Notre Maroc

Discussion dans 'Scooooop' créé par casabladi, 30 Décembre 2005.

  1. casabladi

    casabladi Visiteur

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    Oublier Casablanca quand on parle patrimoine, oublier Tanger quand les tours opérators font visiter les villes historiques, oublier la campagne, les montagnes, les déserts, les mers. On oublie toujours du Maroc un secret des villes, des ports, des mers et des montagnes. Fès, Meknès, Rabat, Marrakech sont les villes royales dont les médinas insondables font oublier les quartiers nouveaux qui les dépassent en taille, mais qui laissent aux médinas leur rôle de centre ou d'âme ancestrale, voire de matrice fondatrice du mystère de la création, plus à l'image du dédale qu'à celle géométrique du jardin arabe qui s'y blottit.

    Comme pour toutes les villes historiques du monde, la campagne est là, en regard, avec, comme gardiennes, les montagnes de l'Atlas et du Riff. La campagne garde encore et toujours la certitude de la ville au loin, chacun rassuré par la présence de l'autre.

    Et les petites villes-ports qui émaillent la côte de deux mers, étirent le pays jusqu'aux déserts du Sahara. La mer de Mogador-Essaouira, Safi, Rabat, El Arache, Assilah, Tanger, Tétouan,... et le désert de Marrakech, Ouarzazat, Taroudant,... donnent à Fès et Meknès toutes leurs dimensions dont Casablanca, jadis exogène, reste le poumon exigu. Casablanca ne parle que de modernité. L'essentiel des artistes, des designers, des auteurs y habitent ou s'y retrouvent sans cesse, tout en regroupant l'essentiel de la population en exode rural, la production industrielle et le commerce. Casablanca tracée par la rationalité colonisatrice n'a pu échapper aux contournements, aux faux biais, malgré quelques axes rectilignes qui rendent évident le parcours d'un point à un autre.

    Que Casablanca, la déracinée, soit la fenêtre sur le monde, n'enlève pas à Tanger d'en être le passage. Comment oublier Tanger quand le jeune romancier Benali, ayant vécu depuis l'âge de quatre ans en Hollande, ou Binebine aujourd'hui à Paris, ne cessent d'en faire le lieu de tous les passages dans chacune de leurs lignes. Tanger est la métaphore du passage, doux et dur, violent et tendre, impasse et promesse. Tout le Maroc tend vers Tanger, dans son histoire comme dans son présent, impossible à réduire, passage physique du désir du déplacement vers une Europe et un Orient qui sont siens.

    SAR Hassan II disait du Maroc que ses racines étaient africaines et son feuillage européen, dans une métaphore mainte fois reprise. Cette réalité physique du déplacement irrigue tout le sud marocain parfois noir comme l'Afrique. Le Maroc est simplement ancré dans les civilisations méditerranéennes et aujourd'hui européennes. Les prolongements noirs de ses racines africaines où furent pourtant pendant plusieurs siècles tournés ses pas, semblent se fondre, pour resurgir ici et là, sans ne plus avoir la préséance d'antan. Entre les sables et les mers, le Maroc étreint son royaume millénaire, préservé des lourds soubresauts qu'ont connu les autres pays africains ou méditerranéens. La colonisation pourtant bien réelle, n'a pas été de la même nature qu'en Algérie ou en Afrique Noire. De fait, le Maroc n'a jamais été envahi, mais pénétré régulièrement par ce qui fait le monde depuis que les sociétés humaines existent - jamais dans leurs frontières guerrières, toujours au delà- avec la Perse, la Turquie, l'Espagne, la France qui frôlaient de leurs objets, de leurs cultures, un fonds qui semble rester inébranlable. Même la modernité dans un royaume au pouvoir fort a su garder ses traits marocains. Quelle est-elle cette modernité qui de la peinture à la littérature ne cesse de vouloir rester ancrée dans sa terre et ses ordres ancestraux. Même lorsque qu'à travers ses contestataires, elle a pu, dans les premiers temps d'une monarchie restaurée, nier cette dernière en consommant les épousailles avec les idéologies internationales. Aucun voyage n'a pu enlever le sentiment au marocain, d'être marocain avec la certitude de son patrimoine et de son âme. Un sentiment rare dans le désordre spirituel et intellectuel des grandes villes cosmopolites de l'immigration. Une certitude à fondre dans un pays où tous les recoins de l'imaginaire du monde s'y précipitent. Chimie.

     

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