Restructuration textile:La Tunisie largue le Maroc

Discussion dans 'Info du bled' créé par freil, 13 Juin 2005.

  1. freil

    freil Libre Penseur

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    Alors que le gouvernement tunisien pratique de la microchirurgie sur son secteur textile abîmé par la fameuse levée des quotas, l’Etat marocain, lui, fait de la cosmétique. De promesse en promesse, de réunion en réunion, aucune mesure de sauvegarde n’a jusqu’à présent été prise. Poudre de perlimpinpin, poudre aux yeux ou poudre à canon? Pourtant, le gouvernement parle depuis début 2005 d’un plan de relance pour le secteur, allant même jusqu’à le traiter en aparté (hors McKinsey) au vu de son importance pour l’économie marocaine. Le 12 janvier dernier, le Premier ministre avait promis “d’aller le plus loin possible pour faire redécoller un secteur qui emploie 200.000 personnes” (cf. www.leconomiste.com).
    Il avait chargé le ministre de l’Industrie, Salah Eddine Mezouar d’élaborer, en toute urgence, une stratégie volontariste pour faire face à la menace et relancer le secteur. La copie devait être rendue en février. Puis plus rien, juste des discussions, parfois houleuses (qui ont quelques fois suscité le holà de Jettou) entre le gouvernement et les professionnels, qui d’ailleurs aujourd’hui ne se font plus aucune illusion.
    Au lieu de se réunir pour rebaptiser le rapport McKinsey, lancer d’autres études pour estimer la faisabilité des projets ou encore compter les entreprises structurées, la Tunisie, elle, s’est ruée au chevet de son textile-habillement. Elle a lancé le 31 mai dernier un plan (triennal 2005-2007) de sauvegarde musclé, pour assister les entreprises dans cette très difficile conjoncture. Elle mise de très gros sous sur ce secteur. Pas d’études, mais des mesures et pas des moindres. A faire pâlir de rage les textiliens marocains, à très juste titre puisque la plupart des mesures adoptées par la Tunisie ont été proposées par les professionnels marocains au gouvernement.
    Tout simplement surnommée programme d’assistance technique, l’action tunisienne “répond, à travers ses cinq composantes, à vos besoins ponctuels et ciblés et aux mutations qu’exige votre activité”, est-il indiqué en préambule. Le programme est financé par l’Etat tunisien à travers un fonds dédié, le Fodec, et bénéficie d’un appui financier conséquent de l’UE. Et les conditions d’éligibilité sont très souples: être une PME (avoir environ 28 millions de DH d’immobilisations nettes avant mise à niveau), être non inscrite sur la liste des entreprises en difficulté économique et avoir au moins deux ans d’activité effective. La contribution de l’entreprise se situe aux alentours de 15.000 DH. Rien d’insurmontable jusque-là. Ainsi, les entreprises pourront avoir droit à une assistance technique ciblée coaching ainsi qu’à un accompagnement pour le passage de la sous-traitance à la cotraitance. Respectivement, les objectifs seraient de maîtriser les coûts de production, améliorer la productivité, rationaliser les investissements matériels et surtout mettre en ½uvre par étapes successives les investissements immatériels du plan de mise à niveau. Et bien sûr, permettre à l’entreprise de réussir sa transition. Pour ce faire, la Tunisie a mis au point un programme d’assistance financière spécialement dédié à la recapitalisation des entreprises textiles évoluant vers la cotraitance. Cela s’effectue par intervention directe du Fodec (fonds de restructuration), qui participe dans l’augmentation du capital à concurrence de 700.000 DH maximum, le reste étant fourni sous forme de fonds propres et autres sources de financement.
    Un second programme est prévu pour la restructuration financière des entreprises. Le mécanisme est géré par la Société Tunisienne de Garantie. Les objectifs consistent à garantir le rééchelonnement des crédits court terme accordés par les établissements de crédit. Et cela pour une durée qui peut s’étaler sur sept ans.
    Le risque est partagé à moitié par le fonds de garantie et l’établissement de crédit (50% chacun). Le mécanisme intervient pour les prises en charge de 50% des montants irrécouvrables du principal des crédits et de 50% des frais de poursuite et de recouvrement contentieux.
    Et ce n’est pas fini. Au niveau des investissements technologiques à caractère prioritaire, les aides sont accordées par le Fodec. Il prend en charge 70% du coût des investissements immatériels avec un plafond de 500.000 DH par entreprise renouvelable tous les cinq ans. Il est destiné à améliorer la productivité, développer de nouveaux produits et logiciels, établir des brevets et frais de dépôt de marques en Tunisie et à l’étranger, la mise en place des bureaux de méthodes et le recrutement de deux cadres qualité et process. La conception, le stylisme, le modélisme ainsi que le lancement de collections sont également compris. Dans la foulée, la Tunisie met le paquet aussi pour l’assistance marketing et commerciale à travers le fonds Famex 2 (fonds d’accès aux marchés d’exportation), en collaboration avec la Banque Mondiale. Là aussi, les domaines d’intervention sont multiples: passage à la cotraitance avec l’établissement d’un plan commercial, et pour le produit fini, mise en place d’un plan marketing et commercial pour la commercialisation de collections sur les marchés cibles.
    L’appui financier s’effectue avec une subvention maximale de 700.000 DH par bénéficiaire dont 50% pris en charge par l’entreprise. Et lorsqu’il s’agit d’association professionnelle, chambre de commerce, consortia… 70% du coût est à la charge du Famex. La subvention maximale passe à près de 1 million de DH si le plan d’exportation prévoit une représentation à l’étranger.
    Plus rien à dire. Le Maroc doit absolument desserrer les cordons de sa bourse, sinon, il continuera à sombrer dans l’inefficacité.

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    Sacrée différence



    Le gouvernement tunisien a également mis en place un 3e programme de restructuration financière qui bénéficie d’une ligne de crédit AFD de 30 millions d’euros. Sacrée différence avec le Maroc qui peine encore à mettre en place son fameux fonds de restructuration financière dont le budget s’établit à 10 millions d’euros… pour l’industrie dans son ensemble. Et encore, quand bien même serait-il opérationnel, les banques devant prendre en charge l’autre partie du financement joueront-elles le jeu? Rien n’est moins sûr au regard de leur frilosité actuelle.
    Certains établissements bancaires exigent aujourd’hui des diagnostics de l’ANPME avant de prendre en considération un dossier textile. Pour en revenir aux dispositions du fonds tunisien, celui-ci prévoit le refinancement partiel des opérations de consolidation et de rééchelonnement des dépassements en compte et crédits de trésorerie, des impayés sur crédits à long et moyen terme, et des crédits à court terme pour le financement d’investissements en cours. Il permettra également de rééchelonner les crédits court terme et de couvrir l’augmentation du besoin en fonds de roulement.
    A titre exceptionnel et dans des proportions marginales, il promet aussi le financement des crédits d’investissement. Qui dit mieux? Côté banques, les conditions sont simples. Le crédit par entreprise ne dépasse pas 7 millions de DH avec un intérêt annuel de 6,5% (en euro) avec une durée de remboursement variant entre 7 et 12 ans. Et cerise sur le gâteau, le délai de grâce est de 2 ans.

    Radia LAHLOU


    Source: L'economiste.
     

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