Marrakech: Les zigzags judiciaires de l'affaire Yassine

Discussion dans 'Info du bled' créé par oisis73, 10 Novembre 2006.

  1. oisis73

    oisis73 llit3ejjib yettibla

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    Nouveau tournant que celui pris par l'affaire d'Ahmed Yassine, le petit garçon séquestré pendant trois ans, à Marrakech, par une tutrice sans foi ni loi. L'audience de mercredi dernier a accouché d'une nouvelle procédure, visiblement aussi vicieuse que celles ayant prévalu dans cette sordide affaire. Après que celle-ci soit passée des mains de la Cour de Première instance à celles de la Chambre criminelle auprès de la Cour d'appel de Marrakech, on se retrouve avec un retour à la case «départ» sur les bras.

    En effet, l'expertise établissant que le petit Ahmed aurait hérité d'un handicap permanent, suite aux sévices qui lui ont été infligés, a, de facto, légitimé le transfert de l'affaire à la Cour d'appel.

    Aujourd'hui, ladite expertise, restée ouverte sans être close une bonne fois pour toute, a fini par établir l'absence d'infirmité permanente. D'où le déficit de compétence de la Chambre criminelle auprès de la Cour d'appel de statuer sur l'affaire et, ainsi, son renvoi à la Cour de Première instance.

    «Il reste énormément de choses à démontrer par l'expertise en question. Cet enfant a été séquestré pendant trois ans et, pendant toute cette durée, il a dû faire face à la terreur occasionnée aussi bien par les animaux qu' on lui a imposés comme compagnons que par la dame supposée s'occuper de lui.

    A mon sens, ceci n'est pas de nature à être refoulé de façon définitive, même à l'aide d'un suivi psychologique, vu la durée du calvaire, car il ne s'agit pas d'une souffrance qui s'est étalée sur quelque jours, voire des semaines, mais des années entières… », estime maître Errachdi, membre de l'association «Touche pas à mon enfant» et avocat représentant la partie civile. L'affaire effectue, ainsi, un retour en arrière, en dépit de l'entêtement des faits et l'insistance de la partie civile, preuves à l'appui, sur la compétence censée être du ressort de la Chambre criminelle.

    «Cette affaire a la subtilité de mettre en exergue un problème de fond auquel il faut s'attaquer en toute urgence. Le plus important n'est pas de faire le procès de cette dame, mais de s'attarder sur ce phénomène qui prend de plus en plus d'ampleur et qui concerne les enfants abandonnés, fruit d'une relation illégitime, et qui sont victimes bien avant leur naissance, en l'absence d'un cadre juridique adéquat, d'une prise en charge légale ponctuée par des contrôles en bonne et due forme d'assistantes sociales», explique Errachdi, soulignant qu'il ne serait pas «trop tôt de briser les tabous et de conjurer l'opinion publique à assumer ses responsabilités». Par ailleurs, l'affaire du petit Ahmed Yassine, âgé de 6 ans, traîne depuis le 16 juin 2006.

    Il avait été découvert dans un état «sauvage», le 31 mai dernier, sur le toit d'une maison à Bab Doukkala, à Marrakech. Son état de santé était à un stade de détérioration très critique. Selon le rapport médical, Ahmed avait le poids et la taille d'un gamin de trois ans. Il était dans un état avancé de malnutrition et présentait, entre autres, des traces de morsures de chiens sur plusieurs parties du corps, ainsi que des difficultés d'élocution au moment de sa découverte. Il fut immédiatement pris en charge par une équipe médicale multi-spécialités à Rabat.

    Reporté une première fois au 17 juillet, le procès de sa tutrice, une ancienne fonctionnaire du… ministère de la Justice ( !) l'a été à nouveau au 10 août, puis au 23 août. Ces reports se suivront en cascade, bâtis autour de la compétence de tel ou tel tribunal à instruire le dossier, corrélativement à l'expertise médicale qui devait déterminer les séquelles dont a hérité le môme et ses conséquences sur sa vie future.

    Aujourd'hui, si Ahmed se retrouve dans cette situation, cela est en partie dû à la société qui condamne, encore, les mères célibataires et leurs enfants. En effet, le jour de son accouchement, la mère biologique de Ahmed n'a pas eu le courage d'affronter le regard réprobateur de la société. Elle a préféré confier le nouveau-né à sa s½ur qui en a pris soin pendant trois ans, avant que cette dernière ne désigne une amie de la famille, depuis plus de trente ans, de s'en charger. C'est en fait sa tutrice qui deviendra son bourreau.

    Justement, cette femme le martyrisera sans aucune raison apparente. Elle l'a enfermé comme un animal avec quatre chiens et une trentaine de chats, le contraignant à se nourrir des restes et le privant d'une enfance qui lui revenait de droit. Pourtant, personne de son entourage, encore moins ses voisins, n'auraient pu penser que cette femme, considérée comme une notabilité à Bab Doukkala et ex-secrétaire du procureur du Roi à Marrakech, aurait pu commettre un tel crime et être responsable de l'état de délabrement physique et mental du petit garçon. «Personne n'a le droit de commettre un tel crime.

    Ce sont des enfants. Comment quelqu'un peut-il penser leur faire du mal ? C'est pour cela que nous sommes ici aujourd'hui : pour dénoncer tout ceci et pour que justice soit faite!», nous a déclaré Najat Anouar, présidente de l'association «Touche pas à mon enfant».
    En attendant, l'affaire est ballottée dans tous les sens, d'un tribunal à l'autre, d'une juridiction à l'autre.

    Cela fait ironiquement penser à la fameuse patate chaude dont personne ne veut mais qui finira inlassablement par tomber entre des mains qui seront obligées d'en faire quelque chose !

    le matin​


     

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