Psychanalyse Par Ahmed R. Benchemsi

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 25 Avril 2009.

  1. @@@

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    “On nous accuse d’être le “parti du roi”, ce qui nous nuit”, disent des dirigeants du PAM. Sans blague ?!


    Décidément, avec le Makhzen, tout est possible ! Voilà aujourd’hui son “champion politique”, mentor du Parti authenticité et modernité (PAM), ami d’enfance de Mohammed VI et ancien ministre-bis de l’Intérieur… qui dénonce les “pratiques douteuses” de l’Etat ! Il y a une dizaine de jours à Ouarzazate, Fouad Ali El Himma a ainsi déploré, devant quelques centaines de témoins médusés, “une campagne de
    dénigrement de la part du ministère de l’Intérieur”. De quel genre ? Réponse de ses plus fidèles lieutenants : “En transmettant discrètement des “signaux” dans des soirées privées, certains gouverneurs prennent des positions anti-PAM”. Stupéfiant, quand on sait qu’El Himma connaît les gouverneurs un par un, pour en avoir nommé lui-même une grosse partie et avoir tous patronné leurs carrières… Mais quel genre de “positions” ces ingrats ont-ils bien pu prendre ? Réponse des Himma boys : “Beaucoup d’indices très sérieux démontrent qu’“on” a soufflé à plusieurs leaders politiques de se désolidariser du PAM”. Et qui est ce mystérieux “on”, des gouverneurs, encore ? “Pas forcément, plutôt des responsables d’un niveau subalterne, mais suffisamment importants tout de même pour que leurs signaux soient interprétés, même à tort, comme la volonté de l’Etat”. En quoi consistent ces fameux “signaux” ? Qui, précisément, est accusé de quoi, exactement ? Et avec quelles preuves ? Impossible, jusqu’à présent, d’en savoir plus. On en est donc réduit aux supputations qui, depuis une semaine, font florès dans la presse.

    Selon une théorie, El Himma cherche à dissiper d’avance toute suspicion de soutien de l’Etat à son parti, en ouvrant un contre-feu préventif avant les élections communales de juin. Autre théorie : l’ami du roi cherche à préparer l’opinion publique au faible score que son parti risque de réaliser. Message : “Si nous perdons, c’est que l’Etat était contre nous – la preuve, nous le dénoncions bien avant le scrutin”. Mais il y a une autre théorie encore, déployée par ceux qui connaissent de près le marigot du sérail royal : “Peut-être que c’est une réaction de dépit, parce qu’El Himma réalise qu’il a fait une grosse erreur en quittant les premières loges pour s’engager dans une aventure politique hasardeuse – d’autant qu’il constate, avec amertume, que le ministère de l’Intérieur tourne très bien sans lui”. Autre théorie, encore plus impitoyable envers l’ex-numéro 2 du régime : “El Himma ne supporte pas d’avoir perdu ses anciens privilèges, notamment en matière d’accès à de l’information confidentielle sur les partis politiques – c’est peut-être avec ça qu’il espérait gagner…”


    Il est vrai que tout cela relève de la spéculation… Au fond, la seule question sérieuse à poser est : jusqu’à quel point Mohammed VI soutient-il, même en sous-main, le parti de son ami d’enfance ? Seuls les deux concernés connaissent la réponse, et le grand public n’en saura jamais rien. Reste qu’il est extrêmement improbable (impossible, même, pour qui connaît le Maroc), que des gouverneurs – a fortiori des “responsables de niveau subalterne” – prennent le risque d’aller contre une volonté royale, même hypothétique. Peut-être se contentent-ils d’appliquer les consignes officielles, en traitant le PAM comme les autres partis – et que cela suffit à déclencher la fureur de Si Fouad, outré que les agents du Makhzen, dont il est toujours un membre plus qu’éminent, ne se mobilisent pas plus que cela à son service… Franchement, s’en serait-il plaint s’ils l’avaient favorisé ?


    El Himma, en tout cas, ne cesse de démentir que le PAM soit soutenu par le roi… tout en espérant secrètement que personne ne le croira – qui aurait intérêt à le suivre, sinon ? Une dialectique particulièrement tordue, mais le Makhzen est coutumier du genre… Le pompon en la matière, c’est quand un haut cadre du PAM déclare : “Des agents d’autorité prétendent que nous sommes le “parti du roi”, dans l’objectif de nous nuire”. Leur “nuire” ?!! Ça, c’est la meilleure de l’année. Depuis quand le soutien du roi est-il une source de nuisance ?! Un politologue marocain déclarait un jour : “Quand un système est mûr, on l’analyse avec les outils de l’économie politique. Quand il est en mutation, on utilise plutôt la science politique. Mais quand il s’agit du nôtre, il faut parfois recourir à la psychanalyse”. On ne saurait mieux dire.


    http://www.telquel-online.com/370/edito_370.shtml
     

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