou à l'Algérie d'Abdelaziz Bouteflika ? Le roi, homme d'affaires. Le roi, personnage sacré. Le roi et son protocole d'un autre âge... Ce sont ces questions qui ont été posées, de la fin juin au début juillet, à un échantillon représentatif de la population marocaine, par une équipe d'enquêteurs professionnels de LMS-CSA, filiale au Maroc de l'institut de sondages français CSA. Le Monde a souhaité s'associer à cette entreprise.

    Jamais, jusqu'alors, des citoyens marocains anonymes n'avaient eu à répondre à des interrogations précises et dénuées de complaisance portant directement sur leur souverain. Et si le résultat de cette enquête d'opinion avait été défavorable à Mohammed VI, TelQuel aurait maintenu son projet : publier, tel quel - selon son credo - ce reflet du vrai visage du Maroc. Peut-être se serait-il même félicité de résultats plus critiques, lui qui milite, depuis des années, pour un Maroc plus moderne, plus démocratique, dépoussiéré de l'apparat royal, et pour un roi qui cesse de gouverner selon son "bon plaisir"...

    Mais le Maroc profond est à mille lieues des élites francophones de Rabat et Casablanca. Si certains ont souvent tendance à l'oublier, le roi, lui, ne l'oublie jamais. Et les conclusions de ce sondage risquent de le conforter dans sa stature et son mode de gouvernance. Au grand dam, évidemment, de ceux qui dénoncent ses travers et aspirent à un Maroc moderne, véritablement démocratique...

    Une chose est sûre : les Marocains n'hésitent pas vraiment à parler de Mohammed VI. Ils croient pouvoir compter sur le vent de liberté qui souffle, en apparence, sur le royaume depuis dix ans. Auraient-ils accepté de répondre aux enquêteurs s'ils avaient su que les numéros seraient saisis et pilonnés ? Certainement pas.

    Reste qu'ils plébiscitent l'action de leur souverain. En effet, 91 % des personnes interrogées disent avoir senti, au cours de la décennie écoulée, au moins un changement notable dans leur environnement immédiat. Ils citent, pêle-mêle, les écoles ou hôpitaux, désormais plus proches et plus accessibles, les routes, plus nombreuses, etc.

    LE ROI EST UN PERSONNAGE SACRÉ

    Près d'un Marocain sur deux estime, par ailleurs, que la monarchie, telle qu'elle est exercée, est "démocratique". La peur était-elle si grande, sous Hassan II, qu'il a suffi que son fils desserre un peu l'étau, en matière de liberté d'expression, pour que les gens le considèrent, même hâtivement, comme "démocrate" ?

    Plus surprenant : la grande majorité des Marocains qui qualifient la monarchie d'"autoritaire" emploient ce mot non comme un reproche mais... comme un compliment ! "Bien sûr que notre monarchie est autoritaire, et tant mieux !, ont-ils déclaré aux enquêteurs. Mieux vaut que le pouvoir soit entre les mains du roi qu'entre celles des élus corrompus qui ne pensent qu'à leurs intérêts." Un jugement cruel pour la classe politique et le gouvernement, lesquels sont privés, soit dit en passant, de la marge de manoeuvre dont ils auraient besoin pour faire leurs preuves face à une monarchie absolue et omniprésente.

    Le faste dont le roi aime s'entourer ne gêne pas grand-monde. C'est l'une des leçons surprenantes de ce sondage : 51 % des Marocains ont le sentiment que le lourd protocole royal a été allégé, alors qu'il n'en est rien. Chaque année, fin juillet, la traditionnelle cérémonie d'allégeance, avec son baisemain et l'attitude servile des élites invitées, reste digne des califes de Bagdad. Mais la relation des Marocains à leur roi est d'ordre sentimental, voire fusionnel. La population ne retient qu'une chose : Mohammed VI n'hésite pas à prendre des bains de foule. Il est donc proche d'elle. Et puis, le roi est un personnage sacré pour les trois quarts des Marocains, révèle l'enquête. Il aurait donc raison de tenir son rang.


    Le roi "businessman", et même premier opérateur économique privé du royaume à travers ses différentes holdings, ne choque pas, lui non plus. Selon le magazine Forbes, Mohammed VI est le 7e monarque le plus riche du monde, et ses affaires équivalent à 6 % du produit intérieur brut du Maroc. Son emprise sur l'économie nationale ne pose-t-elle pas problème ? Eh bien non ! Seuls, 17 % des sondés s'en offusquent. Les autres, y compris les plus diplômés, estiment que le roi "tire ainsi vers le haut l'économie marocaine".

    L'une des rares réserves que suscite Mohammed VI concerne l'éradication de la pauvreté. Un tiers seulement des Marocains estiment que la situation s'est améliorée dans le royaume, ces dix dernières années. Un autre tiers ne le pense pas. Un quart estime que la pauvreté s'est même aggravée. En matière de sécurité, même désaveu ; 49 % des Marocains se sentent menacés par le terrorisme et la montée de la criminalité.

    Mais les critiques les plus sévères qu'enregistre le roi portent sur la Moudawana, ce nouveau code de la famille qui, depuis 2004, fait des Marocaines les égales des hommes, sauf en matière d'héritage. Surprise ! Presque un Marocain sur deux estime que le roi est allé trop loin dans sa volonté de libérer les femmes. Que celles-ci n'aient plus besoin d'un tuteur pour se marier ; qu'elles puissent désormais réclamer le divorce (une prérogative jusque-là réservée aux hommes) ; et que la polygamie soit rendue dans les faits impossible, tous ces acquis sont loin de soulever l'enthousiasme. Seuls 16 % des Marocains pensent que les femmes devraient avoir encore plus de droits.

    Le principe de l'égalité des sexes est encore fort peu intégré au Maroc, et cela aussi bien par les femmes que par les hommes. Pour l'heure, le trait dominant des Marocains semble être... le machisme, et celui des Marocaines, la soumission au machisme, et ce quels que soient l'âge, la région et la catégorie socio-économique.

    En résumé, les Marocains soutiennent Mohammed VI sur tout, sauf sur sa politique féministe. C'est sans doute l'un des enseignements les plus inattendus de ce sondage. Un autre étant de rappeler les limites de la "démocratisation" à la marocaine, proclamée urbi et orbi par les responsables du royaume ces dix dernières années.

    http://www.lemonde.fr/afrique/article/2009/08/03/maroc-le-sondage-interdit_1225217_3212.html
     
  2. L9ant

    L9ant Accro

    J'aime reçus:
    167
    Points:
    63
    16% ?? Et bien moi je le soutiens dans sa lutte contre le machisme précaire ! Vive l'égalité Homme-Femme !

    Sinon, je comprends la réaction du gouvernement même si je ne la cautionne pas : même si ce sondage est favorable au roi, il se peut que d'autres organismes ne le seront pas. Et si le gouvernement tolère les sondages à 1%, cela va à l'encontre de la bay3a donc la monarchie !

    Avant de censurer ces numéro, le gouvernement aurait dû saisir la justice qui seule à le droit clairvoyant d'émettre un jugement de valeur, cela aura donné un coup d'éclat à la séparation de nos institutions législatives, exécutives et judiciaires tant souhaitée...

    W men hadchi kamel, pour moi, la liberté d'expression est aussi sacrée !!!!!!!
     
    2 personnes aiment ça.
  3. @@@

    @@@ Accro

    J'aime reçus:
    252
    Points:
    83
    Presse et pouvoir dans le royaume, le grand malentendu

    TelQuel et Nichane sont accusés d'avoir enfreint le code de la presse. Si l'agence officielle MAP évoque, sans précisions, " un ensemble d'articles enfreignant les dispositions légales en vigueur", c'est bel et bien l'enquête d'opinion sur le roi qui est visée.

    "Le concept même de sondage sur la monarchie est totalement inacceptable au Maroc", n'a pas caché le ministre de l'intérieur, Chakib Benmoussa, tandis que le ministre de la communication, Khalid Naciri, faisait savoir que si Le Monde publiait le sondage incriminé, il serait, lui aussi, saisi.

    Ahmed Benchemsi, le directeur du groupe TelQuel, devait déposer lundi matin un recours au tribunal administratif, lequel tranchera d'ici mardi 4 août. Pour la forme, uniquement, puisque les 100 000 exemplaires tirés (50 000 pour TelQuel, et autant pour Nichane) ont déjà été détruits. M. Benchemsi accuse le ministère de l'intérieur d'avoir "violé la loi à deux reprises" ; l'une en ne motivant pas sa décision, l'autre en détruisant tous les exemplaires saisis, avant même une décision judiciaire.

    Le journaliste dit surtout ne pas comprendre cette attitude, "totalement contre-productive" pour la monarchie. "Alors que nous nous apprêtions à démontrer, chiffres à l'appui, que le peuple soutient réellement la monarchie, pour une fois hors de toute propagande officielle, l'Etat nous censure brutalement en donnant une image déplorable de la démocratie au Maroc. On ne pouvait imaginer publicité plus désastreuse pour commémorer les dix ans de règne de Mohammed VI", déplore-t-il.

    Editos blancs

    En réalité, depuis que Mohammed VI est sur le trône, le palais et la presse marocaine se livrent une guerre larvée. TelQuel, Nichane, Le Journal (devenu Le Journal hebdomadaire), Economie & Entreprises, Al Adath Al Maghribiya, Al-Jarida Al Oula et Al-Massae, entre autres, ont été la cible de poursuites judiciaires, sommés de payer des amendes exorbitantes, qui équivalent à des condamnations à mort. En juillet, vingt journaux sont parus le même jour avec des "éditos blancs" pour protester contre le harcèlement judiciaire dont ils s'estiment les victimes.

    "Les autorités marocaines ne savent pas gérer la liberté d'information, même lorsqu'elle leur est favorable ", souligne Khadija Mohsen-Finan, chercheuse à l'Institut français des relations internationales, auteure du livre Les Médias en Méditerranée (Actes Sud, avril 2009). Pour cette universitaire, "un malentendu" s'est installé, il y a dix ans, entre la presse indépendante et les autorités publiques, par manque d'expérience des uns et des autres. Les journalistes ont vite "focalisé" sur la personne du roi, parfois à l'excès. Le pouvoir, qui avait cru pouvoir utiliser une liberté essentiellement "de façade", a répliqué en remettant à l'honneur les fameuses lignes rouges : le roi, le Sahara et la religion.

    Les autorités marocaines n'auraient-elles donc été que dans la manipulation ? Khadija Mohsen-Finan ne le pense pas : "Beaucoup de choses se disent dans la presse marocaine, et le pouvoir a fait des concessions, mais tout est question de dosage. Les autorités continuent de fonctionner selon d'anciens schémas, tout en voulant l'ouverture." Pour elle, le partenariat TelQuel-Le Monde a compliqué les choses en donnant, sur la place publique, "une soudaine caution" à un journal que Rabat espérait encore pouvoir maîtriser.

    http://www.lemonde.fr/archives/arti...le-royaume-le-grand-malentendu_1225237_0.html
     
  4. coucou07

    coucou07 Visiteur

    J'aime reçus:
    62
    Points:
    0
    ont t'il fait le sondage et demandé l'avis de tous les marocains?

    je ne pense pas,

    et même s'il le font, je crains fort qu'ils disent la vérité, bal3arbiya kikhafo 3la rosshom, et bazzaz manhom a9walhom tkon positif
     
  5. omis

    omis Accro

    J'aime reçus:
    63
    Points:
    48

Partager cette page