Mohammed VI, un roi réformateur pour un Maroc fragile

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 27 Juillet 2009.

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    Dix ans après avoir succédé à son père Hassan II, Mohammed VI a fait décoller l’économie de son pays, mais la société reste marquée par la corruption et la pauvreté. Premier reportage de notre série : la mise en valeur de la région du Nord, longtemps délaissée

    Tanger la mal-aimée a pris sa revanche. En dix ans, depuis l’arrivée au pouvoir du roi, l’ancienne cité au statut international, située aux portes de l’Europe, mythique au XXe siècle pour les Occidentaux, n’est plus la pestiférée. Elle l’avait été pendant les trente-huit ans du règne de feu Hassan II, père de l’actuel souverain.

    Jamais l’ancien roi du Maroc n’a tenté de courtiser la ville du Nord, jugeant avec raison les populations du Rif à tout jamais hostiles à son pouvoir. Jamais, il n’a essayé de « la faire marcher droit », selon le mot du Tangérois Abellatif Boujdour, commerçant de 49 ans, né dans la ville et qui n’a jamais voulu la quitter.

    « C’était comme s’il lui avait dit : fais ce que tu veux, je m’en moque ; que le commerce de la drogue, du haschisch cultivé dans la région, se poursuive ; que le trafic des clandestins continue vers l’Europe, peu m’importe, tout comme la contrebande entre la cité et l’autre rive, l’Espagne à peine à 14 km. Mohammed VI, lui, l’a remise à l’honneur. On dirait même que c’est la ville et la région qu’il préfère tant il y vient souvent », ajoute le commerçant, fier de la royale façon de faire : « On le voit en ville au volant de sa voiture qu’il conduit lui-même, sans escorte. C’est sa manière de sentir Tanger, ce qui s’y passe vraiment. Comme cela, on ne peut pas lui mentir. »


    L’avenir du royaume passe, aux yeux du souverain, par Tanger

    Abdellatif ignore qu’au début de son règne, le roi Hassan II avait fait la même chose, se promenant même à pied, chaussé de bottes de cavalier et une cravache à la main, dans les rues de Casablanca. On le voyait surgir en pleine nuit dans les hôpitaux de la ville sans être annoncé.

    Mais cela n’avait duré qu’un court laps de temps. Mohammed VI, homme discret, qui n’a pas hérité du don d’orateur de son père, a commencé il y a dix ans à « jouer le grand surveillant en chef du royaume, constate Fouad El Kbir, gérant d’une société privée d’électricité. Et qui dit surveillant, dit : je regarde tout, je ne préviens pas quand j’arrive et je sanctionne les dirigeants, si cela ne va pas », souligne ce jeune chef d’entreprise de 38 ans, la génération à laquelle le roi veut faire confiance pour donner un avenir au Maroc.

    L’avenir du royaume passe, aux yeux du souverain, par Tanger, la ville la plus proche de l’Europe, qu’elle touche presque. Le Maroc est en effet le seul pays du Maghreb à avoir gagné, l’hiver dernier, un statut avancé et privilégié avec l’Union européenne. Tanger est devenue un immense chantier à ciel ouvert : on crée des espaces verts, on rase des bidonvilles, on abat des murs et on blanchit tout… Ce n’est pas tout.

    "Il n’y a pas que l’Europe qui est un eldorado"

    Sur ce désir d’Europe, y compris pour les clandestins et les Marocains, nombreux à vouloir s’exiler, s’est greffé aussi le grand désir de vivre et de travailler ici. « Il n’y a pas que l’Europe qui est, comme vous le dites, un eldorado. Nous, on pense que Tanger peut le devenir pour des milliers de Marocains », souligne la souriante Samia, 30 ans, couturière à domicile.

    Elle-même a quitté Fès où elle est née, avec son mari Abdi, autrefois ouvrier dans le bâtiment. Il est aujourd’hui gardien au port de Tanger-Méditerranée, « Tanger-Med », comme on l’appelle, le projet-phare du Maroc et, dans l’avenir, l’un des plus grands ports de la Méditerranée. Évidemment, sous haute surveillance de Mohammed VI, venu déjà le visiter officiellement quatre fois et au moins cinq fois à l’improviste, pour vérifier de visu ce qu’il en était des travaux.

    À 40 km à l’est de Tanger a été choisie une large crique de toute beauté, à l’eau turquoise : le site d’Oued R’Mel. « Là, précise Rachid Houari, enthousiaste responsable port passager et roulier d’à peine 30 ans, on a rasé le flanc de la montagne pour gagner sur la mer. On a construit 60 km d’autoroutes, élevé cinq viaducs, posé 45 km de voie ferrées, tout ça en un temps record, cinq ans à peine. »

    Tout cela pour que les 100 000 navires qui passent chaque année dans le détroit de Gibraltar, la deuxième autoroute maritime du monde, s’arrêtent désormais à « Tanger-Med » et non en face, à Algésiras en Espagne. Algésiras qui n’a pas ces installations aussi modernes, dernier cri. Les gigantesques terminaux blancs, tout neufs, donnent à ce site méditerranéen un aspect surréaliste faisant regretter la jolie vue de la quarantaine de barques de pêcheurs, déplacées sur l’autre versant de la montagne.

    D’où viennent les financements pour un tel projet ?

    Rachid Houari souligne, tout heureux : « Il y a déjà eu un million de conteneurs en transbordement. Ce qui est très bon signe, puisque le port a été seulement inauguré en juillet 2008. Ouvert depuis dix ans, celui d’Algésiras traite chaque année près de 3,5 millions de conteneurs en transbordement. C’est bien pour le Maroc. Avant la crise actuelle, le trafic qui passait par la Méditerranée augmentait de 20 % chaque année. Alors, même si cela baisse un peu, Tanger-Med sera toujours actif… », conclut le jeune responsable.

    Certes, « vous pouvez regretter, ajoute-il, qu’on ait pris, pour Tanger-Med, 8 km de cette côte magnifique, sur les 1 700 km que nous avons ici. Mais sachez que le projet in fine va contribuer à créer, grâce à la zone franche et à l’installation tout près d’une usine Renault-Nissan, au moins 120 000 emplois d’ici à 2020. N’est-ce pas le plus le plus important aujourd’hui ? »

    Se pose une question : d’où viennent les financements pour un tel projet ? De banques marocaines, du fonds Hassan II, mais surtout d’Abou Dhabi qui, selon les officiels marocains, a investi ici, à Tanger Med en faisant, ce que tout le monde nomme « un don ».

    C’est le roi Mohammed VI lui-même – alors qu’il se montre peu sur la scène internationale – qui va frapper sans cesse aux portes des Émirats arabes unis, à la recherche de financements pour son « chantier Maroc ». Il disparaît ainsi pendant des jours du royaume, avertissant seulement quelques conseillers. La rumeur dit même qu’il ne revient au pays que s’il a eu gain de cause… financière.


    http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2385707&rubId=1094
     

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