Pourquoi je n’ai pas voté Par Ahmed R. Benchemsi

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 12 Juin 2009.

  1. @@@

    @@@ Accro

    J'aime reçus:
    252
    Points:
    83
    S’abstenir est une prise de position politique : ça signifie qu’on désapprouve l’ensemble du jeu.

    Ce numéro de TelQuel n’atterrit en kiosque que le samedi 13 juin, soit le lendemain des élections communales. On ne pourra donc pas m’accuser d’inciter les citoyens au “nihilisme” et au “désespoir” (terminologie officielle). Maintenant que c’est passé, je peux le dire : comme la plupart des Marocains, vendredi 12 juin 2009, je n’ai pas fait usage de ma carte d’électeur. Pourquoi ?



    La forme. D’abord parce que ma carte d’électeur, je l’ai trouvée chez moi, un beau matin, déposée avec diligence par le moqaddem de mon quartier. Je ne m’étais pourtant pas inscrit sur les listes électorales – quelqu’un l’a donc fait pour moi, à mon insu. Or, le taux d’inscription à ces listes est présenté par l’Etat comme un indicateur de l’engagement politique des Marocains. Je suis (parmi d’autres) la preuve vivante que c’est un mensonge.
    Non, je ne suis pas engagé politiquement. Quand je vois que des batailles de rue ont opposé différents candidats, chacun appuyé par une “équipe de campagne” armée de bâtons (parfois d’armes blanches !), je ne peux m’empêcher de réfléchir : pourquoi ces gens sont-ils prêts à la violence ? Est-ce vraiment pour gagner le privilège de gérer démocratiquement les affaires de ma cité ? Tant de rage pour servir son prochain, permettez-moi de trouver ça douteux. Ces gens-là se battent pour leurs intérêts personnels : décrocher une parcelle de pouvoir, une délégation de signature… n’importe quoi de monnayable, qui leur permette de réaliser un bon retour sur investissement électoral.
    La plupart des élus, d’ailleurs, n’attendent même pas le début de leur mandat pour rentrer dans leurs frais de campagne. Dès le second tour (celui où les conseillers communaux désignent les présidents en leur sein), les marchandages commencent et les voix se négocient au prix fort, dans une dramaturgie digne de Shakespeare : vengeances, trahisons, coups de poignard… Pourquoi devrais-je cautionner une telle mascarade ?

    Le fond. Vous n’avez pas pu échapper aux millions de tracts électoraux qui ont sali nos rues et saturé nos boîtes aux lettres, ces deux dernières semaines. Avez-vous eu la curiosité d’en lire quelques-uns ? Moi si, et c’est consternant. Rien que du théorique et du redondant du style “notre engagement : la bonne gouvernance”, “plaçons le facteur humain au cœur de nos priorités”, ou encore “intégrons la dimension éthique dans le développement”. Au niveau communal, ce ne sont pourtant pas les préoccupations concrètes qui manquent. Comme j’aimerais lire, sur un tract électoral, des engagements palpables comme “zéro trou sur les chaussées”, “repeindre toutes les façades du centre-ville”, ou “doubler la surface des espaces verts”. Même si je ne donne pas cher de la réalisation de ces promesses, je suis prêt à voter pour quelqu’un qui les ferait – juste parce qu’il se serait donné la peine de réfléchir à mes besoins réels, plutôt que me servir du verbiage auquel lui-même ne comprend rien.
    Et puis, admettons qu’un tel candidat existe, que je vote pour lui et qu’il soit élu. Sera-t-il vraiment le gestionnaire de ma ville, de mon quartier ? Non. Les élections communales ne servent qu’à désigner les subordonnés des walis, gouverneurs et autres agents d’autorité. Ce sont ceux-là qui ont le vrai pouvoir : débloquer les fonds, autoriser les chantiers et même, en bout de chaîne… révoquer les élus ! Il se trouve que ces gens-là sont nommés par le roi et le ministre de l’Intérieur, et que mon vote n’y change rien. Pourquoi me donner la peine de voter, alors ? Pour reconduire un théâtre démocratique où l’essentiel de la pièce se joue derrière le rideau ? Désolé, je ne marche pas.

    L’argument clé des “pro-vote” est le suivant : “à quoi bon se lamenter sur l’absence de démocratie, si on y contribue soi-même en ne votant pas ?”. Bonne question, mais j’en ai une autre : refuser un système tout en contribuant à sa perpétuation, est-ce cohérent ? En revanche, ne pas voter est une prise de position : ça signifie qu’on désapprouve l’ensemble du jeu. Le jour où un parti politique fera campagne pour l’abstention en tant que message, je m’engagerai politiquement. D’ici là, les jours d’élection, je continuerai à vivre ma vie en pensant à autre chose. De plus sérieux.


    http://www.telquel-online.com/377/edito_377.shtml
     
  2. sahar1986

    sahar1986 Visiteur

    J'aime reçus:
    53
    Points:
    0
    chi résumé ir7am lik lwalidine looooooool
     

Partager cette page