Phénomène. Islamistes et scientifiques, pourquoi ils s’aiment…

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 14 Mars 2010.

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    Les militants du PJD ou d’Al Adl Wal Ihsane ne se recrutent pas qu’au sein du petit peuple. Médecins et ingénieurs, entre autres profils diplômés, sont également convoités. Analyse.


    Avant l’été prochain, l’Association des médecins du PJD verra le jour. Suivra celle des ingénieurs, puis des pharmaciens. Ces structures professionnelles viendront s’ajouter à une entité déjà en place depuis quelques mois : la cellule des avocats, dirigée par Me Abdemalek Zaâzaâ, mais dont le vrai patron n’est autre que Mostafa Ramid, poids lourd du PJD.


    Par ici le paradis

    Mais pourquoi cette course aux “cerveaux” de la part du PJD ? “Nous avons besoin des représentants de la classe moyenne. Ces profils pourront nous être d’une grande utilité sur les dossiers nécessitant une certaine connaissance du terrain et des hommes”, répond Abdelaziz Rabbah, membre du secrétariat général, qui chapeaute toutes ces nouvelles instances. “C’est plutôt une approche électoraliste du PJD. Les islamistes cherchent un palliatif après leur échec à s’implanter en milieu rural, qui reste sous l’emprise des notables”, nuance un observateur.

    Rabbah se défend, bien entendu, de cette vision politicienne des choses. “Nos nouvelles recrues croient en notre programme. Ce sont des gens raisonnables, il est donc normal qu’ils choisissent de rejoindre des partis raisonnables”, explique avec un certain humour le jeune député de Kénitra, lui-même ingénieur informaticien.

    Des médecins, ingénieurs et pharmaciens, le PJD en compte plusieurs centaines, comme l’affirme un autre responsable du parti. Ils sont d’ailleurs là depuis la création du parti et ont occupé des postes à responsabilité. A commencer par Abdelkrim Khatib, le chirurgien fondateur du parti, en passant par Saâd Eddine El Othmani, psychiatre, etc.

    Même Abdelilah Benkirane, l’actuel numéro 1 du parti, n’échappe pas à ce moule scientifique : il serait devenu ingénieur s’il n’avait pas quitté l’Ecole Mohammadia des ingénieurs (EMI) et opté pour l’enseignement. “Nous avons toujours attiré ces catégories de professionnels. Ce qui a changé, aujourd’hui, c’est que nous avons décidé de les doter de structures d’organisation pour mieux les encadrer”, explique Abdelaziz Rabbah.


    Le Coran avant Descartes

    Reste cette double interrogation : qu’est-ce qui pousse les lauréats des filières scientifiques à rallier la mouvance islamiste, et s’agit-il d’un phénomène purement marocain ?

    Ecoutons le politologue Mohamed Darif, qui a un avis sur la question : “le phénomène a commencé en Egypte. Là-bas, tous les syndicats professionnels, et pas seulement les médecins, sont tombés entre les mains des Frères musulmans”.

    Au Maroc, le noyau dur de l’opposition laïque et de gauche s’est historiquement formé au sein des facultés de lettres, notamment dans des fiefs universitaires comme Fès et Rabat. L’enseignement des sciences humaines, la philosophie en premier lieu, a contribué à forger l’identité de cette opposition.


    Ce n’est pas le cas des cursus scientifiques : “Les lauréats des filières scientifiques et techniques, peu sensibilisés à la philosophie par exemple, ne se posent traditionnellement pas de questions existentielles. Il n’est donc pas surprenant aujourd’hui de les voir grossir les rangs des mouvances islamistes”, explique Mohamed Darif.

    Samir Aboulkassim, chercheur spécialiste des mouvements islamistes, est du même avis. Il avance trois principales raisons à l’engouement des scientifiques pour les partis islamistes.
    “En plus de leur relative méconnaissance des sciences sociales, ces profils sont généralement adeptes de l’islam populaire et accusent de graves lacunes en matière de sciences théologiques. Cela les rend vulnérables au discours des mouvances islamistes.

    Ils sont plus faciles à endoctriner”. Notre interlocuteur déplore le fait que les sciences humaines et sociales soient si peu présentes dans les cursus des filières scientifiques et techniques, et ce dès le lycée. “C’est aussi de la faute de l’ancien régime qui, dans les années 1970, a favorisé l’émergence des études islamiques au détriment de la philosophie”, enchaîne Mohamed Darif.

    Un médecin casablancais, fraîchement reconverti (au PJD), nous explique comment un scientifique comme lui a pu rejoindre les islamistes : “Il faut relativiser la faiblesse supposée de la formation d’un scientifique. Ce n’est pas tout à fait vrai. Un scientifique se pose des questions comme tout le monde. Et la première de ces questions n’est pas de savoir si l’islam est la solution, mais si les partis de la place répondent à certaines exigences toutes simples. A mes yeux, le PJD repose sur un mode de gestion très scientifique, avec discipline, clarté et obligation de résultat. Il est normal que je les rejoigne”.


    Al Adl Wal Ihsane aussi

    Le tropisme des scientifiques pour les formations islamistes ne s’arrête pas au seul PJD. Avant même la création du parti de Benkirane and Co, Al Adl Wal Ihsane avait depuis longtemps commencé à recruter parmi les médecins, les ingénieurs et les pharmaciens. La Jamaâ dispose de structures dédiées à ces professions.

    Les disciples de Abdeslam Yassine ont réussi, en outre, une grande percée au sein d’imposants syndicats professionnels, notamment les professions libérales. Ainsi, lors du congrès 2008 de l’Union nationale des ingénieurs du Maroc (UNIM), Al Adl a remporté 29 des 75 sièges, soit 40 %, du comité administratif.

    Mais le cas le plus emblématique à ce jour reste celui de l’UNEM (Union nationale des étudiants du Maroc), foyer originel de la dissidence estudiantine de gauche, aujourd’hui tombé entre les mains de la Jamaâ.

    Là encore, les filières scientifiques et techniques constituent donc un bon vivier pour peupler les contingents adlistes. Et assurer la relève par la même occasion. Beaucoup de ces recrues dites scientifiques transitent par les rangs de la chabiba avant de frapper à la porte de la Da’ira siassiya, équivalent du bureau politique de la Jamaâ. Qui sait, d’ailleurs, si demain le successeur d’un Abdeslam Yassine ne sera pas le produit d’une faculté de médecine ou d’une grande école d’ingénieurs.


    Récupération. Le cas Benziane

    Mercredi 30 décembre 2009 au parlement : Saâd Eddine El Othmani, député et président du conseil national du PJD, rend un vibrant hommage à Mohamed Benziane, un ingénieur de Rabat, sorti de l’anonymat depuis qu’il a été licencié pour avoir refusé un stage encadré par trois experts israéliens.

    Une semaine plus tard, le même Benziane est reçu en héros de “la lutte contre la normalisation avec Israël”, au siège central du parti et en présence de l’écrasante majorité des responsables PJD. L’ingénieur a perdu son travail, mais il a gagné son “heure de gloire”. Il est aujourd’hui sympathisant du PJD.
    Allez savoir, dans son sillage, combien d’ingénieurs fraichement diplômés, ont rejoint les rangs du parti islamiste.




    http://www.telquel-online.com/414/actu_maroc1_414.shtml
     

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