Peut-on éviter la mort subite ?

Discussion dans 'Info du bled' créé par Casawia, 28 Février 2006.

  1. Casawia

    Casawia A & S Forever

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    Entre 1993 et 1992, on a vu paraître au Maroc des articles et des ouvrages signés par des Marocains, parfois même par des étrangers, qualifiant tous notre pays de Tigre d'avenir, pour mettre en valeur les similitudes qui l'apparentaient aux fameux Tigres asiatiques : la Thaïlande, la Malaisie, l'Indonésie qui ont réalisé des avancées économiques spectaculaires. Il s'est avéré par la suite qu'il n'en est rien. Le tigre marocain n'a pas tenu ses promesses, se muant plutôt en une créature inoffensive. Un tigre en papier.

    On a eu alors droit à la fameuse expression apocalyptique, nous mettant en garde contre l'infarctus fatidique guettant le Maroc. Dans les années quatre-vingt-dix, Feu Hassan II a voulu ainsi montrer à l'opinion publique, en écho à un rapport rédigé par la Banque mondiale, que notre pays passe par une crise des plus graves, sur tous les plans.

    N'empêche que cette crise cardiaque qui menaçait notre pays est le fruit de toute une politique interne et externe, trahissant le manque d'une vision réaliste, stratégique, fondée sur l'analyse des évolutions que connaît le monde. La question reste donc de savoir si le Maroc a pu se rétablir, consolidant ses structures, de sorte qu'il est désormais à l'abri de toute crise cardiaque fatale. Ou bien, s'il est aujourd'hui plutôt entré dans une sorte de mort clinique, sombrant dans le coma, dans l'attente qu'on le délivre de ses souffrances mortelles. On pourrait aborder cette question dans diverses optiques : économique (taux de croissance, emplois créés…), politique (participation aux votes, adhésion aux partis…), culturelle (propagation d'idées nouvelles, attachement aux valeurs de modernité…). Sans vouloir opter pour le discours apaisant du gouvernement, ni pour celui d'une opposition en quête de signes justifiant son anathème permanent de l'action gouvernementale, logique d'affrontement oblige, nous allons plutôt voir du côté des rapports émanant des organismes internationaux qui ne sauraient être taxés de partialité. Grâce à ces rapports, on pourrait déceler l'image du Maroc et la manière dont il est perçu par ses voisins, notamment par l'Union européenne.

    Nous allons nous contenter de deux rapports qui ont été dernièrement publiés sur la situation économique et politique au Maroc. Signalons d'emblée que lesdits rapports ont un point commun : ils tirent la sonnette l'alarme sur la situation au Maroc, qu'ils qualifient de très grave, tous domaines confondus. De quoi mettre en doute les engagements officiels tenus par nos responsables sur leur volonté d'éradiquer la corruption et mettre en place une vraie politique de développement. Ainsi donc, selon le rapport publié par Transparency international sur la corruption au Maroc, notre pays occupe en 2005 la 80ème place à l'échelle mondiale, contre la 77ème, et la 70ème respectivement en 2004 et 2003. C'est dire que la corruption ne cesse de gagner du terrain au Maroc.

    Corrélativement, selon un autre rapport de l'ONU sur le développement humain, le Maroc occupe la 126ème place, la dernière dans la Méditerranée, devançant dans le monde arabe la Mauritanie, le Soudan et le Yémen. On en conclut que notre pays marque le pas sur ce plan. Si l'on compare ces chiffres avec ceux de 1997, date de la fameuse crise cardiaque aux aguets, on constate que le Maroc a reculé ou, du moins, n'a enregistré aucun progrès en matière de développement humain. Mais il est clair que le taux de pauvreté a sensiblement augmenté. On parle même d'une moyenne de 15 % durant les dix dernières années. Quant à la recherche scientifique, le rapport de la Banque mondiale est catégorique à ce propos. Pour lui, aucun développement n'est possible sans la promotion de la recherche scientifique dans les différentes universités marocaines. Pour rappel, la majorité de ces dernières a signé la mort des études du troisième cycle et du doctorat, en imposant aux doctorants des conditions pour le moins aberrantes.

    Par ailleurs, le Maroc semble privilégier dans ses relations internationales le volet sécuritaire. Aussi, la majeure partie des conventions signées dernièrement avec les pays étrangers sont d'ordre sécuritaire : lutte antiterrorisme, immigration clandestine, lutte antidrogue… Le volet économique s'éclipse devant le sécuritaire. N'est-ce pas le signe d'une situation interne grave qui engendre de tels fléaux ?

    Maillons faibles

    En somme, il ressort des dits rapports que :

    - L'action gouvernementale entreprise par les deux gouvernements de Abderrahmane Youssoufi et de Driss Jettou n'a rien apporté en termes de développement;

    - La place que le Maroc occupe en termes de développement humain laisse perplexe sur les bénéfices que notre pays tire de ses liens privilégiés avec l'Union européenne, notamment si l'on sait que la plupart de ses transactions commerciales se font avec ce puissant voisin;

    - Privilégiant le volet financier, le Maroc n'a rien tenté pour inculquer aux Marocains une culture moderniste, de sorte qu'ils adhèrent pleinement au développement de leur pays, armés d'une culture fondée essentiellement sur la recherche scientifique. Pire encore. Imaginons le Maroc sans les transferts d'argent effectués par ses ressortissants à l'étranger. En effet, presque 800.000 Marocains ont immigré ces dix dernières années vers des pays de l'Europe comme l'Espagne et l'Italie.

    Cela équivaut à la population d'une ville comme Rabat et une partie de Salé. Le Maroc n'a plus alors à se charger de leur bien-être, l'Europe le fait à sa place. Feu Hassan II a évoqué en 1997 la possibilité d'une crise cardiaque qui frapperait de plein fouet notre pays. Les symptômes sont encore là, alarmants, pour dire que notre pays est plutôt régi par la loi bienfaitrice de la Baraka. Qui oserait parler de quelque plan d'action réfléchie, à même de redonner espoir aux Marocains ?


    El Houssine Majdoubi


    L'observateur marocain
    http://www.lobservateur.ma/dossier.asp

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    propose par aghilasse
     

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