Préhistoire de Tanger

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 8 Juin 2008.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    La population hominidée des origines était probablement constituée d'Hommes de Mechta El-Arbi et de Préméditerranéens. Les berbères en seraient les descendants. La diversité anthropologique des berbères remonte donc à la préhistoire et ne fera que s'accentuer avec le temps. Par la suite, il y aura un apport régulier quoique faible de populations d'origines diverses : Phéniciens, Grecs, Latins, Vandales, Noirs, Arabes...

    TANGER, LES PHENICIENS ET LES CARTHAGINOIS
    Partant de Tyr et de Sidon, les Phéniciens entreprirent de sillonner la mer intérieure selon la technique du cabotage. L'exiguïté de l'hinterland du Liban actuel poussa les phéniciens à chercher fortune vers le large. Ces commerçants habiles et entreprenants établissaient des comptoirs le long des côtes méditerranéennes et entretenaient des relations suivies avec les autochtones.
    Les plus anciens vestiges phéniciens de Tanger datent approximativement de -1450
    Il ne s'agit que d'une simple factorerie tenue par une petite équipe dont la mission consistait à réaliser des échanges commerciaux avec les autochtones.
    Après les premiers explorateurs, vint la deuxième vague constituée d'immigrants qui regroupaient des familles phéniciennes décidées à rester sur place. Ces colonnies avaient amené avec elles leur propre organisation sociale et religieuse.
    Les nécropoles constituent les restes archéologiques les plus importants. On peut de nos jours, admirer des restes de tombes de style lybico-phénicien sur le plateau du Marshan. C'est d'ailleurs un endroit d'où l'on jouit d'une vue imprenable sur le détroit et l'Espagne voisine. Le site avoisinait probablement un village déjà existant.
    Les principaux comptoirs phéniciens de l'époque furent établis à Lixus (-1150) et Gadès (Cadix vers -1110). Carthage fut fondée en -814. La Phénicie était passée sous l'occupation assyrienne à partir du début du VIIème siècle. Sidon fut détruite en -676 après une révolte contre la tutelle de Ninive.
    Tyr résistera pendant quelque temps grâce à ses relations avec l'Egypte. En Méditerranée occidentale, Carthage est l'héritière de Tyr qui fut détruite en -332 par Alexandre le grand.

    Au sixième siècle avant J.-C. (vers -530), les carthaginois remplacèrent les phéniciens en Afrique du Nord. Carthage contrôlait tout le littoral africain au moyen de comptoirs mais également de relais disposés tous les 40 kilomètres du golfe de Gabès à Tanger. Ces relais ou "échelles" avaient pour but de faciliter le petit cabotage des embarcations puniques.
    La fondation du petit comptoir carthaginois Tingis est datée entre -475 et -450. C'est de cette époque également que date le passage du suffète Hannon lors de son fameux périple qui le conduisît jusqu'aux îles Purpuraires voire les rivages du Cameroun . Comme les autres comptoirs carthaginois, Tingis n'avait d'importance que comme relais vers la vallée du Guadalquivir, région riche en métaux précieux : argent, cuivre, étain, fer, or et plomb. Grâce à ce commerce, Carthage était devenue la cité la plus opulente de la Méditerranée occidentale. Néanmoins, des échanges commerciaux eurent lieu avec les élites locales et portaient essentiellement sur des objets de luxe : armes, bijoux, céramique, étoffes précieuses, parfums et verroterie.
    Carthage quant à elle, drainait d'Afrique or, ivoire, peaux et esclaves. Elle chassa également dans l'Atlas, les éléphants sauvages qu'elle faisait dresser pour la guerre par des cornacs hindous.

    L'EPOQUE ROMAINE
    Jusqu'au deuxième siècle avant J.-C., le Maghreb est dominé par la puissance punique. Carthage est confrontée d'abord aux grecs puis, plus durement à Rome, la puissance montante en Méditerranée. Après des années d'affrontement, les légions romaines font plier Carthage en -146. La ville sera rasée et son site maudit et voué aux dieux.
    Tanger passe alors dans l'orbite du monde romain. Vers 80 avant J.-C., un général démocrate, Sertorius, ancien gouverneur d'Espagne inférieure, se révolte contre les partisans de Sylla. Il abandonne un projet de débarquement aux îles Fortunées (Madère) et passe en Maurétanie où il intervient dans des conflits entre princes locaux et s'empare de Tingis. Les Tingitans ont apparemment apprécié le gouvernement de Sertorius et des centaines d'entre-eux le suivirent en Espagne quand il y fut rappelé par les Lusitaniens quelques temps après.

    Jusqu'en -38, la ville garde un statut original -déjà!- qui la distingue du reste du pays Maurétanien. Ce statut, elle le doit à des rois comme Bocchus 1er (mort en -80), grand ami de Sylla, et ses fils Bogud et Bocchus II. Après la partition de la Maurétanie en royaumes de l'Ouest et de l'Est en -70, Bogud devint roi de la partie occidentale. La ville est le centre d'une petite principauté dont les princes les plus célèbres sont Iphtas et Ascalis. En -38, Octave, le futur empereur Auguste, élève Tingis au rang de Colonie. Les habitants de la ville deviennent de ce fait, citoyens romains à part entière.
    En l'an 25 avant J.-C., Auguste installe à la tête d'une Maurétanie agrandie des anciennes possessions de Bogud, le fils de Juba I qui devint un des rois les plus célèbres de l'antiquité nord-africaine : Juba II.
    C'était un roi allié de Rome. Il fut élevé à Rome et marié par ses protecteurs à Cléopâtre Sélènè, fille de Cléopatre et de Marc-Antoine. De cette union naquit Ptolémée. A la mort de Juba II (en 23 ou 24), son fils lui succéda et régna pendant dix-sept ans sur la Maurétanie en laissant le gouvernement aux mains de ses affranchis. Il combattit aux cotés des romains contre les berbères conduits par Tacfarinas, mais, pour toute récompense de sa fidélité, il fut assassiné à Lyon, sur ordre de Caligula en 40.
    La mort de Ptolémée provoqua un révolte sanglante à Tanger. Les rebelles étaient dirigés par Aedemon, un esclave affranchi de Ptolémée. Dans la confrontation avec les légions romaines, la cité fut détruite. L'empereur Claude annexa la Maurétanie (en 42 après JC) et la divisa en deux provinces Maurétanie Tingitane et Maurétanie Césarienne. Il éleva Tingis au rang de Métropole de la Maurétanie Tingitane, c'est-à-dire de capitale de la province occidentale.
    Les villes romaines possédaient généralement deux voies plus ou moins perpendiculaires. Une de ces voies était orientée nord-sud et appelée cardo maximus et l'autre était orientée est-ouest et s'appelait decumanus maximus. Ces deux voies principales se croisaient au forum. Tingis ne faisait pas exception à la règle. Deux portes principales datent de cette époque : l'entrée de la rue Syaghine et Bab El Marsa. Un axe direct joignait ces deux portes. Quant au forum, il se trouvait à l'emplacement actuel du Petit Socco. Il était le symbole et le centre de la vie publique. Les magistrats y lisaient les communications, célébraient les sacrifices, rendaient la justice. Les citoyens venaient y voter, payer leurs impôts, faire du commerce ou jouer à la bourse. Il devait certainement y avoir à Tingis un temple, un théâtre, des thermes et un arc de triomphe. On a retrouvé lors de la construction d'une maison dans la médina actuelle, une statue de marbre blanc de plus de 2 mètres de haut et de plus de 500 Kg de poids nommée La Diosa Vesta. A partir de la cité, deux routes furent tracées sous Septime Sévère : Tingis-Sala (Chella) et Tingis-Volubilis. L'origine africaine de l'empereur (Tripoli) n'était sans doute pas étrangère à son action urbanisatrice en Maurétanie.
    Les traces d'activités industrielles qui nous sont parvenues de cette époque datent du premier siècle avant J.-C. La plupart sont liées à la mer. Dans l'usine de Cotta, qui fut active du IIIème siècle avant J.-C. jusqu'au IIIème siècle après J.-C., des ouvriers préparaient des salaisons de poissons et du garum dont les romains était friands. Les baleines y étaient exploitées et l'on y extrayait de la pourpre qui allait servir à teindre les toges des sénateurs romains.

    A la fin du IIème siècle, une crise économique s'installa avec une raréfaction de l'or et une explosion de l'inflation. L'économie monétaire fut remplacée peu à peu par le troc. L'empire romain était économiquement désorganisé. Il s'ensuivit des troubles politiques et des insurrections dont celles des berbères. Sous le règne de Gallien, des francs avaient envahi l'Espagne et s'attaquèrent à la côte de Maurétanie.
    Un début de christianisation se fit vers 180 après J.-C. La période allant du IIème au IVème siècle fut émaillée de crises économiques. Au début du Vème siècle, une petite communauté chrétienne se regroupa autour d'un évêque. En 313, Dioclétien sépara la Maurétanie Tingitane du reste de l'Afrique (grosso modo, le Maghreb actuel pour les Romains) et la rattacha administrativement au diocèse des Espagnes. Le commandant militaire de la Maurétanie Tingitane et d'Espagne résidait à Tanger.

    Au début du Vème siècle, Rome vit déferler les hordes de barbares. En 429, les Vandales conduits par Genséric, débarquèrent dans la région de Tanger (ou de Ceuta) à partir de Tarifa. Aux côtés des Vandales, il y avait des Alains et des Suèves: 80.000 personnes au total, dont 15.000 guerriers. Les Vandales étaient originaires de la Baltique. Après plusieurs siècles de migration, ils pillèrent la Gaule puis l'Espagne en 409. Les Wisigoths les repoussèrent vers le sud de la péninsule ibérique en 416. Les Vandales commencèrent à piller les côtes de la Maurétanie Tingitane dès 425. Après des années d'affrontements entre Byzantins et Vandales, la convention d'Hippone accorda à ces derniers la qualité de fédérés à l'empire et l'occupation de toute la Maurétanie sauf la partie Tingitane qui relevait de l'Espagne.
    Constantinople ayant pris la relève de Rome, les Byzantins occupent Ceuta au VIème siècle et dominent la cité de Tanger d'une manière probablement plus formelle qu'effective. La ville était intégrée au monde chrétien comme une grande partie de la mare nostrum. Les Wisigoths prennent ensuite le pouvoir en Espagne et étendent leur domination à Tanger au début du VIIème siècle

    Vers 530, la Maurétanie Tingitane passe sous l'emprise d'une principauté berbère indépendante. En 533, les armées byzantines conduites par Bélisaire écrasent les Vandales en Numidie et l'Afrique du Nord repasse sous domination byzantine. Tanger et sa région furent temporairement rattachées à la Maurétanie Césarienne car l'Espagne était sous domination Wisigothique. Des fortifications furent élevées partout en Afrique du Nord. A peine furent-elles terminées que les berbères se soulevèrent. Vers 600, il semble que Tanger ne fît plus partie de la Maurétanie seconde qui comprenait alors Ceuta (Septem), quelques villes d'Espagne et les Baléares. Elle devait être probablement passée sous contrôle berbère. L'Afrique du Nord était alors le théâtre de conflits religieux entre catholiques et monophysites qui se réclamaient d'un monothéisme strict et niaient la trinité. Pendant ce temps-là, l'Islam se levait au Moyen-Orient.

    Les Arabes conquirent Carthage en 698. La population d'Afrique du Nord était constituée de trois groupes décrits par El Ya'qoubi, grand voyageur arabe. Les Rûmi étaient les descendants des anciens sujets de l'empereur byzantin, les Afâriq étaient des berbères romanisés et les Berbères qui avaient gardé leur langue et leur religion. La langue latine et le christianisme durèrent encore pendant quelques siècles en Afrique du Nord et certains mots d'origine latine subsistent encore dans l'arabe et les langues berbères.
    Oqba Ben Nafi' reçut le commandement suprême en Afrique en 681. Il est arrivé à Tanger probablement en 682. En 705, Moussa Ibn Nouçair s'empare définitivement de Tanger. Les habitants de la région étaient alors les Ghomara, des tribus du puissant groupe berbère Maçmouda.
    En 711, Tarik Ibn Ziad, lieutenant de Moussa Ibn Nouçair et Gouverneur de Tanger, organise une expédition victorieuse contre l'Espagne Wisigothique. La légende rapporte que Tarik fit brûler les navires qui avaient transporté ses troupes jusqu'à Algésiras (l'île verte des Arabes) afin d'empêcher toute tentation de retraite (note 8).
    En 740, les tribus Ghomara, Miknasa et Berghwata s'insurgèrent contre les gouverneurs du Calife Hicham. Leur chef, Maïsara, devint le maître de Tanger. Les insurgés furent battus en 742 par Handhala Ibn Safwan, nouveau gouverneur d'Egypte. Jusqu'au IXème siècle, le Maghreb fut le théâtre de conflits entre rouyaumes schismatiques ou hérétiques.
    En 788, arriva à Tanger Idriss Ibn 'Abd Allah fuyant la persécution des Abbassides. Il se rendit ensuite à Volubilis où il fonda le premier état marocain. La rupture avec les Dynasties d'Orient était consommée. A la mort de son successeur, Idriss II en 828, ses deux fils se partagèrent le royaume. Les dernières principautés Idrissides persistèrent dans la région de Tanger jusqu'en 921.

    L'Omeyyade Abd El-Rahman III occupe et fortifie Tanger en 929 tandis que le reste du Maroc du Nord se déchirait entre les tribus Miknasa et Maghrawa qui s'étaient entretemps alliées aux Fatimides d'Obaïd Allah. En 958, la ville de Tanger est prise par Jawhar pour le compte du calife Fatimide El-Mo'izz. Cet ancien esclave d'El Mançour devint Général d'El Mo'izz. Ce fut lui qui à la tête de 100.000 hommes conquît l'Egypte et y jeta les bases de la ville actuelle du Caire. L'Egypte demeura par la suite Fatimide pendant deux siècles. Le Maroc lui, était disputé entre deux tribus rivales : les Çanhaja et les Zénètes.

    Au début du XIème siécle, l'Espagne était divisée en petites principautés. Les Zénètes qui étaient alliés des Omeyyades les remplacèrent au Maghreb sans créer pour autant un état cohérent (note 9). Le nord du Maroc retomba sous la domination des tribus Ghomara du Rif et du Jbel. Vers 1050, le Maghreb subit l'invasion des tribus nomades arabes Beni Hilal et Beni Solaïm qui ravagèrent tout sur leur passage.
    Yousouf Ibn Tachfine prît le pouvoir au sein de la Dynastie Almoravide (Al Morabitine) vers 1060. Il conquît Tanger en 1077.

    Un des plus grands philosophes arabes du XIIe siècle, Ibn Tofaïl (1110-1185), s'installa à Tanger comme secrétaire d'un fils de 'Abd El Moumin puis, devint le médecin attitré de Abou Ya'qoub. L'ouvrage le plus célèbre d'Ibn Tofaïl est sans conteste Hayy Ibn Yaqdhân (Le Vivant Fils de l'Eveillé) où l'auteur trace les limites de la mystique et de la religion à travers la fable d'un enfant abandoné dans une île déserte. En grandissant, Hayy se pose des questions sur l'origine du monde et parvient au concept de Dieu. Il essuie ensuite, un échec dans une tentative de prédication dans un pays voisin.

    En 1274, Tanger devint Mérinide à la suite de sa prise par Ya'qoub. Trente ans plus tard (24 Février 1304), naquit un des personnage les plus célèbres de la ville : Abou Abdallah Muhammad ibn Abdallah ibn Muhammad Ibnou Ibrahim, dit Ibn Batouta.
    Ce voyageur et auteur tangérois entama un pélerinage à la Mecque en 1325 qui l'a amené à visiter des contrées aussi diverses et éloignées que l'Espagne, l'Afrique occidentale et orientale, l'Egypte, le Yémen, la Syrie, l'Iran, l'Irak, l'Inde, la Chine, les Maldives, Ceylan, Sumatra, et la Russie sans oublier Byzance. A la demande du souverain mérinide Abou Inan, il dicta ses souvenirs au secrétaire du prince, Ibn Juzayy.
    L'ouvrage achevé en Février 1356 s'intitula : "Présent à ceux qui aiment à réfléchir sur les curiosités des villes et les merveilles des voyages". Cependant, il fut plus connu sous le nom de "Rihla". Si son contemporain, Marco Polo (1254-1324), est resté célèbre en Europe, le nom d'Ibn Battouta est lui, resté plus intimement lié à la mémoire maghrébine. Après plusieurs pérégrinations qui lui firent parcourir plus de 120.000 km avec les moyens de transports de l'époque, Ibn Batouta revint se fixer au Maroc où il mourut en 1368.

    Durant ce XIVème siècle, Tanger fut avec Barcelone, Gênes, Venise et Marseille, l'une des cinq villes commerciales majeures de la Méditerranée occidentale. La ville exportait principalement des tapis, des articles en cuir, de la laine, du grain et du sucre. A cette époque, le sucre était une denrée rare et s'échangeait poids pour poids avec le marbre de Carrare ! Les importations consistaient principalement en épices, métaux, vêtements et oiseaux de proie pour la fauconnerie.

    Le début du XVème siècle s'accompagna en Europe d'une effervescence dans tous les domaines : navigation, commerce, invention de l'imprimerie par Gutenberg. Les conséquences de cette renaissance sont multiples. Dans le domaine religieux, la Bible est traduite du latin puis largement distribuée grâce à l'imprimerie.
    Les Portugais sont les premiers à se lancer vers le sud pour accéder directement aux épices. Tanger est convoitée par les portugais dès 1437. Une expédition échoue face à Abou Zakaria de la dynastie des Beni Wattas. L'Infant Don Fernando est laissé en otage contre la restitution de Ceuta.

    En 1458, le roi Alphonse V du Portugal prend Ksar El Séghir. Jusqu'en 1646, trois tentatives de prise de Tanger par les forces d'Alphonse V échouent mais, le 29 Août 1471, la ville tombe aux mains des portugais sans opposer de résistance
    En fait, la ville fût cédée aux portugais par Mohammed Ech-Cheikh dans le cadre d'une trêve conclue après la chute d'Asilah. Sept ans plus tard (le 4 Août 1578), eût lieu la célèbre bataille des trois rois à Oued El Makhazine. El Motawakkil, Abd El Malik et Don Sebastian y trouvèrent la mort.

    Le Portugal passe sous domination espagnole en 1581. Tanger devint ainsi espagnole sous le règne de Philippe II et pour six décennies. En 1644, le Portugal recouvre son indépendance et en 1643, Tanger redevint portugaise après une petite révolution de palais. Des fortifications sur plus de 2 Km y furent construites ainsi qu'une cathédrale, des églises, un hôpital et quelques demeures.
    Pendant ce temps-là, les marocains n'avaient pas renoncé à récupérer la ville. A quatre reprises, en 1651, 1653, 1654 et 1657, le raïs Ghaïlan assiège Tanger et occupe l'arrière-pays.

    Tanger resta sous domination portugaise jusqu'au mariage de l'Infante de Bragance au roi Charles II Stuart d'Angleterre, le 23 Juin 1661. La ville fait partie de la dot de la princesse. Henry Mordaunt, Comte de Peterborough en prend possession vers la mi-Janvier 1662.
    L'arrivée des anglais se fit dans la violence : expulsion des portugais, mise à sac de la ville, destruction d'édifices religieux… Les anglais voulurent faire de Tanger une forteresse et un centre marchand de premier ordre.
    Rappelons que ce sont les anglais qui introduisirent à Tanger, puis au Maroc, l'usage du thé vert qui donna par la suite, la boisson nationale du Maroc à savoir, le thé à la menthe. Ils fortifièrent la ville en renforçant les remparts laissés par les portugais et construisirent un môle de 500 m de long dans la rade, prémisse d'un futur port destiné à attirer les navires marchands de tous les pays.

    Le 4 juin 1668, une charte spéciale pour Tanger, (The Charter of Tangier) fut promulguée pour accorder tous les privilèges à la cité : liberté totale de commerce, religion, immigration ... A l'époque, Tanger comptait environ 3 000 âmes dont la moitié de soldats. Parmi, la population civile, les anglais constituaient la majorité. Les autres habitants se répartissaient entre musulmans, juifs et une centaine d'étrangers.
    L'arrière-pays était lui tenu par Ghaïlan qui contrôlait tout le nord-ouest du pays. En 1664, un important détachement anglais commandé par Andrew Rutherford, Comte de Teviot, fut décimé par les troupes de Ghaïlan.


    L'administration de la ville de Tanger dépendait du Comité spécial des Affaires de Tanger à Londres. Le poste-clé de Trésorier du dit comité revint en 1665 à Samuel Pepys jusqu'en 1680. Malgré les efforts de Charles II, Tanger ne devint pas "la place la plus importante du roi dans le monde". Les querelles intestines, la stagnation de la population, le refus des communes de financer les investissement nécessaires eurent raison de la vision de Charles II. En 1680, les communes coupent les crédits.
    La ville a de plus en plus de mal à résister aux attaques des Moujahidines envoyés par le Sultan Moulay Ismaïl. En Février 1684, la colonie anglaise mine le môle et les principales fortifications et abandonne la ville.
    Moulay Ismaïl prend possession de Tanger et confie sa réorganisation au chef de l'armée, le Pacha Ali Ben Abdallah er Riffi. Celui-ci décide de faire appel aux rifains des régions voisines pour repeupler la cité.
    A partir de ce moment, l'économie de la ville déclina jusqu'au XXème siècle.

    Le Pacha Er Riffi s'attacha, à l'image de ses prédécesseur, à renforcer les remparts de la ville à partir des fortifications précédentes. Les hollandais livrèrent les matériaux nécessaires et ainsi, la ville devint dans la correspondance officielle de l'époque "Tanger la bien gardée".
    Le Sultan Moulay Ismaïl fît construire le palais de Dar El Makhzen et la Grande Mosquée qui se trouve actuellement rue de la Marine dans la vieille ville. En 1631, est créée la Mission Franciscaine sous patronage espagnol.
    A la mort du Pacha Er Riffi, son fils Ahmed Ben Ali, lui succéda en 1713. Il administra la ville et sa région jusqu'en 1743. Durant son "mandat" survint la mort du Sultan Moulay Ismaïl en 1727 et selon une coutume courante de l'époque, le Pacha Ali profita des querelles de succession pour se conduire en prince indépendant.
    Il fît construire le palais de la Qasba. En 1737, il se rebelle ouvertement contre le nouveau Sultan, Moulay Abdallah, en coupant les pistes des caravanes entre Fès et Meknès d'une part, et Tétouan et Larache d'autre part. Tétouan est prise en 1738 par les armées du Pacha Ahmed Ben Ali qui étend ainsi son pouvoir sur tout le Gharb.
    Cinq ans plus tard (1743), il fomente une révolte de grande envergure contre le Sultan. L'affrontement a lieu prés de Ksar El Kébir et voit la victoire des troupes du Sultan et la mort du Pacha, le 26 Juillet. Ses biens seront confisqués et les membre de sa famille persécutés.
    Le pouvoir du Sultan s'affermît durant les années qui suivirent. La ville, pacifiée connut cependant un déclin qui ne s'arrêtât qu'en 1775, année du renouveau économique. En effet, les tétouanais investirent dans les affaires de la ville et en particulier, dans le commerce international. De nouvelles constructions virent le jour telle la Médersa face à la Grande Mosquée en 1777.

    C'est en 1786 que Tanger commença à jouer le rôle de capitale diplomatique du Royaume Chérifien. Le 5 Mars, le Sultan Mohammed Ben Abdallah offre une maison au Consul des Pays-Bas, Welster Blount, dans la ville de Tanger. La même année, le Makhzen décrète la liberté de commerce dans le port, y compris pour les étrangers. En 1795, le consulat de France est transféré de Rabat à Tanger et en 1797, les Etats-Unis y nomment leur premier représentant, James Simpson. Un an plus tard (1798), survint une épidémie de peste qui décima la ville. Un conseil sanitaire européen fut alors créé et reconnu par le gouvernement marocain. Ce fut la première ingérence des puissances européennes dans l'administration de la ville.

    Au début du XIXe siècle, Tanger comptait environ 5000 habitants. La faiblesse de sa population n'empêchait pas la ville de jouer un rôle international en accueillant les représentations consulaires.
    En 1815, Moulay Slimane fît agrandir les deux principales mosquées de la ville et renforça ses fortifications de deux nouveaux bastions. La Qasba fut rénovée et agrandie. Moulay Slimane fît à nouveau agrandir les deux mosquées en 1821.
    En 1818-1819, une nouvelle épidémie de peste enleva 20% de la population. Une autre épidémie eut lieu en 1825.

    Moulay Abderrahman visita Tanger en 1828. A cette occasion, le palais du Sultan à la Qasba fut réaménagé.
    C'est en 1829, que débuta la saga de la "dynastie" Hay à Tanger. E.U. Drummond Hay arriva en Août de cette année-là en tant que Consul de Grande-Bretagne. Son fils John, lui succéda en 1845 jusqu'en Juillet 1886. Les Hay jouèrent un rôle éminent dans la politique marocaine de la Grande-Bretagne.

    En 1832, une ambassade française dirigée par le Comte de Mornay arriva à Tanger pour rallier Meknès. Parmi la suite du Comte, se trouvait le peintre Eugène Delacroix dont les tableaux orientalistes devinrent une référence en Europe. Le Prince de Joinville vint pour la première fois à Tanger en 1835. Il y reviendra en 1844 à la tête d'une flotte pour bombarder la ville. Ce conflit franco-marocain prendra fin le 10 Septembre de la même année par la signature d'un traité de paix dans la baie de Tanger.
    Le général Garibaldi, fuyant une Italie réactionnaire, s'installa à Tanger en 1849 où il écrivit ses mémoires. A partir de 1850, Tanger reçut de plus en plus d'étrangers : britanniques, espagnols, français, portugais, italiens ...

    Le Makhzen, éprouvant le besoin de contrôler la situation à Tanger, y établit en 1851, Dar Niaba dans la rue des Syaghine qui devint alors un rouage essentiel de la diplomatie marocaine. Le Mendoub représentait le Sultan dans la ville et constituait l'interlocuteur principal des consuls des grandes puissances européennes. Un nouvel épisode épidémique eut lieu en 1855. L'année suivante, un important traité anglo-marocain de libre échange commercial fut signé. Les britanniques créèrent un service postal en 1857, imités ensuite par les français et les espagnols. Une liaison télégraphique fut établie avec Gibraltar, Ceuta et Algésiras. Les pèlerins de la Mecque s'embarquaient à Tanger

    A cette époque, le Conseil Sanitaire, émanation du corps consulaire européen, s'immisça davantage dans la gestion de la ville. Il décida par exemple, la construction d'un phare au Cap Spartel afin d'éviter les naufrages des bâtiments européens qui croisaient dans le secteur. En 1864, fut inauguré le phare du Cap Spartel par le Sultan Mohamed IV.

    L'année 1870 vit la naissance à Zinat près de Tanger, d'un personnage qui jouera un rôle important dans la région : Raissouni.

    En Août 1871, fut construite la "vieille" église actuelle du Petit Socco. L'église de l'Immaculée Conception fut construite dans la Médina en 1880. C'est cette même année que fut signée la Convention de Madrid attestant de la montée en puissance du corps diplomatique dans la gestion de la ville.

    Le premier téléphone a être installé au maroc le fut à Tanger 1883 sous le règne de Moulay Hassan 1er. Le Palais du Sultan dans la Qasba fut à nouveau réaménagé en 1889 à l'occasion de la visite de Moulay Hassan. La porte monumentale fut construite et le Palais de Bit El Mal reçut son agencement définitif.

    Le début du XXe siècle est dominé, dans la région de Tanger, par le personnage de Moulay Ahmed Raïssouni. A 23 ans, brigand de grand chemin, il se fait arrêter et déporter pour 4 ou 5 ans à Essaouira. En 1903, une armée est envoyée l'arrêter mais échoue. Le correspondant du Times, Walter Harris, est ensuite enlevé par Raïssouni. L'année suivante (1904), ce sont M. Ion Perdicaris (riche américain) et son gendre qui sont kidnappés avant d'être libérés contre rançon. Après de multiples péripéties, Raïssouni se voit nommer en 1905 gouverneur du Fahç par le Sultan Moulay Hafid. Plus tard, il sera nommé gouverneur du Pays Jbala. C'est cette même année que fut construit le palais d'Asilah.
    L'année 1905 voit le début des manœuvres européennes à Tanger. Le 11 Janvier, le ministre français Taillandier, présente au Sultan un programme de réformes. Guillaume II d'Allemagne, débarque le 31 Mars et traverse la ville pour marquer son irritation envers les autres puissances.

    Le 16 Janvier 1906, eut lieu la Conférence d'Algésiras qui renforça la mainmise du corps diplomatique sur le fonctionnement des affaires tangéroises : conseil sanitaire, commission d'hygiène et de voirie, responsabilité du phare du Cap Spartel.
    Les espagnols s'installent dans le nord du Maroc en 1912. En Mars de la même année, M. Régnault, représentant de la France, quitte Tanger pour signer à Fès le traité de Protectorat. En 1922, les espagnols déclarent Raïssouni hors-la-loi. Celui-ci rejoignit Tazrout dans le Rif où il se fit soigner par un médecin espagnol

    Le 18 Décembre 1923 s'ouvrit l'époque internationale de la ville de Tanger. Ce jour-là, fut signé le traité définissant le "Statut de la Zone Internationale de Tanger", expérience unique dans l'histoire de l'humanité, d'administration d'une ville par plusieurs pays. Cet épisode marquera profondément la ville et ses habitants. Les effets du traité se prolongeront jusqu'au 20 Octobre 1956, date du rattachement définitif de Tanger au Royaume du Maroc.
    Le 25 Juin 1925, le leader rifain Abdelkrim fait arrêter Raïssouni qui mourra prisonnier le 10 Avril de cette même année. Profitant d'une période de troubles, l'Espagne annexe provisoirement la zone internationale de Tanger en 1940.

    Feu Sa Majesté, le Roi Mohammed V choisit la ville de Tanger pour son discours du 9 Avril 1947. A l'indépendance, en 1956, la population de Tanger est de 150.000 habitants dont 42.000 étrangers : 30.000 espagnols, des français, des portugais, des anglais, des italiens, des américains ainsi que des réfugiés d'Europe centrale, d'Asie et d'Amérique latine. Rappelons au passage, qu'il n' y a jamais eu à Tanger de Mellah (quartier juif).
    Tanger a réintegré le Royaume du Maroc, et connait depuis la fin du Statut International un développement continu de sa population.

    Sous le règne de Sa Majesté, le Roi Mohamed VI, Tanger est entrée de plein pied dans le troisième millénaire.

    Sources diverses sur Internet


    ps: je sais que c'est long, très long, avec toutes mes excuses, mais j'ai respecté le texte tel qu'il est.
     
  2. alexander

    alexander Weld Azrou Membre du personnel

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    merci Gazelle tu as fait un bon choix de ville
     
  3. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Merci à toi, Alexander, d'avoir eu la patience de le lire[06c]
     
  4. SuZiTaToh

    SuZiTaToh ❤❤❤❤

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    Merci de nous avoir informé sur l'histoire de tanger :) je tiens à te remercier pour cet énorme travail

    mais j'aimerai bien que tu m'explique une partie que j'ai pas bien saisie:

    Il ne s'agit que d'une simple factorerie tenue par une petite équipe dont la mission consistait à réaliser des échanges commerciaux avec les autochtones.


    Comment ça des autochtones?
     
  5. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Factorerie ou comptoir, si tu veux. La première fois que vinrent les Phéniciens, ils accostaient loin de la côte et envoyaient des émissaires déposer leurs marchandises sur la rive comme première approche et s'en éloignaient pour voir la réaction des "autochtones", c'est-à-dire les natifs qui habitent le pays. Quand la confiance naquit par l'intermédiaire de l'échange, les Phéniciens établissent un "espace" ou factorerie où ils déposèrent leurs marchandises au fur et à mesure qu'ils accostaient.

    Je te remercie aussi de l'avoir apprécié et pour le partage[06c]
     
  6. SuZiTaToh

    SuZiTaToh ❤❤❤❤

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    Bien saisie

    merci pour l'explication gazellita:)
     

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