Qu'allons-nous faire des pauvres ?

Discussion dans 'Info du bled' créé par freil, 28 Juillet 2005.

  1. freil

    freil Libre Penseur

    J'aime reçus:
    52
    Points:
    48
    S ous le label de «bonne gouvernance» se cachent des conditions de plus en plus sévères imposées aux pays pauvres très endettés pour obtenir un allègement de leur dette. Conditions qui, selon une étude dirigée par l'universitaire canadienne Bonnie Campbell, répondent davantage à une logique libérale qu'à une réelle préoccupation pour le sort des pays concernés. «Qu'allons-nous faire des pauvres ?» est un ouvrage collectif dirigé par Bonnie Campbell, professeur d'économie politique à l'Université du Québec.

    Au-delà de son titre provocateur, il se veut « une modeste contribution au renouvellement des débats » sur les stratégies de réduction de la pauvreté; celles-ci sont exigées des pays pauvres très endettés (PPTE), en échange de l'allègement de leur dette, par les institutions financières multilatérales. Le livre analyse la nature des réformes préconisées dans les 78 pays inclus dans le processus PPTE, les mutations sociales et politiques que celles-ci induisent et les logiques économiques qui les sous-tendent. Il tente aussi d'évaluer le degré réel de participation des sociétés civiles à ces processus.

    Dans les années quatre-vingt, les plans d'ajustement structurels (PAS) s'accompagnent de réformes économiques conditionnant l'accès aux prêts ou à l'allègement de la dette. Quand, en 1992, la Banque mondiale introduit la notion de « gouvernance», elle répond par là aux pressions « réclamant plus d'efficacité dans l'utilisation des fonds des bailleurs », rappelle Bonnie Campbell. Cette approche, dont les enjeux sont abordés sous le seul angle de la bonne gestion administrative, se présente comme apolitique. Mais après la création en 1996 de l'initiative PPTE, un glissement s'opère : dès 1997, on introduit une nouvelle stratégie visant à impliquer les PPTE dans des réformes économiques et institutionnelles durables de réduction de la pauvreté.

    L'initiative, renforcée en 1999, accorde aux pays « qui le méritent » des remises de dette, à la condition que ces réformes aient bien été engagées et qu'elles aient entraîné des progrès substantiels. Or ces réformes sont bien moins neutres que la simple bonne gestion administrative. Pour les institutions de Bretton Woods, précise ainsi Bonnie Campbell, « la réduction durable de la pauvreté n'est réalisable qu'en présence d'une croissance économique rapide et soutenue et cela suppose la mise en place de réformes structurelles sociales et macroéconomiques particulières ». Détaillées dans le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) que chaque pays est invité à adopter, ces mesures impliquent une redéfinition non seulement du rôle et des fonctions de l'Etat mais aussi des processus politiques et des espaces démocratiques. Les préoccupations des institutions multilatérales, d'ordre financier, aboutissent à un rétrécissement des capacités redistributives de la puissance publique.

    Dans un contexte de libéralisation/privatisation des services publics (santé, éducation, accès à l'eau), « ces nouvelles normes redéfinissent dans un sens restrictif les notions d'équité et de justice sociale et risquent de remettre en cause ce qui était auparavant considéré comme des droits sociaux et économiques, souligne-t-elle. La poursuite effrénée de la croissance pendant les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix a ainsi démontré sans l'ombre d'un doute ses effets négatifs sur les pauvres.»


    Parallèlement, « l'ardeur des pressions exercées par les institutions financières internationales sur les gouvernements locaux pour stimuler la participation de la société civile varie grandement, et ce en fonction des intérêts politiques et économiques des différents acteurs. (…) Les institutions financières internationales se faisaient parfois très discrètes lorsqu'elles ne voulaient pas froisser le gouvernement local. (…) Les véritables réformes, celles qui influencent le cours économique du pays, continuent à être le domaine exclusif des gouvernements centraux et des bailleurs de fonds internationaux. » Devant les perspectives croissantes de marginalisation et d'exclusion sociale, le discours actuel sur la pauvreté sera tôt ou tard confronté à la réalité, celle d'acteurs « qui devront se frayer un chemin au prix de crises sociales. (…) Les modèles mis en avant devront alors être définitivement transformés », conclut Bonnie Campbell.

    Antoinette Delafin
    est collaboratrice de M.F.I


    Ps: Paru dans le MATIN.
     
  2. milagro

    milagro Visiteur

    J'aime reçus:
    61
    Points:
    0
    Re : Qu'allons-nous faire des pauvres ?

    en fait force est d'admettre que le probléme de la dette cesse d'être une préoccupation macro-économique globale pour devenir une question politique !
    car ni le plan "BAker" ni le plan "Brady" visant l'ajustement stucrurel n'est parvenu à résoudre le hic !
    la solution peut être trouvée dans le cadre d'une conférence mondiale sur l'endettement qui metterait en présence les différentes parties (institutions internetionales , banques, Etats créanciers , Etats débiteurs) afin d'éviter que la dette exterieure ne devienne un sérieux obstacle à la croissance et au développemlent économique (tel est le cas du Brésil entre 1681 et 1987).
     
  3. milagro

    milagro Visiteur

    J'aime reçus:
    61
    Points:
    0
    Re : Qu'allons-nous faire des pauvres ?

    oups pour le cas du Brésil la dette a plus que doublé en valeur réelle entre 1981 et 1987 .
     
  4. A_mir

    A_mir les causes perdues...

    J'aime reçus:
    103
    Points:
    0

Partager cette page