Meknès : coup de colère royal

Discussion dans 'Info du bled' créé par Casawia, 27 Septembre 2005.

  1. Casawia

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    Sa Majesté le Roi s’est dit consterné face à la situation du transport urbain à Meknès. La colère du Souverain a été accompagnée de fermes directives au maire PJD Belkora appelé à redresser une situation urgente.


    Dimanche dernier, Sa Majesté présidait une réunion de travail capitale pour l’avenir de Meknès avant de s’envoler pour Oujda. Lors de cette réunion, Sa Majesté le Roi n’a pas caché sa colère face à la situation du transport urbain dans la capitale ismaïlienne. Le Souverain avait demandé à ce qu’une solution urgente soit trouvée à ce problème surtout que la ville est privée de bus de transport urbain depuis près de deux années.
    Avant son départ de Meknès, Sa Majesté le Roi a donné ses ordres au maire PJD, Abou Bakr Belkora, qui n’a pas assisté à la réunion pré-citée, pour qu’une solution soit trouvée dans un délai n’excédant pas deux mois. C’est ce que confirme le président du conseil de la ville de Meknès dans un entretien à ALM affirmant que les efforts seront accélérés pour résoudre le problème dans moins de deux mois. « Suite à l’intervention royale, nous ferons de notre mieux pour respecter ce délai», affirme Belkora qui précise que le concessionnaire va s’exécuter.
    Car, derrière toute cette crise qui a privé Meknès de bus pendant deux ans, résident la faillite de la RATUM (Régie autonome de transport urbain à Meknès) et une concession ratée. Les détracteurs de Belkora lui font assumer la responsabilité du fiasco à l’origine de la colère royale.
    Pour les opposants de Abou Bakr Belkora, ce dernier est montré du doigt comme étant le responsable de toute la situation. Ils lui reprochent d’avoir précipité la faillite de la RATUM qui était encore capable de faire circuler 15 bus de la Régie encore en état de fonctionner en plus de 10 autres nécessitant réhabilitation. Au lieu de cela, note Mohamed Khoukhchani (PPS, opposition), le maire a préféré appeler à la rescousse des autocars de particuliers n’ayant légalement pas le droit de s’acquitter de cette prestation. « M. Belkora a ruralisé le transport en commun », accuse Khoukhchani.
    En 2004, le conseil de la ville tentera une expérience de gestion déléguée. Sans résultats suite à un infructueux appel d’offres et des accusations portées contre Belkora pour un séjour espagnol aux frais d’une ex-société candidate au marché. En 2005, c’est l’expérience d’une concession qui sera menée et c’est le groupement maroco-espagnol Ahsan Bus-Tusgal qui remportera le marché. La convention sera signée le 4 juillet dernier. Autre fiasco : aucun bus n’est encore visible à la date d’aujourd’hui dans les avenues de Meknès et une partie des 471 salariés de la défunte RATUM est toujours en sit-in.
    A l’origine, le concessionnaire, qui devait mettre en circulation depuis le 1er septembre (et à janvier 2006) 80 bus (en plus de 20 bus, neufs, de remplacement) est incapable d’honorer ses engagements. Sont incriminés notamment les droits de douanes qualifiés de très élevés.
    Belkora prendra même l’initiative, le 14 juillet dernier, d’écrire au Premier ministre pour demander une exonération de ces droits au profit du concessionnaire, comme le confirme l’intéressé. Rien de bien terrible : 320.000 DH par unité ! Les « bons offices » de Belkora, pour résoudre le problème, dit-il, n’aboutissent pas. Le calvaire des Meknassis perdure. A se demander, affirment plusieurs conseillers de l’opposition, comment cette société qui a promis monts et vallées allait se débrouiller pour investir 293 millions DH en cinq ans comme le prévoit le programme prévisionnel d’investissement pour cette première tranche d’une concession de 15 ans.
    Dans trois ans, le nombre des bus doit, lui, atteindre 160 unités. Les plus véhéments détracteurs du maire de Meknès s’interrogent sur les « réelles raisons » qui l’ont poussé à intercéder en faveur du concessionnaire sachant que l’article 32 de la convention signée le 4 juillet stipule que le concessionnaire « assure à ses risques et périls et sous sa seule responsabilité l’équilibre financier de la concession ».
    Le deuxième paragraphe va plus loin pour préciser que le concessionnaire « ne peut se prévaloir d’aucune qualité pour solliciter quelques avantages que ce soit à l’égard des obligations fiscales ou douanières en vigueur».
    Belkora est accusé, durant tout le processus, d’avoir marginalisé le conseil de la ville, que ce soit pour l’élaboration des cahiers de charges, du texte de la convention… Son opposition a refusé de prendre part au processus en l’absence d’experts, affirment-ils. Belkora avait pris la décision de tout confier à ses proches du PJD et notamment à un certain Driss Sqalli, conseiller mais même pas membre du bureau. Pour toute étude de terrain, ce dernier se serait limité à des visites à Tanger, Marrakech et à la direction des Régies au ministère de l’Intérieur.
    Le 26 juillet dernier, le maire de Meknès, attestent ses détracteurs, récidivera avec une autre démarche tout aussi critiquée. Il a convoqué le conseil pour liquider définitivement la RATUM alors que cette décision doit d’abord passer par le C.A de la Régie présidé par le wali. La décision a été votée par la majorité des présents dont les 13 élus PJD.
    «Heureusement que le maire n’a pas encore songé à céder le parking de la Régie au concessionnaire car cela aurait fait un très bon cadeau !», ironise Khoukhchani au sujet de ce parking dont la construction, à elle seule, a coûté 8 millions DH.
    Selon des sources informées à Meknès, si rien n’est fait dans les plus brefs délais, c’est la convention de concession qui risque d’être dénoncée et c’est, surtout, Abou Bakr Belkora qui risque son poste comme le prévoit la Charte communale en cas de mauvais fonctionnement des affaires du conseil et de l’entrave à un service public aussi vital que le transport en commun.
    Après deux ans de bras de fer entre le maire et ses opposants, et surtout de calvaire pour les habitants de Meknès, il a fallu attendre que le Roi tape du poing sur la table pour que les choses bougent.


    Par : Mohamed Boudarham
    Aujourd'hui Le Maroc
     

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