Moïse, Jésus, Mohamed...

Discussion dans 'Scooooop' créé par alphomale, 18 Février 2006.

  1. alphomale

    alphomale Visiteur

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    L'image des prophètes a, de tout temps, été sujette à controverse. Les réactions aux tableaux, films ou affiches, personnifiant Moïse, Jésus ou Marie ont souvent été violentes. Pourquoi l'interdiction de représenter Mohamed a-t-elle perduré ? Pourquoi le cinéma a-t-il évité de le personnifier ? Voyage dans le passé, pour mieux comprendre le présent.



    Lorsque l'homme de théâtre algérien, Slimane Benaïssa, monte sa pièce jubilatoire, Prophètes sans Dieu, en 2000, plusieurs spectateurs s'attendent à voir Moïse, Jésus et Mohammed sur scène. Ce dernier ne viendra pas. L'auteur, parlant en son nom dans ce débat (absurde) des trois religions, explique l'absence du prophète musulman : “Il a interdit toute représentation humaine, donc forcément la sienne”. Moïse proteste : “J'ai interdit la représentation avant lui, mais celle des idoles, pas la nôtre”. Jésus renchérit : “C'est à Mahomet qu'on veut parler, ni à sa statue, ni à sa doublure”. Qu'à cela ne tienne, même vu par un auteur laïc, l'interdit est indépassable.

    Au fond, les trois monothéismes ont, à la base, proposé à leurs fidèles d'imaginer Dieu et son messager à travers l'écrit, ou du moins le récit “sacré”. Les juifs se sont depuis éparpillés, du coup il n'y avait plus d'autorité religieuse pour faire durer l'interdiction formelle de la Bible : “Tu ne feras pour toi ni sculpture ni image de ce qui est dans les cieux en haut, sur la terre en bas, et dans les eaux sous terre”. Les chrétiens se sont résolus, après un siècle (de 730 à 843) de querelles byzantines entre iconoclastes (destructeurs d'images) et défenseurs des images, à autoriser les icônes comme objets de culte. Depuis, les images du Christ et de Marie sont devenues un fonds de commerce collectif, que l'on ne fait pas qu'adorer. Quant aux musulmans, ils se sont faits à l'idée que l'esprit de Mohamed ne pouvait rester éternel que par son absence. A quelques exceptions près, ils s'en sont tenus à cela, ignorant même les images qui ont pu exister çà et là. Mais, alors, comment les trois religions se sont-elles comportées face aux transgressions du “sacré” par les artistes ?


    Et Dieu créa l'art …
    Lorsque les artistes de la Renaissance entrent en scène, la bataille dans le monde chrétien change de registre. Ainsi le peintre italien Giotto Di Bondoni s'emploie à “rendre Jésus un être moins céleste, et à le faire descendre sur terre”. Il ouvre, alors, une brèche dans laquelle s'engouffrent allègrement ses contemporains. Le peintre El Greco excelle, pour sa part, dans la représentation d'un Jésus morbide, aux joues blêmes. Son ½uvre, peu orthodoxe, déplaît au plus haut point aux “intégristes” de l'époque. Au 19ème siècle, l’historien des religions français, Ernest Renan démasque “la machine de récupération romaine, occidentale, qui a diffusé l'image d'un Jésus aryen, blanc de teint, alors qu'il est à l'origine sémite”. L'icône classique est alors remise en cause. Elle l'est davantage, par le peintre Mathias Grünewald, qui représente un Christ verdâtre, pour symboliser réellement sa mort et briser le mythe du Jésus resté intact, post mortem. Le tableau suscite un émoi sans précédent, mais pas au point d'attenter à la vie de l'artiste. “Au-delà de la représentation du prophète chrétien, c'est surtout l'interprétation qui en est donnée qui dérange”, explique le philosophe Farid Zahi.

    Avec le cinéma, ces transgressions, autrefois peu perceptibles par la masse, deviennent sujettes à de grosses polémiques. Evidemment avec La dernière tentation du Christ, filmé en 1988 au Maroc, le malaise est à son comble. Normal, Martin Scorsese crée alors une fiction à partir d'un tabou chrétien majeur : “Et si Jésus allait au bout de son envie sexuelle et couchait avec Marie Madeleine ?” La réaction est alors violente. Une salle de cinéma à Saint Michel à Paris est brûlée en 1992, occasionnant un mort et (une première !) le retrait du film des salles. Aujourd'hui, la blessure est quasiment oubliée. La preuve, le best-seller Le Code Da Vinci, dont la première est très attendue au festival de Cannes, fait sienne la thèse de Scorsese.

    Ce qui dérange le plus l'Eglise c'est la perversion des symboles de la “chasteté” par le sexe. D'ailleurs, à chaque fois que des affiches placardées dans la rue ont été jugées “provocatrices” par les religieux, le couperet est tombé. Trois exemples saillants : en octobre 1984, l'affiche du film de Jacques Richard, Ave Maria, est retirée, à la demande d'associations catholiques françaises, parce qu'elle “représente une jeune fille vêtue d'un linge, ligotée à une croix par des cordes”. En février 1997, outre-Atlantique, le cinéaste Milos Forman cède à la pression de prêtres demandant l'interdiction de l'affiche de son film, Larry Flint. Son péché ? Elle représente le héros du film en position de crucifié sur un pubis féminin. Finalement, le sexe est voilé, pour préserver les apparences. Et puis dernière affaire en date, une affiche publicitaire,parodie La Cène de Léonard De Vinci et montre un homme moderne en jeans, dos nu (à la place de Jésus) entouré de femmes. L'évocation du dernier repas du Christ choque la conférence des Evêques de France. La Cour d'appel de Paris leur donne raison et juge l’affiche immorale car elle “introduit un motif de dérision inutilement provocateur”.

    Dans toutes ces affaires, même lorsque le Vatican est contrarié, il s'en remet à la justice des pays. Il lui arrive même de s'abstenir. Illustration : quand le prix Nobel italien Dario Fo représente, dans sa pièce majeure Mistero Buffo, un Jésus grotesque, fantoche, super-star, Rome, contrariée, ne trouve rien à y redire. En décembre 2005, la célèbre série de dessins animés américaine, South Park crée un émoi chez les très catholiques d'outre-Atlantique, parce qu'elle montre “la vierge Marie en train de saigner”. Pour calmer les ardeurs de ces bigots, le pape Benoît XVI (himself) monte au créneau : “Une fille saignant du vagin n'est en rien un miracle. Ça leur arrive tout le temps”. Le pape européen (machiste au passage) défend, face à l'Amérique rigoriste, un héritage où la représentation, voire même la perversion de la sainteté, est banalisée. Ceci dit, il arrive à l'Eglise de perdre son flegme lorsque les papes, représentants de Dieu et incarnations de Jésus, sont écorchés. D'où l'interdiction dont se souviennent les téléspectateurs français, sur Antenne 2, de Cante Moro, un sketch érotique contant l'histoire plus qu'intime d'un pape avec sa fille. Moralité, les chrétiens d'aujourd'hui protègent plus l'image des représentants de Dieu que celle de son fils.

    De l'Ancien Testament à Hollywood…
    Qui se rappelle vraiment que chez les juifs, la représentation par l'image est interdite dans les temples, selon l'Ancien Testament ? Qui sait qu'au départ, entouré par une multitude de religions, dont le monothéisme imagé d'Akhenaton, le judaïsme n'existe que par ses “Ecritures”, pour se démarquer des idoles ? Les juifs se targuent alors de cette citation biblique : “Moïse voit Dieu de dos. Il lui dit, personne ne voit ma face et reste en vie”. Ayant eu le privilège d'accéder à la lumière divine, le prophète devient lui-même invisible. Dans les synagogues, les enluminures ne le sortent pas de l'ombre. Il faut, encore une fois attendre la Renaissance, pour que des artistes, déjà marqués par la représentation de Jésus, s'emploient à interpréter les récits bibliques et les transformer en tableaux. L'image de Dieu donnant ses tablettes à Moïse est visiblement celle qui inspire le plus. L'image de Moïse barbu, agenouillé, regardant Dieu de face, cette fois-ci, renforce symboliquement l'image du peuple élu. La sculpture de Michel Ange, représentant un Moïse géant, incarnation du Veau d'Or, abonde dans le même sens. Il traite Moïse en se référant à la statuaire grecque qui est d’essence païenne.“Les juifs sont alors en diaspora. Les protestations des fondamentalistes parmi eux restent dans le domaine privé et ne débordent pas sur l'espace public”, explique le critique d'art, Moulim Laaroussi. Au 20ème siècle, l'image de Moïse, en contact direct avec Dieu, sert la propagande politique des sionistes qui appellent au retour au Temple. Marc Chagall, officiellement considéré comme “le peintre des juifs” épuise le filon du prophète de Dieu l'éternel. Le père de la psychanalyse, Sigmund Freud, est le premier à mettre les pieds dans le plat et à rappeler à ceux qui semblent l'ignorer que “Moïse était un simple Egyptien”.

    Depuis, cette image démythifiée est confinée dans les livres. Avec le péplum de Cécile B. DeMille, Les Dix Commandements, et l'image de Charlton Heston, jouant Moïse, rendu géant par des prises en contre-plongée, ses tablettes à la main, le show biz s'approprie le récit biblique pour de bon. Pas tout à fait, à vrai dire. Il a suffi que Moïse soit tourné en ridicule en 2002, dans un film portant son nom et censuré depuis, pour que les réactions fusent de toutes parts. Le film ne fait pas long feu dans les salles. La réaction devient encore plus épidermique, dès que les films revisitent la tradition judéo-chrétienne. Et principalement, ce moment-charnière de mort-crucifixion de Jésus, prétendument causée par les juifs. C'est le sujet du dernier opus de Mel Gibson, La passion du Christ. L'acteur-réalisateur, catholique traditionaliste, a été assailli de toutes parts pour avoir “ressorti la thèse du peuple juif déicide (tuant Dieu) et mis en spectacle la souffrance du Christ”. Pourtant, le cinéaste s'est auto-censuré : il a zappé l'image montrant, à l'arrière-plan de l'interrogatoire de Jésus, des juifs en train de fabriquer la croix. A la sortie du film, le New York Times fait le commentaire suivant : “Si nous étions des lecteurs de la Bible, non ses propriétaires, ce film n'aurait pas fait de bruit”. Au fond, explique ce spécialiste de l'image, “quand les juifs étaient dispersés, l'image importait juste pour maintenir un héritage commun. Maintenant qu'ils ont une version idéologique de l'histoire à défendre, l'image devient un capital à gérer”. Et ils s'y emploient à fond, n'hésitant pas à brandir la carte fatale de “l'antisémitisme”, lorsque l'image sort du cadre prescrit. Là, la violence est loin d'être physique, mais financière, voire morale.

    Les sujets d'Allah, iconoclastes ?
    Dans tous les monothéismes, l'écrit détermine l'image. En Islam, c’ est d'autant plus vrai. La langue, très imagée, du Coran y est pour beaucoup. Mais d'où vient l'interdiction, si formelle, de la représentation des hommes et de Mohamed en particulier ? Contrairement à l'Ancien Testament, le Coran n'en dit rien. Le prophète lui-même n'y est pas pour grand-chose. “Lorsqu'il est rentré à la Kaaba, il n'a pas détruit de ses propres mains les idoles. Il a surtout pointé du doigt une représentation de Marie et Jésus et dit : effacez-les tous sauf cette image”, rapporte le spécialiste de l'art en Islam, Moulim Laaroussi. Plusieurs commentateurs avancent que l'interdiction ultérieure de toute représentation a été inspirée par des compagnons du prophète, d'origine juive, comme Abdellah Ibn Saba'. Difficile d'en trouver une preuve tangible. Par contre, une chose est sûre : le calife omeyyade, Yazid Ibnou Abdelmalik, fortement conseillé par des musulmans d'origine juive, édicte en 720 (un siècle après la mort du prophète) un décret solennel interdisant les images, celle de Mohamed allant de soi. Quelles images circulaient avant cette loi ? Difficile à savoir parce que l'Arabie Saoudite continue d'interdire formellement les fouilles archéologiques. Du côté de l'Iran, du Yémen et même de l'Irak, il est de notoriété publique que les chiites avaient recours à l'image, représentant Ali et Mohamed, mettant même le premier au premier plan, pour servir leur propagande.

    C'est d'ailleurs en réaction à cette profusion d'images de la part des pro-Ali que les sunnites se sont évertués à donner à l'acte politique de leur calife une justification dogmatique. “Les orthodoxes se réfèrent parfois à des hadiths à la véracité douteuse pour montrer que le prophète avait préparé le terrain pour son calife”, explique Moulim Laaroussi. Un exemple de hadith : “En voyant des dessins sur un coussin qu’ Aïcha lui avait acheté, le prophète (aurait) dit qu'on demande à leurs auteurs : donnez la vie à ces êtres que vous avez créés”. L'argument qui en découle est classique : le seul Mussawwir (dessinateur) est le bon Dieu (d'ailleurs, Mussawwir, concepteur est un des attributs de Dieu) ! Paradoxalement, les philosophes musulmans, très influencés par leurs ancêtres grecs, considèrent, alors, l'image comme une fausse réplique de la réalité. Du coup, ils n'émettent pas d'avis contraire à celui du calife. Quant à l'élite des croyants, elle se réfère à un autre hadith, véridique celui-ci : “Celui qui m'a vu, m'a vu. Le diable ne s'incarne pas en moi”. Message : seuls les plus initiés en matière de foi parviennent à voir le prophète en songe, non dans des images profanes. Entendez : “Voir le prophète est un privilège. Autoriser ses images reviendrait à le banaliser”, explique l’historien des religions, Mustapha Zekri.

    Au moment où les sunnites s'évertuent à clore le débat sur les images du prophète, les chiites continuent à en produire à volonté. Cet homme, “pas très grand de taille, au teint blanc”, tel que le décrit la littérature, est représenté, d'abord, via des miniatures, devant la Kaaba, brandissant la pierre noire que sanctifient, aujourd'hui encore, les pèlerins. Très coloriées, d'autres icônes donnent à voir Mohamed, enturbanné, assis sur un tapis, et entouré par ses compagnons. Une miniature, très popularisée à l'époque, illustre Mohamed, jeune, à la barbe ciselée, la tête baissée, méditatif, face à l'ange Gabriel, près de la grotte Hira. L'influence de l'iconographie chrétienne apparaît d'emblée, à travers une auréole de flammes (signe de sainteté) entourant la tête du prophète. Elle est encore plus manifeste dans des dessins illustrant, dans des manuscrits de l'époque, la naissance du prophète drapé dans une étoffe écarlate, entouré par son oncle, patriarche à l'écart, et surtout, sa mère, Amina, étendue et couverte par un drap rustique. Tantôt entouré d'anges et enfourchant une bête mythique, tantôt en suspens entre ciel et terre, entouré de couples béats, le prophète dans son ascension (Al Mi'raj) est indéniablement le sujet qui excite le plus l'imaginaire de dessinateurs, iraniens, turcs, indonésiens et même afghans. “Cela montre, selon un historien d'art, à quel point les peuples musulmans, non arabes, avaient besoin d'images pour diffuser les récits coraniques”. Vers le 17ème siècle, les artistes chiites (ou les diffuseurs d'images ?) commencent à s'autocensurer. Rendant flou le visage du prophète, ils ne représentent plus que son corps et les autres, émerveillés, autour de lui. Les représentations deviennent beaucoup plus utilisées dans le but de renforcer la foi et le culte. Moins décorées, plus dépouillées, elles montrent Mohamed en prière devant la Kaaba.

    Parmi ces images, aujourd'hui principalement collectionnées par l'université d'Edimbourg, l'unique reproduction montrée au public est celle qui illustre la biographie de Mahomet, signée par l'orientaliste Maxime Rodinson. A TelQuel, nous aurions pu publier ces représentations, mais le mot d'ordre a été donné à tous les journaux de s'en abstenir. Comme quoi, en terre sunnite (le Maroc n'est pas le plus libéral, loin s'en faut), l'image demeure proscrite. D'ailleurs, les seules représentations qui ont droit de cité, dans les musées musulmans,à Topkapi par exemple, concernent les reliques du prophète. Vous retrouvez dans le lot, ses dents, ses cheveux, sa canne, l'empreinte de son pied droit... “Faute d'image, c'est le fétichisme du prophète qui prévaut”, commente un critique d'art. Mais alors, qu'est-ce qui a permis aux chiites de déroger à la règle ? Deux explications sont avancées. “C'est la culture persane et la religion manichéenne (dont le prophète Mani était un peintre) qui prédisposaient ces musulmans-là à opter pour l'image”, estime Moulim Laaroussi. Mais il y a aussi le drame politique, le sacrifice d'Ali et le meurtre de Hussein. “L'image a, chez eux, la même signification que chez les chrétiens. Elle permet de reconnaître l'imam promis au retour. Ils le représentent pour qu'il reste vivant dans les esprits”, ajoute notre spécialiste. Une anecdote, au passage : lorsqu'en 1934, Cheikh Ibn Alioua, fonde la tariqa Alaouiya à Mostaganem, il devient le chef des chrétiens convertis à l'islam, grâce à sa ressemblance frappante avec Jésus. Il a, comme l'expliquerait Ibn Arabi, la sainteté aïssaouiya (en référence à Aïssa). Au fond, commente Mustapha Zekri, “l'interdiction d'images est aussi en lien avec la culture des saints. Tous croient que la vérité est dans l'âme intérieure non dans l'apparence physique”.

    Le cinéma entre Al Azhar et le wahhabisme
    Quand le cinéma survient, la partie est déjà perdue. Même l'élan pro-images des chiites est déjà oublié. Le premier à avoir buté sur l'interdit de l'image prophétique est le réalisateur égyptien, Salah Abou Seif. A la fin des années 60, il décide de filmer Fajr Al islam (L'Aube de l'Islam). La commission d'Al Azhar lui prescrit, en amont, les limites du visible et de l'invisible : “Tu peux juste suggérer la présence de Mohamed, sans montrer ni son corps ni son visage”. Finalement, il se résout à filmer son ombre. En 1979, son confrère syrien, Mustapha Al Aqqad (mort dernièrement dans un attentat terroriste en Jordanie) ne va même pas aussi loin. Il choisit pour sa part de filmer la chamelle du prophète, sa canne, et ses compagnons et autres fidèles, sans paroles en face de la caméra. A l'origine, Al Aqqad a commencé le tournage aux alentours de Marrakech. Le critique Mustapha Mesnaoui raconte : “La rumeur publique ayant laissé croire que le prophète allait être personnifié, les autorités locales lui bloquent le tournage, sans donner suite. De peur de gaspiller son budget, il déménage en Libye”. Le subterfuge, utilisé par le cinéaste, quoique autorisé par Al Azhar, est considéré comme un exploit en soi. Mais puisque le film, juste diffusé en vidéo, n'est pas distribué dans les salles arabes, la réaction publique n'a jamais été jaugée.

    Au début des années 80, révolution iranienne et montée des frères musulmans aidant, même la suggestion devient irrecevable. Preuve en est la série télévisée, Mohamed Rassoulou Allah. Produit par des fonds saoudiens, le film érige, dans tous les foyers musulmans, le culte wahhabite de l'absence totale d'image en vérité absolue. En 30 épisodes, la série réussit l'exploit de parler du prophète, de bout en bout, sans jamais montrer rien qui fasse physiquement référence à lui. Il est omniprésent par son absence. “C'est la loi du pétro-wahhabisme”, commente Mustapha Mesnaoui. L'Iran étant entre les mains de leurs homologues fondamentalistes, le black out est total.

    Aujourd'hui, face à l'agression des images provenant de l'Occident, des spécialistes de l'Islam comme Malek Chebel osent briser le tabou : “Nous vivons au temps de l'image. Nous ne pouvons plus faire l'économie de la représentation du prophète”. Il pose une question cruciale : comment les musulmans pourraient-ils continuer à vivre sans image au temps de l'image par excellence ? En fait, contrairement aux juifs dont la religion est dorénavant la politique et les affaires, et aux chrétiens, qui ont une institution religieuse- tampon, les musulmans, surtout les plus rigoristes, n'ont que le prophète comme référent, voire comme arme politique. Alors, pour le préserver, ils le gardent à l'abri. Qu'à cela ne tienne, ses images continueront à circuler, ailleurs.

    http://www.telquel-online.com
     
  2. trakatak

    trakatak Visiteur

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    Re : Moïse, Jésus, Mohamed...

    [02c]


    u kate3refni maki3jebnich le9raya mais m3a 2 stura lwala ma3reftch ki salitu .... had el mawhiba li 3endek matedfenhach 7awel tkteb chi memoire awla chi biographie 3a chi 7ed gheda inchelah menehna 3 ans ghadinel9aw el ism dyalek fchi ktab fchi festivale ,

    bonne chance
    bonne continuation
    courage khuya!!! [35h] [02c]
     

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