Préhistoire Maroc - Protohistoire - Les métaux

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 26 Octobre 2008.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    Maroc - Protohistoire - Les métaux

    LA PROTOHISTOIRE – LES METAUX


    L’époque des métaux, qu’on appelle aussi protohistoire a fait l’objet ces derniers temps d’études assez nombreuses, dont nous pouvons tirer parti. Comme partout ses débuts se distinguent mal de la fin du Néolithique.
    On a beaucoup hésité à parler d’un âge du bronze au Maroc et certains s’y refusent encore. ON ne peut nier la présence d’outils de bronze, mais sont-ils importés ou de fabrication locale ? « Marocains » ou « au Maroc » ? Ont-ils été introduits par le commerce ou par des envahisseurs ? Ont-ils été imités sur place ? Questions auxquelles on ne peut encore répondre nettement.
    Les trouvailles d’objets sont encore fort rares : par exemple une pointe de flèche de forme ibérique à Sidi Messaoud, une autre tout à fait semblable à Aïn Dalia près de Tanger dans une tombe mégalithique… Les fouilles ont été trop peu nombreuses pour que de la rareté des armes et des outils de cuivre et de bronze on tire la conclusion qu’en dehors d’objets importés d’Espagne il n’y a rien.

    On a retrouvé en Mauritanie, près d’Akjoujt, une dizaine au moins d’objets de cuivre d’un type différent de ceux-ci. Et surtout on connaît maintenant de nombreuses représentations d’armes de bronze gravées, dans le Haut Atlas de Marrakech, au Yagour et à l’Oukaïmeden, sur des tables de grès : poignards et hallebardes (ou haches d’arme).


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    L’exemple des gravures du Yagour ou de l’Oukaïmeden

    Ces hauts pâturages présentent un intérêt exceptionnel : on y voit la transition du Néolithique à l’âge du bronze. Le nombre des représentations, leur variété, sont tels que leur étude est loin d’être achevée. Ce sont les bovidés, les hommes, les armes qui sont le plus souvent figurés.
    Il semble qu’à la suite de l’assèchement du Sahara, qui s’est accéléré au milieu du troisième millénaire avant notre ère, des pasteurs éleveurs de bœufs venus du Sud se soient réfugiés dans l’Atlas. D’autre part, l’Espagne du Sud a diffusé le métal dans le bassin méditerranéen occidental dès la fin du troisième millénaire. La rencontre a pu se produire dans cette montagne humide qu’est l’Atlas.
    Les sites gravés correspondent aux centres encore actuels de la vis pastorale : points d’eau, vallons et passages naturels. Les plus belles gravures sont contemporaines de l’âge du bronze espagnol d’El Argar (-1700 à -122). Elles peuvent être datées par la présence de la « hache d’arme », hache-poignard à la lame de cuivre, manche de bois et de métal et rivets d’argent. On trouve aussi de nombreux poignards rivetés à lame droite. C’est la preuve d’une relative vulgarisation du métal. Il faut noter cependant à côté de ce bronze méditerranéen des survivances néolithiques – arcs et idoles matriarcales. L’étude des patines et des techniques de gravure qui permettrait des datations plus précises est encore peu avancée.
    L’occupation s’est maintenue puisqu’on trouve des haches-peltes, caractéristiques du bronze atlantique final (vers -1000) et des chars disparus seulement au Vème siècle avant notre ère.
    Les gravures nous renseignent sur les genres de vie. L’élevage l’emporte très nettement sur la chasse. Parmi les représentations animales on trouve environ 4 à 5 fois plus de bovidés que de bêtes sauvages. Mais les vêtements à frange de cuir traduisent des héritages antérieurs. Il y a très peu de représentations de charrue ce qui indique une place limitée de l’agriculture. Cette civilisation pastorale multiplie les représentations masculines.

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    Un grand nombre de gravures reste énigmatique, beaucoup de figures sont symboliques, la plupart avaient une signification religieuse qui nous échappe. Il semble évident par exemple que, malgré les nombreuses représentations de chars, jamais il n’a pu en circuler sur le plateau accidenté et accessible seulement aux piétons et aux mulets. Ces chars ne sont d’ailleurs jamais représentés attelés. Leur signification exacte nous est inconnue, mais elle est à coup sûr symbolique. De même une scène où l’on voit un chasseur attaquer un éléphant avec un boomerang manque du plus élémentaire réalisme : il s’agit d’un mythe ou d’une représentation magique. Enfin, notons la fréquence de signes qu’on retrouve dans le Proche-Orient ou dans le monde méditerranéen : leur étude systématique permettra de préciser des rapports que l’on devine.
    On est bien loin encore de connaître toutes les gravures de l’Atlas et de l’Anti-Atlas. Mais ce qui a été publié représente déjà une base suffisante pour identifier plusieurs courants de civilisation qui se mêlent ou se recouvrent : la montagne marocaine a été un véritable carrefour entre la Méditerranée au sens large, en particulier l’Espagne proche, et le Sahara. Mais il est indispensable de remarquer que, par des itinéraires différents au long desquels des modifications sont survenues, les techniques, les modes de vie et de pensée proviennent d’une commune origine : Le Proche-Orient.
     

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