Nous ne pouvons pas rentrer chez nous

Discussion dans 'Scooooop' créé par Le_Dictateur, 16 Octobre 2006.

  1. Le_Dictateur

    Le_Dictateur Visiteur

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    [img align=left]http://img151.imageshack.us/img151/3158/hapalyr4.gif[/img]Il y a treize ans, j’ai laissé une vie confortable aux USA pour un avenir incertain en Cisjordanie. Israël et l’OLP venaient de signer les Accords d’Oslo. Comme beaucoup d’autres, j’ai vu là une opportunité pour enfin construire une société et une économie qui s’achemineraient vers la liberté, vers une Palestine grandissant à côté d’Israël.

    En tant qu’homme d’affaires palestinien usaméricain, j’étais décidé à faire ma part. Je me suis donc installé à El Bireh, en Cisjordanie, où ma famille a vécu depuis des siècles. Là j’ai contribué à la création d’une société de télécommunications de 100 millions de dollars, qui emploie aujourd’hui plus de 2000 Palestiniens. J’ai décroché une maîtrise de gestion de l’Université de Tel Aviv . Puis j’ai créé un centre commercial de 10 millions de dollars, le premier de cette sorte dans les territoires palestiniens, et qui emploie plus de 220 Palestiniens. Je me suis marié et j’ai deux filles adorables.
    Mais voilà que les autorités israéliennes ont décidé de mettre un terme à ma vie ici.
    Même après la signature des Accords d’Oslo et la mise en place de l’Autorité palestinienne,Israël a gardé le contrôle de toutes les frontières et du registre d’état-civil. Rien ni personne ne peut entrer ou sortir de Cisjordanie ou de Gaza sans permission d’Israël. Depuis une douzaine d’années, j’attends donc qu’Israël accepte ma demande de permis de résidence.

    Des juifs usaméricains ou de n’importe ailleurs au monde, peuvent venir en Israël et se voient octroyer automatiquement al citoyenneté. Des milliers de juifs usaméricains entrent et sortent librement d’Israël pour vivre dans des colonies illégales de peuplement en pleine Cisjordanie. Mais des Palestiniens dont les familles ont vécu là sans discontinuer depuis des siècles n’ont pas le même droit. J’ai besoin d’une carte de résidence délivrée par Israël pour vivre avec ma famille palestinienne dans la maison d e mon grand-père en Cisjordanie palestinienne.

    Depuis 13 ans, je vis ici en renouvelant mon visa touristique tous les trois mois. Le mois dernier, un soldat israélien a tamponné mon passeport avec un visa d’un mois et il a écrit dessus « dernier permis », en arabe, en hébreu
    et en anglais. Je suis donc confronté à un choix terrible :
    - je peux partir, arracher ma famille à ses racines et abandonner les entreprises que j’ai travaillé dur à monter ;
    - Je peux partir seul et me séparer de ma femme et de mes filles ;
    - je peux rester ici comme « clandestin », risquant à tout instant d’être déporté.

    Ma situation n’est pas unique. Des milliers de Palestiniens vivent dans un flou semblable. La plupart disposent de moins d’options souhaitables que moi. Mes enfants sont citoyens usaméricains. Nous pouvons retourner aux USA.

    Mais en venant ici, j’avais une vision et je reste déterminé à jouer un rôle dans le développement économique, dans la fin non-violente de l’occupation militaire israélienne et dans l’édification d’un État palestinien.

    La politique israélienne est efficace pour décourager des gens comme moi.

    Selon le groupe israélien des droits humains B’Tselem, cela a été une politique officielle israélienne depuis 1983 que de « réduire autant que possible le nombre d’autorisations ou de demandes de regroupement familial »
    de Palestiniens. B’Tselem rapporte que rien que dans les six dernières années, plus de 70 000 personnes ont déposé des demandes d’immigration pour rejoindre leurs familles en Cisjordanie et à Gaza. Leurs demandes ont été soit rejetées, soit mises en attente, comme la mienne.

    Chaque Palestinien qui s’en va allège ce qu’Israël appelle ouvertement la « menace démographique » qu’est censée représenter la croissance de la population palestinienne. Mais Israël devrait comprendre que la vraie menace ne vient pas de la démographie. Elle vient du contrôle exercé sur toute une population, des familles brisées et des obstacles mis au développement économique.

    Israéliens et palestiniens sont destinés à être voisins. L’un des voisins ne peut assurer sa sécurité en condamnant l’autre aux épreuves et au désespoir.

    Beaucoup de gens comme moi – entrepreneurs, éducateurs, artistes et autres – auxquels Israël refuse l’entrée, sont venus pour construire des ponts et non des murs. Nous sommes venus pour investir dans une vie meilleure qui suivra cette occupation – un avenir lumineux commun pour les enfants palestiniens et israéliens.


    Sam Bahour, 7 octobre 2006
    Traduit par Fausto Giudice
    Source - Tlaxcala.es
     

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