Portrait : Adil Kaouch, la confirmation

Discussion dans 'Autres Sports' créé par omarigno, 3 Avril 2006.

  1. omarigno

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    L’été 98, un jeune de 19 ans réalise une première pour l’athlétisme marocain. Adil remporte la médaille d’Or sur le 1500m lors du championnat du monde Junior à Annecy, la première médaille d’Or marocaine dans ce championnat. Cet exploit sera ignoré par la presse.

    Cette année, le Maroc participe au Mondial du foot qui monopolise toute l’actualité. Même dans le monde de l’athlétisme marocain, cet exploit sera éclaboussé par un autre grand exploit : le record du monde de Hicham El Guerrouj, un 14 juillet dans son stade fétiche, le stade Olympique de Rome.

    L’été 99, Adil revient en force et cette fois auprès d’un large public. Cet athlète, dont le nom et le visage sont inconnus du public marocain, se fera connaître lors des championnats du monde d’athlétisme de Séville. Cette édition restera certainement la plus pénible pour Hicham sur le plan psychologique. La principale raison est le climat exécrable qui régnait entre l’Espagne d’Aznar et le Maroc.

    Les Espagnols jouaient à domicile. La presse ibérique se déchaîna sans retenue ni limite. On a commencé par des chroniques guerrières (Arène, Estocade, Matador). On est passé après, à des propos où la haine et le mépris ont pris le relais, pour finir, à la veille de la finale, par des propos racistes. Tout le monde s’attendait à une tactique d’équipe des Espagnoles présents en force (3 en finale).

    Kada, le coach de Hicham, qui connaît à merveille son élève, va mettre en place une tactique imparable qui déboucha sur une course qui a marqué l’histoire du 1500m. Adil a pris part à cette performance, même si Hicham en reste incontestablement le héros. D’abord, Adil a eu le mérite d’être présent en final à 20 ans et pour sa première participation à ces championnats.

    Et cette présence s’avéra très précieuse. Adil mena un train d’enfer d’entrée de jeu, et ce pendant 700 m, faisant exploser le peloton au premier virage. Hicham prit le relais à 800 m de l’arrivée avec un rythme impressionnant, réalisant la troisième meilleure performance mondiale de tous les temps à l’époque. Adil a eu le mérite de finir la course et de terminer 11ème sur 12.

    Ce jour-là, il montra un autre visage en partageant la joie de la victoire avec une spontanéité et une sincérité qui ne trahissent pas. Adil jouera la même répartition notamment en 2001 à Edmonton et terminera 11ème.


    Les vrais connaisseurs d’athlétisme s’attendaient à une affirmation de sa part les années suivantes à l’âge de la maturité 23/24 ans. Hélas, Adil va connaître un véritable chemin de croix. Le sort va s’acharner sur lui. Il connaîtra des blessures graves nécessitant des interventions chirurgicales lourdes. Il restera éloigné des pistes pendant deux saisons 2002/03. Deux années noires et deux saisons blanches pour lui. Comme souvent au Maroc, Adil a eu un enterrement en bonne et due forme.

    Il réapparaît l’année 2004, année des Olympiades. Après la demie finale qu’il remporta (certes symbolique) devant Lagat avec autorité, il devint un outsider et un sérieux prétendant pour la troisième marche du podium.
    Hélas, le manque de compétition (deux saisons blanches) ne lui permissent pas de tenir le train infernal des 800 derniers mètres et termina 9ème.
    Néanmoins, là également sa joie sincère, franche et loyale et de voir Hicham sacré est à saluer.

    L’année 2005 sera enfin l’année de la consécration. En l’absence d’Hicham, La presse marocaine plaça, à juste titre, les espoirs de médaille sur Hasna, Jouad et Brahim. Mais le seigneur du mile qui tenait une chronique au journal l’Equipe, mit Adil parmi ses favoris. Il souligna la force de cet athlète : son intelligence, sa tactique de course et son point fort un excellent finish. Adil obtint la médaille d’Argent et inscrit son nom parmi les grands.

    Samedi dernier, Adil a réalisé une nouvelle performance. Lui, le Miller, s’est permis de monter sur la troisième marche le podium du cross court contre des vraies pointures, reléguant derrière des athlètes comme « Saheen » qui vaut 12’48 sur le 5000m. Cette médaille est la première Marocaine en individuel depuis 2000. Elle permet au Maroc de monter sur le podium par équipe, après deux saisons vierges. Cette place est à apprécier au regard de la concurrence vive. Outre, les pays traditionnels, des nouveaux pays, comme l’Eritrie, font leur apparition. Sans parlers des Kenyans naturalisés Qataris ou Bahreïnis.

    Ainsi Adil confirme sa médaille d’argent d’Helsinki. Si les blessures l’épargnent, la saison2006 s’annonce prometteuse et permet de préparer les échéances futures : championnats du monde 2007 à Osaka et Pekin2008.
    Au moment où un retour d’Hicham semble hypothétique, Adil peut prendre le flambeau du demi-fond marocain et ainsi perpétuer cette tradition.

    Adil n’est pas et ne sera pas Hicham. Des athlètes comme Hicham, on en voit un tous les 50 ans et encore. Mais, Il n’en reste pas moins que c’est un grand athlète, qui a eu le mérite de rester fidèle au Maroc et ne pas emprunter le chemin de l’argent, au risque à rester dans l’ombre du Seigneur de la distance.


    Mohamed Ali
    menara.ma
     

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