Monde (Science-fiction)

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 31 Janvier 2013.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Science-fiction


    La science-fiction est un genre narratif principalement littéraire et cinématographique structuré par des hypothèses sur ce que pourrait être le futur ou ce qu'aurait pu être le présent voire le passé (planètes éloignées, mondes parallèles, uchronie, etc.), en partant des connaissances actuelles (scientifiques, technologiques, ethnologiques, etc.). Elle se distingue du fantastique qui inclut une dimension inexplicable et de la fantasy qui fait souvent intervenir la magie.


    Étymologie et origine


    Histoire du mot
    Le terme français «science-fiction» a pour origine le terme anglais «science fiction» qui est apparu pour la première fois en 1853 sous la plume de William Wilson dans un essai intitulé A Little Earnest Book Upon A Great Old Subject. Mais il ne s'agissait alors que d'un usage isolé.

    En janvier 1927, on trouve dans les colonnes du courrier de Amazing Stories la phrase suivante : «Remember that Jules Verne was a sort of Shakespeare in science fiction.» Mais c'est en 1929, suite à l'éditorial d'Hugo Gernsback dans le premier numéro du pulp magazine intitulé Science Wonder Stories, que le terme commence à s'imposer aux États-Unis, aussi bien dans les milieux professionnels que chez les lecteurs, remplaçant de facto d'autres vocables alors en usage dans la presse spécialisée comme «scientific romance» ou «scientifiction».


    Dans son essai intitulé On The Writing of Speculative Fiction, publié en 1947 dans Of Worlds Beyond, l'auteur américain Robert A. Heinlein plaida en faveur du concept de «speculative fiction», ou fiction spéculative réaliste pour se démarquer des récits de fantasy qui paraissaient encore à l'époque sous l'étiquette générale de science fiction. Si le néologisme de Robert A. Heinlein connut un grand succès jusque dans les années 1960, le terme de science fiction s'est toujours maintenu comme référence.
    Exemple : Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley est un roman de type science-fiction.

    Histoire du mot en France

    Dans le monde francophone, le terme de science-fiction s'impose à partir des années 1950[SUP]6[/SUP] avec pour synonyme et concurrent direct le mot anticipation. Précédemment, on parlait plutôt de «merveilleux scientifique» ou de voyages «extraordinaires».
    Si le mot anglais original s'écrit le plus souvent science fiction, le mot français s'orthographie avec un trait d'union : science-fiction. L'abréviation française S.F., ou SF, est devenue courante à partir des années 1970.


    Définitions et fonctionnement de la science-fiction


    Une représentation répandue que l'on trouve dans les dictionnaires dépeint la science-fiction comme un genre narratif qui met en scène des univers où se déroulent des faits impossibles ou non avérés en l’état actuel de la civilisation, des techniques ou de la science, et qui correspondent généralement à des découvertes scientifiques et techniques à venir.

    Cette description générale recouvre de nombreux sous-genres, comme la hard science-fiction, qui propose des conjectures plus ou moins rigoureuses à partir des connaissances scientifiques actuelles, les uchronies, qui narrent ce qui se serait passé si un élément du passé avait été différent, le cyberpunk, branché sur les réseaux, le space opera, la speculative fiction, le planet opera, le policier/science-fiction et bien d’autres.


    Cette diversité de la science-fiction rend sa définition difficile. Mais, bien qu'il n'existe pas de consensus à propos d'une définition de la science-fiction (presque tous les écrivains ont donné leur propre définition), on admet généralement que certains mécanismes narratifs caractéristiques doivent être présents dans une œuvre pour que l'on puisse la classer dans ce genre. Ainsi, The Cambridge Companion to Science Fiction propose-t-il une synthèse de ces caractéristiques par la formulation de plusieurs réquisits dont l'absence semblerait interdire de parler de science-fiction.

    L'
    expérience de pensée : le récit de science-fiction est toujours un que se passe-t-il si... ? C'est une fiction spéculative qui place les idées au même plan que les personnages.

    La distanciation cognitive : le lecteur doit être embarqué dans un monde inhabituel.

    «C’est notre monde disloqué par un certain genre d’effort mental de l’auteur, c’est notre monde transformé en ce qu’il n’est pas ou pas encore. Ce monde doit se distinguer au moins d’une façon de celui qui nous est donné, et cette façon doit être suffisante pour permettre des événements qui ne peuvent se produire dans notre société - ou dans aucune société connue présente ou passée. Il doit y avoir une idée cohérente impliquée dans cette dislocation ; c’est-à-dire que la dislocation doit être conceptuelle, et non simplement triviale ou étrange - c’est là l’essence de la science-fiction, une dislocation conceptuelle dans la société en sorte qu’une nouvelle société est produite dans l’esprit de l’auteur, couchée sur le papier, et à partir du papier elle produit un choc convulsif dans l’esprit du lecteur, le choc produit par un trouble de la reconnaissance. Il sait qu’il ne lit pas un texte sur le monde véritable.»
    Philip K. Dick, lettre du 14 mai 1981

    L'activité de compréhension du lecteur : elle fait suite à la distanciation. Le lecteur doit reconstruire un monde imaginaire à partir de connaissances qui ne relèvent ni du merveilleux ni du religieux, mais de théories ou de spéculations scientifiques, même s'il s'agit de connaissances qui violent les principes de nos connaissances actuelles. Ce monde inhabituel n'étant pas donné d'un coup, le lecteur doit se servir pour cela d'éléments fournis par l'auteur (objets techniques spécifiques, indices de structures sociales particulières, etc.). Ainsi, elle se distingue nettement de la fantasy, genre qu'elle côtoie dans les rayons des librairies, ce qui n'empêche pas l'écrivain Terry Pratchett de déclarer avec humour : «La science-fiction, c'est de la fantasy avec des boulons.»
    Les références à un bagage culturel commun : le vocabulaire et les thèmes de la science-fiction font partie d'une culture familière au lecteur qui lui permet de s'y reconnaître.

    Sous-genres de la science-fiction


    Hard science-fiction
    Une définition de la hard science fiction, ou « hard SF », fut proposée par l'écrivain américain Allen Steele en 1992 : «La hard SF est une forme de littérature de l'imaginaire qui se construit autour de la science établie ou de son extrapolation prudente.» L'expression fut utilisée pour la première fois en 1957 par P. Schuyler Miller dans un compte-rendu de Islands of Space de John W. Campbell, publié dans la revue Astounding Science Fiction. Ce genre est représenté par exemple par les œuvres de Arthur C. Clarke, Stephen Baxter et Greg Egan.


    Voyage dans le temps

    Le voyage dans le temps peut être un genre à part entière, ou l'un des thèmes d'une œuvre. Ce genre affronte les problèmes liés aux paradoxes temporels, comme le paradoxe du grand-père, mais peut amener à des réflexions sur certains événements historiques lorsque, par exemple, un personnage crée l'histoire qu'il voulait en fait observer, comme dans Voici l'homme de Michael Moorcock. Le classique du genre est La Machine à explorer le temps de H. G. Wells.

    Uchronie

    L’uchronie prend comme point de départ une situation historique existante et en modifie l’issue pour ensuite imaginer les différentes conséquences possibles. Un exemple est Le Maître du Haut Château de Philip K. Dick.


    Cyberpunk

    L’appellation cyberpunk est apparue dans les années 80. Elle désigne un sous genre de l'anticipation, elle-même sous genre de la science-fiction, décrivant un monde futuriste de manière dystopique (négative). Malgré sa date d'apparition, on peut inclure dans ce genre des publications bien antérieures aux années 80, telles que Le Meilleur des mondes (1931) d'Aldous Huxley, 1984 (1948) de George Orwell, Farenheit 451 (1953) de Ray Bradbury ou encore Je suis une légende (1954) de Richard Matheson.


    Space opera

    Les récits de space opera articulent leur intrigue autour de voyages interplanétaires ou interstellaires. Dans ces récits, les théories d'astrophysique croisent les protocoles des récits d'aventures maritimes et en reprennent généralement le lexique (vaisseau, flotte, etc.). Une part non négligeable de ces récits relève également de la science-fiction militaire. Ces récits, où la possibilité des déplacements à très longue distance est centrale, permettront le développement du thème d'empire interstellaire ou galactique.

    Le Space Opera prend naissance à la fin des années 1920 avec les romans de l'auteur américain Edward Elmer Smith, notamment La Curée des astres (1928), puis à une plus grande échelle dans Triplanétaire (1934) qui ouvrait le Cycle du Fulgur. Après la seconde guerre mondiale, le space opera deviendra un genre prisé de la télévision, avec des séries comme Star Trek (États-Unis, 1964) de Gene Roddenberry et Cosmos 1999 (Angleterre, 1975) de Gerry Anderson. Pour le cinéma, le genre connaîtra un succès retentissant en 1977 avec le film La Guerre des étoiles (nommé récemment A New hope) (États-Unis, 1977) de George Lucas, premier volet de la trilogie originale Star Wars, puis quatrième volet de l'hexalogie du même nom. En 1997, le film Stargate est à l'origine de la série Stargate SG-1 (et de trois sériées dérivées) qui connaîtront un grand succès populaire tout au long des années 2000.

    Coté littérature, le genre se porte bien dans les années 2000 et 2010 avec des grands auteurs et des œuvres majeures au premier rang desquels Dan Simmons (cycles Hypérion et Endymion, Ilium et Olympos), Peter F. Hamilton (cycles L'Aube de nuit, L'Etoile de Pandore, La Trilogie du vide), Alastair Reynolds (cycle des Inhibiteurs) et David Weber (cycle Honor Harrington).


    Space fantasy

    Les récits qui mêlent à des univers de space opera certains éléments typiques de la fantasy : magie, quête initiatique, atmosphère de conte. Ce genre peut réunir aussi bien les univers futuristes façon Warhammer 40000, où elfes et orques se battent à bord d'immenses machines de guerre, que d'autres plus étranges comme Spelljammer, où elfes, nains et humains explorent l'espace à bord de navires magiques, dépourvus de la moindre trace de technologie. Un cycle présentant les caractéristiques de la space-fantasy peut également évoluer en planet-opera fantasy (citons les cycles de Ténébreuse et la Ballade de Pern par exemple).


    Planet opera

    Les récits de planet opera ont pour décor une planète étrangère aux caractéristiques déroutantes et mystérieuses que les principaux personnages ont pour mission d'explorer et de découvrir sous tous ses aspects (faune, flore, ressources). La trilogie d'Helliconia en est l'exemple canonique.


    Histoire de la science-fiction


    L'Histoire officielle
    L'Histoire de la science-fiction fait l'objet d'une version officielle, qui se ramène en général à des étapes standards : précurseurs, fondateurs, âge d'or, renouveau et diversification. Cette Histoire officielle est une simplification qui reflète mal la complexité du genre. Elle peut également occulter le fait que de nombreux aspects de l'Histoire de ce genre (comme les raisons sociales, économiques, culturelles de son développement dans tel pays) n'ont pas fait, ou très peu, l'objet d'études approfondies. Les études de la science-fiction en tant que littérature à part entière sont également peu nombreuses.


    Les «précurseurs»

    De même que par un débat sans fin on tente de définir la science-fiction, ses historiens ne sont pas toujours d'accord sur les origines du genre, et c'est un poncif de l'histoire officielle de la science-fiction de rechercher dans les écrits les plus anciens les origines de ce genre. Ainsi, pour certains, cela commence très tôt avec les mythes et les religions. D'autres voient les Histoires vraies, de Lucien de Samosate, comme le premier ouvrage relevant du genre. Ses voyages extraordinaires auront une très longue postérité. Mais cette archéologie se heurte à une objection :
    «L'erreur de tout historien de la science-fiction est de négliger qu'il ne peut y avoir de science-fiction (même baptisée «anticipation scientifique») tant qu'il n'y a pas de sciences, et même de sciences appliquées.»
    D'autres, c'est le cas de Brian Aldiss dans son essai Trillion Year Spree, considèrent que le premier roman de science-fiction n'est autre que le roman Frankenstein de Mary Shelley. C'est du moins le premier ouvrage dans lequel un auteur prétend créer une histoire fantastique qui ne relève pas de la pure fantaisie ou du surnaturel : «The event on which this fiction is founded has been supposed, by Dr. Darwin, and some of the physiological writers of Germany, as not of impossible occurrence.»

    Parmi les précurseurs sont souvent cités :


    Les «conjecteurs rationnels»
    L'histoire officielle de la science-fiction désigne deux pères fondateurs de la science-fiction moderne : Jules Verne (1828-1905) avec De la Terre à la Lune en 1865 ou 20 000 lieues sous les mers en 1870, et H. G. Wells (1866-1946) avec notamment La Machine à explorer le temps (1895), L'Homme invisible (1897) ou La Guerre des mondes (1898). Ces auteurs ne sont cependant que deux auteurs d'une époque qui voit fleurir de nombreux romans d'anticipation scientifique. Cette floraison est favorisée par l'alphabétisation de la fin du XIX[SUP]e[/SUP] siècle et le développement d'une littérature populaire diffusée par des revues.


    • Edward Everett Hale (1822-1909), dont The Brick Moon (1869) et sa suite Life on the Brick Moon, mettent en scène le premier satellite artificiel ;
    • le capitaine Danrit (1855-1916), qui explora les thèmes du militarisme, de la guerre et du colonialisme à travers le roman d'anticipation : La Guerre de demain (1888-1893), La Guerre au XX[SUP]e[/SUP] siècle : L'invasion noire (1894) ;
    • les frères Boex (1856-1940, 1859-1948), qui écrivirent ensemble sous le pseudonyme J.-H. Rosny jusqu'en 1919 (avant de poursuivre leur œuvre séparément sous les noms de J.-H. Rosny aîné et J.-H. Rosny jeune). Ensemble, ils ont livré Les Xipéhuz (1887) et La Mort de la Terre (1910). En 1925, J.-H. Rosny aîné crée le terme astronaute dans son roman Les Navigateurs de l'infini ;
    • Edgar Rice Burroughs (1875-1950) et son héros John Carter dans le Cycle de Mars ;
    Parmi les auteurs d’environ trois mille “romans scientifiques” écrits en français entre 1860 et 1950 , on signalera : Maurice Renard, Gustave Le Rouge, Léon Groc, Régis Messac (Quinzinzinzili), Jacques Spitz (L'Œil du purgatoire), Théo Varlet, Jean Ray et René Barjavel.

    L'âge d'or

    Si la science-fiction a vu le jour en Europe et s’est bien développée en France, au Royaume-Uni et en Allemagne, ce sont les États-Unis, entre 1920 et 1950, qui donneront au genre son «âge d'o ». Ce déplacement de l'Europe aux États-Unis peut s'expliquer par plusieurs facteurs : d'une part, la presse populaire en Europe est plus exposée à la censure liée aux publications pour la jeunesse ; d'autre part, la littérature, en France particulièrement, est fortement hiérarchisée entre une littérature distinguée et une littérature de masse.

    Un autre facteur est l'industrialisation de la presse, qui permet des publications bon marché et à gros tirage. C’est à ce moment que se multiplient les revues spécialisées de science-fiction qui suivent la tradition des pulps (revues populaires de faible qualité et très peu chères). Citons parmi les premières du genre Weird Tales, née en 1923 ; Amazing Stories, née en 1926 ; Wonder Stories, née en 1929 ; Astounding Stories, née en 1930. Aux États-Unis, plus de 30 revues existeront simultanément. L’édition sous forme de livres des textes de science-fiction est plus tardive, et se manifestera plus particulièrement après la Seconde Guerre Mondiale, avec le livre de poche, et dans des pays dont l'industrie favorise ce type de format au détriment de la revue, comme la France. Elle précède de peu la disparition de nombreuses revues.

    Certains auteurs et critiques, comme Serge Lehman, voient cependant là une sorte d'«amnésie» frappant la production française. Dans l'anthologie Chasseurs de chimères (2006), Lehman rassemble des textes tels que la nouvelle de J.-H. Rosny aîné, Les Xipéhuz (1897); l'épopée spatiale de Jean de La Hire, La Roue fulgurante, parue dans Le Matin en 1907; La Découverte de Paris, d'Octave Béliard, parue dans Lectures pour tous (1911); le roman de Maurice Renard, Le Péril bleu (1912), racontant la rencontre avec une autre espèce; Les Signaux du Soleil (1943) de Jacques Spitz, etc. Le magazine Sciences et voyages publie ainsi plusieurs nouvelles au cours de la première moitié du XX[SUP]e[/SUP] siècle, tandis que le Prix Jules-Verne récompense divers auteurs de 1927 à 1933 puis de 1958 à 1963. Après la Seconde Guerre mondiale, la France découvrira la SF américaine, notamment sous l'influence de Boris Vian et Raymond Queneau.

    Le support de parution périodique (revue, pulp) a fortement marqué le genre. Le format et la périodicité ont fait que beaucoup de nouvelles et de courts romans (novellas) ont été écrits. Les œuvres longues n’étaient que le fait des auteurs les plus célèbres et paraissaient par épisodes, ce qui n’était pas sans conséquences sur le texte puisque les auteurs devaient s’y adapter.

    De ces premiers magazines spécialisés ont émergé la plupart des principaux écrivains classiques de science-fiction : Howard Phillips Lovecraft, Isaac Asimov, Frank Herbert, Ray Bradbury, Arthur C. Clarke, Frederik Pohl, Robert A. Heinlein, Alfred Bester, A. E. van Vogt, Clifford Donald Simak, Theodore Sturgeon, etc.

    Si cette période voit apparaître les auteurs de référence, les productions habituelles n'en sont pas moins médiocres :
    «[...] très vite les magazines se multiplient. Ils visent d'abord un public populaire et sacrifient la qualité littéraire ou même la vraisemblance à la recherche du sensationnel [...].»

    Elle est aussi marquée par son temps, en particulier dans les années 1930-1940 où à travers les poncifs du genre transparaissent des thèmes nationaux et populistes :
    «On définit souvent ainsi la «dernière» époque Gernsback : des récits sans véritable rigueur narrative, où les aventures s'enchaînent de façon simpliste, où la «conjecture» est réduite à un changement de décor et l'altérité des peuples et planètes extra-terrestres, simplifiée en «danger universel» ; un merveilleux scientifique proche du scientisme et s'encombrant moins de rigueur que de brillant ; une action frénétique mise au service d'une morale réactionnaire.»

    La science-fiction n'échappe pas non plus à l'influence du nazisme).
    Cette période fut aussi marquée par l'émergence du cinéma, né en 1895. Celui-ci se tournera très tôt vers la science-fiction et le fantastique, avec Le Voyage dans la Lune de Georges Méliès (1902) et les films de l’expressionnisme allemand, comme le Nosferatu (Nosferatu, eine Symphonie des Grauens) de F.W. Murnau (1922) et Metropolis de Fritz Lang (1927). Parmi les films majeurs de cette période, on peut citer Frankenstein (James Whale, 1931), King Kong (Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, 1933), qui étonna par ses effets spéciaux, Le Jour où la Terre s'arrêta (The Day the Earth Stood Still, Robert Wise, 1951 — qui réalisera plus tard le premier Star Trek) et Planète interdite (Forbidden Planet, Fred M. Wilcox, 1956).

    Mais il ne faut pas oublier une production plus populaire mais aussi emblématique, caractérisée (avant l’ère de la télévision) par les serials, films découpés en épisodes, dont les héros s’appelaient Flash Gordon (1936, 13 épisodes) ou Buck Rogers (1939, 12 épisodes).


    La bande dessinée ne fut pas en reste, avec l’explosion des comics comme Buck Rogers et Flash Gordon, et ceux qui sont consacrés aux super-héros (Superman, Batman, Wonder Woman (de la DC Comics), ou bien encore Spider-Man, les Quatre Fantastiques, les X-Men (de la Marvel)).
    En France, de 1953 à 1962, les publications Artima développèrent ce genre dans des publications de kiosque, avec des histoires originales (Meteor, Atome Kid), et des traductions de matériel britannique (La Famille Rollinson dans l’espace) ou américain (Aventures Fiction, Sidéral, etc.).

    Mutations des années 1960-1970

    Depuis les années 1960-1970 émerge une science-fiction différente, moins narrative, influencée par la contre-culture et les sciences humaines. Elle porte un regard critique sur notre société et propose souvent une réflexion sur les problèmes contemporains (écologie, sociologie, rôle des médias, sexualité, drogues, rapport au pouvoir, aux nouvelles technologies, à l’histoire). Elle est ancrée dans son temps et ses problématiques, tout en restant œuvre d’évasion. Elle sert aussi d'exutoire comme le fut La Guerre éternelle de Joe Haldeman, roman dans lequel l'auteur exorcise sa guerre du Viêt Nam. Cela n'empêche pas les éditeurs de continuer à publier une science-fiction purement distractive.

    La science-fiction a également exploré d'autres voies à travers l'expérimentation stylistique. Au Royaume-Uni, la New Wave est née autour de Michael Moorcock et sa revue New World. Brian Aldiss et J. G. Ballard, dont le roman Crash est un bon exemple des recherches formelles poursuivies par cette école. Judith Merril a popularisé le genre aux États-Unis, sans toutefois employer le terme New Wave. En France, Michel Jeury s'est inspiré du Nouveau Roman dans Les Singes du temps et Le Temps incertain.

    Aujourd’hui

    Depuis lors, la science-fiction est un genre riche et diversifié. Elle mêle des œuvres de grande qualité (et a gagné ses lettres de noblesse littéraires avec des auteurs comme Ray Bradbury) à de la « littérature de gare ». Parmi les auteurs contemporains, on peut citer entre autres Orson Scott Card, Dan Simmons, Iain M. Banks, Alastair Reynolds ou encore Peter F. Hamilton.
    Les sous-genres, évoqués au début du texte, se sont aussi multipliés et de nouveaux continuent d’apparaître.

    Une nouvelle géographie

    La science-fiction a aussi étendu son essor géographiquement, bien au-delà des États-Unis. On a vu, par exemple, une «nouvelle vague» de science-fiction française dans les années 1970 (avec, entre autres, Pierre Pelot (alias Pierre Suragne), Jean-Pierre Andrevon, Gérard Klein (également responsable de la collection Ailleurs et Demain des éditions Robert Laffont, qui a beaucoup fait pour donner à cette littérature ses lettres de noblesse), Michel Jeury, Philip Goy, Dominique Douay, Pierre Bordage et Ayerdhal ou encore Philippe Ebly (pour les enfants et adolescents des années 1970 et 1980). Et aussi René Barjavel qui excelle dans ce domaine. On compte aussi de nombreux auteurs de talent dans les pays de l’Est (rarement traduits en français) avec à leur tête le Polonais Stanislas Lem (Stanisław Lem) et les frères russes Arcadi et Boris Strougatski.

    Si en France les revues spécialisées n’ont jamais joué un rôle de premier plan, comme aux États-Unis, elles n’en existent pas moins. Parmi les principales, on peut citer Galaxies, Bifrost, Fiction, Khimaira, Lunatique, Science fiction magazine, Solaris, Univers.

    Au cinéma

    Aujourd’hui, la science-fiction est toujours bien présente. Dans le monde francophone, particulièrement en France et au Québec, l'usage de l'anglicisme sci fi est très courant pour décrire ce genre cinématographique. Grâce au cinéma le lectorat a grandement augmenté et les romans de science fiction représente aujourd'hui une industrie hautement lucrative. La science-fiction est d'ailleurs un des genres majeurs du cinéma, soit sous la forme d’adaptations d’œuvres littéraires, soit sous la forme de créations originales. Le Voyage dans la Lune (1902) de Georges Méliès est ce que l'on peut considérer comme le premier film de science-fiction.

    Parmi les films importants qui imposèrent un certain nombre de standards, on peut retenir 2001, l’Odyssée de l’espace (1968) de Stanley Kubrick, La Planète des singes (1968) de Franklin J. Schaffner, Star Wars (1977) de George Lucas, Alien - Le huitième passager (1979) et Blade Runner (1982) de Ridley Scott, Mad Max (1979) de George Miller. Les années 1980 peuvent être considérés comme la décennie de la science-fiction ; les plus grands exemples de sa popularité mondiale sont certainement E.T. l'extra-terrestre de Steven Spielberg et la trilogie de Retour vers le futur de Robert Zemeckis. La série télévisée Star Trek (datant de 1966) fut remise à la mode grâce à une saga de films dérivés.

    Le cinéma de science-fiction s'est considérablement diversifié à partir des années 1990 avec Jurassic Park de Steven Spielberg, ainsi qu'Independence Day et Stargate (1994) de Roland Emmerich. Ce film engendra les séries à succès Stargate SG-1, Stargate Atlantis et Stargate Universe (respectivement, à partir de 1997, 2004 et 2009). La combinaison avec la comédie fut de nouveau possible grâce à Men in Black de Barry Sonnenfeld, et le drame catastrophe avec Armageddon de Michael Bay.

    Plus récemment, Matrix de Andy et Larry Wachowski ouvrit une nouvelle ère pour la science-fiction, avec pour thème le danger d'un monde informatisé. Cela n'empêcha pas les retours aux sources avec le remake La Guerre des mondes (d’après H. G. Wells) et Minority Report (d'après une nouvelle de Philip K. Dick) ; deux films réalisés par Steven Spielberg, l'un des maîtres incontestés du genre.

    L’idée que l’on a du film de science-fiction est souvent associée à une débauche d’effets spéciaux, mais il existe des films dits de «science-fiction minimaliste», qui mettent en scène la fiction sans aucun effet spécial, uniquement en jouant avec le cadrage, la mise en scène, le jeu d’acteurs et la musique ; citons, par exemple, La Jetée de Chris Marker (1962), Solaris et Stalker d’Andrei Tarkovsky (1979), Le Trésor des îles Chiennes de François-Jacques Ossang (1990), ou encore Cypher (film, 2002) de Vincenzo Natali, FAQ: Frequently Asked Questions de Carlos Atanes (2004) et Bienvenue à Gattaca d’Andrew Niccol (Gattaca, 1997).


    Dans le cinéma et les séries d’animation

    Concernant le cinéma d’animation, les Japonais occupent une place prépondérante tant au cinéma qu’à la télévision (on parle d’anime ou de manga eiga pour désigner ces réalisations), avec notamment des réalisateurs comme Leiji Matsumoto (univers d’Albator et ses dérivés), Katsuhiro Otomo (Akira) et Mamoru Oshii (Ghost in the Shell). Mais des réalisations françaises (Le Secret des Sélénites ou Les Fabuleuses aventures du légendaire Baron de Munchausen de Jean Image, Gandahar de René Laloux), ou bien américaines (Métal hurlant), font partie intégrante du développement de la science-fiction dans le cinéma d’animation.

    La déferlante des séries d’animation japonaises (parfois coproduites avec des Français ou des Américains), qui constituèrent l’essentiel des programmes «jeunesse» de la télévision française durant la décennie 1978-1988, contribua largement à populariser le genre en France, bénéficiant d’une diffusion médiatique de masse sur des chaînes hertziennes (TF1, Antenne 2, FR3, puis La Cinq) aux heures de grande audience. De ce fait, des séries telles que Goldorak, Capitaine Flam, Albator, Il était une fois... l'Espace, La Bataille des planètes et Ulysse 31 ont marqué une génération d’enfants français.


    En bande dessinée

    En bande dessinée, la science-fiction est l’occasion de développer des univers esthétiques fabuleux.

    Aux États-Unis, après l’explosion des comics comme Buck Rogers et surtout Flash Gordon d’Alex Raymond (1934). Les précurseurs français sont Raymond Poïvet et Roger Lecureux avec les Pionniers de l'Espérance (1945), Marijac et Auguste Liquois ou Pierre Duteurtre avec Guerre à la Terre publié par Coq hardi (1946/47) et Kline avec Kaza le Martien parut dans l’hebdomadaire OK (Belgique), de 1946 à 1948. Cette bande dessinée s'inspirait de Flash Gordon. En 1947 au Québec, le journal Le Progrès du Saguenay publie la première bande dessinée de science-fiction du pays : Les Deux Petits Nains, du jeune Paulin Lessard.

    Il est difficile de ne pas parler d’Edgar P. Jacobs, dont Le Rayon U fut publié en 1943. À la fin des années 1940, il crée la série des aventures de Blake et Mortimer, un classique du genre.

    Il y eut ensuite Barbarella (1962) de Jean-Claude Forest, Les Naufragés du temps (1964) de Paul Gillon et Jean-Claude Forest, Lone Sloane (1966) de Philippe Druillet, Luc Orient (1967) d'Eddy Paape et Greg et enfin et surtout Valérian, agent spatio-temporel devenu plus tard Valérian et Laureline de Jean-Claude Mézières, Pierre Christin et Evelyne Tran-Lê (de 1967 à aujourd'hui) qui popularisa le genre science-fiction en bande dessinée. Christin et Mézières souhaitaient que les aventures de Valérian et Laureline soient aussi des histoires de politique-fiction (écologie, relation de classes ou de travail, féminisme, syndicalisme, etc.) plutôt situées à gauche mais non directement ou ouvertement politique comme il peut y en avoir dans Charlie-Hebdo. Mézières fut largement pillé par les décorateurs et les costumiers de George Lucas, qui possédait, entre autres, nombre des albums de Valérian dans sa bibliothèque, pour Star Wars (1977).

    Roger Leloup est un scénariste et dessinateur belge dont la série Yoko Tsuno se déroule dans un univers empreint de science-fiction.
    Certains albums des Aventures de Tintin et Milou peuvent être classés dans la catégorie "science-fiction", par exemple On a marché sur la Lune, qui raconte, avec quinze ans d’avance, le premier voyage sur la lune, ou Vol 714 pour Sydney, qui fait intervenir des extraterrestres.

    Parmi les grands créateurs du genre, on compte beaucoup de dessinateurs et de scénaristes français ou travaillant en France, notamment ceux qui gravitent autour du journal Métal hurlant ; citons, par exemple, Enki Bilal, Caza, Philippe Druillet, Alejandro Jodorowsky, Olivier Ledroit, Moebius et Olivier Vatine. Pareillement avec le magazine bimensuel Ere comprimée avec Dick Matena, Rafa Negrete ou encore Cacho Mandrafina.

    Aux États-Unis, on peut citer Alex Raymond, Richard Corben, Frank Miller, et les Britanniques Simon Bisley, Pat Mills (scénariste) et Alan Moore (scénariste).

    En 1950, Frank Hampson créa pour le magazine britannique Eagle, Dan Dare, Pilot of the Future.

    Les mangas (bandes dessinées japonaises) exploitent elles aussi énormément les thèmes de la science-fiction et du fantastique. Citons par exemple Go Nagai, Katsuhiro Otomo et Masamune Shirow.


    Fandom, lectorat et prix littéraires


    La littérature de science-fiction a généré une importante activité : du fait de sa publication relativement marginale, elle a très tôt suscité la création de formes d'institutionnalisation qui lui étaient refusées par la littérature « distinguée » et la critique littéraire source de légitimité. Des communautés d'initiés se sont créées : l'expression fandom de la science-fiction ou fandom SF fait ainsi référence à la communauté de gens dont l'un des intérêts principaux réside dans la science-fiction, ces personnes étant en contact les uns avec les autres en raison de cette passion commune.

    Des prix littéraires ont aussi été créés, d'abord par les amateurs de science-fiction, puis par des éditeurs qui ont marqué une professionnalisation du genre. Les plus importants de ces prix sont les prix Hugo et Nebula pour les États-Unis et pour la France le Grand Prix de l'Imaginaire et le prix Rosny aîné.

    D'après certaines enquêtes, le lectorat de la science-fiction serait majoritairement composé de garçons, collégiens ou lycéens. Des études sociologiques plus rigoureuses suggèrent en revanche que le genre n'est pas le critère dominant, la SF étant, à l'école, la littérature privilégiée des bons élèves et issus de milieux aisés de même que ses lecteurs adultes disposent d'une éducation supérieure à la moyenne, technique ou non.


    Sélection d'œuvres


    Littérature

    1818 – Frankenstein ou le Prométhée moderne, de Mary Shelley
    1864 – Voyage au centre de la Terre, de Jules Verne
    1895 – La Machine à explorer le temps, de H. G. Wells
    1931 – Le Meilleur des mondes, de Aldous Huxley
    1943 – Ravage, de René Barjavel
    1949 – 1984, de George Orwell
    1950 – Chroniques martiennes, de Ray Bradbury
    1951 – Fondation, d'Isaac Asimov
    1965 – Dune, de Frank Herbert
    1989 - Hypérion, de Dan Simmons





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    A SUIVRE

    Voyage au centre de la terre


     
  2. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Voyage au centre de la Terre


    Voyage au centre de la Terre est un roman de science-fiction, écrit en 1864 par Jules Verne. Il fut publié en édition originale in-18 le 25 novembre 1864, puis en gd in-8° le 13 mai 1867. Le texte de 1867 est différent de celui de 1864. Il comporte en effet deux chapitres de plus (45 au lieu de 43). Ayant découvert un manuscrit runique ancien, un savant, son neveu et leur guide entreprennent un voyage vers le centre de la Terre en y entrant par un volcan islandais éteint, le Sneffels (c'est-à-dire le Snæfellsjökull). Comme à l'habitude de Jules Verne, le roman est un habile mélange de données scientifiques, d'extrapolations osées et d'aventure. L'introduction du roman reflète l'engouement d'alors pour une science jeune, la cryptologie (
    #7). La suite enchaîne sur une description de l'Islande de la fin du XIX[SUP]e[/SUP] siècle, puis sur une vaste introduction à deux autres sciences en plein essor, la paléontologie et la géologie (on notera d'ailleurs les divergences entre les interprétations de l'époque et celles couramment admises aujourd'hui).

    Résumé

    Le narrateur est Axel Lidenbrock, neveu d’un éminent géologue et naturaliste allemand, le professeur de minéralogie Otto Lidenbrock. L’histoire commence le 24 mai 1863 à Hambourg et plus exactement dans la rue Königstrasse, où est située la maison du Pr. Lidenbrock. Le professeur, amateur de vieux livres, a acheté le manuscrit original d'une saga islandaise, Heimskringla, écrite par Snorri Sturluson au XII[SUP]e[/SUP] siècle. Il y découvre un parchemin codé, rédigé en caractères runiques islandais. Lidenbrock se passionne aussitôt pour ce cryptogramme et tyrannise toute la maison tant qu'il lui résiste. Axel, d'abord peu enthousiaste, se prend peu à peu au jeu et finit par découvrir la clé du message par un coup de chance. Le parchemin se révèle être un message d'un certain Arne Saknussemm, un alchimiste islandais du XVI[SUP]e[/SUP] siècle, rédigé en latin mais écrit en runes. Celui-ci affirme avoir découvert un passage qui l'aurait mené jusqu'au centre de la Terre, via l'un des cratères d'un volcan éteint d'Islande, le Sneffels (l'actuel Snæfellsjökull).

    Le professeur Otto Lidenbrock est un homme enthousiaste et impétueux. Il décide de partir dès le lendemain pour l’Islande, emmenant avec lui son neveu Axel, beaucoup plus réticent. L'oncle et le neveu sont en désaccord sur la possibilité pratique d'un tel voyage, qui va à l'encontre de la théorie la plus répandue sur la composition de l'intérieur de la planète, la théorie de la chaleur centrale, soutenue notamment par Siméon Denis Poisson : Axel s'en fait le défenseur, tandis que Lidenbrock, plus influencé par les théories de Humphry Davy selon qui les températures profondes sont moins élevées, est déterminé à mettre l'hypothèse de la chaleur centrale à l'épreuve des faits.

    Par ailleurs, Axel est retenu à Hambourg par les sentiments qui le lient à la pupille de Lidenbrock, Graüben, une Virlandaise avec qui il s'est fiancé à l'insu du professeur ; mais celle-ci l'encourage au contraire à accomplir ce voyage, espérant qu'ils se marieront à son retour. Deux jours à peine après le déchiffrement du message, Lidenbrock et Axel se mettent donc en route, non sans de fiévreux préparatifs de la part du professeur, qui se pourvoit d'un matériel abondant correspondant au dernier cri technologique de l'époque (notamment les appareils de Ruhmkorff fournissant un moyen d'éclairage sûr, et le fulmicoton, un puissant explosif).

    Lidenbrock se hâte, car les indications fournies par Saknussemm sur l'emplacement exact du cratère à emprunter se fondent sur l'ombre projetée par un pic rocheux à la fin du mois de juin, et le trajet jusqu'en Islande leur prendra du temps.
    Le voyage d'Axel et de Lidenbrock les mène d'Altona, banlieue de Hambourg, à Kiel en chemin de fer ; de là, ils embarquent sur un navire à vapeur en partance pour le Danemark, qui les mène à Korsør, d'où ils gagnent en train Copenhague. Lidenbrock entre en contact avec M. Thompson, directeur du Musée des Antiquités du Nord de Copenhague, qui lui procure de précieuses indications pour son voyage et son séjour en Islande.

    Pendant les cinq jours d'attente avant le départ du navire qui les emmènera dans l'île, Lidenbrock oblige son neveu à prendre des leçons d'abîme en haut d'un clocher afin de leur permettre de surmonter leur vertige en prévision des gouffres qu'ils devront descendre. Le 2 juin, Lidenbrock et Axel embarquent sur une goélette qui longe Elseneur, remonte jusqu'au Skagerrak, longe la Norvège puis traverse la mer du Nord et passe au large des îles Féroé avant de rejoindre enfin le port de Reykjavik, au sud-ouest de l'Islande.
    Les deux voyageurs, armés de lettres de recommandation, y sont accueillis par le maire Finsen et le coadjuteur Pictursson, et surtout hébergés par un professeur de sciences naturelles, M. Fridriksson, qui les renseigne mieux sur Saknussemm. Lidenbrock et Axel gardent le secret sur le but réel de leur voyage.
    Sur les conseils de Fridriksson, Lidenbrock et son neveu engagent un chasseur d’eider nommé Hans Bjelke, remarquablement fiable et impassible, qui sera leur guide et est prêt à suivre Lidenbrock où il voudra : l'expédition est au complet.

    Après quelques derniers préparatifs, Lidenbrock, Axel et Hans se mettent en route pour le Sneffels, situé plus au nord-ouest. Ils font étape à Gardär puis à Stapi, rencontrent quelques infortunes dues à l'impatience du professeur ou à l'hospitalité douteuse d'un de leurs hôtes, et arrivent quelques jours plus tard au pied du volcan Sneffels. Ils engagent quelques porteurs temporaires pour l'ascension des bagages, et se retrouvent ensuite seuls tous les trois près des cratères du volcan éteint.

    Lidenbrock trouve là une inscription runique au nom de Saknussemm : aucun doute n'est plus possible sur la véracité du parchemin. Le cratère éteint renferme trois cheminées. L’une d’elles doit être effleurée par l’ombre d’un haut pic, le Scartaris, à midi, «avant les calendes de juillet», c’est-à-dire dans les derniers jours de juin. D’après la note de Saknussemm, là se trouve le passage vers le centre de la Terre. Le 28 juin, lorsque le temps se dégage, l'ombre se projette sur le cratère central et la descente peut commencer.
    Après avoir descendu la cheminée principale du cratère à l'aide de cordes, l'expédition s'engage dans les profondeurs de la terre, tandis que Lidenbrock tient un journal scientifique pour consigner précisément l'itinéraire parcouru.

    Une difficulté se présente lorsque l'expédition parvient à un croisement entre deux galeries. Lidenbrock s'engage dans ce qui se révèle peu à peu être la mauvaise direction, car elle les mène vers des terrains trop récents pour correspondre aux couches les plus profondes. Ce retard manque coûter la vie aux membres de l'expédition, qui se trouvent rapidement à court d'eau et souffrent terriblement de la soif. Revenus avec peine au croisement, ils se fient aux indications de Hans, qui finit par découvrir une nappe souterraine d'eau ferrugineuse en perçant une paroi. La descente peut alors se poursuivre, toujours plus bas et en se déportant toujours vers le sud-est, c'est-à-dire sous l'Islande puis sous la croûte supportant l'océan Atlantique. Axel doit s'avouer vaincu car la température ambiante augmente bien moins que ce que prévoyait la théorie de la chaleur centrale.

    Quelques jours après, trompé par un embranchement dans la galerie, Axel se retrouve perdu, seul et sans lumière. Ayant repris contact avec Lidenbrock grâce à un phénomène acoustique propice, il se fait guider jusqu'à ses compagnons, mais son trajet se termine par une mauvaise chute.
    Soigné et guéri par Hans et Lidenbrock, Axel se rend compte que l'expédition est arrivée au bord d'une étendue d'eau souterraine qui ressemble à une véritable mer, enfermée dans une caverne aux proportions gigantesques et éclairée par des phénomènes électriques. La côte est constellée d'ossements fossiles et abrite une forêt de champignons fossiles géants. Le 13 août, embarqués sur un radeau construit par Hans en surtarbrandur, du bois à demi fossilisé trouvé sur place (voyez à Bois pétrifié), les trois voyageurs naviguent sur la mer que le professeur a baptisée «mer Lidenbrock».

    Ils croisent des algues géantes, puis pêchent un poisson appartenant à une espèce disparue et redoutent de croiser des monstres préhistoriques. De fait, ils manquent être coulés lorsqu'un ichthyosaure et un plésiosaure surgissent des eaux et s'affrontent près du radeau. Après une dizaine de jours de navigation, ils sont pris dans un orage électrique qui dévaste leur embarcation et manque leur coûter la vie, mais sont finalement rejetés sur une côte. Par malheur, d'après les indications de la boussole, la tempête leur a fait rebrousser chemin vers la même côte. Lidenbrock et Axel l'explorent à nouveau, et tombent sur un ossuaire où se trouvent des restes d'animaux des ères quaternaire et tertiaire, dont un homme fossilisé plus ancien que tout ce qui avait été découvert jusqu'à lors. Plus loin, ils s'aventurent dans une forêt de végétaux appartenant à des espèces anciennes, dont le kauri, et y entrevoient un troupeau de mastodontes, menés par ce qui ressemble à un humanoïde géant : ils finissent par battre prudemment en retraite.

    Revenant vers la côte, ils trouvent un poignard rouillé du XVI[SUP]e[/SUP] siècle près d'une nouvelle inscription aux initiales d'Arne Saknussemm : ils sont sur la bonne voie.
    Mais la grotte qui s'ouvre non loin de là les mène à un cul de sac : une éruption plus récente a bouché la galerie. Déterminé, Lidenbrock décide d'employer le fulmicoton pour faire sauter l'obstacle. Remontés sur le radeau afin de se tenir à une distance sûre, les trois voyageurs font sauter le mur rocheux le 27 août, mais sont entraînés vers la galerie lorsque l'explosion provoque un petit raz-de-marée : la mer s'engouffre dans la grotte. Prisonnier de son embarcation, le petit groupe poursuit sa descente sur une eau devenue bouillante. Axel se rend compte que presque tout l'équipement et surtout les provisions ont basculé hors du radeau au moment de l'explosion : l'expédition risque de mourir de faim rapidement...

    Les voyageurs n'ont plus le contrôle de leur direction et ne peuvent s'échapper de la galerie rocheuse. Après être descendu, le couloir et l'eau remontent dans une atmosphère de plus en plus étouffante. Axel comprend avec horreur que le radeau progresse désormais sur une masse de roche fondue qui monte dans une cheminée volcanique sur le point d'entrer en éruption, mais Lidenbrock refuse de se laisser aller au désespoir : c'est une chance de revenir à la surface de la terre.

    Finalement, brûlés et très affaiblis, les trois voyageurs sont rejetés par un cratère et échouent sur le flanc d'un volcan. Après s'être mis à l'abri, ils se rendent compte qu'ils sont en Italie, sur les flancs du Stromboli. De retour à Hambourg, l'expédition se couvre de gloire, Lidenbrock devient célèbre et Axel peut épouser sa fiancée. Hans retourne en Islande, où l'oncle et le neveu espèrent aller le revoir un jour.


    Liste des personnages

    Le professeur Otto Lidenbrock C'est le personnage principal du roman. Professeur de minéralogie au Johanneum de Hambourg, oncle d'Axel qu'il a fait profiter de ses connaissances, il est présenté comme un grand spécialiste dans son domaine (Verne lui fait fréquenter des spécialistes comme Humphrey Davy), d'une grande érudition et polyglotte (il est indiqué qu'il parle de nombreuses langues, et au cours de l'intrigue il lit le vieil islandais et les runes, et lit et parle le latin, le danois et l'islandais). Mais c'est aussi un excentrique au tempérament impatient, impulsif et irascible (renforcé par sa tendance à s'embrouiller dans la prononciation des termes scientifiques compliqués), et peu accessible aux sentiments ordinaires. Passionné par son domaine de recherche, il est aussi doté d'une volonté inflexible et ne renonce jamais. Il s'humanise un peu au contact d'Axel au fil du voyage.

    Axel
    Neveu du professeur Lidenbrock, il est le narrateur du roman. Doté de solides connaissances en géologie transmises par son oncle, il a aussi une bonne culture classique, en particulier en latin. D'un tempérament plus calme et mesuré que son oncle, quoique son romantisme le porte parfois à l'exaltation, il est peu intéressé par le cryptogramme au départ, et reste longtemps réticent et incrédule devant la possibilité même du voyage entrepris par son oncle. Il l'accompagne néanmoins dans l'expédition vers le centre de la Terre, devient progressivement aussi enthousiaste que lui et mesure ses qualités humaines dans les moments difficiles. Axel est fiancé à Graüben, pupille de Lidenbrock.

    Hans Bjelke
    Chasseur d'eider islandais, il est engagé par Otto Lidenbrock comme serviteur et guide à Reykjavik sur les conseils de son collègue Fridriksson. Il est le troisième membre de l'expédition vers le centre de la Terre. Verne en fait l'archétype du serviteur fidèle, dévoué et bon à tout faire, qui sauve plusieurs fois la vie de ses maîtres. Hans est aussi l'incarnation des stéréotypes de l'époque sur les Islandais : d'un flegme et d'une impassibilité totales, il ne trahit presque jamais la moindre émotion au cours du voyage, quels que soient les découvertes ou les périls rencontrés.

    Graüben
    Pupille
    du professeur Lidenbrock, elle n'apparaît que brièvement au début du roman. D'un caractère doux et réservée, c'est la fiancée d'Axel, qu'elle l'encourage néanmoins courageusement à suivre Lidenbrock dans son voyage. Elle est appelée la Virlandaise, allusion au fait qu'elle vient du quartier de Vierlande (article en allemand) à Hambourg.


    Marthe
    C'est la domestique et cuisinière du professeur Lidenbrock. Elle apparaît brièvement au début du roman, effrayée et tyrannisée par le caractère excentrique du minéralogiste. C'est elle qui prévient toute la ville du voyage au centre de la Terre du professeur et de son neveu.

    Arne Saknussemm
    Il n'apparaît jamais directement, mais son ombre plane sur le roman : il est le prédécesseur de Lidenbrock, et c'est son cryptogramme qui fournit aux personnages le chemin vers le centre de la Terre, qu'il a lui-même atteint à son époque, au XVI[SUP]e[/SUP] siècle. Il est présenté comme un grand naturaliste, un grand alchimiste et un grand voyageur, persécuté pour hérésie et qui voit ses livres brûlés à Copenhague en 1573.

    Le professeur Fridriksson
    Professeur de sciences naturelles à Reykjavik, il n'apparaît que pendant une courte séquence du roman. Il accueille et héberge Lidenbrock et Axel, et c'est lui qui leur recommande Hans Bjelke. Il converse avec Lidenbrock en islandais et discute avec Axel en latin car c'est leur seule langue commune.

    Thèmes abordés dans le roman
    • L’étude de la cryptologie (déchiffrement des runes pour pouvoir aller au centre de la Terre)
    • La spéléologie (par la découverte des profondeurs de la Terre)
    • La paléontologie (découverte d’animaux préhistoriques qu’on pensait disparus et du cadavre de l’homme quaternaire)
    • La minéralogie (science incarnée par le professeur Lidenbrock) [également perceptible dans Les Enfants du capitaine Grant]
    • La folie (l’épisode de la solitude d’Axel)
    • Le fantastique (épisode du rêve d’Axel)
    • L'aventure
    • L'amour (Axel est amoureux de Graüben)
    • Le voyage (Axel, Otto et Hans partent pour le centre de la terre)

    Premières traductions

    • « Die Reise zum Mittelpunkt der Erde » (1873) éd. Gebrüder Légrády, Budapest
    • « Journey into the Interior of the Earth » (1877), éd. Ward Lock & Co. Ltd., Londres

    Contenu scientifique du roman


    Jules Verne décrit dans le roman une grotte contenant des cristaux géants, dont on ne connaissait aucun exemple dans la réalité jusqu'à la découverte au début des années 2000 de cristaux de grande taille au Mexique, dans la mine de Naica.
    La possibilité d'une mer souterraine semblable à la mer Lidenbrock est réfutée par les connaissances géologiques actuelles, car la caverne gigantesque qui la contient ne pourrait pas résister aux pressions énormes propres à ces profondeurs ; en revanche, la présence d'une grande quantité d'eau enfermée ou infiltrée dans des roches solides est considérée comme probable, mais on ignore encore précisément jusqu'à quelle profondeur elle pourrait se trouver.

    Adaptations


    Au cinéma


    À la télévision

    • 1999 : Voyage au centre de la Terre (Journey to the Center of the Earth), feuilleton télévisé en deux parties, réalisé par George Miller. Scénario très éloigné aussi bien du roman de Jules Verne que de l'adaptation, déjà libre, qui en avait été faite en 1959.

    En bandes dessinées


    · 1978 : Voyage au centre de la Terre, texte de Roudolph, dessins de Renato Polese, Sagedition.
    · 1990 : Voyage au centre de la Terre, dessins de Claude Laverdure, édition Lefrancq.
    · 2009 : Voyage au centre de la Terre, texte de Patrice Cartier, dessins de Édouard Riou, Éditions du Mont.

    En jeu vidéo

    · 2003 : Voyage au centre de la Terre, un jeu vidéo développé par Frogwares directement inspiré du roman de Jules Verne éponyme.




     
  3. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Voyage dans le temps



    «Est-il possible que les rêves, les rêves en général,

    tous les rêves, les rêves de tout le monde,
    soient composés d'images provenant d'expériences passées
    et d'images d'expériences à venir,
    mélangées en proportions plus ou moins égales ?»


    Le voyage dans le temps est un des grands thèmes de la science-fiction, au point d’être considéré comme un genre à part entière. L’idée d’aller revivre le passé ou de découvrir à l’avance le futur est un rêve humain causé par le fait que l’être humain avance dans le temps de manière permanente, mais irréversible (et, à l’état de veille, apparemment de façon linéaire).


    La première mention d’un voyage dans le temps serait le personnage de Merlin l’Enchanteur dans le cycle arthurien des Chevaliers de la Table ronde, qui visitait les temps passés. Les Celtes croyaient en la possibilité de voyager dans le temps et dans un monde parallèle, à partir des tombes, des tertres ou de certains lieux. Mais le problème du voyage dans le temps est assez liée à celle de l’oracle, qui existait déjà chez les Grecs et pouvait entraîner les mêmes paradoxes.

    Les physiciens et les philosophes, tout autant que les auteurs de science-fiction, s’intéressent au voyage dans le temps, aux effets théoriques des voyages à la vitesse de la lumière et aux paradoxes logiques qui naîtraient d’un voyage dans le temps.


    Voyage dans le sens direct


    La relativité restreinte d’Albert Einstein (et, par extension, la relativité générale) autorise explicitement certaines dilatations du temps, ce qui ressemble à un «voyage dans le temps». Par exemple, un voyageur se déplaçant dans l'espace à une vitesse proche de celle de la lumière (par rapport à la Terre) pourrait revenir des années après son départ dans le calendrier terrestre après un voyage qui n'aura duré que quelques jours pour lui.
    Cependant, cet effet permet le «voyage dans le temps» seulement accéléré vers le futur. Et cela dit, même sans mouvement spatial, nous voyageons déjà de toute façon du passé vers le présent et du présent vers le futur.

    Un concept des temps modernes


    La notion de voyage dans le temps est indissolublement liée à une conception moderne du temps.
    Dès les origines, c'est un procédé littéraire destiné à exposer les thèses d'un auteur sur sa vision de l'avenir. À ce point de vue, le procédé du voyage dans le temps est une variante, un aspect particulier du roman d'anticipation. Ainsi le thème du voyage dans le temps se confond, dès Herbert George Wells (La Machine à explorer le temps) avec une description de l'avenir à fort contenu politique, assez proche de celle de Jules Verne (Paris au XXe siècle), qui n'y recourt cependant pas : dès les premiers «romans scientifiques» dont le XIX[SUP]e[/SUP] siècle sera si prolixe, anticipation et voyage dans le temps sont les deux aspects d'un même projet : décrire l'avenir, radieux ou inquiétant. Mais faire voyager le protagoniste dans le temps est un moyen commode de faire entendre en direct le point de vue contemporain, le «voyageur du temps» partageant naturellement les préjugés, les modes de pensée et les étonnements du lecteur. Ce décalage ne pouvait que tenter les romanciers par les possibilités narratives très intéressantes qu'il offrait.
    Ainsi « l'explorateur du temps » de Wells, victorien et manifestement socialiste, décrit avec le recul de son temps la terrifiante société dégénérée de l'an 802701, avec maintes allusions, précisément, aux inventions apparaissant à l'époque de Wells : usines souterraines, mécanisation accélérée des villes, gratte-ciels, tours en fer, etc.

    Le Voyageur imprudent de René Barjavel reprend la même idée : avenir très lointain («l'an 100 000») et dégénérescence biologique de l'Humanité, stupéfaction du voyageur temporel qui est, comme chez Wells, un scientifique apte à comprendre l'incompréhensible (le futur) et à l'expliquer au lecteur.


    L'idée de voyage dans le temps n'apparaît qu'avec l'idée de progrès, exactement avec la science-fiction et l'anticipation. S'il va de soi pour nous que le futur est censé apporter des changements, que l'avenir existe d'un point de vue philosophique, il n'en a pas toujours été ainsi. L'idée de voyager dans le temps n'aurait pas traversé l'esprit d'un grec de l'Antiquité, par exemple, car pour les anciens le temps était cyclique. De plus les changements étaient lents et peu perceptibles à l'échelle d'une vie humaine. Ce sera la notion de progrès, d'évolution, de changement qui modifiera notre vision du temps, considéré comme divisé en passé, présent, et avenir. Ces notions existaient certes, mais le «futur» n'était pas censé avoir un intérêt en soi: c'était sur un évènement à venir précis que l'on interrogeait la Pythie à Delphes. Les Grecs ne concevaient l'avenir que comme l'accomplissement du destin, connu des dieux seuls. Il n'y avait donc pas de «monde futur» ou de «temps à venir» tels que nous le comprenons. Ce sont des notions indissolublement liées à l'idée d'évolution et de progrès. Idées parfaitement étrangères aux anciens et au Moyen Âge.

    L'idée que l'avenir va apporter des choses suffisamment étonnantes pour produire de l'intérêt romanesque n'apparait qu'à la Renaissance. Sans être un véritable roman de science-fiction, La Nouvelle Atlantide de Francis Bacon (1561-1626), est incontestablement une sorte de roman d'anticipation sur la cité de l'avenir régie par la sagesse et la science. Certes les voyageurs ne traversent pas le temps, mais les océans. Néanmoins c'est bien une cité «future» que Bacon nous décrit, et plus tout à fait une cité «idéale» comme Platon. Bacon décrit une société parfaite réalisable par la science, donc réalisable dans l'avenir.

    Ce n'est que dans la deuxième moitié du XX[SUP]e[/SUP] siècle que, le procédé narratif du voyage dans le temps étant usé, les auteurs vont s'intéresser aux paradoxes générés par cette hypothèse. En effet, voyager dans le temps, et notamment dans le passé, cela permet de court-circuiter le destin. Celui qui voyage dans le temps plus vite que le commun des mortels connaît l'avenir et peut y parer.
    De ce point de vue, ce sont essentiellement aux liens de cause à effet que la SF va s'intéresser dans cette période, avec d'innombrables possibilités. (Voir plus bas : «Conséquences des modifications du passé»).


    Voyage dans le sens rétrograde

    Le voyage rétrograde dans le temps semble a priori hautement improbable. Il faudrait pour cela abandonner le postulat de causalité qui veut que l'effet ait obligatoirement lieu après la cause. Il faudrait de plus admettre que le passé existe encore, et qu'il n'est donc pas réellement passé.

    Les travaux théoriques


    Par ailleurs, en l’absence d’indices de voyage dans le temps, il n’est pas indispensable de supposer son existence. Stephen Hawking a suggéré que l’absence de touristes venant du futur constitue un argument solide contre l’existence du voyage temporel - variante du paradoxe de Fermi, les voyageurs temporels remplaçant les visiteurs extra-terrestres (voir le roman de Robert Silverberg Les temps parallèles). Cet argument est affaibli par l'idée que certaines portes temporelles pourraient être construites, mais ne conduiraient pas le voyageur à une date antérieure à la création de la porte. Sauf à supposer qu'il existe dans l'Univers des portes naturelles. On pourrait aussi apposer à cet argument que l'Humanité a pu s'éteindre (virus, météorite...) avant d'avoir inventé le moyen de voyager dans le temps. À noter que la pensée ufologique moderne n'exclut pas le fait que les manifestations d'ovnis du XX[SUP]e[/SUP] et XXI[SUP]e[/SUP] siècles soient les traces de visiteurs du futur plutôt que de visiteurs extra-terrestres, ce qui contredirait l'argument d'Hawking, tout aussi improuvable que l'inverse (pour l'instant).

    Mais Hawking pense que si les lois actuelles de la physique n'interdisent pas le voyage rétrograde, il doit être possible d'en trouver une : il a énoncé un tel principe sous le nom de conjecture de protection chronologique. Hawking explique ce principe par analogie avec la thermodynamique : le premier principe n'interdisait pas de fabriquer un réfrigérateur qui fournirait de l'énergie électrique ; c'est le deuxième principe de la thermodynamique qui prononce une telle interdiction. Cette comparaison sous-entend qu'il existe peut-être une loi qui reste à découvrir et dont découle l'interdiction d'un tel voyage.


    Expérimentations

    Certaines expériences réalisées au cours des dix dernières années donnent chacune l'impression d'un effet rétrograde mais sont interprétées de manière différente par la communauté scientifique.

    Voici quelques exemples :


    L'expérience de Marlan Scully (qui est inspirée du paradoxe EPR et nécessite l'utilisation de fentes de Young) laisse supposer qu'à l'échelle quantique une particule dans le futur déterminera son passé. Cela met en exergue les difficultés de qualifier la notion de temps à l'échelle quantique, mais en aucun cas cette expérience ne constitue une manifestation macroscopique et utilisable de causalité inversée.

    L'expérience de Lijun Wang a permis d'envoyer des paquets d'ondes à travers une ampoule de césium à cX310 avec pour effet une sortie du paquet d'ondes 62 nanosecondes avant son entrée. Mais cela est simplement dû à un effet d'ultra-réfraction et ces paquets d'ondes n'étant pas des objets constitués de particules bien définies, ils ne peuvent transporter ni énergie ni information du futur vers le passé, donc, là non plus, pas de violation de la causalité.

    Enfin, le programme "effet STL" expérimenté à l'heure actuelle par le docteur Ronald Mallett a pour but très officiel d'observer une violation de la causalité par le biais d'un neutron à travers un cristal photonique ralentissant la lumière. Le neutron réapparaîtrait dans le dispositif avant d'être désintégré. Le rapport est sorti en novembre 2006 et bénéficie du soutien de plusieurs universités des États-Unis. Mais même si cette expérience marche à l'échelle quantique, à la manière de l'expérience de Marlan Scully, on peut s'attendre à une décohérence à l'échelle macroscopique. Donc, là encore, à part à l'échelle quantique, on ne peut toujours pas parler de violation de la causalité.


    Hypothèses de dispositifs permettant le voyage


    - Univers de Gödel

    Kurt Gödel a démontré que dans un univers en rotation et sans expansion, la relativité générale indique qu'un long voyage spatial peut conduire à revenir au point de départ à une date antérieure à celle du départ. Le résultat troubla Albert Einstein, qui n'imaginait pas que la relativité générale laisse la porte entrouverte à la possibilité de remonter le temps (la relativité restreinte l'interdisait). On sait par observation que l'univers ne vérifie pas les critères de Gödel (des physiciens considèrent même que parce qu'il autorise le voyage dans le temps, cet univers pourrait ne pas exister).

    - Trous noirs et trous de ver
    La relativité générale indique qu’il existerait des configurations dans lesquelles deux trous noirs sont reliés l’un à l’autre. Une telle configuration est habituellement appelée trou de ver ou plus rarement pont d’Einstein-Rosen. De telles configurations ont beaucoup inspiré les auteurs de science-fiction car proposant un moyen de voyager très rapidement sur des grandes distances, voire voyager dans le temps. En pratique, de telles configurations, si elles sont autorisées par la relativité générale, semblent totalement irréalisables dans un contexte astrophysique où elles ne présentent de ce fait aucun intérêt majeur.
    La proposition d’une machine de voyage temporaire qui utiliserait un trou de ver, fonctionnerait (hypothétiquement) de la manière suivante : on crée d'une certaine manière un trou de ver, puis, une extrémité du tunnel est accélérée à une vitesse proche à celle de la lumière (peut-être avec un navire spatial d’avant-garde) et on retourne alors au point d'origine.

    Étant donné la dilatation temporaire (étant donné la vitesse), l'extrémité accélérée du tunnel a vieilli moins que l'extrémité stationnaire (du point de vue d'un observateur externe).

    Toutefois, le temps est différent à travers du tunnel de celui qui est en dehors de lui : deux horloges synchronisées postées à chaque extrémité du tunnel se maintiendront toujours synchronisées, du point de vue d'un observateur dans le tunnel, sans importer la différence de vitesse.

    Ceci signifie qu'un observateur qui entrerait à l'extrémité accélérée, sortirait par l'extrémité stationnaire quand l'extrémité stationnaire avait le même âge que l'extrémité accélérée au moment avant d'entrer. Par exemple, si avant d'entrer dans le trou de ver l'observateur a remarqué que l'horloge dans l'extrémité accélérée montrait 2006 tandis que l'horloge dans l'extrémité stationnaire disait déjà 2007, alors l'observateur pourrait sortir par l'extrémité stationnaire quand l'horloge stationnaire disait encore 2006. Une limitation significative d'une telle machine est qu'il est seulement possible de voyager vers le passé dans le point initial quand a été créée la machine ; en essence, on considère plus comme un passage à travers le temps qu’un dispositif qui se déplace à travers le temps : il ne permet pas que la technologie elle-même en lui-même voyage à travers le temps.

    Ceci peut permettre une explication alternative au paradoxe de Hawking : un jour on pourra construire une de ces machines, mais comme elles n'ont pas étés encore construites, ceci explique pourquoi les touristes temporaires ne pourront jamais arriver jusqu’à notre présent actuel.

    Créer un trou de ver d'une taille appropriée pour un navire macroscopique, le maintenir stable et déplacer une de ses extrémités avec le navire, demanderaient un niveau significatif d'énergie dans un ordre beaucoup plus grand que la quantité d'énergie qu'un soleil comme le nôtre peut produire dans toute sa période de vie. La création d'un trou de ver requerrait aussi l'existence d'une substance appelée «matière exotique», dont l'existence non-prouvée n'a pas nécessairement de forme utile à la formation d'un trou de ver.

    Par conséquent il est très peu probable qu'un tel dispositif soit construit, même avec des technologies hautement avancées, mais, pour une autre part, des trous de ver microscopiques, beaucoup moins demandeurs d’énergie, pourraient être utiles pour envoyer une information vers le passé à travers le temps.

    En 1993, Matt Visser a fait valoir que les deux extrémités d'un tunnel de ver avec une telle différence temporaire induite ne pourraient pas être réunies sans produire un champ quantique et des effets gravitationnels qui provoqueraient que le tunnel soit paralysé ou que les deux extrémités se replient sur elles-mêmes. Étant donné ceci, les deux extrémités ne pourraient pas se rapprocher suffisamment parce qu'aurait lieu une violation de la causalité.

    Toutefois, dans un article de 1997, Visser a conjecturé une complexe configuration «d'un anneau Roman» (ainsi nommé en honneur que à Tom Roman) d'un nombre N de trous de ver alignés dans un polygone symétrique qui pourrait agir comme une machine à voyager dans le temps, bien que la conclusion qui en ressort est que ceci ne serait pas tant un défaut dans la théorie classique de la gravité quantique, mais plutôt la preuve qu'il est possible de violer la causalité.


    En 2007, Amos Ori, scientifique physicien israélien, et son équipe ont découvert un modèle théorique pour voyager dans le temps qui pourrait permettre aux générations futures de voyager dans le passé. La création de cette boucle dépend de conditions initiales minimums sur lesquelles l'équipe israélienne travaille encore. Un modèle théorique développé en collaboration avec l'Institut israélien de technologie, le Technion, et annoncé dans un article publié dans la revue Physical Review D de juillet 2007. Dans cet article, il est présenté un modèle théorique basé sur des équations décrivant les conditions qui, si elles pouvaient être établies, permettraient de construire une machine à voyager dans le temps. Cette machinerie hypothétique serait l'espace-temps lui-même.
    Leurs recherches sur le voyage dans le temps sont basées sur l'augmentation de la courbure de l'espace-temps, en considérant que la flèche du temps peut arriver à se recroqueviller sur elle-même formant une boucle. Expliquant ainsi: «Nous savons que la courbure (espace-temps) se produit en permanence, mais nous avons voulu obtenir une courbure assez forte pour vous donner un moyen qui mène à de longues queues pour former des boucles fermées ...

    Nous avons essayé de savoir si est possible de manipuler l'espace-temps à se développer de cette façon». Ils expliquent également que si la condition initiale est atteinte, la machine travaille par elle-même sans aucune intervention. Et de donner un exemple: si un canon tire un obus, une fois que le tir a été déclenché, il n’y a rien d’autre à faire, l’obus lui-même ira vers l’objectif, motivé uniquement par les lois de la physique.

    Leurs calculs montrent que la boucle d'espace-temps peut être construite avec la matière ordinaire et de la densité d'énergie positive, mais ils ajoutent qu'il est encore nécessaire de résoudre la question de la stabilité de cette machine pour qu’elle puisse se convertir en un tunnel à travers le temps. La chose vraiment importante est que leur contribution en fonction de leurs calculs, de créer une machine du temps dépend en fait de conditions initiales très petites qui, bien que très difficiles, sinon impossibles à réaliser, sont actuellement la cible de travail de l'équipe israélienne de physiciens. Dans un précédent article, en 2005, Amos Ori affirmait ainsi qu’une machine de cette sorte ne nécessiterait pas de matière exotique pour être construite et qu’il suffirait d’utiliser le vide qui existe dans l'espace pour voyager dans le temps. Ce travail est donc un développement et une consolidation de ces déclarations antérieures.

    Bien qu'Amos Ori n'ait pas été le seul physicien à formuler la possibilité de voyager dans le temps, d'autres physiciens ont identifié un certain nombre de possibilités, notamment l'utilisation de la matière exotique pour créer une courbure de l'espace-temps peut changer le direction de la flèche du temps. La physique quantique dit que la matière exotique existe, mais dans des quantités si minuscules qu'on ne pourrait jamais construire une machine du temps. Amos Ori a résolu ce problème en ouvrant d'autres possibilités pour obtenir une machine du temps sans matière exotique. Ce système pourrait donc permettre à nos descendants, d’un futur lointain, de voyager dans le temps jusqu’au jour même de la construction de la dite machine. Actuellement nous sommes donc incapables d'aller vers le passé parce que nos ancêtres ne nous ont pas laissé une machine de cette sorte pour nous.

    Selon ce modèle, si le prétendu espace-temps en boucle était créé le 1[SUP]er[/SUP] janvier 2015, et utilisé vingt ans plus tard, en entrant dans la boucle en 2035, on ne pourrait revenir qu’au 1[SUP]er[/SUP] janvier 2015. Dans ce cas, il ne serait, dans la pratique, qu’un tunnel d'espace temporaire dans lequel l'entrée est soumise à l'évolution du temps, mais dont la sortie est toujours au moment de sa création. Donc seul le voyage postérieur à la création de la boucle est possible. Selon la physique, vous pouvez obtenir la courbure de l'espace-temps dans une direction particulière, afin de rendre possible un retour dans le temps dans un espace-temps parallèle. La machine elle-même se transforme en un espace-temps, et le simple fait de son existence est ce qui nous permet de concevoir le voyage vers le passé. La création de cette machine aujourd'hui, permettrait de revenir à notre époque aux générations futures.

    Depuis Einstein, nous savons que l'espace et le temps forment quatre dimensions continues. Cela signifie, par exemple, que si un corps comme une planète, ou une étoile, déforme le continuum espace-temps, ce phénomène altère aussi la géométrie de l'espace et le temps pour un observateur extérieur. Ainsi nous savons que la Terre déforme le tissu de l'espace-temps forçant la lune à tourner en cercle autour de la Terre. À échelle microscopique, la physique quantique montre que l'interaction gravitationnelle est à l'origine de cette attraction, généré par l'échange de particules élémentaires. La théorie de la relativité et la quantique décrivent ainsi un moyen de déformer l'espace-temps à échelle microscopique et permettre à une personne voyager dans le temps. Si l’on peut déformer l’espace-temps, comme le fait n’importe quel corps, cela peut aussi signifier que le temps peut se plier avec l'espace, ce qui est l'un des fondements de la recherche sur les voyages dans le temps.

    La science-fiction prend ici le relais pour décrire un avenir où l’homme saura créer des boucles temporelles et maîtriser les coordonnées d’arrivées. Cela ne contredit pas l'argument de Stephen Hawking selon lequel le voyage temporel ne se fera pas car on aurait alors eu des visites de nos descendants: une boucle temporelle ne permettrait de remonter dans le temps que jusqu’à sa création, autrement dit, créée en 2300 et utilisée en 3000, elle ne permettrait de revenir qu’en l’an 2300 et pas avant.


    - Le dispositif de Tipler
    Frank Tipler a proposé un montage qui autoriserait le voyage rétrograde dans le temps. Cependant le dispositif met en jeu de telles énergies qu'on peut douter de la possibilité, même théorique, de le fabriquer et surtout de le stabiliser.
    Ce montage implique un cylindre rotatoire. Si un cylindre est suffisamment long et dense, et qu’il tourne de façon suffisamment rapide dans une relation à son axe longitudinal, alors un vaisseau qui volerait autour du cylindre dans une trajectoire en spirale pourrait voyager en arrière dans le temps (ou en avant, selon le sens du mouvement du vaisseau).
    Cependant, la longueur, la densité et la vitesse requise sont si grandes que la matière ordinaire, celle connue de nous jusqu’à aujourd’hui, n'est pas suffisamment forte et dense pour la construire.

    - Le voyage rétrograde de David Deutsch
    Il est censé selon son auteur ne pas violer la causalité : il s'agit d'une application du principe de Turing via un générateur de réalité virtuelle (un immense calculateur quantique) qui permettrait à un observateur d'avoir une interactivité avec un passé parallèle au nôtre (donc différent du nôtre… mais identique en tout point !). L'interactivité avec ce passé parallèle ne produirait pas de paradoxe temporel. Physiquement possible selon son auteur, ce type de voyage reste pour l'heure du domaine de la spéculation.

    - Le rêve et le voyage dans le temps
    L'ingénieur John William Dunne a soutenu dans An Experiment with Time (1927), que le rêve permettait de voyager virtuellement dans le temps : «Est-il possible que les rêves, les rêves en général, tous les rêves, les rêves de tout le monde, soient composés d'images provenant d'expériences passées et d'images d'expériences à venir, mélangées en proportions plus ou moins égales ?» Il a basé cette théorie sur une étude de ses propres rêves, dont certains furent prémonitoires : prémonition de l'éruption de la montagne Pelée, à la Martinique ou encore prémonition de l'accident du train postal Londres-Édimbourg.
    J. R. R. Tolkien s'est inspiré de cette thèse dans certains de ses romans inachevés : The Lost Road (La Route perdue), et The Notion Club Papers (publiés respectivement dans les volumes 5 et 9 de The History of Middle-earth). Une étude du rapport entre la théorie de Dunne et les textes de Tolkien est présentée dans V. Flieger, A Question of Time (1997).


    Œuvres de fiction et voyage dans le temps


    Les auteurs, en particulier de science-fiction, ont largement exploré de très nombreuses variantes imaginables des possibilités et problèmes produits par un tel voyage.
    En raison des risques de changement des événements passés, le genre du voyage dans le temps rejoint l’uchronie dans certaines œuvres. Le steampunk, projetant le futur dans un XIX[SUP]e[/SUP] siècle décalé, relève aussi du voyage dans le temps, mais conçu avec un retour en arrière, alors que l'uchronie est une déviation.

    Problèmes que poserait un tel voyage


    La possibilité du voyage dans le temps détruit une forme forte du principe de causalité en rompant le lien entre ce qui fut et ce qui sera, avec un impact métaphysique dont les conséquences sont à la mesure de la plus ou moins grande facilité de ce type de voyage.

    - Paradoxe métapsychologique
    Le libre arbitre et la connaissance sont les deux principes métapsychologiques qui règlent nos actions et nos pensées. Nous possédons à la fois le libre arbitre et la connaissance uniquement au temps présent. D'une part, la connaissance est formée des informations sensorielles que nous fournissent l'environnement et des informations réfléchies, soit celles que nous pouvons établir en «connaissance de cause». D'autre part, le libre arbitre est inhérent, car personne n'agit dans le même contexte de connaissance de cause que nous le faisons nous-mêmes. Le voyage dans le temps entraîne le paradoxe métapsychologique suivant: Un individu voyageant dans le passé n'aurait accès qu'à la connaissance, dans la mesure où il la connait, et est privé de son libre arbitre, car une autre personne a déjà agi en connaissance de cause pour le temps T-1 et la position X. Le voyageur serait infiniment contraint dans ses actions, ce serait un humain-machine. D'autre part, un individu voyageant dans le futur ne possèderait que son libre arbitre, mais n'aurait pas accès à la connaissance, car celle-ci n'existerait pas encore dans la noosphère. Toute action serait alors futile, car le libre arbitre ne s'effectue pas sans connaissance de cause. Nous avons démontré le paradoxe métapsychologique selon lequel le libre arbitre et la connaissance ne sont disponibles et vérifiables qu'au temps présent et disparaissent de manière inhérente aux temps T-1 et T+1 respectivement.

    - Violation des principes physiques
    Par essence, le voyage dans le temps entraîne la violation de la plupart des principes de conservation connus (si l’on considère l’univers comme un système isolé) : masse, énergie, charge, etc.
    Par exemple, imaginons que vous soyez dans une machine à remonter le temps et qu'un témoin vous observe : vous l'utilisez pour revenir dans le passé, et la seconde suivante le témoin constate que la masse constituant la machine, ainsi que ses passagers, a disparu. Et comme elle est actuellement censée être dans le passé, on en déduit qu'elle a disparu de l'univers à cet instant précis, ce qui viole le principe de conservation de la masse.
    Ces problèmes sont résolus dans l'hypothèse des univers parallèles. La conservation se fait à l'échelle du multivers. Et également dans le cas où il y aurait échange de matière ou d'énergie entre les deux époques.

    - Conséquences des modifications du passé
    Les auteurs traditionnels de science fiction (Isaac Asimov dans La Fin de l'Éternité et Poul Anderson dans La Patrouille du temps) considèrent non seulement qu'une modification faible du passé aura peu de conséquences sur les siècles suivants, mais aussi que plus on s'éloigne de l'événement modifié, plus les conséquences s'estompent. Au contraire, les auteurs récents (surtout écrivant pour les enfants) insistent souvent sur l'effet papillon qui rend selon eux extrêmement périlleux pour l'humanité tout entière tout voyage vers des périodes très reculées de l'histoire de la Terre (Chris Archer dans Haute tension ou K. A. Applegate dans Animorphs, ou la nouvelle Un coup de tonnerre de Ray Bradbury).

    Dans La Patrouille du temps de Poul Anderson, le professeur de voyage dans le temps donne l'argumentation suivante : un mouton faisant partie d'un bon troupeau il y a 500 ans peut être un aïeul de tous les moutons élevés actuellement dans un pays. Est-ce qu'en tuant ce mouton on provoquerait l'extinction de tous les moutons du pays ? Au contraire, il y aurait autant de moutons, à une différence dans leur code génétique près, devenue insignifiante au fil des générations. L'auteur explique à travers son œuvre que le tissu temporel s'auto-régulerait en réparant de lui-même les coupures effectuées par les voyageurs temporels.

    En revanche, certains évènements sont considérés comme clés dans l'évolution de l'univers et ne doivent pas être modifiés. De plus, il peut y avoir discontinuité du tissu temporel et les lois de la causalité et de la conservation peuvent être, en théorie, violées.

    D'autres auteurs permettent à leurs personnages de voyager dans le temps tout en leur rendant impossible de changer le passé. C'est le cas de H. G. Wells dans La Machine à explorer le temps, et c'est aussi une solution pour résoudre les paradoxes.

    -- À partir de quand le présent est-il affecté ?
    On trouve des histoires de science-fiction dans lesquelles, quand un voyageur temporel cherche à modifier radicalement le passé, ceux qui sont restés dans l'époque d'où vient ce voyageur disposent paradoxalement d'un délai pour envoyer des poursuivants. Ainsi dans l'album de Valérian et Laureline La Cité des eaux mouvantes, quand le criminel Xombul rejoint le passé, il a l'intention de provoquer des changements qui provoqueraient la non-existence de Galaxity. En voyageant vers l'époque concernée, les héros parviennent à empêcher un changement majeur du passé.

    Dans La Fin de l'Éternité d'Isaac Asimov, les raisons d'une telle persistance sont mieux explicitées : un spécialiste explique que même si l'envoi d'une personne dans le passé peut provoquer un accident conduisant à la non-existence du service temporel, celui-ci continue à exister tant que leurs actions donnent une forte probabilité à la réparation de l'accident.

    On trouve aussi des histoires dans lesquelles certains personnages peuvent être protégées contre les modifications du passé. Dans Valerian, trois terriens existent toujours malgré l'effacement de la Terre : Valerian et Laureline, qui ont obtenu cette faveur de « Dieu », et Jal, qui était en mission aux frontières de l'univers (et donc «hors de portée») au moment de l'effacement. De même, dans le dessin animé La Ligue des justiciers, dans l'épisode «Le Règne de Savage», le champ d'énergie de Green Lantern permet aux héros de ne pas être touchés par la vague de modification du présent. Si tous les habitants de l'univers trouvent normal de vivre dans un monde dominé par les nazis, les héros gardent leurs souvenirs du monde réel et n'en acquièrent pas d'autres ; ils devinent donc qu'un voyageur temporel a dû modifier le cours de la Seconde Guerre mondiale.

    - Les paradoxes temporels
    Les paradoxes temporels sont des situations autocontradictoires (paradoxe du grand-père : que se passerait-t-il si j’essayais de revenir dans le passé et que je tuais mon grand-père ? - exemple dû au romancier René Barjavel en 1943 dans Le Voyageur imprudent) ou au contraire sans cause extérieure à eux-mêmes (paradoxe de l'écrivain) rendues possibles par le voyage dans le temps. En science-fiction, on ne cherche pas forcément à les résoudre, mais on peut le faire en faisant intervenir un univers parallèle, en donnant aux voyageurs la responsabilité d'éviter de telles situations (et puisqu'ils sont dans cette situations c'est qu'ils ont réussi à s'en sortir en faisant ce qu'il faut, ce qui rejoint la position de Descartes sur Dieu qui ne contredit pas lui-même), ou encore en postulant que l'histoire est figée, ce qui impose de maintenir une histoire globale cohérente (absence de situations autocontradictoires, il n'y a que des situations autoréalisatrices - mais qui peuvent avoir plusieurs solutions différentes dans des univers parallèles) .

    - Se rencontrer soi-même (Les doubles/clones temporels)
    Se rencontrer soi-même en voyageant dans le temps est une possibilité théorique (si le voyage dans le sens rétrograde est possible) qui n'est pas un paradoxe en soi. Cependant plusieurs auteurs ont souligné l'aspect déroutant que cela aurait pour les personnages, et aussi à quel point une telle situation est fascinante.

    Dans Le Voyageur imprudent, de René Barjavel, l'explorateur temporel Pierre Saint-Menoux se rencontre lui-même par l'effet d'un saut très court de quelques heures dans le futur. L'étrangeté de la situation se double d'un terrible problème : qui va repartir dans le passé ? Ces deux êtres sont plus que des jumeaux et seule une légère différence dans leur mémoire permet de les distinguer : l'un est plus vieux de quelques heures.
    Dans La Fin de l'Éternité, un des membres du conseil est fasciné par ce problème. Dans le film L'Armée des douze singes, un enfant observe la scène de sa mort. Dans Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban, on apprend que de nombreux voyageurs temporels se sont tués eux-mêmes. Dans Retour vers le Futur, la destruction de l'univers par les violations de lois physiques sont évoqués par le Doc mais un simple malaise suit la rencontre des deux Jennifer et rien ne se passe lorsque Biff se rencontre plus jeune en 1955. Ce principe de violations des lois physiques est repris dans le film Timecop, selon lequel, si une personne touche son double du passé ou du futur, une violente réaction transforme les deux personnes en amas de chair qui se désintègre ensuite. Le film Les Visiteurs proposent une variante où un objet ancien transporté dans le présent, et qui s'approcherait à moins de 100 mètres de son double actuel, engendrait de violentes réactions météorologiques, ainsi qu'une explosion où les deux objets fusionneraient en un seul.

    D'autres auteurs ne voient aucun problème à une telle rencontre. Sonic pour sa part a l'idée de se rendre à différentes époques auxquelles il avait déjà voyagé pour se rencontrer lui-même jusqu'à réunir un groupe de cinq Sonic et cinq Tails pour combattre un Robotnik géant, dans l'épisode Histoire de préhistoire de la série Les Aventures de Sonic.
    De même, le voyage temporel joue un rôle important dans le jeu Sonic Generations (2011): le Docteur Robotnik retourne dans le passé afin de s'allier avec son double de l'époque afin d'effacer toutes ses défaites face au hérisson bleu grâce au Time Eater, entité maléfique pouvant contrôler le temps. Le Sonic de nos jours, ainsi que son partenaire Miles "Tails" Prower, seront projetés dans leur passé et le joueur devra rejouer plusieurs zones des jeux précédents avec Sonic et son double de 1991.

    De la même façon, Doraemon, pour pouvoir faire les devoirs de son ami en un temps très court et dormir longtemps ensuite, a l'idée d'aller se chercher lui-même à cinq moments différents de la nuit à venir. Les devoirs sont faits rapidement mais Doraemon ne pourra pas dormir une minute car il se fera chercher par ses doubles du passé tout au long de la nuit.

    Dans le jeu vidéo InFAMOUS, le personnage que Cole MacGrath combat, Kessler, n'est autre que son double bien plus âgé que lui, qui "a utilisé son nouveau pouvoir dévastateur afin de prendre un aller simple pour le passé, voulant à tout prix réécrire l'histoire". Kessler, sans jamais décliner son identité, fait de Cole (son jeune lui), le sauveur de l'humanité que lui-même n'a pas pu devenir. Il modifie donc la vie de Cole afin d'éviter qu'elle ne devienne la sienne, principalement en tuant la femme qu'il aime. Du contact physique entre Kessler et Cole résulte la vision d'images de la mémoire (plus grande, de par sa plus longue vie) de Kessler.

    Dans le jeu vidéo Prince of Persia : l'Ame du Guerrier, le Prince rencontre sur l'Ile du Temps plusieurs fois son double venant du futur (qui arbore une apparence physique méconnaissable grâce au Masque du Revenant). Cependant, "l'homme en noir" reste pour lui un mystère, étant donné qu'il n'a pu que l'apercevoir plusieurs fois de manière furtive seulement, sans dialogue ni contact. Il comprend alors tout lorsqu'il se voit obligé de porter le Masque du Revenant afin de sauver sa vie en changeant son passé, devenant alors lui-même "l'homme en noir". On remarque qu'il se comportera exactement de la même façon qu'il avait vu son double le faire, plus ou moins involontairement. Il est donc impuissant face au Destin qui lui a été tracé, mais en est l'auteur. Il s'auto-influence. Il ne modifiera qu'un seul évènement, qui n'est autre que la mort de son double, alors que Prince, il avait vu mourir "l'homme en noir". Il retrouve à ce moment son apparence originelle.

    Dans la série "Le visiteur du futur", ledit visiteur travaille souvent avec son double du futur, mais met néanmoins en garde Raph, le deuxième personnage principal, d'éviter de rencontrer son double lorsqu'il veut remonter dans le passé. Il déclare que cela est interdit, puis seulement "très déconseillé" lorsque Raph le contredit en lui rappelant les rencontres fréquentes entre le visiteur et son double du futur. D'autre part, la machine à remonter le temps permet, à l'inverse des machines qui pourraient théoriquement voir le jour, remonter dans le passé avant la fabrication de la machine, mais ne pas voyager dans un temps futur à sa fabrication.

    - Conjugaison
    Le Guide du voyageur galactique, de Douglas Adams, souligne que conjuguer correctement un verbe décrivant un voyage dans le temps est un problème bien pire que les paradoxes temporels. Par exemple, quand on vient de faire un saut dans le passé, il faut disposer d'un temps grammatical décrivant un événement à venir dans le temps de l'univers, déjà réalisé dans son temps propre. Dans l'univers d'Adams, de nombreux temps ont été inventés pour pallier ce problème.




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  4. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    La Machine à explorer le temps



    La Machine à explorer le temps
    (titre original : The Time Machine) est un roman de science-fiction, écrit en 1895 par H. G. Wells (Royaume-Uni). Il est considéré comme un classique du genre sur le voyage dans le temps.

    L'histoire

    Londres, à l’extrême fin du XIX[SUP]e[/SUP] siècle. Dans la maison d’un savant, un groupe d’amis écoute celui qui prétend être le premier voyageur du temps narrer ses aventures.

    Le voyageur du temps commence son récit en décrivant le monde de l’an 802 701. La Terre est habitée par les Éloïs, descendants des hommes. Androgynes, simplets et doux, ils passent leur temps à jouer tels des enfants et à manger des fruits dans le grand jardin qu’est devenue la Terre. À la surface de celle-ci, ne subsiste plus aucune mauvaise herbe, ni aucune autre espèce animale. Le monde semble être devenu un paradis.

    Seulement l’explorateur du temps ne tarde pas à se rendre compte que cette apparente harmonie cache un terrible secret. Des puits menant à des systèmes d’habitations souterraines sont répartis un peu partout, et un bruit de machine s’en échappe. C’est sous terre que vit une autre espèce descendante aussi des hommes, les Morlocks, sortes de singes blancs aux yeux rouges ne supportant plus la lumière à force de vivre dans l’obscurité. La nuit, ils vont et viennent à la surface en remontant par les puits, pour kidnapper des Éloïs dont ils se nourrissent, devenus ainsi leur bétail à leur insu.

    L’explorateur, dont la machine à voyager dans le temps a disparu, va devoir descendre sous terre affronter les Morlocks, s’il veut pouvoir retourner chez lui. Entre temps, il va se lier avec une Éloïe, Weena.


    Les étapes de son élaboration


    Ce roman est le premier de H. G. Wells. La première ébauche fut réalisée en 1888, et la dernière version fut terminée en 1924. C’est pourquoi La Machine à explorer le temps a la particularité d’avoir connu plusieurs variantes, publiées ou non.

    Lorsqu’il débute l’écriture de ce récit, Wells n’a que 21 ans. Ce texte est écrit durant le printemps 1888, alors qu’il est en convalescence chez un ami.

    Il est publié dans une revue mensuelle de son université (la Normal School of Science de South Kensington). Wells est lui-même l’un des co-fondateurs et le rédacteur en chef de cette revue intitulée le Science Schools Journal. Son texte a alors pour titre The Chronic Argonauts. Mais l’argument est encore bien loin de celui de La Machine à explorer le temps.

    Wells a écrit ce premier récit au printemps 1888 mais l’idée du voyage dans le temps lui est probablement venue le 14 janvier 1887, après avoir assisté à l’exposé d’un étudiant, E. A. Hamilton-Gordon, consacré à la quatrième dimension, exposé qui fut publié par la suite dans les pages du Science Schools Journal, publication dont Wells était rédacteur en chef.

    The Chronic Argonauts
    a été publié en avril, mai et juin de la même année, mais la publication ne se poursuivra pas, ce texte restera inachevé. Aujourd’hui, il ne subsiste aucun exemplaire de cette ébauche de roman, Wells ayant acheté tous les exemplaires disponibles pour les détruire afin de faire disparaître toute trace de ses maladresses de jeunesse.

    Wells aurait écrit deux versions ultérieures de ce récit dont il ne reste aucune trace, seulement des témoignages qui affirment que la seconde version ne ressemblerait en rien à La Machine à explorer le temps, mais que la troisième aurait quelques traits communs.


    Les deux seuls éléments qui resteront dans La Machine à explorer le temps, sont d’une part l’idée du Temps comme quatrième dimension ; et d’autre part la machine à explorer le temps, qui s’appelle dans cette première version le Chronic Argo et qui deviendra La Machine à explorer le temps, donnant son titre à la nouvelle version.

    Le texte ne s’apparentera véritablement à La Machine à explorer le temps qu’au premier trimestre 1894 avec la publication dans la revue National Observer d’une nouvelle version de son récit intitulée The Time-Traveller’s Story. Dans celle-ci «l’explorateur du temps» (appelé dans ce texte le « Philosophical Inventor ») fait à ses amis un exposé sur le «Temps comme quatrième dimension», puis leur apprend l’existence d’une machine à explorer le temps qu’il a conçue. La semaine suivante, il leur relate ses aventures en l’an 802 701 où il a rencontré des descendants dégénérés des hommes (qui ne portent pas de nom), ainsi qu’une seconde race, les Morlocks. Il finit par rentrer chez lui sain et sauf, et discute de la fin de la planète avec ses amis.

    Cette variante est la première à présenter de véritables similitudes avec le texte que l’on connaît.


    Toutefois, la version définitive apparait dans une autre revue, The New Review, dans laquelle elle est publiée de janvier à mai 1895. C’est cette version, légèrement modifiée, qui, la première, parait en livre en juin 1895 en Angleterre. Ce texte a été considérablement retravaillé et enrichi. Cette fois, le titre de l’œuvre est The Time Machine : An Invention.

    Cette version est celle qui a été traduite en 1895 par Henry D. Davray pour la revue française Le Mercure de France, et qui est, aujourd’hui encore, la seule disponible en français.


    Wells a écrite une dernière version en 1924, qui est la version de référence dans le monde anglo-saxon.

    Analyse

    La Machine à explorer le temps est en partie une satire de l’époque victorienne et une extrapolation de la situation sociale de l’époque.
    Comme tout roman d’anticipation, l’œuvre doit être replacée dans son contexte.

    En dépit de ses grandes qualités, le film réalisé en 1960 par George Pal (surnommé «le Spielberg des années 50») gomme assez habilement le message très politisé d’un Wells au socialisme naïf qu’un autre « grand », George Orwell, raillera assez cruellement dans Et vive l'aspidistra.


    Tant dans des romans de jeunesse comme Quand le Dormeur s’éveillera ou Récit des jours à venir, que dans La Machine à explorer le temps, l'idée d'une dégénérescence de l’humanité sur le mode de l’exploitation capitaliste telle qu’il l’observait dans l’Angleterre victorienne est réutilisé par Wells selon le même schéma, influencé par les toutes nouvelles théories darwiniennes de l’évolution et l’eugénisme de Galton. La ville inhumaine de Récit des jours à venir, avec ses superstructures et ses gratte-ciels métalliques de type tour Eiffel, habitées par les classes supérieures, et ses immenses installations souterraines peuplées de « prolos » réduits en esclavage par la machine se retrouveront presque à l’identique dans Métropolis (voir infra). Mais cette idée est poussée jusqu’à ses extrêmes conséquences dans La Machine à explorer le temps où, dans un avenir très lointain, les classes laborieuses et les oisifs qui les exploitent finissent par dégénérer en deux types humains clairement distincts : les Éloïs, descendants des oisifs, hédonistes et décérébrés de la « surface », et les Morlocks, avatars dégénérés des esclaves désormais adaptés à leur habitat souterrain. Dans les deux cas, l'humanité paie l'immoralité de la structure sociale d'une régression intellectuelle et morale irréversible. Les deux races côtoient dans l'indifférence de somptueux édifices publics en ruine, métaphore classique (on pense à Gibbons) de la décadence de la civilisation.

    On voit là un écho de ce que l’élite littéraire de gauche d'alors déplorait dans cette Angleterre en plein essor économique : fortes inégalités sociales, mécanisation croissante des grandes villes, entassement de l’habitat, villes souterraines, architecture métallique, etc. Le film de George Pal a imaginé, pour les décors du futur, un style de construction et une décoration contemporains de l’époque, c’est-à-dire très «années 60». Une plus grande fidélité à la pensée de Wells aurait consisté à s’inspirer d’édifices tels que le Grand Palais, la coupole du Printemps Haussmann ou la verrière du siège de la Société Générale.

    Au succès persistant de ce petit roman pourrait s’appliquer la célèbre formule : «mille fois imité, jamais égalé». L’étrangeté et le dépaysement total du voyage dans le temps est évoqué dans La Machine à explorer le temps avec un talent que seul Barjavel atteindra 40 ans plus tard avec Le Voyageur imprudent, qui en est d’ailleurs clairement inspiré.


    Parallèles


    Le film Metropolis, de Fritz Lang, reprend la même image des dominants habitant la surface, tandis que les ouvriers sont cantonnés aux profondeurs de la Terre.

    Adaptations

    Au cinéma

    La plus célèbre adaptation cinématographique du roman de Wells est le film du même nom réalisé en 1960 par George Pal. En 2002, le réalisateur Simon Wells, qui n’est autre que l’arrière-petit-fils de H. G. Wells, adaptera aussi le roman au cinéma.

    Un scientifique vivant à l’époque victorienne fabrique une machine à voyager dans le temps et voyage loin dans le futur. Il s’aperçoit alors que la race humaine s’est divisée en deux espèces, une vivant à la surface, et l’autre sous terre. Quand sa machine est volée par le peuple souterrain cannibale, il doit risquer sa vie pour retourner dans son époque.

    En jeu vidéo


    Le roman de Wells donne lieu à une adaptation très libre en jeu d'aventure, La Machine à voyager dans le temps, éditée par le studio français Cryo Interactive en 2000. Le personnage principal du jeu est un inventeur nommé Wales, qui, à l'issue de son premier voyage temporel, se trouve coincé en l'an 800 000 ap. J.-C., à une époque où le monde est balayé par des perturbations temporelles, et, privé de sa machine, doit trouver un moyen de revenir à son époque d'origine.

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    Source : Article La Machine à explorer le temps de Wikipédia en français (auteurs)
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    La Machine à explorer le temps
    1895
    Traduit de l’anglais par Henry D. Davray

    Les textes sont disponibles sous
     

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