Ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale : qu’en pensent les Africains ?

Discussion dans 'Scooooop' créé par safdounia, 5 Avril 2007.

  1. safdounia

    safdounia SIGN OF THE DOVE

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    Les journalistes africains ne trouvent aucune circonstance atténuante à Nicolas Sarkozy. Au pire, ils jugent à la limite de la xénophobie son idée de créer un ministère de l’Immigration et de l’IAfrik a demandé à six journalistes africains ce qu’ils pensent de l’idée de Nicolas Sarkozy, candidat de l’UMP aux élections présidentielles françaises du 22 avril prochain, de créer un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale s’il est élu président de la République [1]. Le moins que l’on puisse dire est que l’ancien ministre français de l’Intérieur ne trouve pas grâce à leurs yeux. Pour beaucoup, sa dernière déclaration sur la question de l’immigration ne vient que confirmer une image déjà façonnée lors de ses visites sur le continent et à l’occasion de ses précédentes sorties médiatiques.

    Fayçal Metaoui, rédacteur en chef d’El Watan, Algérie
    « Une nouvelle façon de diviser la France en deux »


    Je trouve que l’idée est complètement stupide. Ca veut dire quoi ? Que l’on va passer les gens liés à l’immigration au scanner ? Déterminer leur religion ? La couleur de leur peau ? Cela va dans l’esprit de cet homme de droite - plus à l’extrême qu’à droite - et qui voudrait encore jouer de la carte « immigration » pour perturber les Français. C’est dans la même veine que « La France, aimez-la ou quittez-la ». C’est une nouvelle façon de diviser la France en deux : ceux qui relèveraient du ministère de l’Intérieur et ceux qui relèveraient de ce ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. Une manière de créer un traumatisme. Il n’est pas possible de prétendre lutter contre le communautarisme et diviser les gens de cette façon. Sarkozy a une image dégoûtante en Algérie. Il inspire le mépris et la crainte. On sait depuis longtemps que ses principales cibles sont les Arabes et les musulmans. Cette idée de nettoyer les quartiers au kärcher n’avait pas favorisé son image. Les Algériens se souviennent également de ses déclarations lors de la crise au Liban, selon lesquelles Israël a le droit et le devoir de se défendre. Il en est de même concernant sa position vis-à-vis de la Turquie, qui n’a pas le droit de faire partie de l’Europe car elle est musulmane. Même s’il ne le dit pas comme cela. Concernant la culture de la France, les gens de droite adorent cette idée de déclin. Pourtant, ou on accepte les autres, ou on se renferme et on se clôture.

    Sekouba Samake, rédacteur en chef d’Info Matin, Mali
    « Une trouvaille contre les Africains »


    Le Mali est un pays d’émigration et j’ai suivi cette information comme beaucoup de mes compatriotes à Bamako. Ce que nous observons, c’est un peu d’hostilité de la part de l’ancien ministre de l’Intérieur. Voyez vous, un démocrate qui s’acharne sur des questions d’identité nationale plutôt que sur la défense des principes de la République, ça fait… frémir. Les gens vivent avec le sentiment que c’est encore une trouvaille contre les Africains. C’est ce qu’on perçoit ici de façon majoritaire. Même les régions qui sont peu concernées par l’émigration, au Mali, ont réagi cette fois pour dénoncer cette trouvaille de Sarkozy. Ce qu’il a dit de façon prosaïque lors de sa dernière visite dans le pays : « la France n’a pas besoin de l’Afrique », est resté dans l’esprit des gens. Sur tout ce qu’il fait aujourd’hui, on le ramène à cette déclaration. Je me sens profondément francophone et favorable aux opérations menées dans le cadre de la francophonie. Mais je pense que tout ce qui se fait pour l’interaction entre les cultures n’est pas forcément mauvais.

    Abdoulatif Coulibaly, éditorialiste, Sud Quotidien, Sénégal
    « C’est tout à fait normal de la part d’un opportuniste comme lui »


    C’est tout à fait normal de la part d’un opportuniste comme lui. Tout ce qu’il peut faire pour s’attirer des voix, il le fera. Je mets ça sur le compte de l’opportunisme. Lui-même ne croit pas à cette idée de ministère… Et même s’il le créé, çe n’est pas cela qui va mettre fin à l’immigration. Au Sénégal, quelques intellectuels comme moi ont écouté ce qui s’est dit en France sur cette question, mais les Sénégalais se foutent royalement qu’il créé un ministère de ce qu’il veut. De toute façon, les gens qui veulent aller immigrer en France le feront encore. Ce n’est pas un ministère qui va faire reculer les gosses qui s’encastrent sur les vagues dans de frêles pirogues ou qui se cachent dans des trains d’atterrissage d’avions. Le Pen fait croire aux Français depuis des années que l’immigration est un danger pour l’identité nationale. Je pense que Sarkozy peut même aller plus loin que cela. Cela ne m’étonnerait pas qu’il aille dire plus de bêtises encore. Il a une conception de l’immigration, des Africains et de ce que vous appelez là-bas l’intégration… Chirac avait déjà parlé du « bruit et de l’odeur »… Rien ne m’étonne de la part de la droite française. Les hommes politiques vont dans le sens de ce que veulent les gens et un certain nombre d’électeurs vote pour le Front National. Mais la France a aussi besoin d’une politique d’immigration intelligente, pas à la limite de la xénophobie.

    El Mahjoub Rouane, chef du service politique du Matin du Sahara, Maroc
    « Ce sont deux concepts qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre »


    Je crois que ce ministère fait un peu doublon avec l’agence de l’immigration que prône Dominique de Villepin. Le problème est qu’on ne connaît pas les compétences ni la constitution de ce ministère… C’est difficile de se prononcer. Le concept d’identité nationale est ambigu. Cela repose sur quoi ? Pourquoi la lier à l’immigration ? Ce sont deux concepts qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre. On revient à la première proposition de Nicolas Sarkozy sur l’immigration choisie, qu’il est en train de détailler. On se souvient que beaucoup de gens des banlieues avaient montré leur hostilité vis-à-vis de cette idée de séparer bons et mauvais migrants
    dentité nationale s’il est élu président de la République. Au mieux, ils trouvent la proposition opportuniste et chargée de visées électoralistes.


    par Saïd Aït-Hatrit
    www.afrik.com
     

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