Politique. Ministre d’Etat, à quoi ça sert ?

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 23 Janvier 2010.

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    Le remaniement décidé la semaine dernière par Mohammed VI n’y a rien changé. Le gouvernement compte toujours deux ministres d’Etat sans portefeuille… et sans utilité.


    19 septembre 2007. Mohammed VI nomme les membres du 29ème gouvernement du Maroc indépendant. Mohamed Elyazghi, alors premier secrétaire de l’USFP, est nommé ministre d’Etat. Ses détracteurs au sein du parti se déchaînent contre “moul sacado” (celui qui porte un sac à dos), un sobriquet qui ne le quittera plus. Moins de deux ans plus tard, le 29 juillet 2009, Mohand Laenser, secrétaire général du Mouvement populaire, a droit au même titre dès lors que son parti rejoint la majorité gouvernementale. Mais, au fait, qu’est-ce qu’un ministre d’Etat et quelles sont ses attributions ?

    Avec ou sans portefeuille ?


    La “mode” des ministres d’Etat remonte à l’indépendance. En décembre 1955, le gouvernement de Mbarek Bekkay en comptait déjà quatre : Driss M’hammedi, Abderrahim Bouabid, Mohamed Cherkaoui et Ahmed Réda Guédira. Que des poids lourds. “C’est un modèle calqué sur la tradition française, mais qui a été perverti dans sa version marocaine.

    A la base, on nomme ministre d’Etat quelqu’un à qui on veut témoigner de la reconnaissance, un homme politique confirmé qui accumule déjà une grande expérience”, commente le politologue Mohamed Darif. Ce fut le cas, le plus emblématique d’ailleurs, de Driss Basri qui n’a hérité du portefeuille de ministre d’Etat qu’en 1993, 20 ans après avoir été secrétaire d’Etat à l’Intérieur.

    La règle générale veut que les ministres d’Etat soient affectés à des départements sensibles comme la Défense ou l’Intérieur. Qu’en est-il alors des ministres d’Etat sans portefeuille ? Le gouvernement Abbas El Fassi en compte actuellement deux : Elyazghi et Laenser. Ils sont même, respectivement, les numéros 2 et 3 de la hiérarchie gouvernementale.

    Personne ne connaît exactement la nature de leur mission. Nous avons posé la question à Mohamed Elyazghi. Réponse du ministre : “Je vous conseille de vous référer aux écrits de Abdelkader Bayna concernant le sujet”. Bayna, ex-membre du bureau politique de l’USFP et professeur universitaire, n’apporte pas de réponse bien précise et se contente de retracer l’historique de ces postes, en faisant des allers-retours entre la France et le Maroc.

    Contrairement à Elyazghi, Mohand Laenser s’est montré plus disert : “Quand il n’a pas d’attributions précises (ndlr : quand il est sans portefeuille), le ministre d’Etat a une compétence horizontale. Il participe à la politique gouvernementale et discute de tous ses aspects”. En d’autres termes, le ministre a théoriquement la possibilité d’être au fait de tous les chantiers du gouvernement. Il prend, de ce fait, assez souvent la parole pendant le Conseil de gouvernement pour demander des éclaircissements sur tel ou tel autre sujet.


    La souveraineté, pas touche !

    Le chercheur Mohamed Darif nuance cependant le rôle et la portée réelle du ministre d’Etat sans portefeuille. Pour lui, le statut équivaut d’abord à une gratification personnelle, sans réel impact politique. “Selon le protocole, le ministre d’Etat peut représenter le Maroc lors de manifestations internationales, voire même représenter le roi. Dans un schéma où l’on disposerait d’un gouvernement solidaire et homogène, il pourrait effectivement être d’un grand secours en intervenant de manière horizontale dans l’action de l’Exécutif.

    Dans le cas du Maroc, il est difficile d’imaginer un Elyazghi ou un Laenser avec un droit de regard sur la cuisine interne du ministère de l’Intérieur, de la Justice, des Affaires étrangères ou de la Défense”.

    Exit donc les départements de souveraineté. L’essentiel se déroule sur un terrain purement protocolaire. Le ministre d’Etat, fût-il sans missions précises, arrive juste derrière le Premier ministre. Il est suivi des ministres, des ministres délégués et, enfin, des secrétaires d’Etat.

    Question : comment peut-on départager deux ministres d’Etat, comme c’est le cas aujourd’hui avec Elyaghi et Laenser.
    Réponse : par l’ancienneté. C’est ce qui explique, donc, qu’Elyazghi soit plus “gradé” que Laenser.


    Un voisin nommé Abbas

    En dehors du prestige de la fonction, les ministres d’Etat ne bénéficient d’aucun avantage particulier en comparaison aux autres membres du gouvernement. Leurs salaires sont du même ordre, soit 60 000 dirhams mensuels, auxquels il faut ajouter certains services (personnel de maison, voitures, chauffeurs). Sinon, ils n’ont pas de budget propre.

    Leurs dépenses sont greffées sur le budget du Premier ministre. Récemment, Nizar Baraka, ministre délégué, a justifié la hausse des dépenses de fonctionnement de la primature par la nomination d’un deuxième ministre d’Etat, Mohand Laenser en l’occurrence.

    Cette “proximité” avec Abbas El Fassi, lui-même ancien ministre d’Etat sans portefeuille, est également d’ordre physique. Les trois hommes se partagent les anciens locaux du ministère de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire, au quartier des ministères à Rabat.
    Le premier étage abrite les bureaux de Mohamed Elyazghi et son staff, le second est occupé par les services de Mohand Laenser et le troisième étage accueille le cabinet du Premier ministre et sa centaine de conseillers.

    Les deux ministres d’Etat se sont entourés de leur garde rapprochée. Les quatre conseillers de Mohamed Elyazghi sont des Usfpéistes pur jus et le chef de son cabinet n’est autre que son beau-frère, Rachid Balafrej.

    Mohand Laenser n’a pas cherché très loin non plus. Les membres de son cabinet, dirigé par Lahcen Sekkouri, ancien DRH des Eaux et Forêts et proche du leader haraki, se recrutent parmi la jeunesse du Mouvement populaire.

    Pour nombre d’observateurs, Elyazghi et Laenser doivent leur privilège de ministres volants à leur carrière passée au service de l’Etat. Ils sont ainsi récompensés d’avoir rejoint la majorité gouvernementale. Pour le reste, RAS.


    Histoire. Remember Moulay Ahmed Alaoui

    De son temps, Hassan II a toujours eu un “faible” pour les ministres d’Etat.
    En 1983, il réussit l’exploit d’en nommer 7 à la fois : Maâti Bouabid, Abderrahim Bouabid, Ahmed Bahnini, M’Hammed Boucetta, Mahjoubi Aherdane, Moulay Ahmed Alaoui et Arsalane El Jadidi.

    Deux ans plus tard, Hassan II ne gardera que Ahmed Bahnini et Moulay Ahmed Alaoui. Ce dernier, cousin du roi de son état, ne quittera d’ailleurs sa “fonction” de ministre qu’en 1998, au moment de l’Alternance.

    Ce n’est pas pour rien que le titre de ministre d’Etat fut longtemps associé à cet homme fort du régime. “Tu es né pour être roi, je suis né pour être ministre d’Etat”, avait l’habitude de dire Moulay Ahmed Alaoui à Hassan II…





    http://www.telquel-online.com/407/actu_maroc1_407.shtml
     

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