QUESTIONS SUR L'ECONOMIE

Discussion dans 'Economie' créé par kochlok03, 7 Février 2006.

  1. Med Omar

    Med Omar MoUl DéTaILS-GaRoU PiPaS Membre du personnel

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    L’évolution mensuelle de l’indice MASI de l’année1996 a 2006


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    b. La capitalisation boursière :


    La capitalisation boursière d'une société par actions est la somme d'argent qu'elle vaut en bourse. Pour la calculer, on multiplie le nombre d'actions qui forment son capital social par leur cours en bourse.
    La capitalisation boursière varie donc parallèlement au cours des actions de l'entreprise, et éventuellement aux évolutions du nombre d'actions émises par elle (cas d'augmentation de capital, de fusions ou OPR, etc.)
    La valeur des actions effectivement échangées et échangeables en bourse représente le flottant.
    L’évolution de capitalisation boursière entre 1996 et 2006

    [​IMG]

    On constate que la capitalisation boursière a connu la même tendance que celle du l’indice MASI. Mais elle s’est établit à 417,09 milliards de Dirhams en 31 décembre 2006 contre 252,3 milliards de Dirhams à fin 2005, soit une hausse de 65%.

    L’évolution de la capitalisation boursière durant l’année 2006

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    c. Le volume de transaction :

    Le volume de transaction représente l’ensemble des opérations de vente ou d'achat durant une cession.
    L’évolution du volume de transaction entre 1996 et 2006

    [​IMG]

    Par contre pour le volume de transaction a connu une tendance un peu différente de celles qu’ont connu les 2 autres indicateurs (L’indice MASI, et La capitalisation boursière) :
    -Entre 1996 et 1999 le volume de transaction a connu une tendance haussière pour atteindre en fin de 1999 94,3 milliards de dirhams contre 20,4 en fin de 1996.
    -De fin 1999 jusqu’à fin de 2002 le volume de transaction a connu une tendance baissière qui peut expliquer par une période de crise pour atteindre 22,5 milliards en fin 2002.
    -De début 2003 jusqu’à fin de décembre 2006 le volume de transaction à commencer avoir de meilleures performances pour atteindre en fin 2006 a peu près de 166.4 milliards de dirhams soit 10,47% par rapport à l’année précédente.
    Le volume de transaction durant l’année 2006


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  2. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    intéressant behappyin ta pris l'exemple marocain ;)

    mais je continu ma lancer cher ami je laisserai cette partie a après ;)


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    Fray Marcel wrote: J'aimerais soulever un problème qui me chiffonne depuis quelques temps. Or l'occasion se présente de prendre mon arbalète et de tirer à bout portant.Tout le monde sait que la croissance est un facteur de développement, (...)
    Cette semaine je relève des propos très intéressants et édifiants. Parlant des deux catastrophes récentes, celle de la marée noire et celle de la tempête, ce sont 25 milliards qui vont être réinjectés dans l'économie, et le bâtiment devra travailler à plein régime ...et d'annoncer une reprise significative des activités, la formation de nouveaux spécialistes dans la filière bois, et ainsi de suite.
    Il est tout de même bizarre que l'augmentation de la richesse passe d'abord par sa destruction. S'il en est ainsi, désormais, il suffira
    de casser du matériel pour relancer cette foutu croissance sensée créer des emplois. A moins que...

    A- Il faut distinguer stock (valeur des richesses existantes) et flux (richesses créées)

    Si vous perdez une partie de votre patrimoine, vous allez devoir travailler très dur pour le reconstituer : donc connaître une croissance de votre revenu. Mais votre patrimoine, lui, a baissé. Donc votre richesse a diminué. Quant à ce genre de paradoxe, on peut en trouver d'autres : Bastiat avait ironiquement constaté que pour doubler les offres d'emploi dans le pays, il suffisait de couper une main à chaque travailleur... Or si les tempêtes detruisent une partie du stock (batiments, lignes electriques), la croissance ne mesure que le flux de richesses crees (nouveaux batiments, nouvelles lignes).

    B- De facon plus generale, le produit interieur brut (PIB) est un indicateur imparfait

    Le chiffre de la croissance mesure, en pourcentage, la progression du produit interieur brut (PIB). Or le PIB est comme la plus belle fille du monde, il ne peut donner que ce qu'il a. C'est un indicateur imparfait et tous les économistes le savent. Il est vrai qu'il est donné souvent comme fin en soi alors qu'il ne prend pas en compte tous les éléments: les embouteillages, les épidémies, la pollution, augmetnent le PIB.
    C'est donc un indicateur debien-etre collectif limite a l'aspect materiel des choses. Il est parfois pris pour un indicateur de "bonheur collectif", mais ce raccourci trouve ses limites (cf infra). Comme le soulignait Kennedy dans l'un de ses discours, il mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut d'etre vecue (l'amour, la beauté, le plaisir).
    Neanmoins, sur le long terme, il faut voir aussi que ce matérialisme a été un facteur de progrès et d'amélioration de la vie des hommes. Sauf à considérer que nous vivions plus heureux autrefois, ce dont on peut qund même douter. Cela ne devrait pas empêcher de chercher à l'améliorer pour qu'il se rapproche plus d'un véritable indicateur du "bonheur national brut". Certains indicateurs autres existent aussi (genre l'indice du développement humain) mais ils sont tout aussi sujets à caution.

    C- Ce que ne compte pas le PIB

    Schematiquement, le PIB mesure la somme des les flux financiers declares, ce qui ignore :
    - les destruction de patrimoine (cyclone);
    - les flux non declares (trafic de drogue, prostitution, mafia) ;
    - les productions sans flux (entre-aide entre voisin, bricolage, jardinage) ;
    - les externalites negative (pollution, bruit, embouteillages ...) ;
    - les productions faisant l'objet de flux non représentatifs de leur
    valeur collective (l'Etat decide de payer un fonctionnaire a ne rien faire :
    sa production est valorisee dans le PIB pour le montant de son salaire) ;
    - les escroqueries (vous achetez 1.500 F un appareil
    d'electromusculation au teleachat que vous mettez presque
    immediatement au placard. Il est compte pour sa valeur dans le PIB
    alors qu'il ne vous a pas apporte un service a hauteur de sa valeur)

    Un de ces points merite d'etre precise : la production domestique (ie, ce que vous faites pour vous meme). Par definition, vous ne vous facturez pas ces prestations, ce qui les rend tres difficile a mesurer. Ce choix est relativement arbitraire, puisqu'il conduit par exemple a faire baisser le PIB si vous epousez votre femme de menage (si elle continue a faire votre menage). Or, selon l'INSEE, la valeur au prix de marche de cette production pourrait atteindre 40% du PIB.

    D- Quelques exemples precis


    Pour donner des exemples precis prouvant que le "thermometre" PIB ne mesure pas tout :

    - un oiseau meurt mazouté et une entreprise l'enterre pour 1000 £ : pour le comptable national, la production nationale augmente de 1.000 £.
    On ne comptabilise pas la perte de patrimoine "naturel national" ;
    - vous vous entendez mal avec votre voisin, vous payez une entreprise 5.000 £ pour repeindre votre mur en vert plutot qu'en gris (il deteste le vert, et n'a rien contre le gris). Votre voisin vous rend la pareille (vous ne supportez pas le rouge). Le comptable national enregistre avec plaisir une augmentation de 10.000 £ de la richesse nationale, sans tenir compte du desagremment (finalement, tout le monde aurait peut-etre préfère que tout soit repeint en gris, ou pas repeint du tout).
    - vous divorcez d'avec votre femme (femme de ménage). Elle continue a passer ses journées a faire le menage, mais elle est desormais payée. Vous payez 15.000 £ d'avocat. Le PIB augmente d'autant. Le bonheur collectif n'augmente visiblement pas d'autant !
    La mesure est donc loin d'etre parfaite. Mais - en statistique comme ailleurs - la perfection n'est pas a notre portée...
     
  3. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    Une façon d'expliquer pourquoi le progrès technique (qui permet de produire plus avec moins de travail) ne conduit pas à une diminution de l'emploi dans le reste de l'économie est la métaphore du pain et du fromage. Pour résumer, si la productivité augmente dans un secteur de l'économie mais pas dans les autres, cela aura pour effet de déplacer la main d'oeuvre de secteur à secteur, mais sans réduire l'emploi total (sauf à supposer que les consommateurs n'ont plus de besoins à satisfaire, ce qui n'est pas près de survenir). Cette façon de présenter les choses est cependant incomplète, car elle néglige un facteur important, identifié par l'économiste William Baumol durant les années 60, qu'on appelle le "cost disease" (la maladie des coûts).
    Depuis deux siècles, les pays développés ont connu une hausse spectaculaire de la productivité du travail; mais cette hausse n'a pas été également répartie selon les secteurs d'activité. Par exemple, comme le constate Baumol, il faut aujourd'hui toujours 5 personnes pour jouer un quintette à cordes, et toujours le même temps. Il faut toujours autant d'acteurs pour jouer une pièce de théâtre classique, et les représentations durent aussi longtemps qu'au moment ou les pièces ont été écrites. De la même façon, il faut autant de temps pour faire une coupe de cheveux aujourd'hui qu'au début du siècle (même si, comme me l'a rappelé un jour ma grand-mère, ce n'est plus tout à fait la même coupe de cheveux : faire une permanente avec un fer à friser électrique est quand même nettement plus aisé). Dans le même temps, la productivité de certains secteurs a grimpé en flèche. Dans les usines automobiles les plus performantes, on assemble une automobile en une dizaine d'heures; Dans les différents sites de Renault, en moyenne, le temps d'assemblage d'un véhicule a été divisé par deux entre 1995 et 2003. Et ce n'est pas un record : dans la production d'ordinateurs, la productivité augmente en moyenne de 60% par an. L'agriculture occupait 80% de la population française il y a deux siècles : elle occupe moins d'un million de personnes aujourd'hui, pour une production totale largement supérieure. Le progrès technologique accroît la productivité dans certains secteurs : dans d'autres secteurs, celle-ci augmente beaucoup moins vite ou reste constante.
    Ce déséquilibre de productivité va générer un autre déséquilibre sur le marché du travail : dans les secteurs ou la productivité est en hausse, les salaires vont monter. Pour continuer d'attirer du personnel, notamment du personnel compétent, les salaires des secteurs d'activité dont la productivité n'augmente pas vont eux aussi devoir augmenter. C'est ce mécanisme qui fait que le progrès technologique bénéficie au bout du compte à tous les secteurs d'activité. Le problème, c'est que cette hausse des coûts salariaux devra, faute de gains de productivité, être intégralement répercutée sur les consommateurs. Cela pose donc un problème de perception pour celui-ci. Il y aura des secteurs d'activité dans lesquels, étant donnée la hausse de la productivité, il paie de moins en moins pour obtenir de plus en plus. Mais il y aura d'autres secteurs qui ne bénéficient pas de ces hausses de productivité dans lesquels il doit payer toujours plus pour un service restant parfaitement identique.
    Quels sont en général les secteurs dans lesquels il faudra toujours payer plus pour un service identique? Ce sont plutôt les secteurs des services, très intensifs en main d'oeuvre. Le progrès technique touchera moins ces secteurs que ceux qui utilisent beaucoup de capital. On a cité la coiffure ou les spectacles; mais on pourrait y ajouter l'enseignement : il faut toujours autant de temps pour enseigner à une classe d'élèves qu'à l'époque de Jules Ferry. Le seul moyen de réduire les coûts par élève d'un système éducatif est en pratique de réduire la qualité du service (par exemple en augmentant le nombre d'élèves par classe). Le problème est le même en matière médicale. On peut espérer limiter la hausse du coût des médicaments ou des traitements par le progrès technique : mais une consultation chez le médecin prend toujours le même temps; pour accroître la productivité d'un médecin, il faut qu'il consacre moins de temps à chaque patient ou qu'il en traite plusieurs en même temps. Et l'essentiel des soins hospitaliers (personnel médical, hébergement) ne peuvent être réduits qu'en réduisant la qualité du service.
    C'est cela, la maladie des coûts : sans que l'on puisse en imputer la responsabilité à qui que ce soit, certains services intensifs en main d'oeuvre vont toujours coûter plus cher pour un service identique, sous l'effet du progrès technique dans les autres secteurs d'activité.
    Est-ce vraiment un problème ? Pas nécessairement. Il suffit que la croissance de la productivité dans les secteurs dans lesquels elle est forte le reste, et soit suffisamment rapide pour absorber la hausse des coûts des secteurs stagnants, et les gains réalisés d'un côté par les consommateurs compenseront les hausses de coût de l'autre côté. Ce qui est le cas actuellement. ce phénomène, cependant, génère deux difficultés principales :
    - le sentiment ressenti par les consommateurs que leur pouvoir d'achat diminue s'ils attachent beaucoup d'importance aux secteurs dont la productivité stagne.
    - le second problème, c'est que la majorité des services de l'Etat est constituée d'activités très intensives en main d'oeuvre et dans lesquelles les gains de productivité sont faibles par nature. On a déjà cité l'exemple de l'enseignement et du système de santé : mais le problème se pose de la même façon pour les services de police, de justice, l'enseignement supérieur, et une bonne part des activités des armées. Dans tous ces secteurs, sans qu'il soit possible d'y faire quoi que ce soit, il est soit nécessaire d'augmenter les prix (sous forme de hausse des prélèvements obligatoires) soit nécessaire de diminuer la qualité des services fournis pour suivre la hausse de la productivité du reste de l'économie. Pour toute une série de produits, les consommateurs constatent que la qualité augmente et que le prix diminue; pour l'essentiel des services publics, ils constatent que les coûts ne cessent d'augmenter pour des performances identiques ou amoindries. Pas étonnant, dans ces conditions, que les critiques du fonctionnement du secteur public soient importantes, tandis que ceux qui y travaillent ont le sentiment (justifié) qu'il n'est pas tellement possible d'en améliorer le rendement.
     
  4. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    Introduction

    La notion de croissance économique n’est pas forcément simple à définir. Deux définitions traditionnelles permettent de l’appréhender en première approche. La première consiste à dire qu’il s’agit d’une hausse durable de la production de biens et services (donc de la richesse) dans une économie donnée. Les statistiques habituelles ont pris l’habitude de la matérialiser par le taux de variation du Produit Intérieur Brut ou du Produit National Brut.
    Une variante de cette mesure prend en compte non plus la production, mais la production par habitant. Elle a comme avantage d’intégrer l’évolution de la population dans son calcul et d’éviter de porter des jugements absurdes sur l’évolution du niveau de vie moyen dans un pays. Un exemple tout bête le montre : supposons que dans Benêland, le nombre d’habitants était de 1 million en 1960 et le PIB de 100 milliards de benos (la monnaie locale). Si en 2002, le PIB est de 300 milliards de benos (à prix constants de 1960), selon la première définition le taux de croissance entre 1960 et 2002 a été de 200%, soit un taux annuel moyen de 2,78% par an. Mais, si dans le même temps, la population est passée de 1 million à 3 millions d’habitants, on comprend rapidement que le revenu par habitant est passé de 100 milliards de benos sur 1 million d’âmes, soit 100 000 benos par habitant à 300 milliards sur 3 millions, c’est-à-dire la même chose... Cette définition peut être modulée, en ne prenant en compte dans la population que la population active, éventuellement que la population active employée. Dans tous les cas, ce que l’on obtient est un indicateur de l’évolution de la productivité du travail.

    Néanmoins, même si on peut préférer cette version (qui est d’ailleurs la plus souvent retenue dans la présentation des modèles de croissance), elle n’est pas exempte de critiques. En faire une liste exhaustive serait trop long. On peut néanmoins retenir quelques grandes lignes :
    - le PIB ne mesure pas correctement les évolutions de niveaux de vie réels lorsque la qualité des produits changent et que les prix baissent. De sorte, par exemple, qu’on peut penser que nos habitants de Benêland ont en réalité un niveau de vie supérieur à celui de 1960 grâce à la diversité et la qualité accrues des biens et services qu’ils consomment 40 ans plus tard. En particulier, la mesure de la production de certains services peut poser des difficultés importantes.
    - le PIB est une mauvaise mesure de la richesse. En particulier, il ne capture que les aspects matériels de la vie. Exprimée de cette façon, la critique n’a pas d’autre sens que ce qu’elle avance et n’est pas en rapport avec ce qui nous intéresse, à savoir une mesure quantitative de la richesse. En revanche, dès que l’on s’intéresse à ce qui fait qu’un taux de croissance est élevé ou non, alors on peut retenir cette perspective.
    Traditionnellement, c’est par la notion de développement que l’on complète celle de croissance économique. Le développement, selon la définition qualitative qui en est donnée par François Perroux. Selon lui, au-delà de la croissance quantitative que mesurent les indices de production et de revenu, le développement concerne à la fois la transformation des structures sociales, le changement des mentalités et les aptitudes neuves qu'une population acquiert pour l'amélioration de ses conditions de vie.
    Il y aurait donc une théorie de la croissance, qui capturerait les aspects quantitatifs et une théorie du développement qui l’engloberait et analyserait plus finement les rouages de l’évolution des sociétés. C’est bien cette dichotomie qui régnait clairement dans la théorie économique jusqu’à une période récente. Depuis peu, on peut considérer que sous l’impulsion de la nouvelle théorie de la croissance, dite théorie de la croissance endogène, cette division n’a plus la pertinence passée. Pour résumer, on peut dire que l’intérêt porté aux questions de capital humain, d’institutions et de trajectoires historiques a jeté un pont entre les deux approches.
    De fait, même si les modèles de croissance restent basés sur la progression du revenu, les analyses empiriques font appel à des données qui conviennent aussi à l’étude du développement (le petit livre de Robert Barro « Les facteurs de la croissance économique » en donne, parmi bien d’autres, un aperçu). C’est cette approche qui est retenue ici. La hausse de la production est due à la hausse de la quantité des facteurs de production utilisés (capital et travail) et aux progrès réalisés dans l’utilisation de ces facteurs (progrès technique ou productivité globale des facteurs). On n’expliquera que très peu ici comment ces facteurs créent de la croissance et, surtout, comment ils interagissent entre eux. C’est l’objet des modèles de croissance eux-mêmes. On se limitera à quelques précisions élémentaires.

    Le capital physique

    Il est question des équipements matériels qui entrent dans la production. La notion de capital agrégé, le capital total d’un économie a soulevé des discussions entre néoclassiques et postkeynésiens dans ce qu’on a appelé la « querelle des deux Cambridge » (le Cambridge du Massachusetts où se trouve le MIT – et Harvard - et Cambridge en Grande Bretagne). Robinson et Kaldor niaient la possibilité d’agréger des biens de capital hétéroclites alors que Samuelson et Solow défendaient l’opinion opposée. En apparence, les seconds ont imposé leurs vues. Mais à bien y réfléchir, les modèles de croissance endogène avec différenciation des biens de capital illustrent plutôt le point de vue des premiers.
    Une distinction peut être faite entre capital privé et capital public. Le second concerne les dépenses d’infrastructure financées par des dépenses publiques, sur la base de la collecte d’un impôt (qu’il soit contemporain des dépenses ou reporté sous forme de dette publique). Dans la littérature sur la croissance, ce capital particulier présente un intérêt lorsqu’il concerne le financement de biens publics qui, bien qu’utiles dans la production, ne sont pas fournis par le marché pour les raisons habituellement évoquées à ce sujet.
    Pour finir, il est important de relever que la hausse du capital disponible contribue directement à la croissance par l’accroissement des capacités de production et, indirectement, par sa contribution à l’incorporation du progrès technologique dans le processus de production. C’est même cet aspect qui retient l’attention de la théorie de la croissance endogène. C’est un premier exemple du rôle des externalités dans la croissance.

    Le travail et le capital humain

    Au sens premier, il s’agit des travailleurs occupés à la production. Mais les travailleurs ne sont pas tous dotés des mêmes compétences. Pour tenir compte de ce fait, on peut distinguer divers types de travail. Il est ainsi possible de considérer d’un côté les travailleurs qualifiés et d’un autre les travailleurs non qualifiés.
    De manière plus générale, il est possible de considérer que chaque unité de travail est caractérisée par un volume de capital humain, qu’on peut alors traiter comme un facteur à part. Le capital humain rend compte de l’aptitude d’un travailleur à s’insérer dans un processus de production. En quelque sorte, il mesure la qualité du facteur travail. Son niveau dépend de plusieurs éléments :
    - l’état de santé général,
    - le niveau d’éducation qu’il s’agisse de formation initiale ou continue,
    - l’apprentissage par la pratique (learning by doing), qui traduit le processus d’apprentissage qui naît de la pratique régulière d’une activité. On notera au passage que les chômeurs ne bénéficient pas de cette opportunité.
    De même que le capital physique, le capital humain offre une double contribution à la croissance : directement par l’adjonction de bras ; indirectement par la diffusion des idées. C’est un autre aspect du rôle des effets externes dans la croissance.

    Le progrès technique

    Il est d’usage de ne distinguer que les trois facteurs évoqués au dessus (capital, travail, progrès technique). Le caractère résiduel du progrès technique (au sens où c’est ce que l’on mesure quand travail et capital ont été évalués) en fait un fourre-tout peu homogène. Dans la mesure où on le définit comme tout ce qui rend la combinaison capital-travail plus performante, tous les progrès dans la façon d’agencer les activités humaines, alors il recouvre un ensemble d’éléments particulièrement vaste. On distinguera deux grandes catégories de progrès technique : les institutions et l’innovation technologique. Distinction conceptuellement discutable, elle est utilisée ici par commodité. Ces deux ensembles entretiennent le plus souvent des rapports étroits, se recoupent largement et, surtout, ils ont pour point commun fondamental de faire partie de ce que l’on peut appeler (improprement au regard de la version platonicienne du concept) le monde des idées. On notera aussi que le capital public est à l’interface de la notion de capital et de progrès technique : puisqu’il est mis en place pour favoriser la productivité des facteurs privés, alors il est un élément de progrès technique. Tout ceci n’est décidément pas simple...

    - L’innovation scientifique et technologique

    C’est la vision basique du progrès technique. Elle concerne les nouveaux produits et les nouveaux procédés (de production, de gestion). La recherche en est le symbole. Son output sont les nouvelles idées, la connaissance. Elles permettent d’une part d’améliorer la productivité des autres facteurs (et ainsi la croissance) ; d’autre part de concevoir des nouveaux produits répondant à des besoins, donc de créer des marchés et ainsi contribuer à la hausse de la production.
    On soulignera trois caractéristiques de la connaissance :
    - elle se matérialise souvent dans l’investissement, qui permet sa diffusion.
    - elle entretient des liens étroits avec le capital humain sans lequel elle ne peut s’accumuler alors qu’en retour elle contribue à l’enrichir (elle est un bien cumulatif).
    - elle est un bien hybride. Ni totalement bien public (car elle peut être appropriée de différentes façons), ni totalement bien privé (elle est non rivale, puisque le fait d’utiliser une formule mathématique en même temps ne réduit pas la productivité ou l’utilité des autres utilisateurs). Ce caractère hybride est la clé d’un dilemme : il faudrait la diffuser au maximum, mais ne pas pouvoir s’en approprier les gains peut décourager sa création.
    Encore, évidemment, une manifestation du rôle des externalités dans la croissance.

    - Les institutions

    Vaste catégorie à l’intérieur de laquelle se côtoient système politique (plus ou moins démocratique par exemple), institutions financières, système de droits de propriété, l’organisation de la recherche scientifique etc. Elles relèvent principalement de la connaissance. Ce qui compte en premier lieu dans la démocratie par exemple, ce n’est pas la production des urnes, des isoloirs ou des bâtiments parlementaires, c’est bien l’idée de démocratie, en tant que règles socio-historiques à l’intérieur desquels les individus prennent leurs décisions (définition économique des institutions). Voyons brièvement sur quelques exemples en quoi les institutions contribuent à la croissance :
    - le système financier : dans la mesure où il est capable de fournir de l’information sur les investissements rentables, il dirige le capital (physique ou humain) vers les utilisations les plus productives, il mobilise l’épargne disponible de façon plus efficace. Dans la mesure où il est apte à orienter le capital vers les projets les plus rentables, quelle que soit la richesse initiale de ceux qui les portent, il est vecteur de croissance.
    Une question usuelle à ce sujet est de savoir si un système de financement intermédié (banque) est plus souhaitable qu’un système de finance directe (marchés).
    - le système des droits de propriété : s’il est conçu de sorte que les producteurs peuvent s’accaparer les fruits de leur production, alors l’incitation à produire est élevée, et la croissance aussi. Mais dans le cas des connaissances, cet aspect entre en conflit, comme on l’a vu au dessus, avec le fait que diffuser l’information est bénéfique, puisque les idées des uns peuvent être exploitées par d’autres sans limites. C’est donc aux institutions de déterminer quel niveau de protection sera optimal. On peut citer les règles de protection des inventions, au travers de la législation sur les brevets.
    - le système politique : la question généralement posée à ce sujet est de savoir si la démocratie et la stabilité politique est plus favorable à la croissance que les régimes autoritaires. Une question connexe concerne la corruption et ses effets sur la création de richesses. Le sens de la relation croissance-système politique est ambigu. Si l’on considère souvent que la démocratie (où libertés politiques et économiques sont plus garanties) est plus propice à la croissance, l’étude doit être néanmoins affinée. On a ainsi parfois quelques surprises : dans un pays où règne l’instabilité politique et une administration envahissante, une corruption solidement organisée peut avoir un effet positif sur l’activité économique en recréant une zone de risque purement économique dans un contexte d’incertitude sur les rendements de l’investissement. Autre exemple : un système démocratique, dans la mesure où il est soumis à des pressions électorales peut conduire à des redistributions nuisibles en terme de croissance.
    On peut également inclure dans le système politique l’attitude d’ouverture au échanges internationaux. En théorie de la croissance, le premier effet positif relevé à ce sujet est la diffusion des idées que génère la mobilité des biens et services et des personnes. Le deuxième, dans une logique plus masochiste, fait appel aux vertus de la concurrence sur le marché international, qui montrerait aux pays extravertis ce que c’est d’être un vrai producteur efficace soumis à une rude concurrence sans pitié. On peut ironiser sur cet aspect, dans la mesure où il est parfois présenté dans une logique de guerre économique, concept largement étranger aux théories de la croissance. Il reste que l’interpréter dans une optique de connaissance, où la diffusion des procédés de production et d’organisation les plus efficaces engendre des gains de productivité par l’ouverture (et généralisé à l’économie) n’est pas absurde.
    - l’organisation de la recherche scientifique : faut-il dédier la recherche appliquée au secteur privé et laisser le secteur public maître de la recherche fondamentale ? Comment doit-on rémunérer les chercheurs, en fonction de leur appartenance à un secteur ou à un autre ? Ces questions relèvent d’une logique institutionnelle et sont considérées comme un enjeu majeur des conditions de la croissance fondée sur les savoirs.
    - les autres facteurs : l'idée que certaines institutions sont plus favorables à la croissance que d'autres conduit à s'interroger sur la façon dont ces institutions apparaissent et se diffusent dans diverses sociétés. Ainsi Max Weber a montré que l'apparition du capitalisme dans les pays protestants pouvait s'expliquer par le fait que la culture et la religion protestante avaient été propices à l'apparition d'un "éthos" favorable au développement de ces institutions. Ce qui ne signifie pas bien entendu que certaines religions ou cultures sont "plus douées" que d'autres pour croître. L'expérience a montré au contraire que de nombreux pays avaient adopté les institutions propices à la croissance en les adaptant à leur culture propre. Cette adaptation peut cependant se faire plus ou moins facilement et on peut se demander dans quelle mesure certaines cultures sont des obstacles à la croissance. La croissance récente de nombreux pays en développement de cultures très différentes conduit à douter de cette idée.
    Ajoutons que des facteurs objectifs, comme la géographie ou la biologie, ont un impact sur la croissance. Le fait que les pays développés soient concentrés à l'extérieur de la zone intertropicale semble ainsi montrer que la géographie et les conditions naturelles jouent un rôle. Une maladie comme le paludisme par exemple réduit considérablement la capacité de travail de la population d'un pays. De même le travail signifie souvent effort physique, plus difficile dans des pays très chaud que dans des pays froids ou tempérés (les techniques pour se protéger du froid étant plus accessibles et moins coûteuses que les techniques pour se protéger de la chaleur).

    Conclusion

    Les sources de la croissance sont très variées. Les modèles formalisés se concentrent en général individuellement sur l’une de ces sources. Sur ce que l’on a vu, on comprend bien pourquoi : si l’on tente de raisonner sur tous les effets croisés possibles, alors il est probable qu’on ne s’y retrouve pas. Mais avoir à l’esprit leur caractère interactif est essentiel. On peut considérer qu’il s’agit là d’une démarche qui relève du réductionnisme de l’économie. Libres aux grands esprits universalisant de considérer que c’est une démarche inacceptable...

    Par ailleurs, pour rester dans le domaine des querelles d’idéologues, on notera à quel point, sur ce qui a été dit, il n’y a pas de plaidoyer évident pour ou contre l’intervention de l’Etat dans une économie de marché. L’étude des modèles de croissance endogène est tout à fait remarquable en ce sens qu’elle ouvre de vrais débats sur les vertus et limites des mécanismes de marché.
     
  5. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    On parle régulièrement du marché du travail . Chacun d'entre nous sait à peu près de quoi il s'agit , mais existe-t-il une définition précise ?
    Le marché du travail, c'est un concept. En fait, plutôt que de parler d'un marché il vaudrait mieux parler des marchés de compétences : pour une compétence donnée, il y a des offreurs (les travailleurs) et des demandeurs (les employeurs). Il y a donc tout un tas de marchés du travail, plus ou moins concurrentiels, sur lesquels se fixent des salaires.

    Il n'y a donc pas "un" marché mais beaucoup de marché segmentés :
    - par zone geographique ;
    - par qualification (OS, ingenieur, comptable) ;
    - par age/séniorité (un jeune cadre et un cadre de 50 ans ne sont pas forcément subsituables) ;
    - d'autres criteres peuvent malheureusement intervenir (sexe/religion/couleur de peau) bien que ce soit interdit ;

    Par ailleurs ces marchés sont en général peu transparents (la "marchandise" est difficile a evaluer en dehors d'une mise a l'essai qui peut être coûteuse), peu organisé (bien que l'ANPE* ait théoriquement une certaine forme de monopole sur les offres, beaucoup de prises d'emploi se font par relations ou circuits informels), avec des prix rigides (peu de baisse des salaires). L'INSEE** établit de facon tres precise les bassins d'emploi (ie les zones locales a l'intérieur desquelles les salaries changent d'emploi, et a l'exterieur de laquelle ils s'aventurent rarement).


    * et ** : cas france
     
  6. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    Il sera narrer, une petite histoire (cf. Krugman). Supposez un pays dans lequel on produit deux biens : le pain et le fromage. Il y a 30 millions de personnes dans ce pays, et une personne peut produire 1kg de fromage par jour ou 1kg de pain par jour.
    Par ailleurs, les gens veulent manger autant de pain que de fromage pour avoir un régime équilibré. La répartition du travail entre les deux activités est donc assez évidente : 15 millions de personnes font du pain, 15 millions du fromage, et la production totale est de 15 millions de kg de chaque produit.
    Et puis un jour, la productivité augmente dans le secteur du pain : les nouvelles technologies font qu'une personne peut produire 2 kg de pain par jour. Que va t'il se passer? étant donné que tout le monde veut manger autant de pain que de fromage, le travail va se déplacer d'un secteur à l'autre; pour équilibrer l'ensemble, on arrivera à la situation dans laquelle 10 millions de personnes produiront du pain, et 20 millions du fromage. Et la production de chaque bien aura augmenté, on aura 20 millions de pain et 20 millions de fromage.
    Et puis, un observateur extérieur étudie les secteurs, et écrit un livre terrifiant, intitulé " la fin du travail " ou autre titre choc. Qu'écrit-il? " le travail est en train de disparaître. Les nouvelles technologies font qu'on peut produire beaucoup plus avec moins de personnes. Rien que dans le secteur du pain, sur les dernières années, les effectifs ont fondu d'un tiers, et la production a augmenté d'un tiers "
    On lui rétorquera que dans le même temps, le fromage a vu ses effectifs augmenter et absorber la main d'œuvre laissée libre par les progrès technologiques dans le pain. Mais il a déjà sa réponse : nous vivons une ère de nouvelles technologies, et aucun secteur n'est épargné : tôt ou tard, le fromage aussi subira la grande vague du progrès technique et licenciera en masse du personnel.
    Mais où est le problème? Si la productivité augmente dans le fromage et dans le pain en même temps et dans les mêmes proportions, les effectifs resteront inchangés dans les deux secteurs... et on produira plus, donc les gens seront plus satisfaits!
    L'erreur logique est ici ce que l'on appelle un sophisme de composition: les effets du progrès technique sur un secteur ne sauraient être les mêmes lorsqu'on s'intéresse à l'économie dans son ensemble.
    Vous allez me dire, quel est le rapport entre cette histoire archi-simplifiée et nos sociétés? Très simple. Remplacez dans la petite histoire pain par " industrie " et fromage par " services " et vous avez l'évolution de la structure économique des pays développés durant les 30 dernières années. La production dans l'industrie a en gros doublé, tandis que les effectifs baissaient; dans le même temps, la production dans les services a doublé, et les effectifs aussi. Alors, je vous le demande encore : où est le problème?
    Les problèmes qu'on peut rencontrer sont de deux types : un premier problème tient à la répartition du revenu : les déplacements de main d'oeuvre de secteur à secteur peuvent avoir un effet fort sur les inégalités (par exemple, si le salaire dans le pain augmente et que celui dans le fromage reste constant). C'est vrai mais cela ne demande pas d'aller à l'encontre du progrès technique, simplement de chercher à mieux répartir les gains de la croissance si les inégalités apparaissent comme trop importantes.
    Le second problème, c'est de se demander ce qui se passe si les consommateurs ne sont pas prêts à absorber la production supplémentaire, si leurs besoins sont saturés. Bien, le jour où les besoins seront saturés, l'homme aura résolu son problème économique, nous vivrons dans l'abondance et nous n'aurons plus à nous préoccuper de ces questions. Nous n'en sommes pas là, et il est fort probable qu'aucun ne verra ladite société d'abondance.
     
  7. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    Pourquoi depuis pas mal d'années, le taux de croissance typique d'un pays européen est-il de l'ordre de 1% par an; celui des USA, même en période de croissance considérée comme faible, étant de l'ordre de 3% ? Cette différence peut paraître minime : mais à ce rythme, dans 50 ans le PIB européen aura augmenté de 65% tandis que le PIB américain aura lui augmenté de 340%. En d'autres termes les européens sont aujourd'hui un tiers plus pauvres que les américains : dans 50 ans ils risquent d'être 3 à 4 fois plus pauvres.

    Ce phénomène de retard cumulatif a deux causes : le rythme du progrès de la productivité et le travail. Laissons de côté la question de la productivité. Et intéressons-nous à la question spécifique du travail, des raisons pour lesquelles les européens travaillent moins que les américains. Avant toute chose, il faut préciser ce qu'on entend par là : on constate que les européens travaillent globalement moins que les américains, mais ce phénomène n'est pas majoritairement dû au chômage ou à une durée du travail moins longue au cours de la vie (même si ces phénomènes jouent un rôle). On constate que l'essentiel de l'écart est dû au fait que les européens qui travaillent travaillent moins de temps que les américains qui travaillent. Or c'est cette différence en temps de travail qui explique l'essentiel de l'écart de PIB par habitant entre Europe et USA; il y a aussi un écart (peut-être croissant) en matière de productivité mais si celui-ci s'accroît, il n'explique pas les écarts actuels. Voici en tout cas les diverses thèses en présence.

    La première a été définie dans un article écrit par le prix Nobel d'économie 2004, Edward Prescott. Sa thèse est brutale, et il l'a résumée dans un éditorial du Wall Street Journal du 24 octobre 2004. Le titre de l'éditorial résume la thèse : les européens sont-ils paresseux ? Non, ils sont simplement surtaxés. Prescott montre sur la base de simulations macroéconomiques que le seul facteur susceptible d'expliquer l'écart de travail entre européens et américains est la hausse plus importante des taux d'imposition que les européens ont subi au cours des trois dernières décennies. Dès lors qu'il existe, selon l'auteur, un écart important entre ce que rapporte le travail et ce que le salarié perçoit réellement, la quantité de travail va diminuer.
    Les structures du marché du travail, les aspects culturels, tout cela n'aurait aucun impact sur la quantité de travail fournie par les gens? La seule explication se réduirait aux taux d'imposition? Cependant, à l'appui de sa thèse, Prescott fait remarquer qu'il n'a pas toujours été vrai que les européens travaillaient moins que les américains. Jusqu'aux années 70, c'était même exactement l'inverse, et les américains travaillaient moins que les européens. L'inversion s'est produite au cours des 30 dernières années. Comment pourrait-on imaginer un changement de mentalité aussi important sur la période ? Prescott remarque que les gens ont un comportement économique remarquablement semblable d'un pays à l'autre. En réalité, explique-t-il, il n'y a aucun paradoxe : les français et les allemands travaillent en pratique autant que les américains. Simplement, leur temps de travail est réparti différemment : une part très importante du travail des européens est non taxable (c'est du travail domestique, ne faisant pas l'objet de transactions marchandes). Si l'on ajoute à cela la part de l'économie informelle (bien plus grande dans les pays européens qu'aux USA) l'image devient très différente : en pratique, les européens travaillent largement autant que les américains, mais une part non négligeable de ce travail n'est pas rémunérée pour éviter la taxation.

    L'analyse de Prescott a suscité de nombreuses critiques. Parmi celles-ci, la thèse opposée est celle d'Olivier Blanchard qui considère que de nombreux facteurs sont négligés par Prescott. Par exemple, depuis 1970, les taux d'imposition ont moins augmenté en Irlande qu'ils ne l'ont fait aux USA; dans le même temps, le temps de travail des Irlandais a diminué de 25%, alors qu'il est resté stable aux USA. Il paraît donc difficile de faire des taux d'imposition le seul facteur explicatif de la moindre offre de travail en Europe. D'autres études, par ailleurs, ont imputé aux taxes un tiers de l'écart entre européens et américains.
    Si ce ne sont pas les taxes, quelle est l'explication ? Selon Blanchard, une bonne partie de l'explication vient du choix des européens de profiter des gains de productivité réalisés (plus importants qu'on ne le suppose) pour volontairement réduire leur temps de travail et profiter d'une vie moins laborieuse. La diminution du temps de travail des européens serait, selon lui, en grande partie volontaire. Bien entendu, une part de la différence est aussi due au chômage et à la différence de structure d'âge dans la population : mais l'essentiel relève selon Blanchard d'un choix de la population, d'une préférence européenne pour le loisir.
    Le problème de l'explication de Blanchard, c'est qu'en réalité, elle n'explique pas grand-chose. Blanchard constate que l'étude des effets de la fiscalité ne semble pas être un facteur suffisant pour expliquer la différence de travail entre USA et Europe; il en déduit qu'il y a une préférence européenne pour le loisir faute de mieux. Avec modestie, toutefois, il constate qu'il n'a trouvé aucune étude exprimant l'idée selon laquelle les européens profitent plus de leurs loisirs que les américains; on pourrait ajouter que les indicateurs de satisfaction des individus (ne parlons même pas des taux de suicide) ne sont guère flatteurs pour un Vieux Continent prétendument assailli par les délices de Capoue. Blanchard néglige par ailleurs le rôle de la règlementation du travail, ce que ne manquent pas de lui faire remarquer Charles Wyplosz et Jean Pisani-Ferry dans le document cité plus haut qu'ils ont écrit en commun. Selon Wyplosz, il faut cesser d'imaginer qu'il y a un problème européen commun en matière de marché du travail, de protection sociale et de croissance : il y a en pratique des problèmes bien différents selon les pays.

    Cela dit, si c'est vraiment une préférence pour le loisir qui explique l'écart de quantité de travail entre USA et Europe, il n'y a pas de raison d'imaginer que cet écart persiste de façon durable. Si l'on regarde l'évolution du temps de travail sur plus longue période, ce qui paraît en effet une anomalie, c'est la hausse récente du temps de travail aux USA; auparavant, comme les pays européens, ils étaient sur une tendance de diminution séculaire du temps de travail. Et cette augmentation, bien que s'accompagnant d'une hausse de consommation considérable (un américain consomme aujourd'hui 70% de plus qu'un européen) ne semble pas avoir rendu les américains significativement plus heureux qu'auparavant. Au contraire, elle est à l'origine de nombreuses difficultés sociales. Les américains se plaignent de n'avoir plus de vie de famille satisfaisante, de ne plus voir leurs enfants; si l'on ajoute à cela l'état calamiteux du système d'enseignement primaire et secondaire américain, on peut s'attendre à une hausse du "homeschooling", l'éducation des enfants à la maison; or cela exigera des parents qui travaillent moins. Pour ces raisons, il est possible de faire preuve d'optimisme pour l'Europe.

    Mais si les américains trouvent vraiment qu'ils travaillent trop, pourquoi alors ne réduisent-ils pas leur temps de travail volontairement dès maintenant, comme les européens l'ont fait ? La réponse à cette question se trouve peut-être dans les analyses de Richard Layard. Et si travailler trop résultait d'une externalité négative ? L'auteur montre qu'un déterminant important des objectifs de consommation des individus est la consommation de leurs voisins. Chacun cherche à égaler et dépasser son voisin, ses proches, en niveau de vie. Mais dans ces conditions, il est tout à fait possible que les gens soient amenés à travailler trop : si je travaille plus, je vais dépasser mon voisin; lui aussi travaille plus pour éviter d'être rattrapé, résultat, nous nous retrouvons tous deux au même niveau comparatif, mais nous travaillons tous deux plus qu'auparavant sans en avoir retiré d'avantage. Dans ces conditions, taxer le travail aura effectivement pour résultat de le réduire, mais cela ne sera pas une mauvaise chose : cela empêchera les gens de se lancer dans une course sans fin vers plus de travail réduisant sans arrêt la satisfaction qu'ils en retirent.
    Est-ce certain ? Après tout, l'argument de Richard Layard en faveur de l'imposition du travail ne spécifie pas quel est le niveau de taxe sur le travail optimal : il reste tout à fait plausible que le niveau européen des taxes soit largement supérieur au taux qui permet d'éviter cet effet externe, et qu'il atteigne le niveau ou la désincitation au travail, et le chômage qui en résulte, ont beaucoup plus d'inconvénients que d'avantages.

    La vraie question, au bout du compte, est de savoir si les européens sont actuellement satisfaits de leur situation, si celle-ci résulte de choix volontaires, de choix contraints mais dont les conséquences sont acceptées volontairement, ou de choix contraints dont les conséquences sont jugées déplaisantes. Peu de données permettent pour l'instant de savoir laquelle de ces possibilités est la bonne.
     
  8. kochlok03

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    our le BIT, c’est un individu qui est dépourvu d'emploi, à même de travailler, chercher un travail rémunéré, être en quête effective de ce travail.

    Discutable pour représenter la réalité du chômage ? En fait c'est plus compliqué que cela : il n'y a pas de définition parfaite du chômage. Ainsi, si chaque soir après la sortie du bureau à 18h00 je suis prêt à travailler un peu pour arrondir mes fins de mois, suis-je un demandeur d'emploi ? Oui au sens littéral : je demande bien un emploi. Non au sens des statistiques officielles : on comprend bien pourquoi ce type de cas ne représente pas du 'vrai chômage'. Certes le nombre de personnes mécontentes de leur situation vis-à-vis de l'emploi ne se limite pas aux chômeurs : il y a ceux qui aimeraient travailler plus (passage d'un temps partiel à un temps plein), ceux qui travaillent mais qui aimeraient faire autre chose, ceux qui bénéficient d'aides - de leur entreprise notamment - pour ne pas chercher d'emploi (preretraités), et tout ceux qui ne supportent plus leur voisin de bureau - mais pas assez pour donner leur démission et s'incrire à l'ANPEC*. On peut trouver une infinité d'exemples : plus on élargit la définition du ''mécontentement vis-à-vis de l'emploi'' plus on arrive a un nombre important de personnes. Qui, d'une façon ou d'une autre, n'a pas de reproche à faire à son travail ou aux conditions dans lesquelles il s'exerce ?? Il existe aussi des personnes qui voudraient travailler, mais, pour une raison ou une autre (ils sont isolés, gardent leurs enfants, ont des difficultés importantes d'accès à l'emploi) ont renoncé à chercher un travail. Par définition, ils ne demandent pas d'emploi : ce ne sont donc pas des chômeurs. Mais il est clair que leur situation vis-à-vis de l'emploi n'est pas parfaite. Dans ce bas monde, rien ne l'est, d'ailleurs (pas même les marchés, ma bonne dame!).
    Mesurer le chômage n’est donc pas simple. Si on pousse plus loin la réflexion, c’est sur des analyses bien plus larges que l’on débouche : statut du travail comme fondement du lien social, pauvreté et travail, nature du concept d’exclusion, sens du terme " activité sociale" etc. Ce petit texte n'a pas vocation à aller aussi loin : mais ceux qui s'occupent sérieusement de ces sujets ne peuvent pas s'arrrêter au seul chiffre du chômage. Le marché de l'emploi est divers et varié, le 'marché du non emploi' l'est encore davantage...

    Ceci n'enlève pas son intérêt au chiffre des demandeurs d'emploi : il mesure le nombre de cas pour lesquels la situation vis-à-vis de l'emploi est la plus insatisfaisante. Par ailleurs ses évolutiuons à la baisse - théoriquement au Maroc - marquent clairement une amélioration de la situation des demandeurs d'emploi.


    * : cas maroc
     
  9. kochlok03

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    On parle de progrès technique biaisé en faveur des travailleurs qualifiés lorsque le progrès technique s'incorpore plus facilement au travail qualifié qu'au travail non qualifié. Ce n'est pas forcément le cas, comme l'histoire des progrès technologiques dans l'industrie l'a montré. Dans ce cas, la hausse de la productivité s'appliquait à tous les types de travail plus ou moins uniformément. or, prenez le cas de l'informatique, les gains de productivité qui lui sont liés vont apparaître plus facilement avec une main d'oeuvre qualifiée. Lorsque le progrès technique est biaisé en faveur des travailleurs qualifiés, la demande relative de travail qualifié croît, ce qui creuse l'écart de salaire ou crée du chômage chez les non qualifiés. En fait, le capital devient plus complémentaire que substituable au travail. Et un seul type de travail est concerné, celui des qualifiés. Que peut-on dire de plus à ce sujet ? D'abord que cela n'a rien d'inéluctable, comme le mentionne Krugman dans son livre "La mondialisation n'est pas coupable". Il se peut très bien que le développement des nouvelles technologies soit tel qu'elles ne nécessitent plus de compétences particulières. Ensuite, ce développement crée des distortions de revenus dans une même classe de qualifications. avec des technologies qui accroissent toujours plus les communications,il est d'autant plus facile de se faire connaître et de marcher sur les plates bandes d'un collègue qui était sur sa propre zone d'influence auparavant. C'est particulièrement vrai pour ceux que Robert Reich appelle les "manipulateurs de symboles".
     
  10. kochlok03

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    Pour produire, il faut du travail. le chômage est le travail disponible non utilisé. Pour que les entreprises produisent, il faut une demande. cette demande est composée de la demande des ménages (la consommation)et de celle des entreprises (l'investissement). Si les ménages consomment plus, les entreprises qui produisent les biens de consommation sont censées produire plus. Si elles produisent plus, elles auront besoin non seulement de travail, mais aussi de capital. donc, elles embaucheront. Mais en plus, elles investiront, ce qui fait travailler d'autres entreprises, qui elles même feront comme elles (embauches et investissement). Le point important est qu'une consommation qui crée une activité crée des revenus pour les salariés de l'entreprise (ou des entrepises) concernée(s). Ces revenus sont dépensés en partie pour consommer (le reste est épargné), ce qui crée encore un revenu pour des entreprises et leurs salariés et ainsi de suite. C'est ce qu'on appelle mécanisme du multiplicateur keynésien.
    Si vous êtes d'accord sur le fait qu'à chaque fois que l'on embauche on réduit le chômage (c'est pas évident en soi, il faut supposer que le fait que l'on crée des emplois n'attirent pas des gens qui ne cherchaient pas du travail), vous avez un lien entre consommation et chômage. Mais ce n'est pas forcément aussi simple.
    Pour que ce mécanisme se mette en place, il faut que les entreprises pensent que la hausse de la consommation est assez importante et durable. Sinon, plutôt que d'investir ou d'embaucher, elles feront tourner leurs machines non utilisées (capacités de production dites "oisives"). Ou alors, si elles utilisent toutes leurs machines, elles les feront tourner plus longtemps (le week-end par exemple). du coté de l'embauche, même phénomène : elles pourront payer des heures suplimentaires à leurs employés, leur demander d'être un peu plus "nerveux" (avec une compensation quelconque). Résultat : pas d'embauche. sans compter que si ça se trouve, les stocks des entreprises sont suffisants pour alimenter la demande de consommation. Dans ce cas, elles n'ont qu'à dé-stocker, pas à embaucher. Et si les entreprises sont très méchantes, elles peuvent aussi se contenter d'augmenter les prix quand la demande augmente ! Mais il y a encore plus grave ...
    >>> imaginez que ces vilains consommateurs d'un pays X décident d'acheter des biens étrangers produits par des petits enfants exploités dans leur pays. Eh bien, ils feront peut-être baisser le chômage à l'étranger, mais il ne changera pas en ce pays X.
     
  11. kochlok03

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    1- Lien entre croissance et emploi

    La croissance mesure l'augmentation de richesse produite entre une annee N et une annee N+1. Toutes choses égales par ailleurs, cette croissance peut
    provenir :

    - soit d'une augmentation du stock de capital utilisé ;
    - soit d'une augmentation des ressources en main d'oeuvre utilisées ;
    - soit d'une augmentation de la productivité (ie, on fait mieux avec autant d'investissement et de main d'oeuvre, par exemple parce qu'on a une idée géniale pour améliorer le processus de production) ;

    A court terme, et dans un contexte où le chômage est supérieur à zéro, la plus grosse marge de manoeuvre est l'utilisation des ressources en main
    d'oeuvre. Toutes choses egales par ailleurs, et au-dela d'un certain niveau de croissance qui provient des gains de productivité, toute croissance supplémentaire (par exemple, liée a un surcroit de la demande) a pour conséquence une plus grosse utilisation de main d'oeuvre. Si le niveau de croissance est inférieur aux gains de productivité, le besoin en main d'oeuvre sera au contraire en diminution.

    A 'long terme', c'est un peu different. En particulier dans une vision de 'long terme et d'équilibre', il n'y a pas de chômage. Donc la croissance ne
    peut venir que de l'innovation (le stock de capital ne pouvant pas apporter de contribution de long terme une fois atteint le 'niveau optimal'
    d'investissement ). Sur très longue période, c'est ce qu'on constate.

    2- Lien entre emploi et qualite de vie

    Grosso modo ceux qui n'ont pas d'emploi sont mieux avec que sans. Plus 'macro-economiquement', une nation qui emploi toutes ses ressources en main d'oeuvre peut se permettre un niveau de vie plus élevé. Néanmoins, il y a aussi une vie après le travail (l'internet, par exemple).
     
  12. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    Le père Ricardo et ses amis nous dit que chaque pays se spécialise dans la production d'un bien particulier. Mais, quand on regarde autour de soi, on s'aperçoit bien que toutes les voitures qui roulent en France ne sont pas des Renault ou des Peugeot-Citroën. Et quand on va en Italie, tout le monde n'a pas fière allure au volant d'une Alfa Romeo ou d'un coupé Fiat. Certains italiens préfèrent visiblement les BMW ou même les Renault Clio. Comment expliquer cela ?

    Les économies d’échelle permettent d’obtenir des gains à la spécialisation, même lorsque les économies sont identiques. En effet, en se spécialisant, les pays en profitent au maximum. Cela permet de réduire les coûts de production et de réduire les prix ou augmenter les profits ou les deux à la fois selon la politique de fixation des prix des entreprises, donc selon la concurrence.
    Mais il y a un problème : la production de chaque bien n’engendre pas forcément les mêmes économies d’échelle. Le pays qui se spécialise dans la production du bien qui bénéficie du plus grand effet d’échelle sera plus gagnant que l’autre. Celui-ci peut même être perdant selon la façon dont se répartissent les gaisn à l’échange. Il faut une coordination entre pays minimale pour s’accorder sur qui produira quoi. Les économies d’échelle peuvent être internes ou externes. Cette approche permet d’expliquer la spécialisation lorsque les pays sont proches structurellement.

    L’approche par les économies d’échelle peut également s’analyser spécifiquement en termes d’économies d’échelle internes (Brander et Krugman), donc de marchés oligopolistiques. Pour comprendre la logique, imaginons deux pays en autarcie. Dans chaque pays, dans il y a une firme qui produit le même bien en monopole. Quand on ouvre les frontières, le marché mondial de chaque bien devient un oligopole, puisque chaque pays (deux par exemple) a une entreprise qui produit le bien pour la demande mondiale. Les entreprises élaborent des stratégies pour obtenir les plus grandes parts de marché. Dans ce cas, plusieurs possibilités dans le partage du marché mondial sont possibles : soit une entreprise domine le marché, soit le marché est réparti plus ou moins égalitairement. Beaucoup de configurations sont possibles. Mais elles ont toutes en commun un échange croisé (intrabranche) du même produit : pour chaque pays, un même produit est vendu par la firme locale, mais aussi par ses concurrents. Si on suppose que les firmes locales ont un avantage quelconque (coût de transport par exemple), on peut imaginer que les entreprises vendent moins cher leur produit à l’étranger pour compenser ce désavantage. Toutes font la même chose.

    Une autre façon d’expliquer les échanges intrabranches est de considérer que les entreprises produisent des biens différenciés (Chamberlin).
    Ces biens, qui appartiennent pourtant à une même catégorie générique de biens, offrent des services différents. Ils sont donc à la fois identiques et différents. Comme ils sont différents, chaque bien différencié définit un marché. Et sur ce marché, un seul producteur est en position de monopole. Pourtant, comme ils sont semblables à la base, ils se concurrencent. On parle donc de marché de concurrence monopolistique. Un producteur peut pratiquer un prix plus élevé pour son bien que ce que celui de son concurrent, mais pas trop. Ainsi, s’il existe une demande pour toutes les variétés d’un produit générique, alors il est possible pour chaque producteur d’une variété de réaliser des profits en vendant son produit. Au niveau international, le fait que chaque pays comprenne des producteurs de variétés différentes justifie l’échange international. Quant aux producteurs de différents pays qui produisent la même variété, à l’ouverture des échanges, des producteurs doivent disparaître. Ce qui restent font un nouvel effort de différenciation : le nombre de variétés croient encore. La différenciation des produits explique donc elle aussi les échanges intrabranches (Krugman, Lancaster).
     
  13. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    C'est normal, ce n'est pas de la théorie, c'est de la simple comptabilité. Supposez qu'il y ait plein d'européens qui veulent acheter des actions américaines. Ils vont donc vendre des tas d'euros pour acheter des dollars (parce que les actions US, on les paie en dollars) donc le dollar va monter. Dans le même temps, les américains qui ont vendu les dollars se retrouvent avec plein d'euros dans leurs poches. Qu'est-ce qu'ils en font? Ben, ils achètent des produits européens qui se paient en euros... Résultat, le déficit commercial US augmente, et le dollar aussi.

    Sur ces sujets deux anecdotes :
    - C'est Krugman qui avait une image assez éclairante. Supposez qu'un iventeur de génie trouve le moyene de produire du tissu deux fois moins cher: Ne faut-il pas lui donner la légion d'honneur ? Supposez maintenant que son procédé consiste à acheter du fil, l'envoyer en Inde, envoyer également un peu de bordeau pour payer les frais de main d'oeuvre et à réimporter le tissu. Doit-on alors le pendre en place publique ?
    - F. Bastiat faisait remarquer que puisque l'exportation c'est bien(créateur d'emplois) et l'importation c'est mal, on devrait construire tous les bateaux porte-conteneurs avc du carton de façon à ce qu'ils se dissolvent en pleine mer : on aurait que des exportations, et aucune importation !
    A long terme, tout ce qui peut être fait pour renforcer la productivité est bon. Le court-moyen terme (et donc la réduction du chômage) doit donc être gérée avec finesse et en tout cas sans détruire le potentiel de croissance de long terme. Faute de quoi, on risque le modèle soviétique (aucun chômage mais des conditions de vie telles que certains de leurs salariés n'avaient pas le pouvoir d'achat ...).
     
  14. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    D'un point de vue un peu cynique, avoir un pays exploité 'pauvre' n'est pas optimal : on peut, en reprenant les modèles de croissance optimale (ceux qui essayent de préciser la part "idéale" de la consommation et de l'investissement) pour montrer qu'il y a un équilibre optimal lorsqu'on laisse au pays exploité et ce qu'on lui prend de façon à ce qu'il puisse augmenter sa productivité et être exploité davantage demain. Certes le modèle nous dit aussi qu'on peut ne pas se trouver "spontanément" au taux optimal. C'est à dire que le somme des actions des milliers de producteurs locaux, de régulateurs locaux, d'exportateurs et d'importateurs peut effectivement ne pas laisser assez de place au développement du pays "source". Par ailleurs dans la pratique, on n'est plus sur des modèles d'exploitation, mais plutôt sur des modèles de "marché avec corruption", ce qui change les résultats.
    Que peut-on en conclure ? Cette analyse ne vise pas à nier l'impact des pays développés sur ces pays - la mise ne place de régimes corrompus a d'ailleurs été, dans certains cas, encouragée par les pays développés. Mais elle indique clairement que la solution n'est certainement pas dans la fermeture des frontières : c'est plus d'ouverture, de démocratie et de transparence qu'il faut, pas moins. Le commerce ne nuit pas nécessairement à la démocratie : dans les cas où un dictateur local est maintenu pour organiser l'exploitation d'un pays...
     
  15. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    On va commencer par les pays développés. Si on fait la bête corrélation entre périodes de crise et périodes de protectionnisme et de libre-échange, on constate un lien direct. A savoir, que le protectionnisme se développe en période de crise et que le libre-échange a plutôt la cote en période de croissance. Sans pour autant pouvoir en tirer une règle générale (le protectionnisme est souvent une réponse politique à la crise).
    Maintenant, il est très clair que le protectionnisme peut être une réponse à une crise conjoncturelle (et que le libre-échange peut amplifier les effets d'une déflation en réduisant encore les prix). C'est ce que constatait Keynes et que constate Bairoch dans l'histoire du XIXème. Le problème, c'est qu'à l'époque, la politique monétaire n'existait pas. L'étalon-or l'interdisait. Or actuellement, on ne vit plus dans un tel régime, ce qui fait que les monnaies peuvent être dévaluées ou réévaluées, et que l'on peut augmenter la masse monétaire en cas de crise. Donc, le protectionnisme comme moyen d'augmenter les prix et de réduire la déflation apparaît comme le plus mauvais moyen. C'est ce qui a été montré dans les années 60 : lorsqu'il y a un problème dans un pays (dans un cas très général) et que les échanges internationaux amplifient ce problème, le protectionnisme est toujours la plus mauvaise façon de résoudre le problème. C'est comme prendre de l'aspirine quand on a une tumeur au cerveau : sur le moment, ça soulage, mais la tumeur reste.
    Si on se place maintenant dans une perspective plus large, et que l'on cherche à savoir si historiquement le libre-échange est une condition suffisante pour croître, la réponse est certainement non. Est-ce une condition nécessaire? Disons qu'un certain degré d'ouverture est indispensable à la croissance. On n'a jamais vu de pays se développer tout seul dans son coin. Quant à dire que le libre-échange intégral (qui de toute façon n'a pas été appliqué) est la meilleure solution, c'est encore autre chose : en effet, on peut imaginer alors que le mercantilisme est la bonne politique. Et le fait est qu'il n'y a pas de corrélation entre degré d'ouverture et croissance. Certains pays se sont développés en étant plutôt des économies fermées, d'autres en étant des économies très ouvertes, d'autres ont périclité indépendamment de leur degré d'ouverture. Disons quand même que les pays qui ont choisi de se fermer progressivement aux échanges sur longue période ont systématiquement périclité.
    Donc il n'y a pas historiquement de règle générale. Parce que tout simplement, la croissance dépend de la combinaison de tout un tas de facteurs, et que les échanges ne sont qu'un adjuvant. Mais un adjuvant potentiellement très utile, et qui n'est nuisible qu'aux pays qui de toute façon auraient périclité.
    L'expérience du XXème siècle est plus univoque. Les tarifs Smooth-Hawley n'ont pas provoqué la crise de 29; mais la vague de protectionnisme des années 30 est reconnu unanimement (même par Bairoch) comme la cause principale de la durée de la crise des années 30. Depuis la seconde guerre mondiale, l'accroissement des échanges est allé de pair avec la croissance. Et au XXème siècle, pour en arriver aux pays en développement, on n'a pas d'exemple de pays qui ait réussi à s'en sortir sans ouverture internationale. C'est à dire, sans commencer par vendre ses produits aux pays riches qui peuvent se les payer. La croissance des pays asiatiques a été uniquement due à leur ouverture, qui leur a permis d'acheter le stock de capital aux pays développés en payant avec des produits importés fabriqués avec de la main d'úuvre à bon marché. Il y a l'exemple du décollage japonais après la seconde guerre mondiale, mais ce pays était déjà industrialisé avant; et l'analyse des faits montre que ce pays ne s'est pas développé grâce aux secteurs protégés mais grâce à des secteurs qui ne bénéficiaient pas de tels avantages. Le Japon a successivement privilégié l'acier (qui n'a rien rapporté, à part une place de premier producteur mondial, mais cela n'a pas grand intérêt) puis les semi-conducteurs, mais il a crû grâce aux biens de consommation.
    Donc, l'état actuel de l'expérience historique tendrait à être plutôt favorable au libre-échange. Certes, il n'est pas indispensable à la croissance des pays riches, mais il l'accroît. et il est nettement bénéfique pour les pays en développement.
    On peut ajouter un autre élément, plus intellectuel. Le fait est que depuis Smith, le libre-échange a toujours eu la faveur des économistes. Personne, je dis bien personne, n'a jamais réussi à démontrer de façon convaincante en quoi le protectionnisme pouvait être préférable au libre-échange. Pourtant, ce ne sont pas les tentatives qui ont manqué. Depuis l'argument des termes de l'échange de Torrens, en passant par Malthus, puis ce nullard de List avec ses industries naissantes, puis Manoilescu avec l'argument de la paupérisation du travail, même Keynes qui avait compris que tant que les pays n'abandonneraient pas la relique barbare qu'est l'étalon-or ils courraient le risque de crise nécessitant un protectionnisme temporaire (risque qui a disparu depuis l'abandon dudit étalon-or) ou les tenants grandiloquents de l'échange inégal, et j'en oublie, n'a réussi à montrer que le protectionnisme était supérieur au libre-échange. Ce qui fait qu'intellectuellement, le libre-échange garde sa prééminence en économie. Et qu'il est sorti de la problématique générale du laisser-faire, tant et si bien que même les économistes opposés au laisser-faire intégral restent favorables au libre-échange intégral.
    Donc voilà. Pas de certitude historique, mais le protectionnisme est bien plus nu que le libre-échange. Parce qu'il ne détient aucun argument intellectuel, et que s'il est possible de trouver des pays protectionnistes qui se sont développés, cela ne prouve pas grand-chose.
     
  16. kochlok03

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    Le développement des blocs régionaux (UE, AELE, ALENA, ASEA, APEC etc. ) pose problème pour les partisans du libre-échange, comme du protectionnisme. D'un côté, on peut les considérer comme un moyen progressif d'atteindre le libre-échange mondial. D'un autre côté, leur fonctionnement porte atteinte aux principes de l'OMC et le risque d'un accroissement du protectionnisme existe.
    En pratique, l’OMC accepte l'existence d'accords régionaux à condition qu'ils ne soient pas à l'origine d'un renforcement de la protection à l'égard des pays non membres de l'accord. La pratique réelle des accords régionaux est ambiguë.

    Arguments en faveur d'une évolution vers le libre-échange :
    - possibilité de création de commerce
    - si, fondamentalement, les échanges sont régionaux (à cause de la distance par exemple), réduire les droits de douane à l'intérieur d'une zone seulement favorisera la hausse des échanges internationaux.
    - Les bons résultats d'une zone de libre-échange peut inciter l'adhésion de nouveaux pays et accroître ainsi le degré de libre-échange au niveau mondial.

    Arguments défavorables à une évolution vers le libre-échange :
    - risque de détournement de commerce
    - la constitution de grands blocs a une influence sur le pouvoir de négociation de chacun. L'affrontement entre grands blocs rend possible des guerres commerciales.
     
  17. kochlok03

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    A partir des années 1920, les économistes néoclassiques ont repris et amélioré le principe de l'avantage comparatif de Ricardo pour expliquer les fondements du commerce international.
    Leur analyse s’est basée sur les dotations en facteurs de production. Pour eux, un pays se spécialise dans la production du bien qui nécessite le facteur qui est relativement le plus abondant sur son territoire. Ce qui signifie que si on dispose relativement plus de capital que de travail parrapport aux autres, alors on produira des biens riches en capital.
    Dire que le capital est relativement plus abondant aux Etats Unis qu’en Espagne, c’est dire que le rapport entre la quantité de capital américain divisée par la quantité de travail américain est plus élevé que le rapport entre la quantité de capital espagnol et la quantité de travail espagnol (mais cela ne veut pas dire qu’il y a moins de travail aux Etats Unis qu’en Espagne).
    Si le capital est relativement plus abondant aux Etats Unis, alors son prix relatif est plus faible qu’en Espagne, car il est moins rare. Il devient alors plus intéressant que les Etats Unis produisent les biens riches en capital et laissent l’Espagne produire les biens riches en travail. En effet, les Etats Unis vendront alors moins cher aux espagnols des produits qu’ils payaient plus chers avant et inversement, les espagnols vendront moins cher aux américains des produits qu’ils payaient plus chers avant.
    Mais la spécialisation n’est pas totale. En effet, lorsque l’économie se spécialise et que les échanges se développent, la production du bien riche en facteur abondant augmente. Donc la demande pour le facteur abondant augmente aussi, ce qui accroît son prix relatif. Donc, le prix relatif du facteur relativement rare diminue. Si ce prix diminue, alors la production du bien riche en facteur rare est partiellement soutenue. De sorte que finalement, l’économie produit les deux biens, mais surtout celui qui utilise le plus le facteur abondant.
    Au niveau mondial, le prix des facteurs va tendre à s’égaliser. En effet, au début, le capital a un prix relatif élevé en Espagne et faible aux Etats Unis. Comme après la spécialisation, sa demande augmente aux Etats Unis et diminue en Espagne, il augmente en Espagne et diminue aux Etats Unis. Le prix relatif du travail évolue en sens inverse dans les deux pays. Les prix ont tendance à se rapprocher.

    En résumé :
    - les pays on tendance à se spécialiser dans la production du bien contenant relativement plus de facteur abondant ;
    - cette spécialisation n’est généralement pas complète, la multiproduction subsiste ;
    - les prix relatifs des différents facteurs ont tendance à se rapprocher dans les différents pays ;
    - les pays ont intérêt à échanger sur la base des avantages comparatifs, comme chez Ricardo.

    Bien que construit à partir de diverses contributions, cet ensemble de résultat est souvent présenté sous le nom de modèle Heckscher - Ohlin - Samuelson.
     
  18. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    Un échange est normalement avantageux pour les co-échangistes. En permettant à chacun de se spécialiser dans ce qu'il sait faire de mieux, il garantit une situation plus efficace que si chacun produisait tout en même temps.
    Ce mécanisme est aussi valable en principe pour les échanges internationaux. C'est le principe de l'avantage comparatif.
    Un pays à intérêt à se spécialiser dans la production où il est relativement plus efficace que ses partenaires.
    Il exporte alors ce produit et importe les autres. C'est à David Ricardo qu'on doit d'avoir énoncé ce principe.
    Attention, il serait faux de penser que si un pays est plus productif dans tous les domaines, alors il produira tout. On dit que ce pays détient un avantage absolu dans toutes les productions. Mais comme il est toujours "meilleur que meilleur" dans un domaine, il a intérêt à se spécialiser dans ce domaine. C'est son avantage comparatif. En revanche, ses partenaires qui sont moins bons dans toutes les productions ne détiennent aucun avantage absolu. Néanmoins, il y a forcément un domaine dans lequel ils sont "plutôt moins mauvais". Dans ce domaine, ils détiennent un avantage comparatif. Et c'est cet avantage là qui va déterminer leur production.
    La rencontre de l'offre et de la demande doit en principe conduire à une situation où les prix des différents biens rendent l'échange et la spécialisation plus intéressants pour tous que la situation d'autarcie (pas d'échanges entre les pays).
     
  19. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    Concept éminemment foireux. La guerre, c'est la continuation de la politique d'Etat par des moyens violents (d'après Clausewitz). Le concept de guerre économique suppose que les conflits armés entre Etats sont aujourd'hui remplacés par des conflits de nature économique. La guerre pour les territoires à coups de canon aurait été remplacée par la guerre pour les parts de marché mondial à coups de multinationales et de champions nationaux. L'objectif étant d'avoir la plus grosse part du marché mondial, donc d'exporter massivement, et de n'importer qu'un minimum, tout en attirant au maximum l'investissement des multinationales. Ce qui est doublement grotesque : premièrement, ce que l'économie sait depuis 1701, c'est qu'on ne s'enrichit pas en exportant, mais en important. Les exportations ne sont là que parce que les autres pays souhaitent qu'on les paie. deuxièmement, parce qu'il est impossible à la fois d'attirer les capitaux et d'exporter plus qu'on importe. C'est comptablement impossible : à toute sortie de bien correspond une sortie de capitaux équivalente.
    Si ce concept a tant de succès, c'est qu'il sert de justification à tout et n'importe quoi. Nous sommes incapables de réduire le chômage? Mais c'est la guerre économique, et la guerre économique fait des victimes! (je vous jure que j'ai déjà entendu cette phrase). Nous favorisons l'émergence de monopoles nationaux qui s'engraisseront sur le dos des consommateurs pour faire du dumping à l'export? Mais c'est la guerre économique, etc. Ce concept foireux a donc du succès en raison de son caractère justifiant : il permet de justifier la nullité des politiques, et aux adversaires de la mondialisation, il sert à dénoncer une chimère avec un vocabulaire flashy. Diriez-vous que vous êtes contre l'enrichissement des pays développés et en développement, et contre les échanges internationaux? Vous avez l'air d'un vieux ... Par contre, si vous dites que vous refusez la guerre économique qui affame les peuples, vous avez l'air tout de suite plus sexy.
    Pareil dans le camp d'en face : vous licenciez du personnel à tour de bras, quémandez pour cela des aides publiques? Vous allez passer pour un patron nul. Mais dites que vous êtes le général en chef de la guerre économique mondiale, et tout de suite, vous gagnez en sex-appeal.
     
  20. kochlok03

    kochlok03 Visiteur

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    La question de la légitimité des 'lois du marché' est fréquemment posée. Peut-on ignorer ces 'lois' ?
    En fait, ca dépend de quelles lois on parle :
    - certaines sont des 'lois' observées : par exemple, on a pu remarquer a une epoque qu'un faible chomages accompagnait d'une accélération de l'inflation. Ce type de loi peut tout a fait etre violee, dans la mesure ou leur nature véritable tient moins a des "lois divines incontournables" qu'a une façon dont les réactions des différents acteurs économiques interagissent a un moment donne et dans certaines circonstances ;
    - d'autres sont VRAIMENT incontournables, soit parce qu'elles reposent sur des choses fondamentales (tout le monde préfère avoir plus plutôt que moins si c'est au meme prix), soit parce qu'elles sont des "identités comptables" (par exemple, la "loi" disant que le bénéfice est la différence entre la valeur de la production et le cout de la production ne peut pas etre remise en cause).
    Une première difficulté consiste donc a faire la différence entre les 2 types de lois. L'autre type de difficulte tient, pour les lois 'incontournables' a bien comprendre le contexte dans lequel elles sont incontournables. Ainsi, la loi disant que tout le monde prefere avoir plus plutot que moins ne signifie pas que tous les hommes recherchent l'argent : en effet certains préféreront certes avoir plus d'argent, mais d'autres preferont plus d'honneurs a tout l'argent du monde, et d'autre encore préférant le sentiment d'avoir sauve une vie a de l'argent. Le théorème du 'toujours plus' est donc vrai, mais dans un cadre large (celui qui prefere sauver des vies preferera en sauver 4 plutot que 3).
    Par ailleurs, l'economie ne permettra jamais de "démontrer" des choses qui relevent des goûts, des couleurs ou des choix de société. Par exemple, l'economie se limitera a dire combien va couter en termes de production le fait de mettre en place une distribution des revenus plus equitable que celle qu'on observerait de facon 'spontanee'. Une societe peut choisir d'en payer le prix : personnellement je prefere une economie qui ne donne que 95% de son rendement theorique mais dans laquelle les gens ne meurent pas de faim dans la rue.
    Les raisonnements économiques peuvent aussi te dire quels sont les meilleurs moyens pour arriver a cette redistribution. En general, il vaut mieux avoir un système productif qui produit le plus, d'un cote, et une système redistributif qui redistribue. Dans la pratique il n'est pas forcément faisable - ou souhaitable- de séparer autant les choses.
    Comme tout travail de juriste, l'interprétation des "lois" de l'économie nécessite donc une bonne connaissance des textes, et une rigueur intellectuelle qui fait parfois défaut a certains : il est en effet fréquent de voir élever au rang de "loi incontournable" des choses qui n'en sont pas.
     

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