Pollution: Ces inquiétants pics de consultations

Discussion dans 'Info du bled' créé par pouet, 5 Janvier 2007.

  1. pouet

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    · Des praticiens tirent la sonnette d’alarme

    · Le nombre d’asthmatiques a doublé en 10 ans

    · La pollution pointée du doigt


    Alarmant! Des pics de consultations ont été enregistrés ces dernières semaines auprès de plusieurs médecins spécialistes. Pédiatres, pneumologues, allergologues, ORL… les praticiens sont nombreux et unanimes à témoigner de cette recrudescence de maladies virales et bactériennes cet hiver, au point d’établir une corrélation significative avec la pollution de l’air. Toux, gêne respiratoire, asthmes, allergies, sinusites, écoulement nasal, maux de tête, migraines, picotements laryngés, oculaires, sensations d’étouffement… les symptômes sont pratiquement les mêmes particulièrement auprès d’une population dite vulnérable, constituée principalement de nourrissons, de personnes âgées et autres sujets diabétiques ou encore hypertendus. Mais jusqu’à quelle mesure la pollution peut être réellement mise en cause?


    Selon les conclusions d’un coup de sonde, effectué par L’Economiste auprès de plusieurs praticiens, la qualité de l’air y est pour beaucoup. «C’est clair qu’il y a une corrélation entre la pollution de l’air et l’exacerbation de certaines maladies respiratoires», soutient Mohamed Bougrine, professeur en pédiatrie et pneumoallergologue à Casablanca. Pour sa part, Chakib Laraqui, spécialiste des maladies respiratoires et de l’asthme en particulier, est catégorique: «C’est certain, il existe une forte corrélation entre la qualité de l’air et les pathologies respiratoires qu’elles soient infectieuses ou respiratoires».

    Pour Pr Mohamed Bartal, docteur honoris causa médaillé de l’OMS, il y a la conjugaison de plusieurs facteurs: «la vague de froid, l’humidité, la pollution, les émissions de gaz d’échappement… sont autant de facteurs qui irritent la muqueuse respiratoire en particulier. Ce qui peut faire le lit d’infections virales ou bactériennes». Pour Bartal, le soleil fait aussi partie de ces facteurs. L’action combinée d’oxydes d’azote provenant de sources énergétiques et de composés organiques volatiles donne naissance à un polluant secondaire qu’est l’ozone (O3) et qui est très nocif pour les asthmatiques et les bronchites chroniques», explique le spécialiste.

    C’est ce qui explique aussi que le nombre d’asthmatiques a doublé au Maroc durant les 10 dernières années, affirment Bougrine et Laraqui. Selon ce dernier, «nous n’avons pour l’heure pas d’explications cartésiennes face à cette augmentation des cas d’asthme, mais nous disposons d’un faisceau d’arguments qui l’étaye». Laraqui cite la pollution atmosphérique en premier lieu dans la prévalence de l’asthme. Viennent ensuite les conditions de logement «inhumaines». Un grand nombre de Marocains vivent dans la promiscuité, des endroits non aérés, non ensoleillés, voire des soupentes.

    Devant la forte augmentation que connaît depuis 10 ans la prévalence de l’asthme malgré une thérapeutique efficace, les médecins sondés ne peuvent donc s’empêcher de s’interroger sur la responsabilité de nouveaux facteurs provocants et aggravants: s’agit-il d’une conséquence directe d’un urbanisme galopant et de la pollution intérieure, du tabagisme croissant des parents, de la sophistication des modes de vie (climatisation, systèmes de ventilation…)? C’est tout un ensemble, tranchent-ils. Mais une chose est sûre, chez les asthmatiques, les médecins sondés conçoivent aisément que quels que soient les facteurs, «des tissus déjà fragiles subissent encore plus sérieusement l’effet agressif d’une pollution ambiante».

    A cela s’ajoute, pour les personnes âgées, l’hypothèse que les réactions d’oxydation cellulaire participant au phénomène du vieillissement sont accentuées par la pollution. L’on parle de «stress oxydant». Chez les enfants de moins de 3 ans, les praticiens parlent d’un appareil respiratoire pas encore mâture ou encore en plein développement. La pollution peut entraîner parfois un handicap à la maturation du système respiratoire. Selon Bougrine, les petits enfants sont ceux qui paient le plus le tribut de la pollution. De par leur taille, ils sont alignés avec les sources d’émissions de gaz et les tuyaux d’échappement des autobus, camions et autres véhicules. Du coup, ils absorbent le maximum de particules.

    Pour appuyer leurs constatations, scientifiquement les spécialistes demandent le maximum d’études sur la qualité de l’air. Laraqui cite l’exemple des métropoles européennes, où il y a un prélèvement permanent et systématique de la pollution atmosphérique. Des seuils d’alerte sont établis, dès qu’ils sont dépassés, des mesures sont prises. La circulation est souvent arrêtée ou limitée sur des tronçons. Elle ne reprend que si le niveau redescend. Pour Bougrine, il y a des indicateurs dans l’Hexagone avec plusieurs niveaux: rouge, orange… Ce sont des codes pour prévenir les pics de pollution. Parallèlement, des études se font pour chercher les vraies causes de ces pics afin de trouver des solutions à la source par des mesures techniques préventives, collectives et même individuelles. Mieux encore, des commissions scientifiques et des lois ont été mises en place pour limiter la pollution de l’air. Toutes les volontés économiques, politiques semblent donc converger pour sauvegarder la qualité de l’air. Au Maroc, c’est encore embryonnaire.

    · Fumoir grandeur nature

    La dernière étude, digne de ce nom, a été établie l’année dernière par la direction de la Météorologie nationale et la Fondation Mohammed VI. Les conclusions ont été rendues publiques en novembre 2006. Cette étude a conclu et prouvé que le niveau de pollution dépasse de loin les normes admissibles(1). Et c’est pour la première fois au Maroc, que des mesures fiables ont confirmé tout haut et de façon scientifique ce que de nombreux médecins et spécialistes pensaient tout bas. Les conclusions de la dernière étude sur la qualité de l’air à Casablanca sont sans équivoque. La direction de la Météorologie les a rendues publiques en novembre dernier. Il en ressort que des polluants dangereux comme l’oxyde d’azote, l’ozone, le dioxyde de soufre… ont atteint des taux alarmants dans la capitale économique. Un cocktail délétère! Les conséquences, selon l’étude, sont désastreuses: cancers, asthme, irritations oculaires, troubles respiratoires, toutes sortes d’allergies…

    La capitale économique est un véritable fumoir grandeur nature: selon les quartiers, Aïn Sebaâ dépasse de loin la norme française. Ce quartier industriel a connu une moyenne annuelle du dioxyde de soufre de 130 μg/m3, soit 484 dépassements de la norme française. Le SO2 demeure le polluant le plus important dans cette zone. La région a connu une moyenne annuelle de l’ozone de 113.33 μg/m3 et 397 dépassements par rapport au seuil pour l’alerte de la population. La région de Sidi Othmane vient en deuxième position. Selon l’étude, elle a enregistré les plus fortes concentrations en ozone. Quant à Zerktouni, la poussière y constitue un polluant dangereux avec une moyenne annuelle élevée de l’ordre de 80 μg/m3. La norme marocaine n’a pas été respectée 323 fois durant l’année 2005 sur cette zone. Curieusement, les particules en suspension sont plus importantes à Zerktouni qu’à Aïn Sebaâ, le coeur industriel de la capitale économique. Encore faut-il souligner que l’air pollué n’est pas figé. L’hiver, il se déplace en fonction de paramètres météorologiques (vent, pluie, brouillard, humidité…).

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