Ramadanienne de Mohamed Bakrim : Les séries marocaines : Une Naida télévisuelle

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par Info du bled, 14 Septembre 2009.

  1. Info du bled

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    La télévision continue à susciter les passions : les Marocains se livrent en ce mois sacré à leur sport favori, les TNT : tirs nourris sur la télévision. Plus les ramadans passent, plus la critique devient encore plus virulente et plus les programmes restent les mêmes. C'est un immense paradoxe qui se confirme de nouveau. La télévision est descendue matin et soir au moment même où les chiffres d'audience sont en nette augmentation et au moment, conséquence logique, où les chiffres d'affaires augmentent avec les rentrées publicitaires. Le mois de ramadan est une manne financière récurrente. Tout le monde semble avoir son compte…le public, les annonceurs, les comédiens et producteurs, les journalistes. C'est quoi cette schizophrénie alors ? En fait le paradoxe n'est qu'apparent à l'image du commerce qui préside à l'ensemble de nos rapports sociaux : on affiche un verset coranique sur la vitre arrière de sa voiture signe de piété et on n'hésite pas à brûler le feu rouge, à se mettre en deuxième position de stationnement…Idem dans notre rapport à la télévision…On s'amuse avec les images voyeuristes des jt et les sketches de Naciri et on lit dans son quotidien des chroniques acides qui tirent sur le cinéma, les comédiens et la télévision…
    Or, celle-ci reste un objet social hybride qui échappe à toute forme de rationalité critique. C'est d'abord un meuble qui complète le décor ; y compris au sens métaphorique : la télévision est toujours là pour les âmes solitaires, pour meubler le silence lourd de l'absence de communication. C'est le compagnon des jours tristes. C'est tout le contraire du cinéma qui est dans la sociabilité et l'urbanité. Ce faisant, la télévision s'offre dans une multitude de visages et de formes. C'est un flux ; on ne retient rien mais on finit toujours par capter des moments, des visages, des émotions qui font qu'on finit par s'y attacher…Un film « Le secret des poignards volants », le chef-d'œuvre esthétique de Zhang Yammou sur France 3, un jour, un match du Barça, une chanson, un doc… un autre. C'est exactement la situation de notre télévision ; disons pour reprendre un cliché, une auberge espagnole où il y a à boire et à manger. Il faut parfois savoir juste regarder.
    La série, l'honneur
    de la TV marocaine
    C'est le cas notamment des séries télévisées : L'autre dimension, La brigade, Alkadia, Une heure en enfer…Nous sommes tout simplement en présence des signes avant-coureurs de notre révolution cathodique. La série télévisée est aujourd'hui ce qui fait l'honneur d'un paysage audiovisuel carrément aux abois suite aux derniers bouleversements juridiques et technologiques qui ont atteint son identité, son statut et son fonctionnement social. La série est le point de focalisation de cette mutation profonde qui s'annonce. C'est un champ investi par des jeunes qui reproduisent à l'échelle du petit écran le mouvement Naida qui a émergé d'abord sur la scène musicale. Cette Naida télévisuelle qui peut se lire aussi comme une Nahda (renaissance) surfe sur des ingrédients réussissant un formidable mariage entre des thématiques modernes et une mise en scène nourrie des acquis de la modernité télévisuelle. Certains détracteurs de cette mouvance révolutionnaire lui reprochent de reprendre des canevas de mise en scène forgés ailleurs, au niveau des séries télévisées américaines. Et alors ? sommes-nous tentés de répondre : la technique est un perpétuel transfert. Les Américains eux-mêmes récupèrent des procédés narratifs universels et les développent dans des formats marqués par le travail de réalisateurs issus d'Asie (Taiwan et Honk Kong). Les jeunes réalisateurs marocains ( Alfadili, Karrat, Lakhmari, Majboud, Fennane…) qui sont l'avant-garde qui a bouleversé cette production sont des enfants de la télé et de la pub. Ce sont également de grands cinéphiles. Ils ont mobilisé cet héritage au bénéfice d'une nouvelle esthétique télévisuelle inédite dans notre paysage. Dans “Une heure en enfer”, on voit un espace urbain comme on ne l'a jamais filmé (en dehors des films de Nabil Ayouch dans Ali Zaoua et Faouzi Bensaidi dans WWW). Des personnages désaxés, des thématiques puisées dans le quotidien des Marocains. Dans un épisode de “L'autre dimension…”on a abordé les années de plomb d'une manière originale : une ancienne détenue politique retrouve par hasard son ancien tortionnaire. Dans “Alkadia”, Lakhmari filme une police scientifique qui relève de la pure fiction…la finalité étant de livrer un spectacle aux normes reconnues. C'est un immense chantier qui s'ouvre ainsi devant nos scénaristes et nos comédiens. Déjà, on assiste à une résurrection de nombreux comédiens qui ont retrouvé dans ce nouvel âge de la télévision marocaine un nouveau souffle et une nouvelle facette de leur talent enfermé jusqu'ici dans la sclérose d'une production archaïque et conservatrice. En avant jeunesse.









    Source : libe.ma
     

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