Ramadanienne de Mohamed Bakrim : La pensée critique aujourd’hui

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par Info du bled, 4 Septembre 2009.

  1. Info du bled

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    La fin de l'histoire se traduit-elle aujourd'hui par la fin du socialisme ? C'est l'impression qui se dégage de l'ensemble des commentaires qui ont accompagné les prestations électorales des différents partis socialistes. Ici et là on a parlé de l'essoufflement de la social-démocratie voire de sa faillite. Au Maroc aussi, on n'arrête pas de spéculer sur la fin de l'USFP, même si cela ici relève d'un vœu plus que d'une analyse. Mais, globalement, et au-delà des aspects politiciens et polémiques de certaines affirmations ostentatoires, on ne peut pas nier le malaise intellectuel et politique qui traverse la planète de gauche.
    Sur un plan plus large, on peut dire que la pensée critique connaît une mauvaise posture notamment depuis l'échec de sa variante la plus célèbre, le marxisme. On se rappelle qu'on avait quitté le siècle dernier sur un constat amer : l'effondrement du système politique dit du socialisme réel. Le triomphe unilatéral de la pensée néolibérale a très vite été théorisé par le fameux concept de la fin de l'histoire. Du concept, il ne s'agissait en fait que d'un gadget qui a très bien fonctionné au point hélas pendant longtemps qu'une frange de gauche a fini par y croire. Alors que les événements que nous venons de vivre viennent de tout remettre en question et de rappeler l'évidence toujours « évidente » en somme, à savoir que l'histoire continue de se nourrir de l'antagonisme fondamental entre le capital et le travail…
    Maintenant, le tableau se présente autrement et l'on peut dire et enregistrer que la pensée critique connaît un certain regain. Cela s'exprime aussi par une forte demande. Au cœur de cette attente, il y a une grande interrogation après les ravages des années fric, y a-t-il encore un espoir, un objectif à donner au mouvement social qui reprend du souffle ? Autrement dit, le socialisme comme forme emblématique de la pensée critique au XXème siècle a-t-il encore du sens ?
    Il y a un grand intellectuel britannique, Perry Anderson, figure de proue de la gauche anglo-saxonne, qui a réfléchi sur les différents scénarios (ou scénarii) qui se présentent devant le socialisme. De sa profonde et stimulante méditation, il propose quatre destins possibles pour le socialisme. En premier lieu, c'est que les expériences socialistes de la période 1848-1989 peuvent apparaître aux historiens du futur comme « des anomalies », des sortes de séquences qui ont échappé à leur temps, du genre des formes de vie communautaires que nous retrouvons tout au long de l'histoire de l'humanité. C'est-à-dire, et quel que soit le respect que ces expériences inspirent, elles ne parviennent pas à faire dévier le cours du capitalisme de l'histoire moderne.
    Le deuxième scénario possible est que le socialisme fasse l'objet à l'avenir d'une profonde reformulation ; tirant les leçons des expériences et des événements politiques, le socialisme sera amené à se fondre dans un projet politique plus pertinent, plus adéquat aux nécessités de changement souhaité. Le théoricien de la nouvelle gauche donne l'exemple du rapport qu'entretiennent les révolutions anglaise et française. Celles-ci sont rétrospectivement conçues comme participant d'un même « élan » démocratique au seuil de l'ère moderne »…une possibilité, soutient Anderson, est qu'apparaissent à l'avenir des événements dont les historiens diront après coup qu'ils participent du même cycle historique long que les expériences socialistes de la période 1848-1989. Il se pourrait que la nouveauté s'organise autour de thématiques inédites ou actuellement encore en friche (l'écologie…)
    La troisième possibilité d'évolution du socialisme est de le voir générer par des effets cumulatifs, une multitude de mouvements sociaux, aspirant au changement (le féminisme par exemple)…
    Le quatrième destin est que le développement du socialisme ressemble à celui du libéralisme. Faut-il rappeler que le libéralisme au moment de la Première Guerre mondiale était entré dans une crise profonde dont il ne se relèvera que dans la seconde moitié des années 1970. Il n'est pas exclu, affirme Anderson, qu'au même titre que le libéralisme, le socialisme connaisse ultérieurement « une rédemption » après des périodes où il a été éclipsé.







    Source : libe.ma

     

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