Retour des banques islamiques ?

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par sadalif, 18 Février 2009.

  1. sadalif

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    Et si Wall Street adoptait les règles de la finance islamique ? La question pourrait étonner, voire même irriter. Pourtant, elle fait désormais le tour de la planète. La raison en est simple : en proscrivant le taux d’intérêt, cette industrie financière qui pèse désormais plus de 400 milliards de dollars apparaît mieux armée pour résister aux dégâts engendrés par les subprime et la spéculation sur les marchés des produits dérivés.

    En France, dans un éditorial assez inattendu, Vincent Beaufils, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire français Challenges, a abordé de front cette question (1). Alors que le pape Benoît XVI était en visite en France, le journaliste notait qu’au moment où la planète traverse « une crise financière qui balaie tous les indices de croissance sur son passage, c’est plutôt le Coran qu’il faut relire que les textes pontificaux ». Et d’insister : « Si les banquiers avides de rentabilité sur fonds propres avaient respecté un tant soit peu la charia, nous n’en serions pas là. » Pour clore son article, Beaufils a loué les banquiers des pays du Golfe « qui ne transigent pas sur un principe sacré : l’argent ne doit pas produire de l’argent », ce qui, traduit dans la finance moderne, pourrait signifier selon lui : « Tout crédit doit avoir en face un actif bien identifié. »

    Traduit en plusieurs langues, cet éditorial a envahi la Toile, souvent agrémenté de déclarations sur le fait que la banque islamique était astreinte à des garde-fous dont la finance internationale s’est débarrassée par le biais de la dérégulation. Plusieurs chaînes arabes, dont Al-Jazira, ont organisé des émissions spéciales sur ce thème, s’interrogeant sur l’hypothèse d’un afflux de l’épargne des pays non musulmans vers ces établissements. A la Banque centrale de Bahreïn, centre mondial de la finance islamique, le jugement est toutefois circonspect. « Si les banques de la région sont restées en dehors de la crise des subprime, c’est parce qu’elles n’avaient pas les moyens techniques et humains pour investir dans ce type de produits. »

    Un banquier français installé à Dubaï estime pourtant que la finance islamique profitera de la crise pour se développer en Occident : « Dans les pays où vivent d’importantes communautés musulmanes, la crise que nous vivons va permettre aux banques islamiques de disposer d’un argument marketing supplémentaire, pronostique-t-il. Elles mettaient déjà en avant le fait que leur activité était licite au point de vue de la charia, elles vont désormais insister sur leur déconnexion vis-à-vis des dérèglements du système financier. »

    Pour autant, rien ne permet d’affirmer que ce secteur est à l’abri d’accidents. Dans les années 1990, la faillite retentissante de banques islamiques en Egypte avait provoqué un coup d’arrêt au développement de ce type d’activité dans les pays musulmans. De même, rappelle un banquier tunisien qui voit d’un très mauvais œil l’installation prochaine de telles banques dans son pays, le Fonds monétaire international (FMI) a tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises en appelant ces établissements à être plus transparents et à se mettre en conformité avec les normes comptables et prudentielles internationales.

    D’autres spécialistes s’interrogent sur la sophistication croissante des investissements proposés par les banques islamiques. Pour détourner l’interdiction de l’intérêt, ces placements sont en effet souvent adossés à des actifs tangibles, comme l’immobilier ou les matières premières, des secteurs confrontés à la spéculation et à la volatilité, ce qui, tôt ou tard, devrait pénaliser les produits qui en dépendent. Ces réserves de taille ne devraient toutefois pas entamer la dynamique ascendante de la finance islamique. Crise ou pas, plus de dix grandes conférences sont prévues sur ce thème au cours des prochains mois en Europe et en Afrique du Nord.


    Akram Belkaïd
    Journaliste.

    (1) « Le pape ou le Coran », Challenges, Paris, 11 septembre 2008. Lire Ibrahim Warde, « Paradoxes de la finance islamique »,


    Le Monde diplomatique, novembre 2008.
     

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