Rabat se débarrasse de son plus vieux bidonville

Discussion dans 'Info du bled' créé par Casawia, 8 Décembre 2005.

  1. Casawia

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    Douar El Kora comptait 1.750 baraques abritant 12.000 personnes
    Rabat vient de se débarrasser de son plus vieux bidonville, étalé sur 60 hectares dans la périphérie. Ce bidonville, qui existe depuis 1901, compte quelque 1.750 baraques, dans lesquelles logent environ 12.000 personnes. Les habitations et les boutiques qui s'y trouvent seront rasées en intégralité d'ici fin 2006.


    Un petit minaret blanc collé à sa minuscule mosquée est le seul édifice ayant échappé aux pelleteuses qui annihilent sans ménagement le plus ancien bidonville du Maroc, dans le cadre d'un programme de lutte contre l'habitat insalubre.

    A la sortie sud de Rabat, des ouvriers munis de gros marteaux abattent murs et toits des baraques sous le regard résigné des anciens occupants de Douar El Kora, le plus grand bidonville de la capitale.

    Près des barrières délimitant le périmètre de destruction, des habitants et des commerçants de ce bidonville, qui a plus d'un siècle d'existence, ont fixé des banderoles pour demander l'ouverture d'un dialogue avec les autorités.

    «Nous ne sommes pas opposés à la destruction mais à l'absence de solutions urgentes pour régler notre situation de petits commerçants», «Protestons contre la destruction non annoncée de nos boutiques», peut-on lire sur les banderoles.


    Sur la route côtière, avec un panorama superbe de l'Atlantique en contrebas, le bidonville El Kora, qui existe depuis 1901, compte quelque 1.750 baraques, où logent environ 12.000 personnes, indique la préfecture de Rabat. Les habitations et boutiques doivent disparaître d'ici fin 2006.

    «Ce qui est inacceptable, c'est la manière. Personne ne nous a avertis du début de l'opération. Résultat : nous avons d'énormes pertes en marchandises», explique à l'AFP Mohamed Ghanjaoui, membre de l'Association des commerçants et artisans du souk El Kora.

    «Ils nous ont promis des boutiques dans un centre commercial mais nous ignorons qui parmi nous seront les premiers bénéficiaires, alors nous voulons des explications», ajoute-t-il.

    Son ami Mohamed est coiffeur au souk El Kora depuis 1968. «Je veux bien échanger ma boutique-baraque contre un salon, mais en l'espace d'une nuit je me suis retrouvé chômeur», proteste-t-il.

    «Bien sûr, nous allons bénéficier des boutiques neuves, mais quand? C'est là la vraie question», ajoute-t-il.

    «Contrairement aux poissonniers, aux marchands de légumes, et aux vendeurs de volaille, l'espace qui nous est attribué dans le centre commercial, encore fermé, est exigu», dit à l'AFP un herboriste, qui refuse de donner son nom.

    Farid Berraqi, caïd (chef) de l'arrondissement Yacoub El Mansour, paraît serein. «L'opération s'inscrit dans le programme inauguré par le roi Mohammed VI. Les petits commerçants auront des boutiques dans un centre commercial et les brocanteurs et ferrailleurs, dans un espace à l'extérieur de Rabat», dit-il à l'AFP.

    «Nous vidons les habitations au fur et à mesure du relogement. Quant aux étals, nous les détruisons», a-t-il indiqué, se félicitant que «l'opération se déroule dans le calme».

    En juillet 2004, le roi Mohammed VI avait annoncé un Programme national de lutte contre l'habitat insalubre 2004-2008 pour la région de Rabat, Salé et Témara. Le coût de ce programme - qui devrait profiter à 550.000 habitants - s'élève à 5 milliards de dirhams (450 millions d'euros).

    L'objectif est de faire disparaître tous les bidonvilles de Rabat à l'horizon 2008.
    «Ma famille vit ici depuis 50 ans», a expliqué Saëd Eddfouf, un chauffeur de taxi devant sa baraque exiguë. «Je suis très content de quitter cet endroit, mais les nouveaux immeubles coûtent vraiment cher», assure-t-il.

    Saëd, qui fait vivre une famille de sept personnes avec sa rémunération de 2.000 dirhams (180 euros) par mois, assure qu'un appartement avec deux chambres va lui coûter à l'achat 70.000 dirhams. «Pour rembourser mon crédit, je devrai payer 800 dirhams par mois durant des années», se plaint-il.

    En septembre 2004, Abdallah Bouâssami, un herboriste du souk El Kora, s'inquiétait pour l'avenir alors qu'il venait de prendre connaissance du projet de relogement. «C'est une grenade fermée, on ne sait pas comment sont les pépins», avait-il dit à l'AFP.

    AFP
    Le Matin
     

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