Marrakech,Pédophilie, tourisme sexuel… Vers une tolérance zéro

Discussion dans 'Discussion générale' créé par mchicha5, 30 Mars 2006.

  1. mchicha5

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    Depuis l'affaire Servaty et le reportage d'Antena 3 sur le tourisme sexuel, les pédophiles étrangers sont dans le collimateur de la police judiciaire de Marrakech. Cela crée une confusion des genres et met à mal la communauté homosexuelle.


    Quand Michiel E. ouvre la porte de son appartement de location, ce 23 février, il est à mille lieues de se douter que c'est la P.J de Marrakech qui lui rend visite. Pendant deux ans, il a régulièrement fréquenté la ville ocre, invitant tout aussi souvent des jeunes hommes que des
    prostitués, dans sa chambre à coucher. Jusque-là, personne n'y a rien trouvé à redire. Imaginez le choc de ce quadragénaire néerlandais quand les uniformes bleus ont investi son appartement. Très mauvaise surprise aussi pour son amant, Mohamed A., 17 ans, encore allongé à moitié nu sur le lit.

    Pourtant, le flagrant délit est parfait et les pièces à conviction ne font pas défaut : préservatifs usagés, lubrifiant… tout y est. Peut-être est-ce pour cela que les PV des deux prévenus font état d'aveux obtenus sans difficulté. Après leur arrestation, ils ne se reverront que lors de la première audience de leur procès au tribunal de première instance de Marrakech, le lundi 6 mars. Michiel E. est accusé de pédophilie et Mohammed A. de prostitution. Sur les deux pèse une autre charge, l'homosexualité. “Le procès a été reporté au vendredi 10 afin que le prévenu puisse avoir un traducteur”, confie l'avocat de Michiel E, Maître Himi, qui a rencontré son client, pour la première fois, le jour même de l'audience.

    Le malaise des autorités
    Pour les gens avertis, ce procès est loin d'être surprenant. Le wali de Marrakech Mounir Chraïbi n'a-t-il pas proclamé, le 18 janvier dernier dans une interview à la presse, que dorénavant, ce serait la “tolérance zéro” envers le tourisme sexuel ? Spécialement quand il implique des mineurs ! A vrai dire, les autorités n'ont plus vraiment d'autre choix depuis qu'un certain reportage a été diffusé sur la chaîne Antena 3, le mois dernier. Les reporters espagnols ont utilisé une caméra cachée pour montrer qu'à Marrakech, il est aussi facile pour un touriste étranger d'“acheter” un ou une mineure que d'attraper une colique après avoir dégusté les mets des restaurants mobiles de Jamaâ El Fna.
    Une balade rapide dans cette légendaire place laisse la pénible impression que peu de choses ont changé depuis le lancement de cette politique de tolérance zéro. Il y a encore des douzaines de jeunes garçons, certains même pas adolescents, qui hantent les halkas, le regard en biais, draguant le Gaouri et lorgnant ses euros. Un racolage peu discret. Les deals se négocient souvent sur place et en toute impunité. Eh oui ! Mais un observateur attentif notera tout de même les paires de policiers en civil dont la présence, à elle seule, empêche certains “marchés” de se conclure, du moins les plus évidents. La brigade touristique est bel et bien présente sur le terrain. Dans les rues de la Médina, des rondes de GUS empêchent aussi les prostituées et les proxénètes, pas difficiles à repérer, de “travailler” à leur aise.

    L'avocat de Michiel E. confirme ce changement d'attitude des autorités envers les touristes sexuels : “La police bouge beaucoup plus vite maintenant et fait un travail extraordinaire !” Tant pis si son client en fait les frais ! Ce dernier confesse, selon le PV de la police judiciaire, avoir eu, à plusieurs reprises, des relations sexuelles avec de jeunes Marocains, moyennant finances, mais nie avoir eu connaissance de l'âge de son amant. Me Himi pense que son client encourt une peine de 6 ans de prison s'il est reconnu coupable de pédophilie.

    Une série d'affaires
    Deux autres Néerlandais sont actuellement jugés par le tribunal de Bab Doukkala, à Marrakech. Kees van der B. et Paul K. ont été arrêtés le même jour pour “homosexualité et incitation à la débauche”. Les Marocains avec lesquels ils ont été pris en flagrant délit sont jeunes mais majeurs. Là aussi, les deux hommes ont avoué être des touristes sexuels “gays”. Sans vouloir devancer la justice, Me Himi, qui est aussi en charge de ce dossier, ose un pronostic : sur les condamnations, pas plus d'un an de prison.

    Deux autres dossiers ayant pour acteurs des homosexuels ont animé l'actualité de Marrakech. L'année dernière, il y a eu l'affaire de l'agent immobilier français Hervé Le Gloannec. Celui-ci, bien que marié, a été arrêté en pleine “action” avec un mineur marrakchi de 15 ans. Sur l'ordinateur du Français, la police aurait trouvé 100 000 photos et 17 000 vidéos pornographiques. Malgré cela, la justice a conclu qu'il n'y avait pas de réseau constitué. Il a donc été condamné à 4 ans d'emprisonnement. En appel, la peine a été réduite à 2 ans, puis à un, à la suite de la grâce royale du cinquantenaire de l'indépendance.

    Plus récemment, un réseau spécialisé dans la production de films X homosexuels et dirigé par un Français d'origine marocaine, a été infiltré par les autorités : 18 personnes ont été passées en jugement et condamnées à des peines allant de six mois à six ans. Les autorités ne se contentent plus de poursuivre seulement les victimes - comme cela a été le cas dans l'affaire Servaty à Agadir - mais aussi les clients, que leurs passeports soient verts ou bordeaux.

    Panique chez les homosexuels
    Bien entendu, personne ne songe à condamner les poursuites judiciaires contre des touristes qui viennent à Marrakech (ou Agadir) pour avoir des relations sexuelles avec des mineurs. Mais la “répression” actuelle effraie la communauté homosexuelle de Marrakech d'autant que la campagne politico-judiciaire a ajouté à la confusion que beaucoup font entre homosexualité et pédophilie. Une confusion parfois même linguistique : l'insulte française “pédé” vient du mot pédéraste, un synonyme de pédophile. Pas étonnant que les homosexuels étrangers, touristes ou résidents, commencent à s'inquiéter.


    “Un ami à moi à qui son moqadem a vivement conseillé d'éviter les visites masculines chez lui, m'a dit : Bientôt, on ne pourra plus rien faire ! Vraiment, nous avons le sentiment d'être menacés”, confie un investisseur étranger gay qui réside à Marrakech depuis des années. Aniko Boehler, de l'association Touche pas à mon enfant, fait attention à ne pas confondre pédophilie et homosexualité. “Beaucoup d'activistes qui militent contre l'exploitation sexuelle des mineurs sont gays. N'oublions pas non plus que le profil typique d'un pédophile est : un homme hétérosexuel, qui a entre 20 et 60 ans, est marié et même père”, explique-t-elle.

    Alors, la tolérance zéro envers le tourisme sexuel veut-elle dire que les autorités de la ville ocre feront la chasse aussi à la prostitution classique, celle qui occupe massivement les night- clubs et fait proliférer les maisons closes ? En tout cas, les boîtes de nuit sont ouvertes, animées, et les “travailleuses du sexe” toujours plus nombreuses. Mme Boehler, dont l'association s'est portée partie civile dans le procès de Michiel E., n'en pense pas moins : “C'est simple : une croissance du tourisme implique forcément une augmentation du tourisme sexuel, laquelle induit une prolifération de la prostitution. Tant que les racines du problème - la pauvreté extrême et la grande ignorance - ne seront pas traitées, ils peuvent réprimer autant qu'ils le veulent : aussi longtemps que des garçons et des filles seront prêts à mourir sur des pateras, pensez-vous vraiment qu'ils arrêteront de vendre leurs corps ?”. Pas sûr. Surtout lorsque, très jeunes, ils trouvent acquéreurs.
     

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