Mascarade et gaspillage dans les communes

Discussion dans 'Info du bled' créé par kochlok03, 3 Octobre 2007.

  1. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    · Un kit visite démontable

    · Citoyens et jeunes très critiques



    «Les palmiers sont pour nous comme des fonctionnaires, ils arrivent avec l’Etat et repartent aussitôt après», ironisait, avec une lucidité ironique, un habitant de Hay Mohammadi. C’est que les habitants, de ce petit faubourg ont pris l’habitude de jouer les figurants d’une pièce de théâtre où les décors de leur quartier, le temps d’une visite, se transforment sous les feux des projecteurs. Vendredi, SM le Roi était attendu à Hay Mohammadi pour une inauguration. «On aimerait que les caméras et les officiels viennent nous voir les jours normaux, pour qu’ils voient la saleté, la misère, nos galères du quotidien», regrette une mère de famille résignée. Désabusés, ces habitants, qui vivent dans une grande précarité, ne sont pas dupes. Lorsqu’ils observent le balet des fonctionnaires venus nettoyer les rues des mendiants, décorer les avenues de palmiers, rafraîchir de peintures claires les murs noirs de saleté… ils savent très bien que ces ornements ne sont là que le temps d’une visite, le temps d’une «blague» comme se le racontent si bien les jeunes du quartier. Le problème en effet, c’est que toutes ces réparations faites à la va-vite n’ont pas qualité à durer dans le temps. Des réparations de surface avec du matériel éphémère, quand ce n’est pas tout simplement retiré juste après le passage des officiels. «Le pire c’est pas tellement nous, parce que on a pris l’habitude de voir disparaître toutes ces belles intentions la visite aussitôt finie. Mais c’est plutôt pour le personnel réquisitionné qu’on a de la peine: nettoyer, décorer, déplacer… pour ensuite réemballer en 24heures!! Et tout ça sous les cris de responsables sur-stressés par la visite du Roi», raconte un Haj planté au bord de la rue, et attentif à tous ces va-et-vient. «Si au moins ils travaillaient aussi rapidement et efficacement pour les chantiers de développement du pays au lieu de gaspiller leur temps et notre argent dans ce cinéma», ajoute aigri le vieil homme qui en a apparemment trop vu.
    «Vieux ou jeunes, on trouve tous que c’est triste ce gaspillage. En plus, ils empêchent les gens de travailler: tous les vendeurs ambulants et autres commerces improvisés sont mis au placard pendant la journée, et ça leur fait perdre de l’argent», explique Tarik Karim, responsable à l’association Initiative urbaine, pour la promotion de la jeunesse du quartier Hay Mohammadi. Et des jeunes, à Hay Mohammadia, il y en a. Sur les 250.000 habitants estimés, quelque 60% sont des jeunes. Lucides sur leur avenir, c’est le présent qui les inquiète, qui les fait s’angoisser. «Moi, si je n’arrive pas à hrag, il ne me restera que le trafic. Mais c’est toujours mieux que le chômage», explique Faouzi, un jeune du quartier, à la crête blondie et au style technoman. Même s’ils prennent cet air dépité lorsqu’ils décrivent la précarité vécue au quotidien, ces jeunes aiment leur quartier et en sont même très fiers. «Même si on ne nous aide pas, on se débrouille. Il y en a même qui sont nés ici et qui sont devenus importants, comme Mohammed Miftah (comédien), ou les musiciens du groupe de Nass El Ghiwane», reprend Khalid, un quadragénaire qui est né et a grandi dans ce quartier connu dans le pays pour ses problèmes de délinquance, de chômage ou de réservoir à l’émigration clandestine.

    "«L’année dernière, c’était la même chose, ils ont refait en quelques heures toutes les routes par lesquelles le Roi allait passer, ils travaillent depuis ce matin d’arrache-pied», racontent les téléspectateurs du quartier. Et si jamais la voiture du roi venait à changer de direction sans prévenir, que se passerait-il? «Il vaut mieux qu’il ait un 4x4, parce qu’il n’irait pas loin avec le nombre de trous sur la route, des énormes crevasses qui ressemblent à des gouffres», préviennent-ils, non sans ironie"

    "Mosaïques, vitres, carreaux, revêtements… Rien n’est laissé au hasard, du moins sur le parcours de SM le Roi et les endroits de sa visite. Ebénistes, carreleur, paveurs… tout ce petit monde se bouscule pour faire couler l’eau dans des fontaines délaissées depuis au moins un an (date de la dernière visite royale dans le quartier), faire briller les vitrines de magasin ou d’institutions esquintées, relier la ferraille des chaînes arrachées, ou encore reconstruire les bancs de pierres en ruines sur le bas-côté. Et ceci, s’il vous plaît, au pas de course, la visite de M.VI est annoncée dans la journée. Il n’est pas étonnant alors que le tout se re-dégrade rapidement"

    "Ravis, les habitants observent les camions-poubelles faire leur travail. Quand on leur demande s’il est rare de les voir dans le quartier, ils indiquent des ruelles derrière les grands boulevards où s’entassent depuis des semaines les ordures des ménages aux alentours. «Le pire, c’est que notre commune a de l’argent, Hay Mohammadi est collé à Aïn-Sbaâ. Mais on ne voit rien venir, ni pour le développement, ni pour le travail d’aménagement ou d’entretien du quartier», s’étonne la population, bouche-bée comme à chaque fois face à cette rapidité d’exécution dont font preuve les pouvoirs publics pour les visites royales. «Et après, quand c’est nous qui les sollicitons, on a même pas de réponses», soupire un habitant"


    leconomiste
     

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