Moussem de Tan Tan : chronique d'un échec

Discussion dans 'Info du bled' créé par Info du bled, 30 Décembre 2009.

  1. Info du bled

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    Devant une mondialisation, qui tend à uniformiser les idées et les modes de vie, tous ceux qui sont attachés à leur histoire, à leurs traditions, à leur langue, à leur philosophie ou à leur religion éprouvent une angoisse devant la menace qui pèse sur ce à quoi ils sont attachés au plus profond d'eux-mêmes. Pourtant si « certaines cultures locales ou régionales sont sérieusement menacées aujourd'hui, d'autres trouvent une audience de plus en plus large » (A. Scott, 1999).
    La culture constitue un levier majeur pour le développement. Il existe une approche qui considère les activités culturelles en termes de filières économiques. On peut donner à ce propos l'exemple de la démarche des pôles d'économie du patrimoine, ayant pour objectif d'utiliser le patrimoine comme levier de développement économique. On peut citer également les filières autour de la revitalisation d'activités traditionnelles (ex. l'artisanat…) et la création de nouveaux métiers autour du patrimoine et des arts vivants. Il est parfois question de “gisements“ patrimoniaux à exploiter.
    Le développement d'un territoire fait appel à d'autres données plutôt qu'à des éléments purement économiques. La dimension culturelle y est prépondérante, et son influence éminente. Les activités culturelles ont un impact important sur le développement économique et social des populations (développement durable, réduction de la pauvreté et intégration progressive dans l'économie régionale et nationale). La culture, dans son sens le plus large et le plus total, permet aux hommes d'ordonner leur vie. Elle est non pas reçue, mais édifiée par la population. Elle est vision de l'homme et du monde, et par-là, elle est système de pensée, philosophies, sciences, croyances, arts et langues. Elle est également action de l'homme sur lui-même et sur son espace pour le transformer, et par-là, elle englobe le social, le politique, l'économique et le technique. La culture est essentiellement dynamique, c'est-à-dire, à la fois enracinée dans le peuple et tournée vers l'avenir. Ainsi, la culture, c'est la totalité de l'outillage matériel et immatériel, œuvres d'art, savoir et savoir-faire, langues, modes de pensée, comportements et expériences accumulées par la population.
    La culture est un moyen dynamique d'édification de la nation. Il est bien évident que les populations veulent désormais qu'elle leur serve à prendre le chemin du développement car la culture, cette création permanente et continue, si elle définit les personnalités, elle relie aussi les hommes entre eux et impulse le progrès. La population de Tan Tan a signifié clairement son souhait de mettre en valeur les potentialités et atouts touristiques ainsi que son patrimoine culturel. C'est la prise de conscience que pour survivre ou mieux vivre, au lieu d'attendre les bienfaits de l'Etat-providence ou de l'extérieur, les réponses les plus adaptées sont à rechercher dans les ressources et la culture locales où apparaissent des potentialités, des savoir-faire inexploités et des traditions tombées dans l'oubli. C'est dans cette optique que le Moussem de Tan Tan a été revivifié.
    Le patrimoine culturel et naturel de Tan Tan constitue une richesse dont la protection, la conservation et la mise en valeur imposent aux acteurs locaux, des responsabilités afin que ce patrimoine devienne un facteur déterminant de développement. Cette mise en valeur devrait être envisagée comme l'un des aspects fondamentaux de l'aménagement du territoire et de la planification au niveau local.
    Avec l'élargissement du concept de patrimoine, il ne s'agit plus de classification ou d'action ponctuelle de sauvegarde, mais plutôt d'une gestion dynamique et territoriale globale. Le patrimoine s'est étendu dans l'espace et dans le temps, pour devenir à la fois un enjeu socio-économique et un enjeu politique très important.
    La fête, à travers le Moussem, reconstruit les solidarités, participe à la création et au développement d'un dynamisme local qui rejaillit sur la vie économique, sociale et politique. Le Moussem est pour le public un moyen de s'affirmer et de se constituer une communauté vivante.
    Le Moussem peut être un moyen légitime, voire efficace, de doter l'espace vécu d'une identité territoriale reconnue, à condition de s'appuyer sur une communication importante et de se greffer sur d'autres initiatives dont les objectifs sont similaires (comités de quartier, associations culturelles, constitution d'établissements publics de coopération intercommunale, ainsi que des partenariats avec les ONG et associations étrangères, etc.).
    Si le Moussem assure la promotion du territoire sur lequel il est implanté. En termes de retombées, le principal impact réside logiquement dans l'accroissement de la notoriété de la ville. Le Moussem est la première source de publicité de la ville de Tan Tan, même s'il ne constitue pas un support d'image. Le Moussem présente l'intérêt d'un rééquilibrage du positionnement de la ville. Par ailleurs, le "coup de projecteur" sur la ville pourrait se prolonger par le système des découvertes. Il pourrait aussi engendrer une découverte des lieux touristiques des environs et déboucherait sur des choix de séjours postérieurs. De même, c'est dans le cadre du Moussem, que des projets initiés par la population locale doivent être lancés.
    Le Moussem en tant qu'événement culturel peut favoriser l'implication locale des habitants au travers d'actions culturelles qui pourraient se poursuivre toute l'année. Ceci va développer chez la population de nouvelles formes de convivialité et renforcer la conscience citoyenne des habitants. De plus, la réussite du Moussem peut générer toute une myriade d'actions en direction des jeunes publics via le développement de projets attenants dans les écoles, collèges et lycées. Enfin, le Moussem en tant qu'événement culturel peut être un facteur d'intégration et de lutte contre l'exclusion, par exemple en le positionnant dans les quartiers défavorisés et isolés de la ville.
    Dès lors, différentes questions essentielles se posent. Le Moussem de Tan Tan dans sa 6ème édition (qui a eu lieu du 11 au 13 décembre 2009) a-t-il réussi son pari ? Y a-t-il des résultats concrets ? Sans aucune ambiguïté notre réponse est négative. Pourquoi est-on dans l'incapacité de faire valoir notre patrimoine matériel et immatériel, tout en les mettant au service de la renaissance économique, sociale et culturelle de la ville ? Est-ce parce que la société civile n'a pas encore atteint le degré de maturité lui permettant de comprendre les enjeux d'un tel événement ? Ou parce que les élus locaux n'ont ni l'expérience, ni le niveau requis pour organiser un événement de cette ampleur et qui sont mal formés aux méthodes de diagnostic de territoire ? Il convient ici de pointer du doigt la mauvaise gouvernance et l'amateurisme comme responsables de cet échec. Une fois encore, Tan Tan a raté une occasion rêvée de renouer avec le développement.
    Emmanuel Kant disait: « Assurer son propre bonheur est un devoir », « Le bonheur, c'est le dévouement à un rêve ou à un devoir » comme disait Ernest Renan. Notre rêve à nous tous, c'est que cette ville voit le bout du tunnel. Alexandre Dumas disait : « Le devoir, savez-vous ce que c'est ? C'est ce qu'on exige des autres ». Et ce que nous exigeons des autres, c'est la bonne gouvernance. Le projet de territoire est l'affaire de tous.

    * Docteur en géographie,
    environnement, aménagement
    de l'espace et paysages
    Université Nancy 2
    Courriel : faouzi@esmamag.com








    Source : libe.ma

     

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