Migration: vers la construction d'un espace commun de coopération

Discussion dans 'Info du bled' créé par BOLK, 7 Juillet 2006.

  1. BOLK

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    Ils sont jeunes, costauds et pleins de vie. Maghrébins et subsahariens pour la plupart, leur rêve: rejoindre l'Eldorado ou ce qu'ils pensent l'être. Les moyens pour se l'offrir: toutes leurs économies, celles de leurs proches et parfois de tout le clan.



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    PHOTO: des immigrés clandestins

    En échange du pactole, des passeurs se chargeront de les faire fantasmer, de les rassurer qu'une fois le mauvais quart d'heure de la traversée passé, ce sera la belle vie pour eux, le travail, la fortune, le mariage, la voiture, le retour en vacances au pays avec les honneurs dus à un expatrié dans le monde développé Plein de rêves qui, pour la plus grande majorité, viendront se briser contre les rochers des côtes des îles Canaries, d'Algésiras et de Lampedusa, théâtres de tant de drames, et se heurter à l'amère réalité, celle de l'interception par les gardes-côtes aux aguets, de la détention et du rapatriement.

    Pour les quelques-uns uns qui réussiront quand même à passer de l'autre côté, c'est la désillusion totale, c'est le vagabondage, la traque, le mépris, la peur, le froid, la faim le piège qui se referme totalement sur son auteur.

    Par le retour au pays, le plus souvent forcé, des uns et les autres, c'est le retour à la case départ avec un fardeau supplémentaire à gérer pour le candidat déçu à l'émigration clandestine, celui de la honte d'avoir échoué et du dédain de la collectivité, outre la contrainte de devoir travailler très dur pour rembourser les sommes empruntées.

    Entre-temps, rien n'a bien évidemment trop changé dans le pays. La réalité est restée la même, les conditions socio-économiques et politiques sont ce qu'elles étaient, et les jeunes, malgré les images tragiques défilant sur les écrans des chaînes TV, sont toujours tout autant déterminés à partir, à tenter leurs chances là où les autres ont échoué.

    Ils s'en défendent en invoquant l'absence de perspectives et l'assombrissement des horizons. La crise de l'emploi et les attentes non exaucées en matière de développement sont souvent évoquées par les candidats au départ, parmi lesquels de plus en plus d'intellectuels, des cerveaux dans lesquels le pays a tellement investi et dont, en principe, il a tellement besoin.

    Conférence euro-africaine sur la migration

    Et c'est à cet égard que la conférence euro-africaine sur la migration et le développement, prévue les 10 et 11 juillet prochain à Rabat, revêt toute son importance.

    Cette importance, elle la tire du fait qu'elle lie la lutte contre l'émigration illégale à l'impératif de développement, autrement dit au cadre et aux conditions permettant à l'homme de réaliser le plein épanouissement de son être et de s'assurer une vie digne et valorisante dans une société en constante évolution. Elle constitue, à ce titre, une "première" dans l'histoire des relations entre pays émetteurs, de transit et d'accueil.

    Cette conférence, initiée par le Maroc et l'Espagne avec l'appui de France et bénéficiant d'un très large soutien en Europe et en Afrique et de la part de nombreuses organisations régionales et internationales, se trace ainsi pour objectif d'inscrire la problématique migratoire dans un contexte de coopération entre tous les pays impliqués à travers notamment la création d'instruments financiers novateurs en vue d'encourager le développement économique de l'Afrique.

    Au cours de cette conférence, "nous allons surtout parler de coopération", avait indiqué, en mars à Bruxelles, le Premier ministre, M. Driss Jettou.

    "Les pays africains émetteurs ont besoin d'aide, d'assistance et de coopération ", avait-il insisté.

    Depuis lors, plusieurs responsables marocains, à divers niveaux, ont eu l'occasion de détailler les objectifs de la conférence et les ambitions nourries à travers son organisation.

    La réponse à la question migratoire doit être "une réponse globale, basée sur une vision d'ensemble qui intègre à la fois les impératifs sécuritaires, les obligations humanitaires et surtout le devoir de solidarité et de développement socio-économique", a ainsi souligné M. Taib Fassi Fihri, ministre délégué aux affaires étrangères et à la coopération.

    "Il est désormais clair que les mesures réglementaires ne peuvent, à elles seules, maintenir à l'écart, d'une façon permanente, des espaces de pauvreté, en mal de développement", a affirmé le ministre en introduisant le débat sur la problématique migratoire à la conférence ministérielle de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), tenue à Saint-Boniface (Manitoba-Canada).

    Il s'agit d'une "problématique lourde, aux multiples facettes et dimensions, aux diverses origines et expressions et aux diverses vertus quand elle est maîtrisée, car elle répond à des besoins objectifs: au Nord, où s'expriment de manière évidente et manifeste des besoins en main d'oeuvre étrangère qualifiée et non qualifiée, et au Sud, que des milliers de nos jeunes quittent pour des raisons socio-économiques (niveau de développement), politiques (conflits) et psychologiques (image), en direction du Nord qui exerce une attraction forte sur eux", a expliqué M. Fassi Fihri.

    M. Nabil Benabdallah, ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, a insisté, à cet égard, sur le fait que le phénomène de la migration, qui doit rester "loin de tout calcul politique", requiert l'implication de tous dans la recherche de formules pour le traitement de cette question qui concerne des millions d'Africains.

    Le ministre a réaffirmé l'adhésion totale du Maroc aux démarches menées aux niveaux international et régional pour trouver, au phénomène migratoire, une solution globale qui dépasse le seul aspect sécuritaire pour englober les dimensions économiques, sociales et de développement.

    La question migratoire est donc multidimensionnelle et exige, de ce fait, l'adhésion de tous à une démarche commune loin de toute démagogie ou de calculs étriqués faits aux dépens des intérêts des peuples.

    Vers la création d'un groupement régional

    Pour Mme Nezha Chekrouni, ministre déléguée chargée de la communauté marocaine résidant à l'étranger, l'organisation de la conférence euro-africaine sur la migration et le développement favorisera la création d'un "grand groupement régional faisant de l'intérêt suprême de la région un objectif qui transcende tous les différends politiques conjoncturels".

    Le Maroc "oeuvre toujours pour faire prévaloir les intérêts des peuples sur les intérêts étroits des gouvernements", a-t-elle affirmé dans un récent entretien au quotidien "Assahra Al Maghribia".

    Cette conférence, a-t-elle dit, constituera un espace de dialogue et de recherche des moyens permettant de dépasser les crises, d'élaborer des visions communes visant à soutenir la rive sud et de jeter la lumière sur la disposition de l'Europe à adhérer à l'approche globale "que nous avons toujours revendiquée et à dépasser l'approche sécuritaire qui a montré ses limites".

    A ce titre, et comme l'a affirmé M. Youssef Amrani, ambassadeur, directeur général des relations bilatérales au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération, la conférence de Rabat est appelée à donner le coup d'envoi à une coopération "renouvelée" entre l'Europe et l'Afrique et à un partenariat "novateur" permettant de tracer le cadre futur d'une coopération qui soit à la mesure des enjeux présents et à venir.

    Lors d'une réunion du comité de pilotage de la conférence tenue dernièrement à Dakar, M. Amrani a souligné que la conférence "vise à aller au-delà des discours et jeter les bases d'une véritable coopération entre l'Europe et les pays africains en matière migratoire", ajoutant qu'outre la nécessité de donner une dimension plus concrète à la solidarité internationale et régionale, les "convergences de vues" existant aujourd'hui entre les pays d'origine, de transit et de destination des migrations "constituent le socle de ce partenariat qui se veut équilibré et fondé sur cette conviction commune que la problématique migratoire est indissociable de l'impératif de développement".

    M. Mohamed Loulichki, ambassadeur, Représentant de la Mission Permanente du Royaume du Maroc auprès de l'Office des Nations Unies à Genève, a souligné à ce propos que "le Maroc, de par son appartenance profondément assumée, au continent africain, en a toujours partagé les préoccupations et les aspirations et s'est mobilisé pour relever avec ses frères africains les multiples défis de paix et de développement".

    Cette conférence, a dit le diplomate dans une intervention lors de la 91-ème session du Conseil (extraordinaire) de l'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), permettra la mise en oeuvre d'une vision stratégique claire à travers la réalisation d'actions concrètes permettant d'atteindre de façon optimale les objectifs visés en mobilisant, notamment, les moyens nécessaires à leur mise en oeuvre.

    Dans une déclaration commune publiée, en octobre dernier à Rabat, à l'issue d'une rencontre entre le ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération, M. Mohamed Bensaissa et son homologue espagnol, M. Miguel Angel Moratinos, le Maroc et l'Espagne avaient, en annonçant leur décision de proposer la tenue de ladite Conférence, réitéré leur engagement à poursuivre, dans le cadre euro-méditerranéen, la construction d'un espace commun de coopération en matière de migration, de sécurité et d'intégration économique et sociale.

    La conférence euro-africaine sur la migration et le développement examinera un plan d'action qui insiste sur l'amélioration de la coopération économique, le développement du commerce et la prévention des conflits dans les pays d'origine afin d'agir sur les causes profondes des flux migratoires clandestins, la création de structures de financement dans les pays d'Afrique de l'ouest et centrale, ainsi que sur la coopération dans le financement des retours volontaires des migrants bloqués dans les pays de transit.

    Ce plan prévoit également la création d'un "Fonds de crise solidaire" destiné à financer les situations d'urgence auxquelles peuvent être confrontés les pays de transit de l'émigration illégale, l'amélioration de la coopération en matière judiciaire et policière contre la traite des êtres humains et contre les filières d'immigration clandestine et la création d'un observatoire euro-africain de la migration en vue de permettre une meilleure connaissance et une meilleure régulation des flux migratoires.


    Abdelaziz Ouedrhiri

    Source : Menara.ma
     

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