PJD-USFP. S’aimer jusqu’à l’impossible

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 25 Janvier 2009.

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    Des dirigeants islamistes et socialistes appellent à une alliance entre les deux partis en vue des élections communales de juin 2009. Mariage de raison ou véritables atomes crochus ?

    Mai 2003. Le PJD traverse une zone de fortes turbulences et ses dirigeants naviguent à vue dans la crainte et l’incertitude. Le souffle des charges explosives qui ont secoué Casablanca le 16 mai a failli emporter dans son sillage l’ambitieuse formation islamiste. Au sein de la classe politique marocaine, des voix s’élèvent et exigent sa
    dissolution en l’accusant d’avoir fait le lit du terrorisme. Des dirigeants de l’USFP ne ménagent pas le parti de Saâd Eddine El Othmani et les attaques ne sont pas à fleurets mouchetés. Le PJD fait profil bas et limite, bon gré mal gré, sa participation aux élections communales en 2003. Pourtant, le parti islamiste caressait alors le rêve de rafler la mise et diriger ainsi les mairies des grandes villes du pays. Janvier 2009, nouveau contexte et nouvelles déclarations. Des responsables du PJD et de l’USFP multiplient les sorties dans la presse pour affirmer qu’une alliance entre les deux partis ne doit pas être écartée. Que s’est-il passé ? Une union est-elle possible entre le vaisseau amiral de la gauche et le champion du conservatisme au Maroc ?

    Idéologie contre pragmatisme
    Quand on fait remarquer à Driss Lachgar les divergences idéologiques entre l’USFP et le PJD qui rendent, a priori, absurde et hasardeuse toute alliance entre les deux partis, le dirigeant socialiste cite l’exemple de l’Allemagne où une large coalition compose le gouvernement et gère le pays. Pour lui, il existe actuellement une urgence et une nécessité pour que des alliances pareilles voient le jour au Maroc. “Ce qui doit faire peur, c’est la corruption qui ronge la vie politique marocaine et le discrédit dont elle est l’objet auprès des citoyens”, remarque l’avocat rbati. Selon cette vision, l’alliance entre les socialistes et les islamistes serait un premier pas vers une réforme profonde et radicale du champ politique marocain.

    La formation d’un axe du bien en quelque sorte. Un avis que Abdeziz Rebbah, jeune dirigeant du PJD, semble partager : “L’idéologie doit être reléguée au second plan et les convergences entre les programmes économique et sociaux doivent être mises en relief”. Pour les islamistes marocains, ces déclarations “œcuméniques” sont bénéfiques pour l’image du parti. Elles participent au processus volontaire de banalisation et de “dédramatisation” du fait islamiste, mené par les dirigeants du PJD depuis des années. Mais chez les socialistes, les choses risquent d’être différentes.

    La fracture idéologique est plus présente chez les dirigeants et les militants de l’USFP, où on continue à considérer le parti islamiste comme un danger politique et social. Difficile donc de convaincre les militantes féministes de l’USFP d’accepter une alliance avec un parti contre lequel elles ont livré un rude combat pour la réforme du Code de la famille. Comment faire avaliser cette alliance par la frange moderniste et séculaire du parti de la rose, qui voit dans le PJD le porte-étendard de “l’obscurantisme” et de “la régression” ? Les symboles sont là pour rappeler la profondeur des lignes qui séparent les deux partis : au sein de l’USFP, on continue à associer et imputer l’assassinant du leader socialiste Omar Benjelloun, en 1975, à des figures importantes de la chabiba islamiya, vivier initial du PJD.

    Pour Driss Lachgar, l’USFP ne doit pas perdre son âme en se rapprochant du parti de Benkirane. “Il est hors de question pour nous de nous aligner sur une quelconque position conservatrice du PJD”, précise-t-il. Toutefois, le dirigeant socialiste écarte l’image du parti “infréquentable” que certains de ses camarades collent à la formation islamiste. Ce qui représente, n’en doutons point, une évolution certaine dans l’esprit socialiste moyen.


    Le PAM de la discorde
    “On ne peut pas négliger que le rassemblement d’El Himma suscite des inquiétudes, et que la relation entre le PAM et l’Etat pourrait menacer la démocratisation du pays”, estime Abdelaziz Rebbah. Une inquiétude partagée par un bon nombre de dirigeants socialistes. Les déclarations relatives à une possibilité d’alliance entre l’USFP et le PJD pourraient être interprétées comme des réponses aux visées politiques de Fouad Ali El Himma et son parti. Pour le PJD, El Himma s’est placé d’emblée comme un adversaire politique à travers ses prises de position et ses déclarations. Côté socialiste, on apprécie moyennement le positionnement des amis de Si Fouad qui tentent de rameuter les déçus de l’USFP et séduire les élites technocratiques, souvent proches de la gauche. Les deux partis ont en commun la hantise de voir “le nouveau venu” remporter, grâce à son réseau de notables, une large victoire aux élections communales de juin 2009.

    Ceci, malgré les déboires du PAM lors des élections législatives partielles. Les déclarations personnelles des dirigeants socialistes et islamistes sont des ballons d’essai lancés pour sonder l’Etat et préparer psychologiquement les militants à un éventuel rapprochement. Les deux partis ne veulent pas insulter l’avenir. Ils savent que pour accéder à la gestion des grandes villes du pays, il faut savoir concocter des coalitions. Driss Lachgar se rappelle amèrement de son expérience personnelle et celle de l’USFP à Rabat en 2003. Arrivé premier aux élections communales de la ville, son parti a refusé de nouer une alliance avec les élus du PJD. Résultat : Omar Bahraoui, candidat du Mouvement populaire, est élu maire de Rabat grâce aux voix islamistes. Ce scénario se répétera-t-il une seconde fois ? Rien n’est moins sûr.


    http://www.telquel-online.com/356/actu_maroc2_356.shtml
     

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