Révélations. Maroc-Israël. Les liaisons secrètes

Discussion dans 'Scooooop' créé par sahame, 12 Février 2008.

  1. sahame

    sahame only god can judge me!!!

    J'aime reçus:
    35
    Points:
    0
    Un livre, publié la semaine dernière en Israël, revient sur les relations occultes entre le royaume et l’Etat hébreu. Son auteur, Shmouel Seguev, qui se définit comme “journaliste et ancien collaborateur des services secrets (israéliens)”, nous en trace les grandes lignes.


    Ben Barka, Ben Gourion : une amitié, une trahison
    “J’ai rencontré le leader de l’opposition marocaine en 1958 à Florence, en Italie, du temps où j’étais correspondant du journal israélien Maariv à Paris. Il participait à une conférence à l’invitation du maire de la
    ville. Lors de notre discussion, il m’a avoué avoir une profonde admiration pour le modèle israélien des kibboutz et pour le Premier ministre de l’époque, David Ben Gourion. Il pensait que l’expérience des kibboutz aurait pu inspirer les responsables marocains. Mehdi Ben Barka est parti par la suite à la rencontre du conseiller diplomatique de l’ambassade d’Israël à Paris, qui était en réalité le chef du Mossad en France. Est-ce que Ben Barka connaissait la nature véritable de la mission du conseiller ? Je l’ignore. Dans tous les cas, il a demandé à son interlocuteur de l’argent et des armes pour organiser l’opposition (à la monarchie) dont il était alors le symbole. Le diplomate - agent n’a pas donné suite à la demande de Ben Barka, mais il a tout de suite fait un compte rendu détaillé de la rencontre à Ben Gourion, qui s’est empressé à son tour d’en faire part au roi du Maroc”.

    Le Mossad et le kiosque-boîte aux lettres
    “Le Mossad n’a rien à voir avec l’enlèvement ou la mort de Mehdi Ben Barka. Oufkir a demandé de l’aide (aux services secrets israéliens) pour l’enlèvement, mais il n’a pas reçu de réponse positive. Les Marocains ont beaucoup insisté, mais le Mossad les a seulement aidés pour repérer et retracer les itinéraires de Ben Barka. Le leader de l’UNFP, qui voyageait beaucoup à travers le monde, avait pour habitude de se servir d’un kiosque à journaux à Genève comme d’une boîte postale, où il venait régulièrement récupérer son courrier. Le Mossad a été le premier à avoir cette information et l’a transmise aux services secrets marocains. Une fois informé, Oufkir a placé des hommes devant ce kiosque jour et nuit. Et il a fallu environ deux semaines pour que Ben Barka pointe son nez. Les agents marocains n’ont eu alors qu’à le suivre pour découvrir qu’il avait un pied-à-terre en Suisse”.


    Dlimi a tué Ben Barka, Oufkir l’a enterré
    “Le 29 octobre 1965, Mehdi Ben Barka est enlevé par des policiers français et conduit dans une voiture de location jusqu’à une villa en région parisienne. Pour moi, il est clair que Ben Barka était toujours vivant deux jours après son enlèvement, le 1er novembre. Il a été torturé par Ahmed Dlimi, dépêché clandestinement en France. Mais il a fini par le tuer accidentellement, alors qu’il tentait de lui faire avouer qu’il voulait la peau de Hassan II. Une fois informé du meurtre, le général Oufkir est arrivé à son tour à Paris pour organiser l’enterrement. Ce dernier a eu lieu dans les jours suivants dans un chantier près d’une autoroute. Contrairement à ce qui a été dit, le corps de Mehdi Ben Barka n’a jamais quitté la France”.

    Services marocains et israéliens, main dans la main
    “Lors du déclenchement de la Guerre des sables, en 1963, entre le Maroc et l’Algérie, le chef du Mossad, Meir Amit, doté d’un faux passeport, s’est rendu dans la région de Marrakech pour rencontrer le roi Hassan II. Il lui a assuré que le Mossad était prêt à lui apporter son aide et lui a fourni des informations déterminantes sur les unités égyptiennes (qui apportaient leur soutien à l’armée algérienne). Meir Amit a également préparé pour Hassan II un compte rendu sur les activités de l’opposition marocaine en Egypte, que le Mossad suivait de très près. Pour l’anecdote, et toujours en 1963, le colonel Dlimi s’était rendu pour la première fois en Israël avec un passeport israélien, qu’il avait récupéré auprès de l’ambassade d’Israël à Paris.

    Des instructeurs israéliens ont formé des officiers marocains de l’armée de terre, des pilotes de Mig-17 soviétiques et des membres des services de renseignement. Ils ont aussi conseillé l’armée marocaine lors de la construction du Mur de défense la protégeant des attaques du Front Polisario. Israël a également vendu des armes et de l’équipement militaire au Maroc (radars, chars…) mais, le plus drôle, c’est que le gouvernement marocain ne voulait pas traiter directement avec l’Etat hébreu. On a donc fait appel au Shah d’Iran, qui a pris sur lui de tout acheter (auprès d’Israël) et de tout revendre (au Maroc)”.

    L’exode juif, de Mohammed V à Hassan II
    “Durant le protectorat, l’émigration des juifs marocains vers Israël était tout à fait légale. Les partants se voyaient même remettre des passeports français avant d’effectuer le grand voyage. Mais tout le monde n’avait pas le droit de partir : il y avait quand même une politique de quotas.

    Au lendemain de l’indépendance du Maroc, Mohammed V ne voulait plus laisser partir les juifs marocains. Il devenait difficile d’obtenir un passeport lorsque vous étiez juif, même si c’était pour se rendre ailleurs qu’en Israël. Le sultan considérait que les juifs étaient de très bons candidats pour assumer des postes de responsabilité au Maroc, et il craignait une sorte de fuite de cerveaux qui handicaperait un Maroc alors fraîchement indépendant. Le Mossad a alors réagi en montant l’opération dite Encadrement, conjointement avec l’agence juive de l’immigration. Le but était de sortir des juifs du Maroc, mais clandestinement. Des agents du Mossad ont d’abord fait le tour du royaume sous de fausses identités, rencontrant les juifs désirant quitter le pays. Ils les enregistraient et les faisaient embarquer dans des navires de contrebandiers en direction de Sebta et de Gibraltar. D’autres migrants juifs prenaient plutôt l’avion, avec de faux papiers mis à leur disposition par les agents israéliens. Après la mort de Mohammed V et l’arrivée de Hassan II au pouvoir, les choses vont totalement changer. Les Israéliens, peu satisfaits du faible nombre de juifs qui arrivaient à quitter le Maroc dans ces conditions, voulaient plus. Ils entament des négociations avec les responsables marocains dans ce sens. Les rencontres entre Marocains et Israéliens ont eu lieu, d’abord à Casablanca, ensuite à Paris puis à Genève. Elles se termineront par la conclusion d’un accord. C’est ainsi que 76 000 juifs ont quitté le Maroc entre 1961 et 1964. Leurs passeports collectifs étaient signés de la main du général Oufkir, qui a chapeauté toute l’opération. Les migrants transitaient par Gibraltar ou Marseille. Les responsables marocains auraient perçu, à titre de compensation, quelque chose comme 250 dollars par tête (de migrant juif) des mains des Israéliens”.



    Shmouel Seguev. Journaliste et ex-barbouze

    En Israël, le géniteur de la énième version de la mort de Mehdi Ben Barka n’est pas un inconnu. “C’est un vétéran de la presse écrite”, dit de lui ce journaliste israélien. Aujourd’hui âgé de 81 ans, Shmouel Seguev a débuté comme capitaine dans les services de renseignement israéliens. Il atterrit dans le journalisme au milieu des années 50, via le quotidien Maariv, dont il est devenu très vite le correspondant en France, puis aux Etats-Unis. Seguev, qui trouve également le temps d’enseigner les relations internationales dans une université de New York, a déjà à son actif pas moins de 14 livres. L’un de ses ouvrages, publié en 1984, était déjà consacré à l’exode des juifs marocains. Son dernier livre, intitulé “La connexion marocaine”, publié la semaine dernière aux éditions Mattar mais non encore traduit de l’hébreu, se veut une radioscopie des relations entre le Maroc et l’Etat hébreu. Ses sources ? “Je me base essentiellement sur mes contacts avec des membres des services de renseignement israéliens, avec qui je suis en très bons termes”, nous a expliqué l’intéressé. Pour autant, il assure “n’avoir eu accès à aucune archive et n’avoir jamais mis les pieds au Maroc”.



    Béchir Ben Barka. “Oui, mais…”

    Le fils de Ben Barka attend de lire et de rencontrer, éventuellement, l’auteur de la nouvelle théorie sur la mort du célèbre opposant marocain. Il nous a fait part de ce premier commentaire :
    “Nous ne connaissons que des détails de ce livre, puisqu’il n’a pas été traduit de l’hébreu, mais nous envisageons de contacter l’écrivain. Nous souhaiterions savoir quelles ont été ses sources : c’est très important. Nous avons déjà essayé, via la justice, d’avoir accès aux archives des services israéliens, en vain (…). Ce qui est intéressant dans ce livre, c’est qu’il confirme que le Mossad a apporté une aide logistique (dans l’affaire Ben Barka) aux services marocains (…). Sur l’enterrement de Mehdi Ben Barka dans la région parisienne, c’est une version parmi d’autres. Elle a déjà été reprise par Antoine Lopez dans un de ses livres. Ce dernier avait même donné des précisions sur l’endroit où le corps aurait été enterré. Le juge en charge de l’affaire avait alors procédé à des fouilles, mais il n’a jamais rien trouvé (…).
    Sur le fait supposé que Dlimi ne voulait pas tuer Ben Barka, mais simplement lui faire avouer qu’il complotait contre Hassan II, je considère que cela n’est pas nouveau non plus, puisque beaucoup de versions ont circulé à ce sujet également. On a fini par s’y habituer et cette hypothèse reste, à mon sens, tirée par les cheveux. Parce que c’est aussi une manière de disculper le régime marocain (…). Mon père avait des contacts avec beaucoup de juifs, mais de là à dire qu’il était proche du Mossad, c’est un peu trop facile. Ces affirmations ne s’appuient sur aucune preuve. Aujourd’hui, c’est le Mossad. Hier, c’était les services secrets tchécoslovaques. Cela ressemble à une campagne destinée à salir la mémoire de Mehdi Ben Barka. Mais ‘ils’ ne pourront jamais nous arrêter, nous, la famille, dans notre quête de la vérité”.


    © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés
     

Partager cette page