Quand le social fait de la propagande

Discussion dans 'Info du bled' créé par Info du bled, 14 Septembre 2009.

  1. Info du bled

    Info du bled Writer

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    C’est toujours la même histoire. Des institutions font montre de dysfonctionnements ou de mauvaise gestion. La presse s’empare de l’affaire, montre et démontre les lacunes, bref les journaux agissent conformément à leur vocation en se faisant les témoins de l’instant et rapportent des choses vues et vécues. Cela dérange. Plus rien ne peut se faire derrière le rideau. L’opinion publique est sans cesse appelée à témoin et se fait naturellement mauvaise conscience des gouvernants
    La semaine passée « Libération » ainsi que nos confrères de « Bayane Al Yaoum » publiaient un reportage sur la situation dramatique des pensionnaires de la maison des personnes âgées de Hay Nahda à Rabat, photos à l’appui. Depuis la publication de ces articles, c’est le branle- bas de combat. La Fondation Mohammed V dont relève cette structure a dépêché ses équipes pour questionner … les pensionnaires qui ne peuvent briser le silence et dénoncer par crainte de se retrouver à la rue. Par contre, aucune sanction n’a été prise contre ceux et celles qui se sont rendus coupables de mauvais traitements des résidents. Quant à la mauvaise nutrition de ces personnes âgées–au menu riz, lentilles et balboula- elle n’est plus qu’un détail de l’histoire. En fait, on a agi non pas pour faire la lumière sur les dysfonctionnements de la maison des personnes âgées de Hay Nahda mais pour se convaincre du contraire.
    A la parution des reportages, les dirigeants de l’association à qui étaient confiées les personnes âgées et la gestion du centre ont miraculeusement retrouvé leurs bureaux au sein de la maison des personnes âgées. Les chambres ont été nettoyées –pour effacer toutes les traces d’une hygiène déplorable- la cuisine a repris vie, la harira préparée et les yaourts, jusque-là stockés et consommés par les employés, sont servis aux pensionnaires. On a ouvert le stock qui contient étrangement des denrées à consommer pendant 1 an. Ce qui signifie bien que les personnes âgées n’ont pas eu droit à cette alimentation qui leur était pourtant destinée.
    Mais attention que l’on ne s’y méprenne pas. Cette opération nettoyage préparait en fait l’arrivée de la télévision. Samedi soir, un f’tour-exhibition a été organisé –même Nezha Bidouane a été appelée à la rescousse dans le rôle de la championne alibi- pour signifier à l’opinion publique et surtout à la hiérarchie que tout va bien dans le meilleur des mondes. Les pensionnaires, ceux-là mêmes qui ne mangent pas à leur faim si ce n’étaient les bienfaiteurs du Ramadan, ont récité la leçon. La menace de Aïn Atig ou de la rue n’en finit pas de planer. Les lits ont retrouvé leurs plus belles couvertures et le président de l’association qui pourtant est au fait de la vérité s’est drapé de blanc pour se féliciter d’une bonne gestion (factice et provisoire) qui ne date que de ces dernières 24 heures. L’essentiel est de passer à la télévision et de rassurer ceux qui doivent l’être. Que d’énergie déployée pour mettre la poussière sous le tapis, adopter la méthode Coué et faire fonctionner à plein régime la machine à propagande. Visiblement les institutionnels ont une nette préférence pour les trains qui arrivent à l’heure. Vite, cachons les trains qui déraillent. Ce n’est pas bon pour le moral des dirigeants. Et pour la petite histoire, le dîner servi ce samedi aux résidents, après le départ de Nezha Bidouane et des convives d’un soir, a été fourni par une bienfaitrice…
    Au moment même où tous les discours évoquent bonne gouvernance et « accountability », la maison des personnes âgées de Hay Nahda ainsi que ses responsables n’ont d’yeux que pour ces caméras avides de l’année est belle, « Al aam ezzine ». Les pratiques du passé ont la vie dure. Il ne faut surtout pas susciter l’ire de la hiérarchie et compromettre des carrières, même s’il s’agit de social.
    Souvenez-vous, le très officiel rapport du cinquantenaire accordait la part belle aux principes de la bonne gouvernance et de l’accountability. «L’accountability (terme parfois traduit par la reddition des comptes) renvoie à la capacité des pouvoirs publics à rendre des comptes aux citoyens, et plus généralement, à l’efficacité de la gestion publique et de l’environnement institutionnel », peut-on lire à la page 85 de ce rapport, paru sous le titre de « Le Maroc possible, une offre de débat pour une ambition collective ». De vains mots encore, des principes étrangers à la culture en cours malgré toutes les ambitions d’un rapport qui a fait le choix courageux de dire et redire les maux du Maroc.
    Les caméras de la télévision ont filmé la maison des personnes âgées de Hay Nahda. L’effet cosmétique ne saura résister à l’accountability. Quand on apprendra dans ce pays à rendre des comptes, la télé-propagande ne sera peut-être plus sommée de filmer une vérité travestie.








    Source : libe.ma
     

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