Quand Marrakech séduit les retraités venus du froid

Discussion dans 'Scooooop' créé par alphomale, 19 Février 2006.

  1. alphomale

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    Les Européens du troisième âge sont attirés par le soleil et par les conditions financières
    Combien sont-ils ? Personne ne le sait avec précision. Si certains évoquent le chiffre de 3.000 européens, le consulat de France à Marrakech estime le nombre de retraités français, officiellement inscrits, à 350 personnes. Mais, au delà des chiffres, une évidence s'impose: prendre sa retraite à Marrakech pour un Parisien, un Toulousain ou un Bruxellois ne relève plus d'une aventure personnelle comme cela était le cas il y a encore 10 ans.

    Il suffit pour s'en convaincre de visiter le marché de Guéliz un dimanche matin. Cabas en main, casquette vissée sur les cheveux blancs, ces retraités venus du froid font désormais partie du décor.

    Les atouts de la ville rouge sont connus: un ensoleillement exceptionnel, la pureté d'un climat sec, la proximité des neiges de l'Atlas et des plages de sable fin d'Essaouira, la multiplication des dessertes aériennes qui accompagne la libéralisation du ciel marocain, l'usage du Français pour les démarches administratives et le caractère toujours très abordable du coût de la vie pour les Européens. Au moins en comparaison des tarifs prohibitifs de la Côte d'Azur ou de la Costa Brava.

    Les motivations financières sont également d'ordre fiscal. A l'heure où la France politique réfléchit à l'impact de l'impôt sur la fortune, de nombreux "seniors" sont sensibles à la législation marocaine qui permet de déduire près de 80% des pensions imposables dès lors qu'elles sont domiciliées dans une banque marocaine. A quoi s'ajoute la liberté retrouvée par rapport aux réglementations de l'Union européenne qui ne cessent d'empiéter sur la marge de man½uvre des individus. L'hospitalité et l'ouverture traditionnelles des Marrakchis aux étrangers viennent compléter ce séduisant tableau .

    Signe des temps, les professionnels de l'immobilier se positionnent déjà sur ce créneau du troisième âge, un véritable "filon" selon l'expression d'un agent immobilier arrivé du 12e arrondissement de Paris. Plusieurs projets de résidences-services sont déjà en passe de compléter l'offre de logements à destination des retraités. "La clientèle 'Senior' est en constante augmentation" constate Vincent Benvenuti, directeur de l'agence "Jema el Fna immobilier", "l'amélioration des garanties d'investissements comme le renforcement des normes de construction, ou le respect des délais de livraison accompagne cette tendance".

    Lorsqu'ils avaient présenté "la vision 2010" dont le but est de multiplier par trois le nombre des touristes pour passer le cap de dix millions de visiteurs, les professionnels marocains du tourisme aient décrit le Maroc comme une future " Californie de l'Europe" dont le soleil allait notamment attirer tous ces étrangers qui refusent d'avoir l'âge de leurs artères.

    A 69 ans, Paul Messerli est l'un de ces pionniers. Installé en location au rez-de-jardin d'une villa du quartier résidentiel de Targa, l'½il bleu perçant derrière ses fines lunettes, il nous raconte son expérience marocaine. De nationalité suisse, père de trois enfants aujourd'hui mariés, cet ancien ingénieur civil compte finir ses jours à Marrakech où il s'est installé voilà trois ans. "Il y a déjà longtemps que j'avais décidé de prendre ma retraite au Maroc, explique-t-il. Je n'ai pas hésité car si j'étais resté en Suisse, j'aurai été financièrement obligé de continuer de travailler jusqu'à 70 ans. Et puis en Suisse, comme en France, les gens deviennent aigris". Marié à une Marocaine, Paul connaissait déjà bien le royaume où il avait effectué plusieurs voyages professionnels.


    Avant de s'installer à Marrakech, il était déjà propriétaire d'une villa à Dar Bouazza, revendue voilà plus de dix ans. "En fait, je n'aimais pas trop le climat: un hiver très humide et l'été bourré de moustiques. Ici, je me plais beaucoup. Nous avons un climat sec et Marrakech est une vraie ville, pas comme Essaouira où, à part les poissons, il n'y a rien". Paul souligne également "la qualité" des médecins et des cliniques." Du moins, quand on a de l'argent". Alors pourquoi rester locataire et ne pas investir ? "C'est devenu trop cher, les prix ont flambé de façon affolante" regrette Paul. Il n'est pas rare de voir certains immeubles du centre-ville ou de l'Hivernage proposés à la vente au tarif de 15.000 dirhams le mètre carré, soit le double de ce qu'il valait il y a seulement un an.

    Dans le même temps, l'hectare à 10 kilomètres du centre-ville a gaillardement franchi la barre du million de dirhams. Les difficultés récemment apparues obtenir la délivrance des vocations non-agricoles (VNA), un document indispensable pour construire sur ces terrains, n'a guère freiné la frénésie spéculative. Même constat pour la location. Ainsi, une maison du quartier El Ghou est passée de 6.000 dirhams par mois à 15.000 dirhams mensuels après l'expulsion du précédent locataire français. Le propriétaire a vancé come alibi qu'il lui fallait loger sa famille …

    Armand Sintes, 60 ans, et sa femme Sylviane eux aussi ont choisi le soleil et le dépaysement de Marrakech. Ancien ouvrier d'Etat en France et spécialisé dans l'électricité, Armand avait construit de ses propres mains une maison à Lacanau de Mios, près de Bordeaux.

    Une région qui a été aussi saisie par la folie de la spéculation. Le couple, attiré par la perspective d'une nouvelle existence , n'a pas hésité à mettre en vente le travail de toute une vie pour venir s'installer dans la Médina. "Marrakech nous a tout de suite plu, nous avons aimé l'authenticité de la ville par rapport à Casablanca ou Rabat" explique le jeune retraité attablé à la terrasse d'un café de la place Jema el Fna. Après quelques séjours en vacances, "C'est ma femme qui a décidé de venir ici", raconte Armand, un pied noir né à Alger, et pour qui cette installation au Maroc est à la fois " un deuxième exil et un retour aux sources".

    La maison française, vendue en juillet 2005, a permis d'acheter un riad. "Tout le monde nous connaît dans le quartier et les relations de voisinage sont impeccables" se félicite l'ex-Girondin. Mais tout n'est pas rose dans ce tableau d'une nouvelle vie.

    Comme pour Paul Messerli, Armand et son épouse ont connu quelques déconvenues. Le déménagement a été chaotique: le premier a "perdu" un tiers de sa cave à vins dans le port de Casablanca, le second a dû renoncer à cinq mètres cube d'effets personnels "volatilisés" entre Bordeaux et Marrakech.

    Même déception pour la nature des relations avec les artisans qui se sont succédés pour rénover le riad des époux Sintes. Conclusion d'Armand "Il a fallu refaire les travaux deux fois et quand il n'y a plus d'argent, il n'y a plus d'amis. Ce genre d'expérience est une école de patience".
    www.menara.ma
     

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