Maroc: Les opérateurs privés audiovisuels signent leurs cahiers des charges

Discussion dans 'Info du bled' créé par Le_Dictateur, 17 Mai 2006.

  1. Le_Dictateur

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    Ce mercredi 17 mai, dans le grand hall d'un palace de la capitale, ils étaient visiblement tous heureux d'être là. De se retrouver enfin ensemble, échanger quelques civilités et autres politesses, peut-être aussi leurs impressions sur ce qui a été un vrai parcours du combattant. Ils étaient surtout ravis -tous les signes extérieurs en témoignaient- de passer du statut de porteurs de projets à celui d'opérateurs audiovisuels.

    En ce mercredi caniculaire et qui fera date dans l'histoire nouvelle d'un PAM libre et libéralisé, c'était jour de cérémonie. Le Conseil supérieur de la communication audiovisuelle avait en effet invité les opérateurs audiovisuels privés, détenteurs désormais de licences, à parapher leur cahier des charges respectifs, après «17 mois consacrés à l'étude et à la mise en place d'une méthodologie de travail permettant de s'assurer que les citoyens marocains puissent accéder à de nouveaux services audiovisuels diversifiés, complémentaires avec les services existants, tout en rationalisant l'utilisation des fréquences disponibles et en assurant aux futurs opérateurs un environnement d'investissement favorable à la viabilité de leurs projets».

    Ils sont venus et ils étaient tous là, ces porteurs de projets désormais élevés au rang d'opérateurs audiovisuels, 10 radios libres et une télévision satellitaire d'information, venus parapher chacun un cahier des charges d'une quarantaine de pages. Les Sages de la Haute Autorité affichaient, eux, la mine des grands jours, satisfaits du devoir accompli. «C'est un jour historique.

    Demandez aux générations qui ont vécu les décennies 60 et 70, elles se rendent compte réellement que la libéralisation des ondes est une vraie révolution culturelle. Inimaginable il y a quelques années à peine», nous a confié un membre de la HACA, l'émotion au bout de la voix.

    17 longs mois pour mettre en place une méthodologie de travail, une grille référentielle et un cadre juridique. Dans le même contexte, il a fallu gérer la rareté des fréquences mais aussi le stock des demandes antérieures d'obtention de licence. Le président de la Haute Autorité, Ahmed Ghazali, a raison de le dire : «La libéralisation du secteur audiovisuel n'est pas comparable à une simple équation mathématique». Bref, une vraie réflexion a été menée et les Sages de l'audiovisuel n'ont pas hésité à mettre sans cesse l'ouvrage sur le métier, prenant le temps, tout le temps et quels que soient les retards de mettre en place une politique de libéralisation. «Ce n'était pas simple. Il a fallu parfois résister aux pressions. Il a fallu aussi dépasser les résistances, trouver des arguments à ceux qui craignent que tout cela, toute cette liberté, aille trop vite. Chaque fois, à tous les instants, nous ne perdions pas de vue le cap : l'instauration de la démocratie», confie sous le sceau de l'anonymat un membre du Conseil.

    Ce mercredi 17 mai, c'était donc jour de révolution culturelle. Le PAM, ce paysage audiovisuel marocain longtemps soumis au régime de la pensée unique et du monopole est libéralisé. Les nouveaux opérateurs ont six mois pour concrétiser leur projet. Dès le 1er août, Radio plus , la radio de proximité à Agadir de Abderrahamane Adaoui qui a fait appel à l'expertise d'un professionnel de la radio, Jalil Nouri, commencera à émettre. Radio plus et Atlas radio, radio de proximité de Marrakech du même opérateur dont le lancement aura lieu au mois de décembre à l'occasion du Festival international du film de Marrakech, sont des radios à vocation touristique. Ces radios émettront en plusieurs langues à Agadir et particulièrement en français à Marrakech.

    «Nous n'avons pas le choix. Le compte à rebours a commencé. Nous allons émettre dès le mois de novembre, 24 heures sur 24», s'exclame Abdelmounim Dilami, à la tête d'Eco-Print qui édite L'Economiste et As-Sabah. «La radio est une évolution normale pour une entreprise de presse. Sous d'autres cieux, les groupes de presse font le saut vers la télé et la radio pour continuer d'exister», explique le nouvel opérateur de cette radio dédiée à l'économie, qui émettra en français et en arabe et que l'on pourra écouter de Kénitra jusqu'à Settat. «C'est un investissement de 40 à 50 millions de dirhams».

    En face du patron de L'Economiste et exactement sur le même créneau, Thami El Ghorfi et sa Bizz Radio qu'il présente volontiers comme «la radio où il fait bon d'écouter l'économie». «C'est une radio à forte dimension sociétale, ancrée dans la réalité marocaine avec des contenus adaptés au niveau de connaissance des auditeurs. Les émissions seront bilingues et la langue utilisée sera déterminée en fonction du contenu et de la tranche horaire», explique un T. El Ghorfi enthousiaste qui s'empresse de préciser que «Bizz radio émettra 18 heures par jour pour passer très vite à 24 heures sur 24 avec un investissement de 6,5 millions de dirhams».

    Rachid Hayek est un jeune homme HEU-REUX. Ce jeune producteur musical -Sawt Al Kahira, c'est lui- a enfin sa radio. Thématique et généreuse, elle s'appelle naturellement «Likoulli Nass». «C'est une chaîne musicale et priorité sera bien sûr donnée à la chanson marocaine. La chanson marocaine a désormais son support», affirme M. Hayek, heureux détenteur d'une licence pour une radio de divertissement qui compte bien, assure-t-il, «promouvoir la culture marocaine».

    Des heureux, il y en avait ce mercredi. L'ombre des recalés a aussi plané entre deux conciliabules. La première vague de licences est désormais une réalité, et c'est cela qui primait lors de la cérémonie de signatures des cahiers des charges. «C'est naturellement un tournant. Le choix n'a pas toujours été facile. Plusieurs critères ont dû intervenir pour départager les concurrents. La grille de l'évaluation est accessible ainsi que les auditons qui ont permis aux porteurs de projets de défendre leurs produits. Plusieurs contraintes n'ont pas permis au Conseil supérieur de satisfaire toutes les demandes qui le méritaient.

    Il y a en tout premier lieu le problème de la rareté de la fréquence coordonnée avec l'Union internationale de la communication. Il y a ensuite la capacité du marché publicitaire marocain à supporter les nouveaux horizons dont la seule ressource est celle-ci, car ils n'ont ni redevance ni subvention de l'Etat. Il est important pour nous de voir comment va se comporter ce marché. Nous allons entrer dans une phase probatoire d'observation de son évolution. Quelques-uns ont estimé que le Conseil n'a pas été généreux en matière de télévision. La télé est autrement plus complexe que la radio.


    C'est un secteur capitalistique et budgétivore et le Conseil était tenu de s'assurer de la viabilité des projets auxquels il a accordé des licences, car il n'y a pire en matière de télévision qu'un écran qui s'éteint brutalement. En tout cas, les dossiers sont à la disposition de tous ceux qui les veulent», conclut Naïm Kamal, Sage parmi les Sages.


    Source - AllAfrica.Com
     

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