P2p: Google s'intéresse à vos disques durs...

Discussion dans 'High tec' créé par Le_Dictateur, 16 Février 2006.

  1. Le_Dictateur

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    Après avoir construit un empire sur l'accès à l'information publique, Google s'intéresse désormais aux données privées. Lancé depuis moins d'une semaine aux Etats-Unis, son nouveau service de partage de fichiers, baptisé "Search Across Computers", met en effet entre les mains de la firme de Mountain View (Californie) le contenu du disque dur des internautes qui y ont recours. Au risque de susciter la critique.

    Intégrée à la dernière version du logiciel Google Desktop - qui permet l'indexation et la recherche de fichiers sur un ordinateur personnel -, cette fonction autorise à présent le partage élargi des données. Suivant en cela une philosophie comparable à celle des systèmes de peer-to-peer (P2P) comme Kazaa ou BitTorrent.

    Grâce à un simple mot de passe, par le truchement de Google, il devient possible de chercher et de récupérer des documents stockés sur un ordinateur distant, même si celui-ci n'est pas connecté ou sous tension. Ce qui implique que Google maintienne à jour sur ses serveurs, par le biais d'Internet, une copie de la mémoire de chaque machine ayant activé la fonction "Search Across Computers".

    Cette manière d'"externalisation" de données privées n'est pas du goût de l'Electronic Frontier Foundation (EFF), l'une des principales associations de défense des libertés dans le cyberespace. Elle recommande "de ne pas utiliser cette fonctionnalité", car "cela rendra les données personnelles plus vulnérables".

    Aux Etats-Unis, cette "vulnérabilité" accrue provient, selon l'EFF, de la loi de 1986 sur la confidentialité des communications électroniques (Electronic Communications Privacy Act) qui n'offre qu'une "protection limitée aux courriels et autres fichiers stockés chez un fournisseur de services en ligne, et en tout cas inférieure aux protections légales qui s'appliquent lorsque les mêmes informations sont stockées sur (un) ordinateur (personnel)". Cette nouvelle fonction fournit en outre, estime l'EFF, "un guichet unique pratique pour les pirates qui auraient obtenu le mot de passe d'un client de Google". Cet avis est partagé par l'éditeur de logiciel antivirus Kaspersky, qui déconseille également l'utilisation de "Search Across Computers".

    Pour sa part, Google fait valoir que son nouveau service n'est pas automatiquement activé lors du lancement de Google Desktop. Une manipulation volontaire est nécessaire. De plus, il est possible de supprimer à la demande les fichiers stockés par Google. Et, en cas de résiliation d'un compte d'utilisateur, les fichiers seront automatiquement effacés des serveurs de Google dans un délai de 60 jours.

    Par ailleurs, précise-t-on du côté de la filiale française de la société, ces données personnelles ne seront pas analysées, lors de la mise en service du système en France, à des fins d'envoi de publicités ciblées. Un tel système de "profilage" automatique de la correspondance est déjà installé dans le système de messagerie de Google, baptisé Gmail et lancé en 2004.


    Le lancement de ce nouveau service d'échange de données intervient dans un contexte particulier : mercredi 15 février, des responsables de Google, mais aussi de Microsoft, de Yahoo! et de Cisco devaient témoigner aux Etats-Unis devant une sous-commission de la Chambre des représentants chargée des droits de l'homme. La raison ? L'émotion soulevée outre-Atlantique par leur complaisance devant les exigences de Pékin sur le contrôle du Net.

    Des exigences qui font écho à celles du département d'Etat américain, lequel vient d'assigner Google devant une cour fédérale après son refus de livrer les statistiques de recherches de ses clients. Le gouvernement américain cherche en effet à utiliser ces données pour évaluer l'efficacité des filtres destinés à protéger les enfants des contenus pornographiques en ligne. Les autres moteurs de recherche - AOL, Yahoo! et MSN - avaient, de leur côté, immédiatement accédé à cette demande.

    Stéphane Foucart
    Article paru dans l'édition du 16.02.06
    http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-651865,36-741591,0.html
     

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