Ouverture ce soir de la 8e édition du Festival Gnaoua a Essaouira

Discussion dans 'Info du bled' créé par freil, 22 Juin 2005.

  1. freil

    freil Libre Penseur

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    En 2004, 400 000 personnes avaient assisté au festival Gnaoua, Musique du monde. Cette année, les organisateurs peuvent légitimement tabler sur un nombre plus important de jeunes qui viennent non seulement de toutes les régions du Maroc mais aussi d'Europe, des Etats-Unis, du Japon, d'Australie ou encore de Nouvelle-Zélande. Le succès de ce rendez-vous artistique, unique en son genre, est quasi-planétaire.

    «Rien n'est plus émouvant que de voir, chaque année, ces dizaines de milliers de jeunes, qui s'épanouissent dans cet espace de liberté, de créativité et de beauté et d'identité retrouvée. Pendant le festival, il y a des milliers d'étrangers à Essaouira.

    Ces étrangers sont Marocains et les jeunes se retrouvent dans un espace où chacun prend, pendant cinq jours, ses quartiers de bonheur», explique André Azoulay, Conseiller de S.M. le Roi et président de l'association Essaouira-Mogador, créée au début des années 90 et qui avait à coeur de contribuer à la renaissance de la cité des vents.

    Et pourtant, au moment du lancement de cette manifestation, personne n'aurait pu lui prédire ce bel avenir, sauf, bien évidemment ceux qui en avaient été les inspirateurs. «Quand on a évoqué, il y a quelques années, le festival gnaoua et musique du monde, ce n'était pas évident. C'était un pari à la fois risqué, qui n'était pas toujours compris et qui suscitait des doutes et du scepticisme. Comme vous le savez, tout ce qui était gnaoui était sulfureux. Mais nous avions l'ambition de réhabiliter ce patrimoine et nous y avons réussi», ajoute M. Azoulay.

    L'idée a tellement séduit que pour sa huitième édition, prévue à partir d'aujourd'hui et qui doit durer jusqu'au 26 juin, «le festival Gnaoua et Musiques du monde d'Essaouira célèbre une notoriété retrouvée, une spiritualité contagieuse pour tous musiciens et publics, qu'ils viennent du Maroc et d'ailleurs, fêtant ici la face profane de la tradition», souligne Naïla Tazi, directrice générale du festival dans la note de présentation de cet évènement musical.

    Une stratégie qui n'a jamais varié
    Essaouira, la petite ville marginalisée, délaissée, enclavée, sans infrastructures et sans moyens et qui avait été, pendant longtemps condamnée à végéter dans une léthargie sans fin, avait réussi le pari fou de s'imposer comme un magnifique rendez-vous de tous ceux qui aspirent à se ressourcer dans la musique, les arts. En un mot, la créativité. «En 1991-1992, quand nous avons commencé à réfléchir sur la capacité à faire renaître Essaouira sur le plan économique, social, culturel et citoyen, nous avons pensé que la culture pouvait être non seulement un moment de création esthétique ou de plaisir musical ou plastique, mais qu'elle pouvait aussi être un vecteur de création de richesses.

    La première création qui a été organisée à cette époque-là était la célébration du 40e anniversaire du tournage d'Othello avec l'inauguration par S. M. le Roi qui était alors Prince Héritier du square Orson Welles à Essaouira devant, déjà à ce moment-là, de 100 000 personnes, en présence de la fille de Orson Welles.
    C'était un moment exceptionnel et on peut dire que par cette manifestation, S. M. le Roi, alors Prince Héritier, avait donné le coup d'envoi de cette stratégie qui n'a jamais varié, mais au contraire, s'est amplifiée et consolidée», souligne le président de l'association Essaouira-Mogador.

    «Des initiatives, des idées et un désir de sauver la ville avaient alors guidé les pas et les pensées de différentes potentialités. Les uns et les autres avaient déployé des trésors d'ingéniosité, d'audace et de sacrifices pour offrir à la ville cette renaissance si attendue. Essaouira n'était et ne pouvait jamais être «cette ville à vendre», comme l'avait proclamé à tort, il y a bien longtemps, George Lapassade. La cité, riche de sa différence, de sa culture, de son patrimoine et de ses hommes revendiquait plutôt très fort ce statut de ville où il fait bon vivre, où la douceur du climat n'avait d'égal que le charme incomparable de ses maisons blanches qui savent si bien emprunter la couleur bleu du ciel.

    La renaissance d'Essaouira était dès lors, une question d'engagement et de bonne volonté. «C'était une démarche collective, citoyenne mais qui est loin d'être achevée», se rappelle aujourd'hui M. Azoulay.

    Des festivals, des moments de bonheur
    Le temps n'a en rien entamé ce bel enthousiasme qui avait permis de sauver de l'oubli et d'une inéluctable dégradation Essaouira. Tous ceux qui ont à coeur le développement de la ville sont conscients qu'il reste encore beaucoup à faire pour réaliser «ce degré d'irréversibilité et de qualité que nous ambitionnons», estime le président de la Fondation Essaouira-Mogador. «Aujourd'hui encore, nous sommes confrontés encore à d'énormes difficultés, à un océan d'incertitudes et à beaucoup d'incompréhension alors que notre démarche est saine car elle est volontariste», explique André Azoulay.

    N'empêche. Essaouira a retrouvé ses repères. Elle a démontré, grâce à la mobilisation de tous ses amoureux, que dans la cité des Vents, la magie n'était pas un vain mot puisqu'il se conjugue avec le futur d'une cité résolue à trouver toutes les solutions, non seulement pour attirer de nouveaux visiteurs mais aussi et surtout pour offrir des raisons d'espérer à tous ceux qui seraient tentés par l'exil, loin de leur cité.

    Et c'est dans cet esprit que la culture sous toutes ses formes, l'ouverture sur l'autre, le désir de partage deviennent les éléments qui fondent une identité riche d'un héritage culturel et spirituel unique. Cela explique aussi les choix musicaux et culturels d'une ville qui assume pleinement sa différence et qui ½uvre à préserver sa mémoire. «Qu'il s'agisse des alizés, des Andalousies atlantiques et combien cela est vrai pour les gnaoua, ces festivals sont des espaces où la rencontres des cultures, le métissage des sons, le mélange des sensibilités et des talents est un postulat qui n'est pas gratuit et je trouve que cela fait une des singularités qui est choisie, assumée et revendiquée par Essaouira, mais qui est aujourd'hui constitutif de la spécificité, de la singularité de ce que nous faisons dans cette cité», souligne André Azoulay. «Tous ces espaces sont de grands moments de bonheur, de plaisir et de créations de richesses. A travers ces rendez-vous, nous exprimons un certain nombre de messages qui nous sont chers…»

    La 8ème édition du Festival des gnaouas, qui institutionnalise une manifestation lancée en 1998 est désormais reconnu à travers le monde, y compris dans le lointain Japon, couvert par les grandes chaînes de télévision internationales et la presse écrite. Le festival des gnaouas s'impose en effet comme un rendez-vous annuel incontournable, la «messe musicale» qui ne le cède en rien à un Woodstock ou autres.

    Chaque année, il nous propose un répertoire riche et varié, des moments inédits de musique et de convivialité qui sont le socle d'une programmation renouvelée.
    Un succès confirmé d'édition en édition et qui incite les initiateurs de ces formidables rendez-vous musicaux, les autorités de la ville et tous ceux qui ont porté ces projets de s'investir encore plus pour que la renaissance d'Essaouira ne soit pas un vain mot. «Je suis convaincu qu'Essaouira saura à la fois protéger ses racines, son esprit, son identité, sa mémoire et son patrimoine. Son patrimoine ce n'est pas seulement les vieilles pierres que nous protégeons, mais c'est tout ce qui est matériel, ce parfum, cette terre souirie.

    Il est à la fois spirituel, culturel, historique, moral. Il est l'addition, le mélange de tout cela avec l'autre côté de la médaille. Tout ce qui nous reste à faire, tous ces défis auxquels nous sommes confrontés et souvent aussi, c'est l'incompréhension à laquelle nous nous heurtons, parce que nous avons voulu ne rien céder sur ce qu'est notre identité, ne rien concéder sur ce qu'est notre patrimoine et avoir l'ambition, malgré tout, de progresser, d'avancer, nous développer et faire découvrir Essaouira à de plus en plus de personnes, sans y laisser notre âme», conclut le président de la Fondation Essaouira-Mogador.



    Les moments forts de la programmation

    21 maâlems au total seront présents pour cette 8ème édition, avec parmi les plus connus Mahmoud Guinea, Hamid El Kasri, Mustapha Bakbou, Abdeslam Alikane. Autant de maîtres Gnaoua qui tiennent cette année à rendre un hommage spécial à un autre grand nom de la musique, Abderrahman Paca, l'un des fondateurs du groupe Nass El Ghiwane.

    Pour la première fois, l'Égyptien Fathy Salama sera sur la scène d'Essaouira. Le pianiste compositeur, considéré comme l'inventeur de la «jeel», la pop arabe, précieux collaborateur de Youssou N'Dour sur son dernier album "Egypt", offrira à Essaouira un répertoire né de sa rencontre avec l'un des derniers virtuoses du rango (sorte de marimba venu du Sud du Soudan), Hassan Bargamoun, aux côtés de ses musiciens gnaoua égyptiens.


    Au programme de cette édition également, de grands artistes internationaux comme le poète-musicien réunionnais Danyel Waro, le duo sénégalo-suédois Elika (violon) et Solo (kora), la magie des percussions indiennes avec le Singapourien Nantha Kumar, le bassiste guadeloupéen Étienne Mbappé du groupe Joe Zawinul Syndicate, le batteur franco-congolais Roger Biwandu, le flûtiste français Majik Malik, ex-membre du groupe Human Spirit, l'étonnant percussionniste arménien, Arto Tunçboyaciyan et bien d'autres surprises…

    Parmi les heureuses et inédites rencontres, le métissage berbéro-celtique du groupe Thalweg, incarné par 7 musiciens - dont Khliff Miziallaoua, chanteur et guitariste du désormais ancien Orchestre National de Barbès - tous désireux d'associer les musiques maghrébines (gnaoua, luth, percussions) et celtiques.
    Puis le trio jazz Bozilo, nouveau projet du pianiste serbe Boyan Z, du batteur franco-algérien Karim Ziad et du saxophoniste français Julien Loureau. Trois artistes pour trois initiales (Bo-Zi-Lo) et leurs sonorités afro-américaines, slaves et maghrébines.

    Enfin, la star sénégalaise Youssou N'Dour et son orchestre, Super Étoile de Dakar, clôtureront la 8ème édition de ce festival dans un show 100% africain. Une programmation aussi fascinante que cosmopolite, respectant ainsi les valeurs de fraternité et d'universalité chères au festival.

    Khadija Alaoui

    Source: LE MATIN.
     

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