Rencontre Maroc-Espagne : Relire le passé pour changer l'avenir

Discussion dans 'Info du bled' créé par freil, 10 Août 2005.

  1. freil

    freil Libre Penseur

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    Une rencontre sur l'histoire commune et le patrimoine partagé entre le Maroc et l'Espagne peut-elle sortir des sentiers battus pour apporter un «plus» pouvant servir les relations présentes entre les deux pays ? Le pari est certes difficile, mais il a pu être relevé par les participants au colloque marquant la série de rencontres scientifiques du 27e Moussem culturel international d'Asilah.

    «Le colloque sur le patrimoine maroco-espagnol n'est pas inédit, la nouveauté est la volonté de tourner le débat vers les relations futures entre les deux pays», a souligné le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Mohamed Benaïssa, en ouverture des travaux de la rencontre.

    L'idée était donc de revisiter le passé pour mieux servir le futur, notamment en relevant les atouts et les défaillances de ces relations ancestrales.

    Il s'agissait plus clairement, a-t-il déclaré, de «prospecter les voies possibles pour fructifier le patrimoine commun et contribuer à la consolidation de la relation avec l'Europe».

    Nombre de personnalités espagnoles invitées n'ont pu faire le déplacement, mais celles présentes se sont conformées à l'orientation donnée par le président du forum de la Fondation du festival d'Asilah.

    Miguel Angel Moratinos, notera que ce colloque appuyé par le Comité Averroès, rénové et redynamisé, est un signal pour l'avenir des relations entre Rabat et Madrid. Ce comité, dont les activités avaient été gelées à la suite de la crise qui avait marqué les relations diplomatiques entre le Maroc et l'Espagne a été remis sur de nouveaux rails, grâce à l'impulsion forte donnée par les Souverains des deux pays, lors de la visite, en février 2005, de S.M. Juan Carlos au Maroc. "Le futur de l'Afrique et de l'Europe ne peut se faire sans une action commune et une coopération efficace entre le Maroc et l'Espagne qui sont les deux points qui relient les deux continents". C'est cette idée maîtresse, soulignée par le chef de la diplomatie espagnole qui guidera, par ailleurs, les débats des deux journées.

    Sacrifiant à un exercice d'autocritique, M. Moratinos, notera que "les relations entre le Maroc et l'Espagne n'ont pas encore atteint le niveau de sincérité et de confiance", les habilitant à jouer ce rôle important de joint-venture entre les deux ensembles. Pour y parvenir, il faut effacer tout le passif lourd de méconnaissance, " d'ignorance et d'incompréhension ", dira le ministre espagnol des Affaires étrangères. M. Moratinos, n'est pas tendre avec les médias en disant qu'ils contribuent largement à la circulation des préjugés et de stéréotypes qui concluent à l'incompréhension.

    L'ignorance du Maroc par les Espagnols est beaucoup plus importante que ne l'est la méconnaissance de l'Espagne par les Marocains. M. Moratinos citera l'exemple d'une étude réalisée au cours de l'année 2005 qui souligne que 70% des Marocains ont une image positive de l'Espagne. Un pays que les personnes recensées désignent comme démocratique et moderne. "Je suis sûr que l'enquête qui sera réalisée sur l'image du Maroc en Espagne aura des résultats différents", dira le chef de la diplomatie espagnole. Sa conclusion est que "la meilleure manière de rapprocher les peuples est de faire en sorte qu'ils se connaissent mieux".

    La culture est un meilleur vecteur de connaissance. La conclusion est évidente. Elle est soulignée par le directeur de l'Agence de développement et de promotion des provinces du Nord. Driss Benhima se fera, ainsi, l'avocat de la langue espagnole. Car, quel meilleur moyen de faire véhiculer la culture que la langue. Le plaidoyer est à la fois simple et pertinent. Il consiste à faire émerger un pôle d'éducation de formation, s'appuyant sur la langue espagnole comme "vecteur important du patrimoine commun et de développement économique des relations bilatérales".

    Driss Benhima souligne deux réalités qui servent d'argument à son analyse. La première est que la langue espagnole est une langue de grand rayonnement international.

    " L'espagnol est la langue officielle d'une vingtaine d'Etats, principalement d'Amérique latine". Elle est parlée "par 350 millions de locuteurs à travers le monde dont 20 millions aux Etats-Unis ou un maire hispanique vient d'être élu à la tête de Los Angeles le mois de mai dernier". Elle est "la première langue étrangère de 70 % des élèves aux Etats Unis". Elle est, enfin, "de plus en plus présente sur le net et constitue une langue de communication scientifique et technique".

    La deuxième point est l'ancrage de langue espagnole dans la société marocaine. "Le castillan est une langue d'ancienne implantation au Maroc que les immigrés ibériques ont transbordé dans leurs bagages et leurs mémoires, par vagues successives à partir de 1492". Ainsi, souligne M. Benhima, "à la veille du protectorat, l'espagnol était la première langue étrangère de communication au Maroc bien avant l'anglais et le français". Aujourd'hui encore, une large place est faite à l'enseignement de la langue espagnole. "49.000 élèves du secondaire ont choisi la langue espagnole comme deuxième langue étrangères et 586 professeurs la leur enseignent, 5 facultés des lettres au Maroc comprennent un département d'espagnol, 2280 étudiants marocains étaient inscrits dans les universités espagnols au tire de l'année universitaire 2000-2001 et près d'un demi millions de marocains vivent en Espagne".


    L'enseignement de la langue espagnole au Maroc permettra donc à ceux qui en bénéficient de s'ouvrir sur le monde hispanique, aujourd'hui porteur d'opportunités à la fois économiques et sociales et permettant une meilleure intégration dans le monde globalisé. L'autre constat fait par le directeur de l'Agence de développement et de promotion des provinces et préfectures du Nord est relié au monde des affaires espagnol, depuis en plus porté sur le marché de l'investissement marocain, mais qui connaît de réels handicaps pouvant limiter son élan, notamment le nombre limité de main d'½uvre à la fois qualifiée et hispanisante. C'est là une doléance des chefs d'entreprises espagnoles qui ont fait le choix stratégique de s'implanter au Maroc dont fait écho M. Benhima.

    A ce sujet, Driss Benhima souligne trois réponses porteuses d'avenir. La première étant la mise en place de l'université maroco-espagnole de Tétouan, qui a été décidée lors de la visite des Rois d'Espagne au Maroc. Cette université, dont le projet a été par ailleurs largement étayé par Oumama Aouad Al Ahrach, professeur à la faculté des Lettres et des sciences humaines de Rabat, prévoit dans son projet pédagogique "des filières répondant aux impératifs de formation et aux attentes d'un marché d'emploi en plein essor, notamment dans le Nord du Maroc.

    Les filières académiques classiques devraient, toutefois, être renforcées par des formations techniques et professionnelles dont le marché est très demandeur, notamment en matière de pêche ; l'appel était insistant à ce propos. L'actualité du nouvel accord de pêche entre le Maroc et l'Union européenne et le cadre de coopération nouvelle qu'il trace imposent d'aller dans cette direction, soulignera le membre du Conseil consultatif des droits de l'Homme (CCDH), Albert Sasson qui dirigeait de main de maître les travaux des deux journées de débat.

    La deuxième réponse orientée vers le futur est celle de médias audiovisuels bilingues, soulignera Driss Benhima. "La mise en place d'une radiotélévision bilingue maroco-espanole, arrosant en priorité le croissant hispanophone du Nord, permettrait l'expression de cette hispanophonie sociale, culturelle et artistique marocaine", a-t-il dit. Un caractère de l'identité marocaine qui souligne l'interdépendance et la fusion des deux cultures et traduit encore mieux cette notion de patrimoine commun. "Ton histoire est la mienne", dira dans une intervention passionnée et émotive Jeronimo Paez, directeur du projet " Legado Andalusi ".

    La troisième réponse du futur, selon Driss Benhima, est celle d'une réhabilitation du patrimoine bâti dans le sens de son intégration dans la vie économique et culturelle locale. Ce sont plusieurs milliers de bâtiments et de monuments sur les deux rives qu'il convient, à ses yeux, de réactiver "dans une finalité culturelle et économique". Le pavillon marocain à Séville, où siège la Fondation des trois cultures, et qui est un patrimoine récent, offre l'exemple pour une meilleure utilisation des bâtiments et monuments qui, au Maroc comme en Espagne, sont la trace vivante de l'histoire partagée entre les deux pays qu'il convient de préserver.

    Une dernière recommandation faite par le colloque d'Asilah est de reconsidérer l'immigration sous un angle positif. "L'immigration est une solution, non un problème", soulignait l'écrivain espagnol, Bernabe Lopez. Le demi million de ressortissants d'origine marocaine qui vivent en Espagne et les 15.000 Espagnols vivant au Maroc, sont un atout pour une meilleure compréhension entre les deux peuples.

    Ils peuvent constituer un meilleur vecteur du projet de relations futures entre le Maroc et l'Espagne. L'alliance des civilisations, projet auquel a fait appel le chef du gouvernement espagnol, José luis Rodriguez Zapatero, pourrait commencer à la pointe des continents africain et européen, par l'exemple que peut donner le Maroc et l'Espagne, d'une coopération équitable basée sur la confiance mutuelle et le respect des intérêts et des engagements de l'autre.


    Par:Khadija Ridouane
    Source: LE MATIN
     
  2. iberia

    iberia Visiteur

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    Re : Rencontre Maroc-Espagne : Relire le passé pour changer l'avenir

    Depuis le départ du clown aznar, on assiste à un réchauffement de part et d’autre entres les deux gouvernements respectif. Le gouvernement Zapatero a apporté un nouveau souffle dans la relation bilatérale et cela malgré la pression qu’exerce une certaine droite fasciste pour ne pas la citer.
     

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