MOULAY HICHAM, ALI AMAR, ETC. Grand malentendu et petites polémiques

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 8 Mai 2009.

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    L’essai qui vient d’être publié en France par Ali Amar n’aura probablement pas de vie au Maroc. Il déclenche pourtant une intense polémique dans les milieux médiatico-politiques nationaux. Eclairage.

    Sorti le 29 avril en France et en Europe, le premier livre de Ali Amar (Le grand malentendu, Calmann-Lévy) a visiblement peu de chances d’être distribué au Maroc. “Mais attention, prévient d’emblée l’auteur, il ne s’agit pas de censure. Calmann-Lévy est une filiale du groupe Hachette
    qui dispose d’une société de distribution exclusive au Maroc. Cette dernière n’a pas jugé utile de commander le livre”, affirme Amar. Même son de cloche du côté de ce professionnel de l’édition qui rappelle un précédent du même genre. “Les Trois rois d’Ignace Dalle n’a jamais été distribué au Maroc pour les mêmes raisons. Le livre a pourtant fait de très bons scores en France et notamment dans les aéroports où plusieurs Marocains transitent tous les jours”. N’est-ce pas de la censure déguisée, du coup ? “Difficile de l’affirmer. Disons simplement que certains distributeurs préfèrent ne pas commander certains livres pour préserver leurs intérêts sur le marché marocain”, confie une source au sein de la société de distribution Hachette, qui n’a pas souhaité s’exprimer officiellement sur le sujet.
    Une chose reste cependant sûre : le livre de Amar dérange. D’abord, parce que c’est bien la première fois qu’un sujet de Sa Majesté ose s’attaquer à l’exercice (jusque-là périlleux) de l’essai journalistique. Ensuite, parce que l’auteur n’a tout simplement pas pris de gants pour la rédaction de son “brûlot”. Attaques frontales contre Mohammed VI, retour sur des affaires peu flatteuses pour le régime (Mandari, Talsint, etc.), et surtout une retranscription détaillée de certaines rencontres et déclarations censées rester secrètes. “Même en France, explique Ali Amar, le livre a été accueilli avec une certaine tiédeur qui m’a grandement étonné. Même si j’ai pu faire des matinales sur de grandes radios ou sur des écrans de télévision, nous avons eu très peu de retours dans la presse qui a préféré éviter le sujet ou y consacrer de petits formats”.

    Cachez-moi ce livre…
    Au Maroc, plusieurs personnes ont tenu à marquer leurs distances vis-à-vis de l’ouvrage dès la publication des premières bonnes feuilles dans la presse, à commencer par les anciens compagnons de Amar au Journal Hebdomadaire. Fadel Iraki, actionnaire majoritaire de la publication casablancaise, a par exemple demandé à déprogrammer un dossier sur le sujet à la dernière minute. “Ali nous avait promis l’exclusivité des bonnes feuilles, mais j’ai été étonné d’apprendre que plusieurs autres confrères s’apprêtaient à publier la même chose. J’ai alors décidé de temporiser, cela nous permettait en plus de prendre du recul par rapport à ce livre et à la polémique qu’il a déclenchée”, explique Iraki. L’homme ne cache pourtant pas une certaine amertume quant à la démarche adoptée par l’auteur du Grand malentendu. “Je n’en veux pas à Ali mais je regrette sincèrement que d’autres aient eu connaissance de l’existence ou du contenu du livre avant nous. Nous avons vécu des choses intenses pendant plus de dix ans, il n’y avait pratiquement pas de secrets entre nous”, conclut Iraki. D’autres personnes, comme Driss Jettou (ancien Premier ministre), ont préféré pour leur part contester des “informations erronées” contenues dans le livre de Amar. L’ancien Premier ministre nie par exemple avoir dit que “Au Palais, on ne lit pas tous vos articles dans le détail, (et) le sens général n’est pas souvent compris. Vous n’avez pas affaire à des intellectuels”. “Ce genre de démentis visent à décrédibiliser le livre de Ali Amar, de manière à en faire un non-événement et c’est ce qui est train de se passer”, constate notre professionnel de l’édition.

    “Profonde révulsion”
    Mais la charge la plus violente contre l’ouvrage de Amar est venue des Etats-Unis où réside Moulay Hicham, cousin germain du roi Mohammed VI et “grand ami” de Ali Amar. Dans un texte adressé à notre rédaction, Moulay Hicham exprime sa “profonde révulsion à l’égard du contenu et du style de cet ouvrage” avant de poursuivre : “Au lieu d’un bilan sérieux et objectif de ces dix années de règne, l’auteur nous donne un tissu de clichés malveillants sur la personne du roi, de son épouse, sur la famille royale, ainsi que sur de nombreuses personnalités politiques, des intellectuels, des artistes, des journalistes et des militants associatifs. L’objectif de M. Amar paraît des plus douteux. Non seulement il n’apporte rien, mais il en rajoute par l’usage d’un vocabulaire injurieux qui cache mal la vacuité du propos”. Le prince critique sévèrement l’ensemble des chapitres du Grand malentendu. Selon lui, aucun sujet n’a eu droit à un traitement équilibré et profond. Moulay Hicham va plus loin en affirmant qu’en somme, “tout se passe comme si l’on était en présence d’un combat singulier opposant le roi à Ali Amar. Le journaliste ayant perdu ainsi tout sens des proportions”.
    Pour comprendre les raisons de l’indignation du prince (en plus de sa frustration académique), il faut en fait aller à la dernière page du livre, celle des remerciements. On peut notamment y lire ceci : “…Bien que Marocain et issu de ce milieu, ma compréhension des arcanes du Makhzen ne serait pas ce qu’elle est sans le prince Moulay Hicham et son épouse Malika, qui ont eu l’amitié de me faire partager, pendant toutes ces années, leur connaissance du sujet et leurs souvenirs avec passion”, écrit Ali Amar. Pour Moulay Hicham, ces quelques phrases ne sont pas anodines. “Il (l’auteur) se permet de me citer sans vérifier mes propos. Plus encore, il me cite comme pour suggérer que je suis l’une de ses sources. Je refuse d’être instrumentalisé pour un objectif aussi peu louable”, affirme Moulay Hicham.


    “Je n’ai injurié personne”
    Des propos qui étonnent Ali Amar. Selon lui : “Les remerciements que comporte le livre sont de bonne foi. Je n’ai jamais dit que Moulay Hicham et son épouse étaient des sources. Je ne veux causer de problèmes à personne et je n’ai pas écrit ce livre pour des raisons revanchardes”. L’auteur dit d’ailleurs comprendre que certains, qui s’attendaient à un essai plus académique ou plus analytique, soient quelque peu déçus ou frustrés. “Mais tous ont le droit d’écrire. Nous avons suffisamment souffert du manque de témoignages sur l’histoire immédiate. Il faut banaliser ce genre de pratiques”, explique-t-il. L’auteur reste également serein quant aux éventuelles répercussions (notamment judiciaires) que pourrait entraîner la parution de son livre. “Je crois avoir fait attention au respect dû au roi en tant que personne et en tant que chef d’Etat. Je n’ai injurié personne”, répond Amar. Soit, mais n’a-t-il pas péché par précipitation ? En tout, il n’a consacré que quatre mois à la rédaction de son ouvrage. Trop peu, selon ses détracteurs, pour recouper toutes les informations et confirmer les principales citations contenues dans le livre. Cela expliquerait, toujours selon eux, la masse d’inexactitudes contenues dans Le grand malentendu. Là encore, Ali Amar tient à relativiser en affirmant qu’il n’a pas démarré la rédaction ex-nihilo. “Je me suis appuyé sur une documentation amassée au fil de plusieurs années. Tout était déjà sourcé et soigneusement conservé dans des notes écrites”. Reste une question : en écrivant ce livre, Amar met-il un terme à sa carrière journalistique ? “C’est la fin d’un cycle, celui du Journal Hebdomadaire, mais pas d’une carrière. Je crois que si d’autres journalistes s’essayaient à cet exercice, il y aurait moins d’exacerbation autour”. Avis aux intéressés ?




    Dixit. Le prince Moulay Hicham répond à Ali Amar

    “A la suite de la publication par Ali Amar du livre Mohammed VI. Le grand malentendu, chez Calmann-Lévy, je tiens à faire savoir que, contrairement à ce que visent à insinuer de bien curieux “remerciements”, ni moi-même ni mon épouse n’avons introduit de quelque manière que ce soit l’auteur dans les soi-disant “arcanes” du Palais. Je ne m’explique pas ces “remerciements” d’autant que j’ai cessé tout contact avec Ali Amar depuis deux ans, en raison de doutes sur son intégrité. Ceux qui me connaissent ou suivent mes prises de position savent que j’ai toujours agi à visage découvert, en prenant mes responsabilités sur la place publique. Ils connaissent aussi la valeur que j’attache à la liberté d’expression. Mais celle-ci comporte également des obligations : il appartient ainsi à Ali Amar d’assumer les atteintes à la vie privée et à la réputation de nombreuses personnes -de la famille royale aux militants de la société civile, en passant par ses confrères journalistes - qu’il juge expéditivement dans son livre, souvent au mépris des faits et sans jamais leur donner l’occasion de présenter leur part de vérité. De tels procédés se jugent d’eux-mêmes. Je fais confiance aux lecteurs pour les prendre comme ce qu’ils sont : les preuves d’un regrettable manque de professionnalisme”. Hicham Ben Abdellah Alaoui

    http://www.telquel-online.com/3722/actu_maroc1_372.shtml
     

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