Ramadanienne de Mohamed Bakrim : Etre Marocain aujourd’hui

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par Info du bled, 16 Septembre 2009.

  1. Info du bled

    Info du bled Writer

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    Drôle de question en effet que de se demander Comment peut-on être Marocain? Et pourtant, c’est l’objet de tout un livre sorti cette année et édité par Abdessalam Cheddadi et auquel ont pris part une dizaine d’écrivains, de peintres et d’intellectuels marocains. Ce sont des contributions autour d’une question largement ouverte. Mais pourquoi drôle? Car déjà dans son énoncé, elle ne manque pas d’ambiguïté : le « comment » peut à la fois renvoyer à une demande d’information sur la forme que prendrait la marocanité ; mais ce « comment » peut également renvoyer à un étonnement : comment peut-on encore se prétendre être marocain alors que…? Ou comment s’imagine-t-on quelqu’un marocain…? Cela renvoie à une tradition exotique relevée déjà par Montesquieu et son fameux comment peut-on être persan? On peut alors prolonger la référence et se demander : Ah ! Ah ! Monsieur est Marocain…? C’est une chose bien extraordinaire…
    Mais la question est également une problématique philosophique : Etre marocain est-ce une donne ontologique? Ou un accident de l’histoire? On naît par hasard marocain car on aurait pu également voir le jour ailleurs. On a toujours une nationalité par hasard alors que la nature profonde de l’être c’est son humanité. Abdessalam Cheddadi en est d’ailleurs conscient et souligne dans son avant-propos : «Les hommes veulent vivre en tant qu’hommes, avoir la possibilité durant leur vie de changer de pays, et tenter leur chance n’importe où dans le monde » ; il précise aussi que la question « comment peut-on être Marocain? est à la fois ironique et sérieuse ». On peut alors s’amuser et réfléchir en confrontant les points de vue réunis dans ce recueil qui se laisse lire agréablement accompagné de pauses picturales avec des tableaux, des dessins de Sanoé Arai, Fouad Bellamine, Amina Benbouchta et Elena Prentice. On peut lire en commençant par le début, le milieu, la fin ; lire, partir, revenir. Car ce sont des propositions sous forme de textes ou d’interview et d’échanges. Les découvertes sont intéressantes comme ce texte de Tahar Benjelloun avec un nouveau profil qui rappelle qu’il avait subi lui aussi dans ce Maroc ses années de plomb ; qu’il avait vécu son mini-Tazmamart dans les années 60 ; n’hésite pas à tirer sur le Makhzen d’aujourd’hui : « mais le makhzen est là, toujours là, avec son archaïsme, avec son rituel, avec son anachronisme ». L’auteur de La plus haute des solitudes adopte là une posture inédite, lui qui avait longtemps prôné une certaine sagesse à l’instar de son Moha tantôt sage. Une posture qui rappelle le discours en vogue dans le tournant des années 90 quand certains cadres, intellectuels, journalistes ayant raté le train (l’ascenseur?) de l’alternance se sont subitement découvert des veines de révolutionnaires et d’opposants radicaux…une lecture très instructive sur nos mœurs intellectuelles.
    Dans sa lettre au cher pays, Abdellatif Laabi présente le Maroc comme une envie ; une envie toujours pressante nourrie en fait d’une question fondatrice : ce Maroc qu’est-il au juste pour moi. ? Au fil de souvenirs et d’événements puisés dans la biographie, l’esquisse d’une réponse se profile. En pointillé car Laabi revient de loin, de l’exil forcé et volontaire. Il invite à un travail de longue haleine : «Quels travaux de mémoire et de prospective comptes-tu faire sur la marocanité pour qu’elle ne s’écroule pas sur la tête de l’une ou l’autre des générations prochaines? ». A lire.







    Source : libe.ma
     

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