Ratage Par Ahmed R. Benchemsi

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 15 Mars 2009.

  1. @@@

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    En rompant nos relations diplomatiques avec l’Iran sans raison sérieuse, nous avons démontré à quel point nous manquions de hauteur stratégique.


    Tout est parti d’un conflit de voisinage mineur entre l’Iran et Bahreïn (que les intéressés, d’ailleurs, ont très vite réglé entre eux). Comme d’autres pays arabes, le Maroc a émis un communiqué de soutien à Bahreïn. L’Iran n’en a pas apprécié le ton, et a convoqué notre chargé d’affaires à Téhéran pour s’en expliquer. Que nous trouvions le procédé
    cavalier et que nous protestions, pourquoi pas… La diplomatie est souvent affaire de nuances protocolaires. Mais que sur ce prétexte futile, nous nous engagions, seuls, dans une escalade qui aboutira, deux semaines plus tard, à rompre nos relations avec l’Iran… voilà qui a laissé bouche bée tous les diplomates étrangers en poste à Rabat – sans parler des Iraniens eux-mêmes. Rupture des relations diplomatiques !! En termes de relations internationales, c’est bien simple : le seul degré au-dessus, c’est la guerre.

    Mardi dernier, un point de presse était tenu au ministère des Affaires étrangères pour justifier la position du royaume. En quelques mots : “Les Iraniens nous ont pris par dessus la jambe, ont attenté à notre dignité. Et d’ailleurs, leur ambassade a des activités louches, visant à promouvoir le chiisme au Maroc – ce qui est inacceptable vu que nous sommes des sunnites”. Sur ce dernier point, nos diplomates n’ont pas trop insisté, parce qu’ils n’avaient visiblement rien à dire. Mais le fait qu’ils l’aient quand même mentionné est révélateur : même en faisant de leur mieux pour paraître convaincus, nos officiels savent bien qu’à elle seule, cette histoire de “dignité” est ridicule. Ou en tout cas, ridiculement insuffisante pour en arriver à de telles extrémités – et pas avec n’importe quel pays, en plus.

    Avec Israël, l’Iran est désormais la puissance majeure du Moyen-Orient, épicentre des conflits du monde. Puissance nucléaire en devenir, son bellicisme, mais aussi son intelligence diplomatique, inquiète la planète. Avec le Hamas en Palestine et le Hezbollah au Liban, ses deux bras armés dans la région, qui accumulent les succès militaires (ou en tout cas, les succès d’image), la république islamique est désormais perçue par les foules “opprimées”, de Jakarta à Casablanca, comme la tête de pont de la résistance contre le sionisme. L’Amérique de Bush, alliée bornée d’un Israël aveuglé par son arrogance, aurait bien aimé attaquer l’Iran après avoir envahi l’Irak – mais elle n’a pas osé, craignant le désastre (sans doute à raison). L’Amérique d’Obama, plus prudente et plus intelligente, cherche plutôt à ouvrir le dialogue avec Téhéran. Un Téhéran qui ne renonce pas à sa bombe et envoie des satellites sur orbite au cri de “Allahou Akbar”, tout en prenant soin de développer des liens d’amitié avec la puissante Chine et la non moins puissante Russie. Voilà donc la situation mondiale aujourd’hui, dont l’Iran est un acteur central. Et nous, que trouvons-nous de mieux à faire ? Lui exploser sans raison à la figure !!

    Le Maroc est un petit pays, à l’importance géostratégique limitée. Hassan II le savait bien et avait eu le “génie” (sur ce plan-là, au moins, on peut l’en créditer sans flagornerie) de nous placer quand même au cœur de l’échiquier moyen-oriental, en positionnant le Maroc comme un médiateur sage et écouté par les deux camps. Aujourd’hui, ce passé glorieux semble bien loin de nous. Ce qui ne semble pas déranger Mohammed VI, ultime responsable de la diplomatie marocaine qu’il présente volontiers comme son “domaine réservé”…

    En agissant comme nous avons agi avec l’Iran, qu’avons-nous démontré, si ce n’est notre absence de recul et de hauteur de vue stratégique ? Aujourd’hui, le Maroc est largement perçu par les masses musulmanes comme un “valet”… d’Israël, même pas des Etats-Unis ! Il n’y a qu’à faire un tour sur les innombrables forums de discussion sur Internet pour s’en convaincre. Qu’avons-nous à gagner dans cette situation ? Rien, strictement rien ! Qu’avons-nous à y perdre ? Sans doute beaucoup de choses, l’avenir proche dira lesquelles…

    http://www.telquel-online.com/364/edito_364.shtml

     

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