Quand le Maroc exporte sa rage

Discussion dans 'Scooooop' créé par fax02, 3 Avril 2008.

  1. fax02

    fax02 Stranger in the life Membre du personnel

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    Un chiot enragé introduit clandestinement en France a suscité un véritable branle-bas de combat et des experts ont même été dépêchés au Royaume. Au Maroc, à part des actions ponctuelles de chasse aux chiens errants, rien ne semble entrepris pour venir à bout de cette maladie du moyen-âge.

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    Le troisième chien du Maroc arrivé cette année aura été le bon. Tiki, le chiot atteint dr rage et ramené clandestinement par un touriste a tôt fait de créer un véritable climat de panique en France. Aussitôt que l’affaire a éclaté, une enquête épidémiologique a été ouverte. 109 personnes ont été vaccinées et mardi 14 septembre 2004, cinq personnes et cinq chiens restaient toujours introuvables.

    Irrégularités

    A Rabat, où des experts français sont arrivés lundi 13 septembre, on rappelle que cette lutte s’est intensifiée depuis deux années, sinon plus. Le Programme National de lutte contre la rage concerne pour la seule année 2004 quelque 400.000 chiens, même si le chiffre est jugé, par des experts nationaux, encore insuffisant au vu du travail à accomplir. A la Division de la Santé animale, chaque année on dénombre près de 500 cas, dont près de la moitié sont des chiens, moins du tiers des bovins, et 18% des équins.
    Si le virus rabique persiste, c’est qu’il y a des raisons structurelles. Au Maroc, contrairement à d’autre pays, le principal vecteur et réservoir du virus est le chien, alors qu’en France c’est le renard.
    Le premier plan national de lutte contre la rage (PNLR), mis en place en 1986, était pourtant ambitieux, puisque les autorités souhaitaient tout bonnement l’éradication totale de la maladie. Mais le plan a échoué. Le manque de coordination entre les trois entités chargées de cette éradication, le ministère de l’Intérieur, le ministère de la Santé, et la Direction de l’Elevage, du ministère de l’Agriculture, qui exécute scrupuleusement le programme, est dénoncé par plusieurs participants au projet national. Mais cela n’explique pas tout.
    Aux irrégularités des campagnes de lutte contre la rage et à l’insuffisance de l’éducation sanitaire du public se sont ajoutés des problèmes patents de budget. Combien de fois n’a-t-on pas assisté à des ruptures de stocks de vaccins et de sérums humains ? Pendant toute cette période, le budget à consacrer a été utilisé pour lutter contre la peste équine, jugée prioritaire dans le programme global, qui concerne également la fièvre aphteuse, la tuberculose bovine et la clavelée, une maladie ovine assez étendue.


    Amélioration

    Même si un nouveau Plan a vu le jour en 2002, la coordination reste encore le domaine où des progrès peuvent être accomplis. Le système d’information reste faible. Les cas déclarés ont bel et bien baissé de 31% en 1995 à 12% en 2002, la sous-déclaration reste importante : 22%, le pourcentage de cas de rage animale non officiellement recensé.
    Lorsqu’il s’agit de chiens à propriétaire, le phénomène peut être mieux contenu, et le ministère lancera dès le mois d’octobre une campagne de vaccination gratuite.
    Mais dans le cas des chiens errants, c’est le programme « d’abattage », selon la terminologie en vigueur, qui détermine combien de chiens on décide d’abattre. Pour répertorier toutes les données, des fiches sont transmises aux provinces. Les chiffres de 2002 montrent que 21% des provinces n’envoyaient pas leurs rapports et que 45% envoyaient leurs rapports incomplets. L’année dernière, pour aller de l’avant dans l’amélioration du programme et mieux le coordonner, neuf zones-pilotes ont été définies.
    Si le Maroc a pu vaincre ces dernières années deux grandes maladies épizootiques, la peste équine et la fièvre aphteuse, cela s’est fait au détriment de la rage, et, dans une moindre mesure, de la tuberculose bovine et de la clavelée.
    Dans cette lutte, les difficultés financières expliquent pour beaucoup l’irrégularité et l’interruption des actions de lutte.
    Aux moyens et à la coordination entre les ministères, il faut ajouter la coopération internationale. Mohammed Bouslikhane, épidémiologiste-vétérinaire, pense que « dans le cas des maladies transfrontalières, quels que soient les efforts consentis par la prévention et la lutte, leur réapparition restera toujours envisageable si le pays voisin n’engage pas des efforts conséquents.
    D’où la nécessité de combiner les efforts de surveillance et de lutte dans un cadre régional. » Sans doute, le petit chien arrivé illégalement du Maroc en France, s’il a mis en branle l’appareil de veille sanitaire français, aidera à mieux coordonner le travail entamé, grâce à des moyens accrus et à une plus grande prise de conscience des gouvernements en Europe et au Maghreb de l’interaction naturelle qui existe entre ces pays.


    Les autorités réagissent

    L’affaire du chiot d’Agadir qui fait grand bruit en France a poussé à la tenue dune réunion extraordinaire présidée par le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des pêches maritimes, le Ministre de la Santé et le Directeur Général des collectivités locales, pour s’enquérir de l’état de cette maladie endémique. Toutes les données épidémiologiques montrent qu’aucune recrudescence du virus de la rage n’a été constatée par rapport à la moyenne de ces cinq années autant chez l’homme que chez l’animal. Le Comité interministériel de lutte contre la rage a annoncé que le programme national (PNLR), qui a été restructuré en 2001, se déroule conformément au plan établi par ce même comité.
    Deux mesures immédiates ont été prises à l’issue de ce Comité : intensifier le contrôle et traiter le problème des chiens errants (en clair, l’abattage) et généraliser à l’ensemble du territoire national la vaccination gratuite des chiens à propriétaires. A court terme, le comité va lancer des campagnes d’informations destinées au grand public, aux techniciens et aux professionnels. Il devrait également renforcer le contrôle sanitaire aux frontières, pour éviter que des bêtes malades, à l’entrée ou à la sortie du territoire, ne viennent contaminer d’autres animaux ou des personnes.

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